‹ Essai biographique sur Jehan PerréalChapitre 4 sur 8 · PERRÉAL, ARCHITECTE ET L\GÉMEUR · texte numérisé non relu

PERRÉAL, ARCHITECTE ET L\GÉMEUR

Nous avons représenté Perréal incessamment occupé aux décorations de la ville, comme peintre, d'après les ordres des magistrats de Lyon, à l'occasion des entrées de nos rois, depuis 1483 jusqu'en 1518 ; nous allons faire connaître, maintenant, ses nouveaux titres à la faveur de ses concitoyens, comme architecte et ingénieur.

Aucune des questions d'utilité et d'embellissement de la Cité ne lui est restée étrangère, à une époque où la grande voirie était loin d'être régulièrement administrée. Son opinion, respectée de tous, prévalut constamment dans le conseil de la Commune où il était appelé à donner son avis* L'exécution a justifié ses sages prévisions pour préparer, dans l'avenir, le redressement et l'assainissement des rues de Lyon, qui n'étaient alors rien moins que spacieuses el • aérées.

Son expérience de constructeur lui fera surmonter les difficultés dans les travaux de réparations du pont du Rhône (pont de la Guillotiëre), si souvent compromis parla rapidité des courants.

Nous le verrons, ingénieur habile, tracer les fortifications de la montagne Saint-Sébastien, destinées à garantir Lyon de tout investissement de l'ennemi, de ce côté.

Enfin, il livrera à Marguerite d'Autriche, veuve de Philiberl-le-Beau, duc de Savoie, les plans du couvent de Brou, ceux de l'église et des tombeaux que celte église renferme, monuments qui font encore, aujourd'hui, l'orgueil de la Bresse.

Et comme si ce n'était pas assez de consacrer sa vie à tant

de belles œuvres, il se montrera diplomate habile, auprès du roi Louis XII, pour empêcher la démolition du bourg Sainte Vincent que ce prince avait prescrit à' abattre, malgré les représentations des magistrats de Lyon, dans le but de fortifier celte ville contre l'étranger.

Continuons l'ordre chronologique des faits:

LelOjuin 1493, il fut appelé à donner son avis, conjointement avec Clément Trye, pour l'établissement d'un nouvel hôpital aux Deux-Àmanis, kVaise. La délibération municipale porte ce qui suit :

« Jehan de Paris, peintre, et Clément Trye sont mandés « eulx trouver, deux heures après-midi, vers les Deuxce Amans, avec Monseigneur le lieutenant du Boy, et aultres « officiers qu'il vouldra fere mander, pour aller deviser « Tesdifice et construction de Tospi^al que messieurs les cha- (( marier et Chapitre Sainl-Pol dudict Lyon sont tenus et (( doibvent fere au lieu de celui qu'ils ont baillé au roy pour « fere un covenl des religieux de l'Observance. » • Le plan proposé par notre architecte fui adopté.

Dans le même temps, il prit part aux travaux de construction de l'église Saint-Nîzîer, à ceux de l'Aumônerie Générale et de l'Eglise des Cordeliers de l'Observance, connue sous le nom de Notre-Dame-des-Anges et bâtie sur. remplacement de l'ancien hôpital des Deux-Amants qui appartenait au Chapitre de Saint-Jean. La pose de la première pierre de celte église fondée par Charles VIII et par Anne de Bretagne, son épouse, avait eu lieu le 25 mars 1493.

Chargé, par les Conseillers, d'inspecter d'importants travaux de grande voirie, exécutés sous la direction de Denis Bicheran châtelain de Sainl-Symphorien-le-Château, commissaire spécial à Lyon, Perréal visita les terrains à bâtir et ht prévaloir ses rapports. Nommé expert, il traça les alignements pour protéger la navigation de la Saône. Ses collègues

étaient Glande Thomassin, Jehan Goyaud, à lapart du Rhône] Guillaume Guerrier , Jehan Salla et Amé Bulliod , à la part devers le royaume.

Il a conservé ses fondions d'archilecte-voyer et de contrero//ettrdes bâtiments jusqu^à la On de sa vie. Il se montra toujoursaussi favorableque possible envers sesconciloyens,lorsque leurs demandes pouvaient s'allier avec le strict exercice de son emploi. Les registres consulaires témoignent d'une foule de propositions qu'il 6t, au nom des habitants de Lyon, pour Tamélioration de leurs immeubles, propositions qui reçurent la sanction légale de Tautorité administrative.

En 1508, deux arches du pont du Rhône, du côté du Dauphiné, furent enlevées par une crue des eaux du fleuve. On fit venir des ouvriers expérimentés pour le réparer, et parmi eui Glaudc Gléret, habitant de Salins. Jehan de Paris fut prié par le Gonsulat d'aller voir et visiter V exivre du pont du Rosne^ afin de compasser les scindres (cintres) posés au premier arc,

Il s'y rendit avec les entrepreneurs, vérifia les plans et le tracé sur le pavé de l'église des Gordeliers, et proposa une rectification importante qui fut adoptée. On lit dans le registre consulaire qui rapporte cette circonstance, que :

« Le lendemain, 16 janvier, le trésorier Baileux futauto- « risé à lui compter 11 livres 2 sols tournois, pour 6escus « soleil, baillés par la ville, pour gratifier Jehan de Paris de « ses peines, et mesmement mesurer et compasser en Cart de « jométrie et au petit pîé, tant la massontierie jà commencée « que les premiers scindres mis et posés au preRîier dés dicts « deux arches, pour trouver la faulte qui y estoit faite par les (1 massons et charpentiers qui ont les prix-faits des dicts ou- « vraiges, dont, pour remédier es dictes faultes, le dict de Pa-

« ris en a faict et baillé son advis et raport par escript, aussy a certain patron en papier. »

L'année 1504 avait été fatale à une grande princesse, k Marguerite d^Autriche, Glle de Maximilien P^, empereur d'Allemagne. Elle vit expirer son époux, Philibert-le-Beaa duc de Savoie, à son château de Pont-d'Ain, près Bourg, le 10 septembre, à neuf heures du matin, dans la chambre même où il était né (1). Ce prince, atteint d'une pleurésie, résultat d'une imprudence, mourait à Tâge de 24 ans, laissant, après lui, une affliction sincère dans tout son duché et une profonde douleur dans le cœur de la duchesse.

La jeune veuve résolut d'exécuter le vœu formé par Marguerite de Bourbon, sa belle-mère, vœu resté jusque-là

(1) C'est à tortqiie Cussinet, auteur d*un essai historique sur Marguerite d'Autriche, en 1748 (réimprimé à Lyon, en 1837, chez Barret), a écrit que ce prince était décédé le 7 novembre 1488. Il n'a pas été plus véridiquc que Guichenon, en assignant la date du 2 janvier 1492 aux fondations de l'église de Brou.

Enfin, une foule de noms manque d'exactitude dans cette brochure.

Cussinet paraît avoir puisé ses renseignements à la même source que celle de l'historien Rousseict, c'est-à-dire dans les archives du couvent de Brou, et il admet aussi la version qiii attribue à André Colomban, architecte de Dijon , le mérite des dessins et celui de la construction de l'église de Brou. Nous dirons plus loin ce que nous pensons de cette opinion.

sans effet. Il remontait à Tannée 1&80. Voici en quelle circonstance :

Le père de Pbilibert-le-Beau, Philippe II , chassant auprès de Sainl-Vulbas-en-Bugey, était lombé de cheval. Il s'était cassé le bras. Marguerite de Bourbon, sa femme, fit le vœu de fonder à Brou un monastère de Tordre de Saint- Benott, si elle obtenait du Ciel la guérison de son époux. Le duc recouvra la santé, mais la duchesse mourut en 1483, recommandant à son fils Taccomplisscment de son vœu. Ce fut donc un devoir dont sa belle-fille hérita.

A dater du décès de son mari, Marguerite d'Autriche n'eut qu'une seule pensée, celle de faire construire le couvent de Brou et un tombeau monumental, un sanctuaire où seraient déposés les restes de ses plus chères affections jusqu'au moment où elle prendrait elle-même sa place, après sa mort, k côté de son époux.

Ce but a été atteint ; mais le monastère a été consacré aux Augustins, sous le patronage de saint NicoIas-de-Tolentin, au lieu de celui de saint Benoît.

Le tombeau de Philibert-le-Beau se trouve placé entre celui de sa femme et celui de sa mère, dans le chœur de Téglise de Brou.

Chargée du gouvernement des Etats de Flandres, pendant la minorité de son neveu Charles-Quint, la veuve de Philibertle-Beau dut s'éloigner de la Bresse; ce ne fut pas sans avoir sollicité, et obtenu de la Cour de Bome, Tautorisâtion nécessaire pour établir cette fondation. Le pape Jules II Taccorda. La bulle est datée de Bome, du 17 des Kalendes d'août 1506, et le 27 du même mois, la prise de possession du couvent, par les Augustins, eut lieu régulièrement.

L'année précédente, sur les instances de Jean de Loriol, évéque de Nice, le pape avait autorisé la réunion du prieuré de Brou et la translation de son titre de paroisse à Téglise de

Notrc-tiarné de Bourg, église i)lds coiiiitlOâS et plus centrale, pour les habitants, que la chapelle de Brou, éloignée dé' là vilté.

Cette princesse acheta les tërre^ et bdt!men{s de l'ancièiii prieuré'; elle ordonna la construction immédiate du nouveau monastère qui devait loger douze religieux Àugnstins de lai congrégaHon de Lombardie.

On avait cherché des artistes et des ouvriers habiles; où' avait fait appel aux architectes, aux constructeurs de la Bresse et à ceux des villes voisines. Les plans furent établis ; les travaux de maçonnerie donnés à la tâche aux ouvriers du pays. On commença l'œuvre monumentale par les bâtiments du couvent. Mais les archives de Brou sont restées muettes sut

les noms des auteurs de ces plans A qui la fondatrice éon-

fia-t-elle leur exécution ? Qui les a tracés ? Bien neVitldîque d'une manière précise. Le Père Bousselet, l'historien dé Brou, ne le dit pas, bien qu'il ait cité Van-Boghem comme le principal constructeur (1). Guichénon, dans son Histoire d^é Bresse, s'abstient également.

(1) Le Père Rousselet a écrit : «Les fondations de l'Eglise n'ontété « jetées par Marguerite qu'au mois d'avril 1511. Loys Van-Boghem, Alle- <( mand de naissance, fut le principal architecte de l'édifice, du moins, nos « manuscrits les plus anciens 4e nomment ainsi ; cependant, s'il faut en « croire une tradition appuyée sur quelques mémoires qui m'ont parus (( assez exacts, c'est André Colombariy né à Dijon, et non pas Loys Van^ « Boghem, que Von doit reconnaître pour le pi' entier architecte. Ce qu'il y a « dccbrlâin, c'est qu'il fut, au moins, le chef des ouvriers, puisqu*on le « trouve à leur tête dans tous les Ofiginaux qui les concernent. »

Quelque peu concluant que soit ce texte, il est évident qu'il y a erreur dans la date de la fondation de l'église et sur le nom du premier architecte.

Si Colbmban a existé, il n'a été employé qu'en sous ordre.

M. Amaiitôn,' littérateur du département de la Côtê-d'Or, a publié,

..cependant, l,e temps n'9 pas permis que ces poms fussent éternelleoieut ensevelis dan^, l'oubli ; jls ont été proclan^é^., ,en 1838, d'une ipaniëre fortuite, à la suite d'upe découverte ^ite par M. Le G.lay, archiviste du départenient du Nord, qui les publia dans ses Analecies historiques. Us furent cités dans plusieurs docunients extraits des anciennes ar^biy.es de Flandres, pendant le gouvernement de Marguç-

cn 1840, une notice intéressante sur André Colomban, comme principal architecte de Brou. L'auteur a voulu, sans doute, faire hériter la ville de Dijon du plus beau fleuron de la couronne d'un artiste habile ; mais les reijiseigi^ements donnés par,B|. Amanton, sur son arç^iteqtç et sur Brou, sont, aussi inyraiseg[)blables Tun que l'autre.

D'après lui, V ouverture des fondations fut comp^^ncée eu, l^p6 el terminée à la fin de cett,e animée. La pose de la première pierre aurait eu lieu le 2 janvier tbOl . Dix-sept mois après, en mai 1508, les fondations de V église étaient à fleur de terre, etc., etc. Ces renseignements sont inexacts.

Quant à la participation de M^ Colomban aux travaux, nous avouons notre incrédulité : d'abord, à l'endroit de sa disparition subite de l'atelier, dans le temps où il y était le plus nécessaire. Son remplacement par Philippe de Chartres, en 1518, lorsqu'on sait que Van-Boghem n'a pas quitté l'oeuvre depuis 1513 ; le retour insolite de Colomban au milieu des ouvriers en 1519, alors que le même Van-Boghem a conduit les travaux jusqu'à leur achèvement, en 1532 ou 1536.

Enfin, tout, jusqu'à sa coopération à la coupe et à la pose des pierres, quoiqu'il fût devenu complètement aveugle, et Sa mort au milieu des religieux dont il aurait pris la robe , tous ces faits sont très-contestables, et semblent en faire un personnage imaginaire. S'il a existé, et qu'il fût moine, on pourrait conclure que rarchitecle Colomban a consulte les plans qu'il avait réussi à se procurer après le départ de Perréal, et qu'il les a fait passer comme siens. Après sa mort, sa confrérie lui aurait attribué, par ses écrits infidèles, une gloire usurpée dont l'éclat devait rejaillir sur elle, en donnant au moine Colomban des talents et un caractère merveilleux tenant de la protection du ciel.

L'histoire doit flaire justice d'une fable qui ne peut pins captiver l'attention.

rite. Ces pièces ont nommé, pour la première fois, Jehan PerréaL dit Jehan de Paris, peintre et valet de chambre du roi de France, et Michel Colombe, tailleur (Tymaiges^ habitant de Tours, comme ayant été chargés de Texécution des travaux de Brou.

A partir de ce moment, de nouvelles recherches se sont succédées avec persévérance. On a fouillé, avec ardeur, les archives de Bourg, celles de Lille, de Dijon et dernièrement celles de Lyon.

On a trouvé de nouveaux renseignements sur ces illustres artistes, et la qualité de premier architecte de Brou y comme auteur des plam mis à exécution^ paraît définitivement acquise à Perréal, le peintre, Tarchitecte lyonnais presque inconnu jusqu'ici.

La participation de cet éminent architecte dans l'œuvre monumentale de Brou, était demeurée, d'abord, douteuse pour quelques archéologues; niée même, en 1844', par Tauteur des Recherches historiques et archéologiques sur Téglise de Brou (1).

Sur la foi du savant Du Saix , commandeur de l'ordre de Saint-Antoine, auteur du poème intitulé : Le Blason de Brou, écrit à la louange de Marguerite et à celle du constructeur Fan-Boghem^ on avait voulu attribuer, exclusivement , à ce maistre masson flamand , Thonneur d'avoir conçu les plans des monuments dont il s'agit. Cette prétention a été combattue par de nombreux documents historiques qui lui ont été opposés.

Cependant, depuis iSbk ^ on admettait que Jehan de Paris pouvait être l'auteur des plans du couvent de

(1) M. Baux, archiviste du département de l'Ain. 1 volume in-8o, 1844. Réimprimé en 1854, à Lyon, chez M. Vingtrinier.

Brou, de 1505 à 1510, à Texelusion de ceux de l'église. Ce premier pas était d'un bon augure pour l'avenir. La raison et la logique des faits finiront, espérons-le du moins, par persuader les plus incrédules.

En effet, il eût été difficile .de ne pas se rendre à l'évidence concernant les bâtiments claustraux bâtis antérieurement ù l'église. Nous avions publié, en 1847, une notice (1) dans laquelle nous mettions au jour une lettre du secrétaire Barangier, annonçant à Madame, l'arrivée à Brou du maistre masson Van-Boghem, en novembre 1512, pour reconnaître la Plage de l'Église. Or/ les cloîtres étant déjà construits k cette même date, sans la participation du constructeur flamand, il a donc iallu reconnaître qu'il existait des plans qu^on avait suivis, et qu'ils devaient avoir été tracés par le peintre Jehan de Paris, travaillant pour Madame, depuis 1505.

Voyons, aujourd'hui, s'il existe une cause qui puisse s'opposer à la création des plans du même architecte, pour Tégliseet les tombeaux. Il iren existe aucune.

D'abord, en 1505, la princesse, qui avait connu Perréal à la cour de France, n'ignorait ni sa science, ni la réputation dont il jouissait à Lyon. Comment aurait -elle confié à un autre artiste ses projets et ses espérances qui préoccupaient sa pensée toute entière ?

Pouvait-elle placer ses intérêts en de meilleures mains? Qui admettra que, trouvant, à la porte de la Bresse, un ancien serviteur dévoué, capable de diriger la construction monumentale qu'elle méditait, Marguerite ne Tait pas chargé du soin de remplir ses intentions, soit en lui faisant part de

(1) Dissertation sarde nouveaux documents trouvés dans les archives du Nord, concernant l'église de Brou. — Dufay, 1 broch. in-S. Bourg, 1847.

ses propres idées, soit en laissant Jehan de Paris libre de ses inspirations ?

Le doute fût-il possible, il tomberait devant le témoignage de Perréal, lui-même, sous la date du 15 novembre (1509?) exposant h Madame, ce qui suit :

« Depuys le temps que de vous je reçue une leslre con-

a tenant en> somme que veulliez que je feusse payé d^ane

<x pension que, de piéça, vous pieu me donner et de bon

« ceur ociroier, de laquelle ay joy deux ans y et jà sont

c< fasses troys que je n'en ay rien reçu, j'ai esté en Cour

« tousjours,et en ceste dernière guerre contre les Vénitiens,

« où ai eu plus de dangier que de mal, etc. (1). »

Donc Jehan de Paris recevait, depuis 1505, de Marguerite d'Autriche, une rémunération de ses travaux comme architecte; sans cela, pourquoi celte pension? Elle était octroyée depuis cinq ans, précisément depuis le commencement des travaux du couvent de Brou, en 1505, et, comme preuves, rappelons les passages suivants extraits du prix-fait de V Eglise et des travaux du couvent^ marché daté de la même armée.

« S'ensuyt Tordonnance de la tasche de Brou, touchant

« l'esgliese, mise en ordre, etc. — Seront tenuz les massons

« fere la toyse du mur de 6 pies en carreur, toysant le vide

« commeleplein,jouxleleconlenudu;}our^rafd,pourleprix

« d'une chascune toyse, IIII liv. XV s. — item, seront tenuz

a les massons fere le portai devant, beau et honeste, jouxte

« le contenu du pourlraict^ avec son osliaire et le pignon

(c dessubs , comptés pour le prix, c'est assavoir IIII c. liv.

« — Item, plus seront tenuz fere deux sépultures^ belles

(1) Cette lettre a été publiée dans le Journal d*agricuUure^ sciences et «rte du département de VAin^ 1848 (n<» 11 et 12).

« et honestesj selon Tordonnance du pourtraict^ pour le t( prix 9 d*ane chascane sépulture, CL liv.

a — Seront tenuz les massons fere les grans et basses « voltes, les pilliers, les murs. — Les planes de pierre de « rpche pour paver. — Dng charnier, etc., etc.

« S'ensdyt le MONASTERE... Ic boslimcnt de Madame.,. « et le tout fere selon le pourtraict dont ils en auront le a double (!)• »

Le mol pourtraict n'a évidemment ici que la seule signification naturelle de plan.

Or, si l'on admet que les plans des bâtiments claustraux ont pu être faits par Jehan de Paris, il faut admettre qu'il a fait aussi ceux de Téglise, parce que le texte qui vient d^ôlre rappelé constate le pourtraict du couvent et celui de l'église. Celle preuve se trouve encore corroborée par la déclaration formelle de la princesse, dans son testament du 20 février t508 (2), déclaration ainsi conçue:

c( Nous élisons la sépulture de nostre corps en Cesgliese du « covent de St.-Nycolas de Tolentin-lez-Bourg en Bresse, « lequel avons fondé et faysons présentement édifier et cons- « truyrei — Item, en cas que au jour et à l'heure de nostre « dict Irespas, le dlci covent, esgliese et fundacion que avons « conclud et deslibéré fere, avec aussy les sépultures, selon « les patrons que en avons faict prendre, ne fussent foictes « et parachevées, voulons el ordonnons iceulx covent, cô- « gliese et sépultures]^ estre parlaictes selon les dicts pa-- « trons^ etc., etc. »

Il est vrai qu^il manque, dans ce texte, le nom de l'ar-

(1) .Recherches hist. et archéolog. sur V église de Brou par M. Baux, Preuves, p. 1,,2« partie, Bourg 1844, in-8.

(2) Ibidem, p. 32.

liste qui a exécuté tous ces patrons , pôurtraicts ou plans ; mais il est connu : c*est Perréal, puisque Van-Boghem, le constructeur qu'on lui oppose, n'a visité les travaux de Brou, pour la première fois^ qu'en novembre 1512, et que l'archilecte Perréai n'avait pas de concurrents connus de 1505 à 1511 inclusivement.

A son retour de l'armée d'Italie, en 1509, Jehan de Paris s'était empressé de reprendre sa correspondance avec Madame. Il lui écrivait :

« Et quand j'ai esté arrivé à Lyon, j'ai trouvé Jehan « Lenôaire, qui avoil fait ung volume que je crois avez à « présent, et d'aultres euvres, lequel me dit vostre instruc- « tion touchant trois sépultures que voulez fere en l'es- « glise que faites faire près de Bourg, que Ton dict estre « fort belle« Sy me dict qu'on vous en faict quelques patrons; « mais il me dict que s'il estoil possible d'en faire ung de <i quelque mode digne de mémoire^ que vous Tarez agréa- « ble. Sy me suis mis après, tant pour mon debvoir envers « vostre majesté que pour l'amour que je vous dois, et ay re- « viré mes pourtraictures au moins des chouses antiques « que fay eu es parties d'Italie^ pour fayre de toutes belles « fleurs ung trossé bouquet dont fay montré le jet audict « Lemaire, et maintenant fais les patrons que f espère arez en « brefy etc. — j'ay trouvé albastre la plus blanche du monde a et à bon conte, grandes piesses et à grant quantité. Oultre, « j'ay trouvé ung bon ouvrier et excellent disciple du M^Blichel « Coulomb, homme de bon esprit et qui besoigne après le ce vif, lequel est contant de besoigner k Lion, ou à Bourg, « combien que je serai voulonliers près de luy, car vous « entendez assez que rien nen empireroit et mesmement ce pour le visaige de feu Monseigneur et aullres choses. . . etc. » Or, nous avons vu, par le testament de Madame, qu'il existait déjà des plans ou patrons pour les deux mausolées

de Marguerite de Bourbon et de Philibert-le-Beau. On lui confia le troisième. — Il en fit le plan et les dessins d'ung mode digne de mémoire ; et, en efifet, le (ombeau de Marguerite d'Autriche est plus somptueux et plus riche de détails d'ornementation que les autres.

Cette révision des plans des tombeaux qui entraînait celle des plans de l'église, par Jehan de Paris» reçut sa récompense.

Madame fil compter à l'architecte une première somme de 9 escm d'or au soleil, et, dans la môme année 1509, une seconde somme de 60 escus d'or, portée sur les comptes du trésorier Vionel, en 1510 (1).

Enfin, une récompense plus précieuse encore lui était réservée : son fils fut inscrit au rôle des bénéfices du comté de Bourgogne, et Marguerite conféra au père, le dire de conlreroleur de V édifice de Brou. (Lettre de Madame à Jehan de Paris, febvrier 1511).

La générosité de cette princesse se fût-elle montrée si empressée, si elle n'avait pas agréé les plans de son peintre (2)? l'aurait-elle institué conlreroleur de l'édifice, si elle n'avait résolu de suivre ses plans ?

Cette lettre de l'architecte Perréal ne mentionne que les

(1) Compte des denyers paies par lestres de MadamCf par doys et aultrc' ment^ 1509, pièce III, extrait des archives de Lille.— Voir aussi le compte de 1510, pièce IV. Documents déposés aux archives de la Société d'émulation de TÂin, par Dufay, en 1844. .

(2) Dans sa \\^ course archéologique (3« partie, page 8). M. Sirand a écrit ce qui sint :

« Peut-on induire de ce que Perréal était pensionné par la princesse, a depuis 1506, qu'il a dû faire les plans de l'église?

<( Je ne saurais l'admettre. Un peintre du roi n'est pas un architecte, ce sont deux choses bien distinctes, etc. » -

Nous ferons remarquer à M. Sirand, que Perréal, le peintre du roi, était du nombre de ces artistes d'élite pour lesquels, dans les XIV", XV» et

mausolées ; mais peut-on admellre qu*ayant à placer trois tombeaux considéral)les dans une église dont ils sont les ornements principaux, au chœur même du monument, Tartisle n^ait pas eu besoin de modiGer son plan général ou d'en créer un nouveau ?

Nous croyons qu'il ne pouvait édifier l'église et les tombeaux séparément, sans nuire à Teffel d'ensemble et à la perspective, même aux proportions de l'édifice ; qu'ainsi il a dû tout mesurer, tout accorder, sanctuaire et tombeaux, pour les rendre dignes Tun de l'autre.

Enfin, ce fait n'est plus douteux après la lecture de la lettre suivante de Jehan de Paris, écrite de Blois, le 30 mars 1511, au secrétaire Barangier (1) :

XVI« siècles, la peinture et l'architecture se confondaient dans une même science. M. Sirand peut-il douter des deux qualités de Michel-Ange comme peintre et comme architecte ?

D'ailleurs, Jehan de Paris était architecte à Lyon.

Une objection, selon nous, plus sérieuse, a élé faite par M. Sirand, à l'occasion de la lettre de Perréal, que nous venons de citer et qui appartient à cet archéologue, k S*il avait tracé les plans de V édifice, il ne « 8* exprimerait pas, en parlant à Marguerite, comme il le fait : Vostre <c esglise gu'on dict estre fort belle. Il saurait comment elle est. »

Nous répondons : Jehan de Paris, arrivant d'Italie, ignorait ce qui s'était passé en son absence à Brou ; il a pu croire qu'une autre main avait retouché les plans anciens ; mais informé bientôt qu'il aurait à reviser les dessins des tombeaux, on ne peut lui prêter d'autre pensée que celle-ci :

» L'église que vous désirez faire construire près de Bourg, et qui doit « être fort belle, etc. »

Si l'église eût été en voie d'exécution, cette explication serait inadmissible ; mais elle ne se rapporte qu'au projet futur d'exécution seulement, et Perréal a modifié le plan de l'église, en même temps qu'il a donné le plan du troisième mausolée, en 1511, c'est-à-dire avant la venue de Van-Boghem en Bresse, en novembre 1512.

(1) Voir les Mémoireê de la Société des sciences^ de VagricuUure et arts

ce PoDr ce que (OQSJours voas ay treavé entier, et je Tay « bien aperçeu à Bourg, et m^en suis bien cogneu , quand a dernièrement je y fus pour prendre la mesure de P église ^ a car j'eus plus de peine à assembler ces longues robes (les « conseillers municipaui), de quoy n^avoye que fayre mon ex art... etc.

« Tous les patrons sont faicts et bien enquessez^ je le dece mande à Madame, s*il lui plestdeles envoyer quérir... etc.

« Vous voyez la paine que je prends et de bon cœur, tant « en invencions que patrons ; et sur ma foy, tes derniers « pourtraicts ou patrons que fay faicts, tant celuy de a l'église que DES TROIS AULTRES, m'ont donné beaucoup ce de paine... etc.

a Ce m*est ung grand rumpement de teste, tanS pour ince venter que pour fere au gré de Madame, qui est le tout. »

Devant une déclaration aussi nette, aussi formelle, aussi précise, qui niera désormais que Jehan de Paris soit le créateur des plans de C église et des mausolées de Brou^ de même qu'il a conçu cetix du couvent, dont il a surveillé lui-même l'exécution ?

11 reste à examiner si tous ces patrons, plans et dessins ont été eiécutés tels que Jehan de Paris les a tracés ?

Les bâtiments claustraux sont hors de discussion. Il s'agit seulement des plans, de 1509 à 1511, pour r église et les tombeaux.

Nous reconnaissons que les statues qui décorent les mausolées ont reçu une modification dans la pose des personnages. Ainsi , d'après Tarchitecle Perréal et le sculpteur

de Lille. 1850, p. 330, — et la brochure intitulée : Observations sur la correspondance de Jehan Perréal, dit de Paris, avec Marguerite d'Autriche, eoneemant V église de Brou, par Dufay. Bourg. - 1853, p. 3.

Michel Colombe, elles devaient être représentées en plate-^ forme pour le gisanU c'est-à-dire les personnages couchés; et en élévation pour le vif^ c'est-à-dire à genoux.

Yan-Boghem et le sculpteur Conrard Meyt paraissent avoir adopté, sans doute sur l'avis de la princesse, la plateforme pour les deux représentations, puisque ces statues, sur chaque tombeau, sont couchées pour le vif et le gisant.

Cette modification sudii-clle pour faire perdre à l'auteur le mérite de ses dessins? Nous ne le pensons pas, parce que le principal intérêt de ces statues gît dans la ressemblance des personnages qu'elles représentent; or, les artistes qui ont succédé à Jehan de Paris et h Michel Colombe ne pouvaient la donner par eux-mêmes, puisque le prince Philiberlle-Beau était mort depuis 150&, et sa mère avant lui; ils ont donc copié les pourtraictures faites de la main de Jehan de Paris ^ peintre de Madame.

On n'a rien changé aux vertus (génies), ni aux aultres ymaiges à la correspondance ^ c'est-à-dire aux attributs et ornements indiqués dans le traité conclu, le 3 décembre 1511, avec Michel Colombe.

Cependant l'auleurdes Recherches historiques et archéologiques sur l'église de Brou, n'a pas hésité à écrire que Van- Boghem s'était empressé de substituer ses inspirations, ses planSy ses modèles à ceux de Perréal. Examinons celte assertion qui ne nous paraît pas fondée.

Pour les statues des tombeaux; Yan-Boghem n'était ni peintre, ni statuaire ; il n'a pas dû les modifier de son autorité privée; seul, Conrard Meyt Vymaigier ^ succédant au sculpteur Michel Colombe décédé depuis les patrons qu'il avait faits, a pu décider la princesse à modifier la pose des personnages représentés vivants, au moment de leur confection, en suite de son marché du 24 avril 1526. On n'a jamais songé à faire de Conrard Meyt, Tauteur des dessins

des slaiaes. Il les a sculptés d'après les patrons exislanis.

Le plan général de Téglise a-t-il été modiGé ? La réponse à celte question se trouve mentionnée dans la lettre du secrétaire Barangier à Madame, sous la date du mois de novembre 1512 (1).

« Madame, dit-iK suivant qu'il vous a pieu m'escripre, ay « faict toute adresse h maislre Zoi/s(VBn-Boghem), maislre (( masson; lequel a bien et au long veu vostre édiffice de (( Brouz, et la treuvé très-beau et bien ordonné, et y ont (( honneur les massons, comme il m*a dit. Il a aussi veu « la place pour faire Cesgliese, et treuve qu'il n*est besoing , a de pillots, qu'est grand adventaige.

a // la reculera bien de quinze à 20 pies loin du dict édif- « fice, afinde n'empêcher point la vehue du doreloire ; aussy « pour les chappelles et sacristie Jtant plus belles et grandes ^ « et avec ce, en sera la dicte esgliese plus magnifique..,. El « quanta vos chappelles, à la vérité, Madame, selon que « vous dis à mon parlement^ il les fera à Fopposite du » dict édiffice, et entend d'en fayre une qui sera un chîef- » d'euvre, el pourrez descendre par dessubz le jubilé (jubé), a comme je dysais, en vostre chappelle, de laquelle pourrez a voir par dessubz vostre sépulture au grant hausle (au- « tel), ainsy que le tout à plain le dict M"" Loys déclai- « rera... (2). »

Eh bien ! le changement d'alignement et la construction projetée de Poratoire sur la sacristie nont pas eu lieu, La construction d'une chapelle à iopposite de Pédifice, due à

(1) Documents sur Brou et sur la Bresse, recueillis dans les archives de Lille, par Dufay. 1847, p. 5, pièce VUI.

Voir cette lettre à la suite de cette biographie.

(2) Il est impossible de nier Texistence de plans déjà traces sur le papier et consultés sur le terrain même par le nouvel architecte venant pour la première fois à Brou en 1512. Qui aurait fait ces plans, si ce n*est Jean de Paris ?

rinilialive de la princesse elle-même, oa à celle de son secrétaire, est la seule modification apportée au plan; mais les expressions de la lettre qui vient d'être citée, selon que je vous dis à mon parlement, et plus loin, comme je dysois, indiquent une résolution concertée, h Tavance, entre Madame et son secrétaire Barangier , au moment où celui-ci allait se rendre de Flandres à Brou, résolution qui ne devait être définitive qu'après Tams de Fan-Boghem consulté sur le terrain.

Admettant même que ces changements de détails eussent été exécutés par le nouvel architecte, ils ne seraient pas, selon nous, de nature à altérer l'idée première des plans généraux créés par Jehan de Paris.

Antoine Du Saix, qui a chanté en vers toutes les merveilles de l'église de Brou, dans Le Blason de Brou, imprimé en 1533 , t'est-à-dire vingt ans après la fondation de Ciette église, est la seule autorité sur laquelle on s*étaie pour repousser ces observations ; mais le poète bressan pourrait n^avoir pas connu les plans primitifs de Jehan de . Paris. Il a été de bonne foi lorsqu'il qualifiait Fan-Boghem de mathématicien , d'architecte incomparable , ayant fait la huitième merveille du monde. Du Saix a jugé sur l'apparence, comme témoin oculaire, sans autre examen. Van-

Boghem s'est laissé faire dans l'intérêt de sa renommée

Ingenium atque manus

Nous le répétons. Du Saix n^a pas connu les premiers plans de Jehan de Paris, établis de 1505 à 15G9, plans remis par la princesse à Yan-Boghem, lorsqu'elle chargea maistre Loys, maistre masson^ de la taille des pierres et de la conduicte des ouvriers.

Cette qualité de maistre maison équivaut-elle h celle d'architecte^ Non, sans doute (1). Nous admettons que Yan-

(1) Ou lit dans tes Recherches historiques et &rchéoiogiques de l'église de

Boghem se soit montré aussi habile constructeur que fauteur des plans lui-môme \ mais, enfin, il faut reconnaître qu'il n*a été désigné, dans tous les actes oITiciels de i^époque, extraits des archives de Flandres , qu'avec la qualité de maistre masson. Or, contrairement à l'opinion de quelques archéologues qui ont cru voir, dans ces deux désignations, une seule et môme qualification, celle d'architecte, nous croyons qu'il existait déjà, dans le XVI® siècle, une difi'érence notable qu'il importe de signaler ici. L'architecte possédait déjà, comme de nos jours, des connaissances positives non exigées du maistre masson. La géométrie, la statique, la perspective, le dessin étaient indispensables à Tarchitecte, non obligatoires pour le maistre masson^ qui était tenu de connaître seulement la coupe des pierres, la qualité et l'emploi des matériaux, le rapport des mesures en grand, d'après les plans réduits des architectes ; c'est ce qu'on peut voir dans cette phrase du traité de Michel Colombe, pour Brou, en parlant de son neveu : « Et le dict Bastyen Françoys, « maistre masson de l'esgliese de Saint-Martin-de-Tours^ fera u de pierres de taille, toute la massonnerie servant à la dicte « sépulture, en petit volume, par vrais traicts et mesures, a tellement que, en réduisant le petit pié au gfmwd, Madame « pourra voir toute la sépulture de mon dict feu seigneur de « Savoye. »

Et plus loin, en citant le plan de l'église, il ajoute : « Et c< le dict Bastyen Françoys portera la montée de Nlévation

Brou, édition 1844, p. 273, que lorsqu'on répara le clocher de Brou, en 1613, on fit venir maître Oddot Mayre, qualifié dans l'acte de maist?*e masson et architecte, habitant de la ville de Dôle, au comté de Bourgogne. Donc, dans le XV1I« siècle, on ne pouvait pas encore désigner un maître maçon par la qualité d'architecte seulement ; il fallait la réunion des deux qualités ci-dessus indiquées pour exprimer un constructeur pouvant faire les plans et la maçonnerie.

« du portai et des arcs boutans par dehors^ pour lesquelles « choses estre falcles par le dict Bastyen, j*ay relenu le c( double de la plate- forme de la diète esgliese du covent de « Sainl-Nicolas-de-Tolenlin lès-Bourg-en-Bresse,«ceWe/)/a<e- « forme faicte et très-bien ordonnée sur le lieu^ mesurée de la « main de 3P Jehan de Paris, avec Tadvis, et en présence a des raaislres Henriel et Jehan de Lorraine, tous deux « très-grans ouvriers en tart de massonnerie, »

Ce que Michel Colombe n'a pu faire exécuter par son neveu, le maislre masson Françoys Baslyen^ h cause de son décès, Ta été par Van-Boghenî, le maistre masson flamand. Celui-ci a construit Téglisede Brou avec le plan de Jehan de Paris à la main ; il a conduit les ouvriers, comme le ferait un entrepreneur de nos jours, dans une gestion de clerc-àmaître, en se plaçant en tête de ses ouvriers, comme l'a indiqué le Père Bousselet (1), mais avec toute l'autorité du talent

(1) On lit dans les Recherches historiques et archéologiques sur l'église de Brou (p. 219 de la première édition), que le Père Rousselet a avancé indûment que Van^Boghem fut payé comme ouvrier. L'auteur cite pour preuve un document extrait des archives des Augustins de Brou^ d'après lequel ce maistre reconnaît avoir reçu 1,037 florinSy à compte des honoraires qui lui revenaient pour l'année 1531.

Or, cette somme représenterait aujourd'hui, ajoute l'auteur, 10,370 fr. de notre monnaie^ et il en conclut que l'architecte était largement rétribué comme tel.

Le texte de la quittance dont il s'agit commence par ces mots : « Pro (( se et suis^ côniitctur habuisse, » et plus loin : « In deductionem sti- « pendiorum dicti magistri Ludovici prœsentis anni 1531. »

Cette somme représente-t-cUc seulement les émoluments de l'architecte {pro se) ? ne comporterait-elle pas plutôt une part des dépenses afférentes aux ouvriers qu'il dirigeait (suis) ? C'est notre avis, parce que le maître maçonne pouvait faire que cette dépense dans l'œuvre, attendu que tous les matériaux «taienl soldés par le contrôleur de l'édifice, désigné spécialement par la princesse.

Eu sorte que cette quittance confirmerait la citation faite par le Père

véritable qu'il a déployé dans la construction de ce monument.

Cette distinction entre V architecte et le maistre masson est telle que les grands artistes qui ont illustré les siècles passés : Jean Joconde, Léonard de Vinci, San Gallo, Bramante, Raphaël Sanzio, Jean Juste de Tours, Jean Bullant, Pierre Lescot, Philibert Delorrae, Vassari, étaient tous peintres et architectes. Personne ne s'est avisé de les qualiGer de mais très massons.

En résumé, il est certain : 1^ que le choix d'un maistre masson^ quel que fût son mérite, répondait à Tidée arrêtée par la fondatrice, qu'on suivît les plans existants ; 2^ que ces plans n'ont pas été conçus par Yan-Boghem qui les a exécutés ; 3^ enfin, que Yan-Boghem n*a été que le second architecte de l'église de Brou.

En conséquence, nous proclamerons de nouveau que : « Pour être juste, il faut maintenir à Jehan Perréal, dit c( Jehan de Paris, peintre et architecte lyonnais, l'honneur « de ses sublimes compositions dans l'œuvre monumentale <( de Brou ; il fut l'ingénieux écho de la pensée de Margue- « rite d'Aulriche. »

« Yan-Boghem a élé l'heureux interprète de celte môme pensée par une sage et savante exécution. »

Nous venons de faire connaître comment les plans de Jehan de Paris ne furent pas exécutés par les artistes de l'école de Tours ; il nous reste à dire pourquoi cet architecle cessa d^étre employé, par la princesse, comme contrôleur dans la surveillance des travaux de Téglise, à partir de l'année

Roussclet qui affirme que le nom de Yan-Boghem figurait sur les états (le dépenses des ouvriers, comme chef des ouvriers lui-même.

Cependant, il faut reconnaître que les expressions : pro se et suis^ représentaient, à l'époque, une formule assez souvent employée dans la rédaction des actes publics.

1512, ainsi qa'il ra?ait été, en 1505, pour la conslrnclion da couvent de Brou. Hâlons-nous de le dire pour ne pas laisser planer, plus longtem|>s, sur sa mémoire, un soupçon injurieux e( immérité.

Le premier devoir de Thislorien est d'être vrai et sincère dans ses appréciations.

On lit à la page 188 de la ^^ édition des Recherches historiques et archéologiques sur l'église de Brou, le passage suivant qui donne lieu à une fâcheuse équivoque. L^auteur s'exprime ainsi :

« Il (Jehan de Paris] nous apprend lui-môme qu'après en « avoir fait l'envoi à Marguerite, en 1511 (il s'agit des plans « de l'église de Brou et des modèles des statues pour les « mausolées), il perdit complètement la confiance et la fa- (( veur de celte princesse, qui poussa la rigueur ^ à son (( endroit , jûsques à laisser ses lettres et ses suppliques sans « réponses. »

Il semble résulter de cette déclaration que l'artiste perdit tout à coup la conGance de Madame, au point de vue de Cart^ puisque, quelques lignes plus bas, on lit : « // fut remplacé par un architecte flamand dont le pre- « mier soin, en arrivant sur les lieux, fut de changer « toutes les dispositions arrêtées jusqu'alors. »

Nous avons déjà vu à quoi se réduisent les inspirations si vantées de Van-Boghem

Quant à la défaveur de Perréal, elle provient uniquement d'une cabale de Cour, de propos, de. médisances, dMntrigues de palais, dont le bruit, autour de Marguerite, devait suffire pour exciter son mécontentement. Ils motivèrent seuls l'éloignement du peintre dont la présence, il faut aussi le dire avec regret, n'était plus indispensable à Texécotion des plans qu^il avait livrés à celte princesse.

Pour juger Jehan de Paris, écoutons- le dans sa défense (1) :

« Madame , je ne puys tenir de vous escripre ; car « amour ancien me conlraincl, et ce sçavez ; mais à présent « je cognoy que vous quérez me rebuter ; ce que de vosfre (t part se faicl, et de mon coslé ne se fera, combien que « maulgré Dieu ne seray, en Paradis, bien cognoys que de

vous mais comme j*ai piessa mandé à M® Loys Baran-

a gier, il ne me chault des parleurs et inventeurs de mente, a ries^ tant pour Jehan Lemaire dont vous pensez par raport « que soie cause

« Je croy que vous n'avez plus en moi nul vouloir^ à « Voccasion d'aulcuns raporteurs^ comme l'on m'a dit » d'ung quidam qui vous a raporté tant et tant de mente^ « ries que tout ne vault rien. Maïs un bien me recon- « forte que telle et bonne princesse ne ajouslera foy aux « menteurs, cognoissant que de ma vie je ne fis, ne voul- » drois fère que ce que vous avez veu, non pour les biens, « mais par amour et honneur que je vous doy. Et se (( d'avanture cette maudite guerre est cause de retarder (( tant de bien, mauldit soit qui en est cause. A moy n'en est (( à cognoisire Mais tant vous dis que vouidrbys estrè « VIII jours avec vous, à voslre plaisir, et je vous dîrôîs » que valent les grans et les petits.

a Madame, si tant il vous plaisoit me donner ceste « joie que de me mander que je me déporte de plus vous « escripre, et que ainsi vous plaise^ je prendroie pas^ ce sience et maulgré moy; et me fera mal à jamais « d'avoir perdu V amour de telle dame que toute ma vye

()) Lettre de Jehan de Paris, publiée dans les Mémoires de la Société des Sciences, de l'Agriculture et des Arts, de Lille. 1850. P. 341.

« j'ay aymée et que fayfneray^ combien que peu vous en « proufite.

ce Or, Madame, je vous suplie, en l'honneur de Dieu, « qu'il vous plaise me mander que je me taise^ ou que a je suis vostre serviteur, car des biens de ce monde ne ic me chault » etc. , elc (Lellre du 17 octobre 1512).

Ce langage serait inexplicable de la part d'un sujet, d'un serviteur tel que Jehan de Paris, si l'on ne voyait percer, à chaque phrase, une grande indignation, une profonde douleur résultant d'une injustice dont il paraît avoir souffert et qui lui donnait le droit de se plaindre.

Peut-être eût-il fait plus sagement de ne pas exhaler sa plainte en fermes si amers, d'une façon aussi violente que peu respectueuse ; mais Tartisle éminent, dont nous connaissons la fibre irascible, croyait sans doute qu'il pourrait se justifier, qu'il serait admis à fournir ses preuves, à donner des explications contre ses ennemis. La princesse préféra l'éloigner

Quoi qu'il en soit, tout en blâmant la forme de cette lettre, reconnaissons qu'il y a loin de ce caractère fier et altier qui élève le talent d'un artiste à Tégal de la grandeur souveraine, avec le ton d'humilité vile qu'on lui prête. Il n'adressa aucune supplique ] ce qui aurait impliqué, de sa part, un manque de dignité dont il était incapable.

Il accepta la disgrâce dont il fut la victime, dût sa gloire lui être contestée dans l'avenir, à l'occasion de l'œuvre immortelle de Brou dont il a, cependant, fourni les premiers dessins ou patrons !

Encore un mot sur Téglise de Brou, au point de vue artistique. On a écrit que l'idéal du style gothique avait été réalisé à Brou comnoie en Belgique ; qu'aucun autre

monament n^avait touché la perfection mieux que lui (1).

Mais cette église présente différentes parties architecturales dans le goât de la Renaissance. C'est le cachet particulier du mérite, de Jehan de Paris , dans ses plans de 1509, à son retour d'Italie.

En effet, à ceux qui pensent que la perfection du genre gothique est un fait signiGcalif et commun aux provinces de la Belgique et des Flandres au XV® siècle, il faut rappeler que ces provinces, comme celles de la Lorraine et de l'Alsace, restèrent longtemps fidèles à rarchileclure ogivale pendant le XVP siècle, tandis qu'en France, on revenait volontiers au genre classique (2). Donc, si l'architecte flamand Yan-Boghem, qui devait être peu favorable aux formes antiques du plein cintre, s'est décidé h adopter ces nouvelles formes à Brou, si peu prisées dans son pays, il faut qu'il ail suivi un plan qui n'était pas le sien. Le style de la Renaissance, emprunté à l'Italie , a été apporté à • Brou par Jehan de Paris qui en a fait Tapplication dans quelques parties de ses plans, ainsi qu'on peut en juger en visitant l'église.

Depuis l'invention de l'artillerie souâ Louis XI, la guerre était devenue une science. Elle disposait de puissants moyens d'attaque contre les tours et les murailles féodales qui ne présentaient plus que de faibles obstacles. Il fallait améliorer le système de défense des frontières. Lyon n'était pas h Tabri des insultes de l'étranger; il n'existait pas de fortifications

(1) M. DidroD, auteur d'une excellente monographie sur Téglise de Brou, 1846.

(2) M. de Caumont, Rudiment archéologique. 1861. P. 473.

suffisantes du côté de la Savoie et de la Suisse pour protéger cette ville, de la Saône au Rhône et de la porte de Yaise à celle deSaint-Clair. LouisXII donna Tordre d^abattre le bourg Saint- Vincent, dans le but de construire, sur son emplacement, de fortes murailles susceptibles de soutenir un long siège. Les magistrats de Lyon tenaient plus au bourg Saint-Vincent trèspopuleux, qu'aux nouveaux remparts dont on s'était passé jusqu'alors. Ils prévoyaient de nouveaux impôts à supporter pour les frais d'établissement, pour ceux d'entretien et de garde. Ils adressèrent leurs remontrances aiU roi, sur le dommage qu'ils allaient éprouver par la suppression d'une aussi grande étendue de terrain. Louis XII ne les accueillit pas. ^L'inquiétude était grande lorsque Jehan de Paris, alors en Cour, obtint du monarque, k force d'observations fondées sur l'art, que le faubourg Saint- Vincent serait épargné.

D'après lui, les fortiGcations projetées, au lieu d'être construite» à la porte et le long des fossés de la Lanterne, seraient plus avantageusement établies au nord de la ville, en couronnant la montagne Saint-Sébastien.

Cet avis était eOTectivement plus conforme aux règles de Tart militaire; la situation de cette défense sur un point culminant, d'un accès facile, dénotait l'habileté de notre artiste comme ingénieur.

Louis XII, dont l'esprit se trouvait favorablement préparé par les efforts de son peintre, finit par se rendre aux raisons données par l'administration Consulaire de Lyon. Ce prince envoya des lettres patentes qui nommaient Perréal surveillant des nouvelles fortifications, sous les ordres du Gouverneur Jacques de Trivulce. Perréal traça les plans, depuis la rivegauchede la rivière de Saône, montant le plateau de la Groix-Bousse, enfermant toute la colline Saint-Sébastien, et venant finir sur la rive droite du Rhône, tels qu'ils ont été exécutés dans la suite.

En considération de cet important service, les Conseillers décidèrent, le 30 septembre 1512, que « Jehan de Paris se- « toit exempté de Cimpost de quatre deniers derrenièrement a mis pour la closture de la dicte ville. »

Jehan de Paris quitta Lyon pour accompagner, une troisième fois, le roi Louis XII en Italie.

Les archives communales sont muettes sur ce nouveau voyage du roi. Ce prince avait, sans doute, défendu toute manifestation dans cette occasion ; l'entrée à Lyon paraît avoir eu lieu sans aucun éclat.

Quelques jours après le départ du roi, on apprenait, par une communication faite aux magistrats de la ville, sous la date du •17 avril 1512, par Tarchevéque François de Rohan, en ce moment h Milan, que Tarmée française venaitde gagner la bataille de Ravenne contre les Espagnols, le jour de Pâques (11 avril).

Le roi avait perdu son neveu Gaston de Foix, duc de Nemours, tué dans l'action. Le maréchal de Lautrec était nat;r^ de dix-huit blessures mortelles. D'Allègre et son fils avaient été tués et enterrés à Ferrare. Enfin, Messires de la Grotte (1),

(1) D'après Brantôme, le capitaine de la Crotte, autrement nommé François Daillont frère de du Lude {Jacqttes Daillon), sénéchal d* Anjou, était lieutenant de la Compagnie des cent hommes d*armes du marquis de Montferrat. Louis XII l'avait fait gouverneur de Lignage, en Vénitic.

Quoique blessé à la première charge cpi'il fit à la bataille de Rayonne, ii y combattit avec une bravoure sans égale.

Comme on Tinvitait à se retirer du lieu du combat. « Rien, rien ! rc-

Jacob Molard, MaugiroD el Philippe, principaux capitaines deTarmée, avaient été également occis en combattant.

Pendant les dix années qui ont suivi ce grand événement politique, on cherche en vain le nom ^e Jehan Perréal dans les registres Consulaires, sans doute parce que l'artiste étant parvenu au déclin de sa vie, le reste de sa carrière s'est écoulé paisiblement à F^yon, entre la satisfaction du devoir accompli et une réputation de mérite bien justifiée.

Cependant il a dâ assister au décès de la reine Anne de Bretagne, survenu le 9 janvier 1514. Il a pu voir le mariage de la jeune reine Marie, fille du roi d'Angleterre, avec le vieux roi Louis XII (1); enfin, être témoin oculaire de la mort de ce roi, le l^*" janvier 1515, puisque ses services à la Cour, comme peintre et valet de chambre, furent agréés par François P^, dans le même temps.

On ne le retrouve qu'en 1523, muni de lettres patentes dans lesquelles il est désigné, une seconde fois, pour diriger les travaux des fortifications de Lyon. Il s'agissait, pour lui, de conclure des marchés , de donner les prix-faits aux^ ouvriers.

« pondit-il, je veulx faire icy «ion cimetière, et mon cheval me servira de « tombe ; il faut que luy et moy mourions ensemble. » '

« Parquoy le maistre et le cheval,en combattant jusqu'à la dernière goutte de sang, tombèrent en terre et luy dessouhs, »

On appelait communément Bayard, de la Crotte, et de Fonterrailles (Fontraillcs), chevaliers sans peur et sans reproches.

(1) M. Léon de la Borde, dans sou appendice à la renaissance des arts à la Cour de France {Histoire des Peintres.^ par C. Blanc), cite un fait qui justifie la présence de Jehan de Paris à celte Cour.

Lorsque Louis XII fut sur le point d'épouser Marie d'Angleterre, il envoya à sa fiancée Jehan de Paris et le sieur de Marigny, avec mission de diriger le goût des cousturiers qui devaient accoustrer la princesse anglaise, à la mode de France.

On prétend même que Perréal fut envoyé en Angleterre, par François I«<^, pour faire le portrait de son allié Henri VIII.

Il refasa celle mission. Il s'absUnl en faveur delaville^ dit Iq déclaralion de la Commune, rappelée par M. Bréghot du Lut, dans ses Mélanges^ page 335.

Il est à supposer que la ville de Lyon, voyant avec peine son budget supporter chaque jour de nouvelles charges, notamment celle relative à la construction des remparts qui lui étaient imposés, Perréal préféra prendre parti pour elle, plutôt que d'accepter Temploi que la Cour lui conférait.

Il avait bien pu proposer des plans autres que ceux du gouvernement, lorsqu'il importait de sauver le bourg Saint- Vincent d'une prochaine destruction; mais lorsqu'on le chargea de leur exécution sur la monlagneSaint-Sébastien, il aima mieux renoncer aux avantages de sa nouvelle position, comme constructeur des fortications, que de s'aliéner les magistrats de son pays qui s'opposaient, le plus possible, h celte mesure.

Ce nouvel acte de désintéressement devait terminer dignement une si belle carrière.

Nous nous arrêtons ici avec le dernier acte authentique qui se rattache à la vie publique de Jehan de Paris; peutêtre pourrons-nous revenir , un jour , sur son histoire, pour compléter ce qui peut manquer à sa gloire comme artiste ; mais, dès aujourd'hui, nous croyons avoir démontré qu'il fut un homme éminent, un bon citoyen, un peintre habile, un architecte savant; enfin, que Tun des plus dignes enfants de Lyon, il a mérité, par ses talents, son noble caractère et sa haute influence sociale, d'être tiré de Finjuste oubli où il est demeuré enseveli depuis plus de trois siècles.

VERS INEDITS

Attribués & Jehan PERRËAL, comme organisateur de la fête ordonnée pour l^entrée du roi Louis XII, & Lyon

le 17 Juillet 1507.

(Extrait des registes eonsulaires de Lyon).

DECORS DES ESGHAFFAUDS.

P A la porte du Rhône estait un eschaffaud monté par sept personnages : — Une fille habillée de tafietas rouge signifiant Force, — Une autre habillée de taffetas pers (bleu azuré), signifiant /^irwdence. — Une autre habillée de tafietas jaune, signifiant Diligence. — Une autre habillée de tafietas violet, signifiant Faillance, tenant en leurs mains, chascune,ung chapeau de laurier. — Plus,un homme habillé en taffetas jaune et rouge escartelés, signifiant Noble vouloir, — Ung homme habillé d une hucque (robe) rouge, signifiant Ardent désir, — Et ung homme habillé d une hucque de France, de taffetas pers semé de fleurs de lys, signifiant Prince. Au pied , une palme , signifiant Ficioire»

2° En la Grenette, 2® eschaffaud. — Auquel estait ung homme habillé d une hucque de France, signifiant le Prince. — Une fille habillée de taffetas jaune, signifiant /'roser- 'pine, — Ung homme habillé d'ung harnai (armure complète( blanc, signifiant Honneur de Noblesse, — Ung homme habillé d ung harnai blanc, signifiant Droit de Noblesse. — Ung autre homme nommé Pluton, habillé de rouge.

3** En THerberie, 3® eschaffaud. — Y avait ung homme habillé d'une hucque de France, signifiant le Prince. — Une fille habillée en taffetas blanc, signifiant P«7tV. — Ung

homme habillé en docteur, signifiant Aristote, — Ung homme habillé d'un rochet (tunique ou surplis) blanc, signifiant Prudence.

4" Es Changes, 4® eschaffaud. — Y avait une fille habillée de taffetas rouge, signifiant Justice. — Une fille habillée de taffetas pers semé de fleurs de lys, signifiant France. — Ung homme habillé dune'hucque de France, signifiant le Prince. — L'aultre homme habillé de rouge, signifiant Bon Conseil.

S'ensuyventles vers que voici :

PREMIER ESCHAFFAUD.

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