OPERA PHILOSOPHICA
Les œuvres philosophiques de Cicéron ont été imprimées collectivement pour la première fois à Rome par Sweynheym et Pannartz l'an 1 47 1 , en deux parties in-fol., qui sont parfois réunies en un seul volume. La première partie a été achevée d'imprimer le 27 avril, et la seconde le 10 septembre. Le recueil forme en tout 368 ff. à 36 et 38 lignes, plus 2 feuillets blancs. La première partie comprend : Dialogus de Natura deorum ; de Divinatione ; Officia y Paradoxa ; de Amicitia ; de Senectute. La seconde : Quœstiones Tuscuianœ ; de Finibus bonorum et ma forum ; de Fato ; de Petitione Consulatus ; pars Libelli de Philosophia ; de Essentia Mundi, in Timeo Platonis ; Quœstiones academicœ ; de Legibus 1 .
Cette collection de toutes les œuvres philosophiques alors connues de Cicéron ne se trouve presque jamais complète' ; on n'en connaît réel-
• Voyez dan» Hain, lom. II. p. 13J», une description trcs-dél»illée de re précieux recueil.
» l e père l^ire dit que cette édition e*t m rare «pip. »i elle ne w tron-
lemcnt que quatre exemplaires parfaits; celui de la Bibliothèque impériale est peut être le plus beau et le plus précieux ; c'est l'un des plus admirables livres qui se puissent voir.
t ne édition, fort précieuse également, est celle qui fut publiée à Paris par les illustres imprimeurs associés qui, les premiers, importèrent en cette ville l'heureuse découverte de Gutenberg, vers 1470 , Ulrich Gering, Martin Krantz et Michel Friburger. Publiée en 1171, sous la direction de Jean de la Pierre 1 et de Guillaume Fichet, recteur de l'universilé de Paris 1 ; cor-
vait |*s désignée dans la liste que Sweyuhevm et PannarU ont donnée à Sixte IV des productions de leur imprimerie , liste dans laquelle ce livre est porté comme tiré à 550 exemplaires, il y aurait à douter de son existence : en effet elle n'a été connue que sur le rapport d'Orlandi et de Maittaire. I* père Laire ne l'a pas vue et le P. Audiffredi non plus, bien qu'il conjecture, d'après uu vol. de la Casemate contenant les Tustulanes avec le de Finibus , sans aucune note d'impression, que ce fragment , évidemment sorti des presses de Sweynheym et PannarU, doit faire partie de celte précieuse édition : elle fut décrite pour la première fois à la vente Crevenna ( 1789), où s'en trouvait uu exemplaire complet.
1 Jean Heynlin, né à Stein, en Suisse, près de Constance : cette circonstance lui fît donner le nom de Joannes von Stein, ou Johannes Lapidt sus, on encore Jean de la Pierre.
» Dans l'Épitre de Jean de la Pierre, professeur de théologie, à Guillaume Fichet, docteur, on lit ce passage glorieux pour celui-ci :
Nam ut Elo || quentiâ e Grecis in Latiû Cicero pmus omniâ cumulatissime || traiecit! sic e Latio Lutctiam || eam tu longe primus intulisti.
Cette Epitre se termine au recto du 3* feuillet ; puis viennent quatre vers du même au même, et on lit encore :
Sln rueriiil frugi | maior tibi Q Upidano (JraUa etebetur | laus quoq» nwioi erlt.
k it Di-
rigée par Erhardus YVindsberg, cette rare et précieuse édition (in-fol., lett. rondes, >ia ff., de 3i lignes à la page), quoique moins complète que celle de Rome, n'en forme pas moins un volume du plus grand prix : l'exemplaire de la Bibliothèque impériale est parfaitement beau
I Que l'un nous permette , à propos du spleudide exemplaire des Opéra philosophica , de Gering, conservé à U Bibliothèque impériale, de relever une singulière allégation, que uous trouions dans l'intéressant 'ouvrage de M. Aug. Bernard , sur YOrigine de l'imprimerie ' ; voici ce que nous lisons, lotu. Il, p. 310:
h Une édition des Tusculanie questiones de Cicéron, in-fol. de H7 ff... l'exemplaire unique de la Bibliothèque nationale est incomplet de trois feuillets, le premier et deux autres , que Van Praet, pour satisfaire sa monomanie bien connue, a eu le courage d'arracher et de donner à M. Ant.-Aug. Benouard, en échange d'un exemplaire du Mérite des femmes, in-32 , en vélin. C'est ce qu'a constaté Van Praet lui-même dans une note de sa main , reliée avec le volume et datée du mois de septembre 1826. »
L'écrivain qui a eu le courage d'accuser d'uue pareille énormité nu homme dont la mémoire est respectée de tous les savants et de tous les bibliophiles, aurait peut-être pu se donner la peine de prendre quelques renseignements à la Bibliothèque impériale; il n'est aucun des employés de cet établissement qui ne se lut empressé de lui communiquer le bel exemplaire, parfaitement complet, conservé sous le numéro * E © 65 B.
L'écrivain aurait pu ajouter que les deux volumes « parés, doubles de parties, portant ce même terrible numéro * E 65 B , sur l'un desquels il a trouvé la note de M. Van Praet, note qu'il tte rapporte même pas textuellement, n'auraient pu , réunis, former un exemplaire complet des Opéra phiiosophica, puisqu'il y manquait les 6 feuillets du Somnium Scipionis.
II n'a pas copié textuellement lu note de M. Van Praet, car la voici : « Tusculame qusestiones, Paris, Gering, in-fol.
« Manque lr premier feuillet et deux autre* qui ont été donnés » • Taris, Imnnm. impériale. IR&3. 2 roi, m-R.
SUR CICKKOY 89
Donnons encore la description de quelques parties importantes de ce recueil, qui ont été imprimées séparément, à des dates antérieures à la publication de l'édition collective.
Ofjiciorum libfi très, Puradoxa et versus xu Sapientium. — La première édition fut publiée à Mayence, en i/|65, par Pierre Scheffer de Cernsheym et Jean Fust :
Joanues Fust, Moguntinus civis...
Pétri manu pueri mei féliciter efTeci.
C'est un petit in -fol. goth., de 88 ff. à 28 lignes par page. Ce rare et important volume est à la fois le premier volume cicéronien qui ait obtenu l'honneur de l'impression et en même temps le premier des classiques anciens dont la sublime découverte de (iutenberg, de Fust et de Scheffer, ait assuré l'existence. C'est en même temps le premier ou tout au moins le second livre dans lequel on ait employé pour
M. Kenouard pour le Mérite îles femme* , in- il 2, imprimé sur vélin et 2 autres volumes, le septembre I82»î. •>
Que ces deux autres volume» fussent d'une valeur considérable on minime, là n'est pas la question, mais nous pensons, en toute humilité, que l'écrivain aurait pu se donner la peine de mentionner le fait.
Terminons ici cette digression pénible : nous n'avons point qualité pour connaître des torts qu'a pu avoir tel ou tel, en matière littéraire ou bibliographique; et d'ailleurs M. Brunei a déjà suffisamment lelevé cette regrettable inadvertance.
la première fois des caractères grecs 1 : on peut, à cause de la rudesse et de l'imperfection de ces caractères, et des lettres gothiques semées à travers les lettres grecques, leur accorder hardiment l'antériorité sur ceux qu'employaient la même année Swevnheym et Pannartz à Subiaco pour l'impression du Lactance. De plus les caractères grecs des Offices sont gravés et même très-grossièrement ; pour le Lactance ils sont fondus, c'est-à-dire mobiles. Enfin le Lactance est daté de l'antépénultième jour d'octobre, et tout porte à croire que le livre des Offices a été publié dans la première moitié de l'année i^»5. La plupart des exemplaires connus de ce livre précieux sont sur vélin ; il y en a au moins ag : on en connaît fort peu sur papier, et pourtant ils sont moins chers que les premiers.
Ce livre célèbre a de tout temps éveillé l'attention des bibliographes, et les quelques différences que l'on peut remarquer entre plusieurs exemplaires ont motivé des recherches ingénieuses, trop ingénieuses, sans doute, car elles tombent dans la minutie : qu'ils aient ou qu'ils n'aient pas les écussons de Scheffer tirés en rouge, que telle souscription manque dans un exemplaire et se trouve dans un autre, que
■ MaitUirr; Ànn. trpogr.
SUR CJCÊRON. 91
dans celui - ci on use Prefatio et dans celui là Prefacio, que presque tous aient les pontuseaux perpendiculaires, c'est-à-dire soient in-fbl., mais que quelques-uns les aient en travers, c'est-àdire soient in-4°, etc., qu'est-ce que cela prouve? Uniquement, ainsi que l'a fort bien dit M. Brunet, qu'il y eut un nombre successif de tirages, quatre ou cinq peut-être, de différentes feuilles d'une seule et même édition, tirages motivés par des corrections répétées, et non pas quatre éditions différentes, comme de Bure, dans la Bibliographie instructive, cherche à le prouver par de longues et peu intéressantes recherches.
C'est aussi dans ce livre, au dernier feuillet, que se trouvent imprimés, pour la première fois, des vers d'Horace , la septième ode du livre IV :
Diffuyere nives; redeunt jam yrnmina catnpi* Àrboribusque comx.
C'est encore là, pour la première fois, que le nom de Plutarque paraît ; Scheffer reproduit en latin cette apostrophe du rhéteur Apollonius, rapjiortée en grec par le célèbre polygraphe : « Te /tempe, Cicero, et lautlo et admiror; sed Grœcotttm fortunée me miseret, ciwi videnm enulitionem et eloquentiam, qum soin bonorum nabis relie fn erat, pcr te Romani accessi.sse. »
Les Pamthxti, qui sont imprimés ici pour la première fois avec* le de Of'Jieiis, furent réimprimés séparément à Rome, avec I se tins et Cttto Major \ chez Sweynhevm et Pannartz, 1469, gr. in-4°-
Ce livre à jamais célèbre, de ()f fiais, quelquefois aussi nommé Ethica, était tiré des philosophes grecs Païuctius et Hécaton ; mais il se développa et fut si complètement défiguré sous la plume éloquente du maître romain, que l'on peut hardiment le présenter comme le Corpus prœceptorum juris naturalis et moralis disciplina? le plus parfait et le plus sublime qui ait été jamais conçu par le génie de l'homme.
De tous les écrits de Cicéron, c'est certainement celui qui resta à toutes les époques le plus populaire et le plus cultivé. Sur le plus grand nombre des manuscrits que l'on en rencontre, on retrouve ces deux vers :
Excellunt libros cunctorum philosophorum Isti quos fecit très Tullius Officiorum ».
D'après une note autographe de Pétrarque, qui se voit sur un précieux manuscrit de la Laurentinna % note que cite Randini (Cat. Bibl.
' Maittaire, Ann. trpogr.
i Ce manuscrit, que l'on rroil du douzième siècle, est enrichi île commentaires de la main de Pétrarque, qui sont d'une grande impôt tance : reronnaisMiMet au caractère de récriture, ces noies le son! aussi
Sllt CICÊItON. 93
Laurent., t. III, p. <>3), ces doux vers seraient île l'un des plus illustres admirateurs deCicéron, de saint Augustin.
La plupart des manuscrits de ce beau livre que l'on voit figurer dans les ventes sont du quinzième siècle, presque tous les autres du quatorzième. En tète de quelques-unes des innombrables éditions qui en ont été données dans le seizième siècle, il n'est pas rare de rencontrer une note ainsi conçue : « La révision de ce texte a été faite sur 12, sur 14 , et même sur i>. manuscrits anciens. » L'excellente édition in-4° ? imprimée chez Didot en 1796, et tirée à 171 exemplaires, a été revisée sur plus de 4° manuscrits, du moins si nous pouvons ajouter foi à une lettre autographe du savant bibliothécaire de Bruxelles, la Serna Santander.
De Finibus bonarum et malarum libri /', ad
au genre d'orthographe tout particulier adopté par l'illustre poète : en effet, il ne s'astreint nullement à suivie les règles grammaticales : il écrit miclù pour miki, ulMitas, conparare, seeondus, filosofut. Son écriture est extrêmement capricieuse : ce sont tantôt des grandes lettres, tantôt des minuscules; souvent les caractère* sont droits et carrés, souvent inclinés et allongés. Le manuscrit dont il est ici question avait fait partie de sa hibliotheque particulière; il est décrit dans le catalogue que Jac.-Ph. Thomassin en donna dans son Pelrarcha redhivm. Il est de plus chargé de notes et de seolies d'une autre main, que tous les savant* s'accordent à reconnaître pour celle de lioccace , l'ami particulier de Pétrarque, et tout porte à croire que l'illustre auteur do Décamcron, sachant l'ardeur que mettait son rival de gloire à la recherche des trésors de l'antiquité littéraire, lui fil hommage de ce! incomparable manuscrit.
9Û ÉTIDK
M. Brututn. \ja plus ancienne édition connue est imprimée sans indication de lieu ni de date, mais avec les caractères dTlricli Zell, de Cologne; elle doit avoir paru vers 1 4G9 ; c'est un in-4° de 119 feuillets, *7 lignes à la page. De Bure avait d'abord attribué avec autorité cette édition aux premiers imprimeurs de Mavence : il est revenu sur cette erreur grossière dans son catalogue du duc de la Vallière.
De Legiètts. M. Brunet cite de ce traité une très-ancienne édition in-fol., sans indication de lieu ni de date, mais imprimée en caractères romains, qu'il a trouvée dans le catalogue du docteur Askew, dont l'exemplaire, annoncé comme édition princeps, mais sans aucune description, a été vendu la livres 11 schellings. M. (iraesse croit (pie cette édition, comprenantes Officia, les Parado.ra, le de Amicitia, etc., fut imprimée à V enise vers 1/172 ; il la décrit comme composée de 1 44 feuillets; le traité de Ijegibus a 3i feuillets à 36 lignes. M. Bmnet, à cause de la conformité de certaines lettres, Va et le g, ainsi que de l'abréviation du mot que, le croit sorti des mêmes presses que la première édition d'Horace, dont on ne connaît pas l'imprimeur, à moins que l'on ne veuille admettre la présomption de Hain, qui l'attribue à Franc. Renner de Hailbrunn, à Venise.
SI II UCiUtON. S»6
Ce fut eu Allemagne que le Pogge trouva les manuscrits de ees deux derniers traités ; il les rapporta en Italie, les transcrivit et probablement présida à leur impression. Il est donc k croire que l'édition du docteur Askew était d'origine milanaise ou vénitienne , à moins cependant que ce ne fut un simple fragment d'une des premières éditions des Opéra philosophica, ce qui s'est rencontré plus d'une fois et a presque toujours induit les bibliographes en erreur.
Le plus ancien manuscrit connu du traité de /.egibus se trouve à la bibliothèque Saint-Marc à Venise où il est inscrit sous le numéro CVI1I : ce précieux codex est du huitième, peut-être même du septième siècle. Il porte sur le premier feuillet cette note : Herinharius episc. dédit sanctm Marim. Il fut transcrit au commencement du quatorzième siècle, pour les frères mineurs de Florence, par Henricus de Circula, et cette transcription servit de type à tous les manuscrits qui, aux quatorzième et quinzième siècles, furent répandus à profusion dans toute l'Italie.
De Natura deoruni (lib. III); de Divination* (lib. Il) ; de Fa to ; de Legibus ; Acadernicse. ausestiones, liber ad Hortensium ; fie Disciplina militari et M. T. Ciceronis vita , ex dictis Plutarchi breviter e.rcerpta. Otte édition fut imprimée à Venise par Vendelin de Spire en 1/171 :
SHi ÉTUDE
c'est un in-/|° de 186 feuillets à 34 lignes (les feuillets i5i et i5a sont blancs). Ce fut sur des manuscrits retrouvés et transcrits par Nicolas Niccoli qu'elle fut exécutée par l'imprimeur allemand, sous la direction de Raphaël Jovenzonius, et non pas, comme on aurait pu le supposer, d'après l'édition collective des Opéra philosophica, imprimée à Rome la même année.
Remarquons que le traité de Disciplina militari, compris par INiccoli dans les œuvres de Cicéron, est très-probablement de Modestus; il fut publié séparément à Paris en i5/|i et attribué à Cicéron, vu/go Ciceroni ad.scripfus.
Tusculanarunt qtavstionum libri l , ad M. Brutum. Ce traité a été imprimé pour la première fois à Rome, chez Ulrich Han de Wienna en 1/169, in-4 feuillets à 35 lignes;. Les bibliographes sont divisés au sujet de ce livre : les uns ( Laire et le Père Audiffredi ) prétendent qu'il forme la dernière partie d'un plus ample recueil, contenant les Paradoxe, Ijrlius, Cato et le Somnia/a Ciceronis , imprimé par l'Irich Han; mais tous les autres, Panzer, Maittaire, Lichtenberger, etc., soutiennent qu'il a été imprimé seul.
En 1 4 7 : N Fr. Philelphus expliquait et com-
' UtJalnem Han, latine Gatlut ou le Co<| , nuiione Hermanm et Ingclstaiit, ri vis Wiennensis. Panier, tom. I, p. àfi.
SUH CICÉHON. 97
mentait les Tusculanes dans des cours publics à Rome, qui avaient un grand retentissement, et ce fut lui qui rappela le premier que Qcéron composa cet ouvrage alors que César, devenu maître de Rome, laissait à l'orateur tous les loisirs nécessaires pour s'appliquer exclusivement au culte de la philosophie et des belles-lettres ; et celui-ci , réunissant dans sa maison tous ses doctes amis , leur récitait ou plutôt leur dictait ces admirables entretiens , qu'il improvisait familièrement en quelque sorte, ut quemdam ludwi» Utterarium,
De Amicitia; de Senectute ; Paradoxa; Somniuni Scipionis. In-fol. goth. de 33 feuillets à 3u lignes; première édition fort rare des deux premiers traités publiés séparément. Dibdin (Bibl. Spencer, vol. I, p. 375) la croit avec raison sortie des presses d'Ulrich Zell à Cologne. M. Brunet fait remarquer que la première page n'a que 3o lignes.
Le de Senectute fut encore imprimé deux fois séparément chez Ulrich Zell ; les deux éditions ont i!\ feuillets , et sont imprimées en caractère gothique, sans aucune marque ni indication; l'une a u6 lignes, l'autre .17 à la page (Hain, 53o6, 53o7); ces éditions sont peut être les premières de ce traité : maintenant, des deux quelle est la première? qui le sait et qu'importe?