JEHAN PERREAL, PEINTRE ET POETE
Nous allons voir dans les ysloires cl aullrcs joyousetés^ comme on disait au XVI'' siôcle, la pari imporlanlc que Jehan de Paris acquil dans la roncoption cl Torganisaiion de ces divcrlisscmenls si fri^qucnts ù Lyon, cl si goûlôs par le peuple sous leurs formes diverses.
On rcprôsentail habilucllemcnt, devant la foule, le mystère de la Passion de Jùsus-Cluisl; on y jouait le drame de la vie de sainte Catherine et bien d*autres scènes tirées de la Vie des Saints.
Le Consulat permit môme de bûlîr un Ihôâtre aux Terreaux, et un autre dans les fossôs de la Lanterne, pour y faire jouer le mystère de saint Nicolas de Tolenlin, par les Auguslins (1).
Il prêtait aux acteurs les décors qui avaient servi aux entrées solennelles des rois dans la ville. On lit dans rintéressanlc notice de M. Péricaud (Antoine), sur Charicsde Bourbon, archevêque de Lyon, que le 19 juin 14SG, lors de la visite à Lyon, de Jeanne de Bourbon, épouse de Jean de Chàlons, prince d*Orangc, le prélat sollicita du consulat de la ville, une somme a ToOelde fournir aux frais d'une représentation du mystère delà Passion qu*il désirait ofTrir h sa sœur. Les échevîns répoiidirentque: Quoique la ville n'eustpoini, pour « le moment, de deniers communs, cl qu'elle fusl surchargée
(1) Saint Nicolas de Tolenlin était en grande vénération à Lyon et h Bourg, à cause du pouvoir qu'on lui attribuait de guérir la fièvre.
On distiibue, encore ailjourd'hui, da petits pains qui portent le nom de saint Nicolas, dans le but de préserver de la iicvrc ceux qui les mangent.
Cette distribution a lieu, le 10 septembre de chaque année, h la mosso ou aux vêpres dites à Tcglise de Brou.
« d'impôts, ils Teroienl lout pour enirelenir la bienveillance « (le Monseigneur; que les objets qui servaient aux entrées « solennelles seroient prêtés; que chaque nolable habîlleroît « un personnage, s'il le falloil ; que le consulat se chargerait a de tous les saints; enfin, que les gouverneurs des jeux et « mystères auroient lieu d'ôlre contents. »
Pendant 46 ans, Perrôal a consacré son talent de décorateur à Téclat des cérémonies publiques, et à la splendeur des divertissements populaires.
A partir de Tannée 1483, jusqu^à sa mort, il n'est pas de fête nationale à laquelle il n'ait prêté le secours de son art, afin de prévenir les désirs des magistrats, et de satisfaire la politique de la Commune, qui avait 5 cœur de surpasser en grandeur et en magnificence les autres villes de France. Il entrait, alors, dans les vues des administrations municipales de s'arttirer la faveur des souverains, par des présents et des réceptions splendides, pour en obtenir des privilèges el des exemptions d'impôts.
Nous verrons bientôt que cette tactique, bien qu'onéreuse au gouvernement de la cité, lui rendit quelquefois d'importants services.
S'il ne s'était agi, pour Perréal, que de celle seule renom^ mée de bon décorateur, on pourrait croire, avec raison, qu'il ne possédait qu'une connaissance sufiisanlc du dessin linéaire, et des lois delà perspective; qu'il se bornait à reproduire sur la toile ou sur des panneaux de bois, quelques fonds de Ihéûtre badigeonnés h la déirempe, ou ébauchés grossièrement, avec des figures crayonnées sans expression et sans coloris. Mais il n'en était pas ainsi : ses œuvres, comme peintre de portraits h l'huile, atlestcnt qu1l élait aussi exact dessinateur que bon coloriste. Peur lui, une manière n'excluait pas l'autre ; il excellait dans les deux genres.
Nous avons déjà invoqué le témoignage de Jehan Lemaire,
rhisloriographe du comté de Bourgogne; voici comment il s'exprime encore, au sujet de Jehan de Paris, comme peintre^ dans sa dédicace à madame Anne de France, de son Temple d'honneur el devenus (1). Il fait entendre qu'il n'aurait pas eu le courage de Texéculer s'il n'y eût été excité <( par Jehan « de Paris, painctre du roy, qui, par le bénéfice de sa main « heureuse, a mérité envers les roys elles princes estre estimé « un second jdppelles en painclure (2). »
Sans doute, il faut se défier de l'exagération dans cet éloge; mais Lemaire a vu Jehan de Paris à Tocuvre comme peintre el comme architecte, el bien qu'il se soit glissé, vers l'année 1511, des germes de mésintelligence dans leurs rapports d'amitié, ainsi que le prouve leur correspondance, Lemaire n'a jamais cessé de proclamer Jehan de Paris comme un grand maislrc; donc, l'éloge, sous sa plume, n'a rien de suspect ou de douteux; au contraire, il grandit le mérite de l'artiste.
GeoEFroy-Thory dil dans son Champ fleury^ que Jehan Perréal était, de son temps, un excellent peintre des rois Charles FUI, Louis XII et François I^' (3).
Peut-on en douter, lorsqu'on a vu les verrières de Brou, lorsqu'on a examiné les portraits de Marguerite d'Autriche el de Philiberl-le-Beau, son époux, dont les dessins primitifs sont de la main de Jehan de Paris, comme peinti-e de Madame?
(1) Le Temple d*honneur et de vertus auquel sont contenus les chants des bons et vertueux bergers supposts de Pan^ Dieu Sylvestre, pareillement des bergères subgetcs à Aurora (in-16, Paris, sans date). €c n'est point une pastorale, comme on pourrait le supposer d'api es ce titre ; c'est une sorte d'apothéose de Pierre II, duc de Bourbon, mort en octobre 1503.
(2) Notice sur Jehan de Paris, par M. Pcricaud (Antoine), 1858.
(3) Voyez l'abbé Goujct. X. p.) 71 à 82. — L'abbc Sallier, Mcm. de l'Acad., édition in«12, tome xx, p. 390. — Notice de M. Pcricaud aîné, 1858, p. 5.
N*avons-noos pas encore le témoignage da célèbre Michel Colombe (1), tailleur d*ymaigcs, et habilanl de Tours, auquel la princesse avnil demandé la sépulture, en petit volume^ c'csl-à-dire les patrons ou modèles en relief, mais réduits, du tombeau de feu monseigneur le duc Philibert de Savoie? Cet habile sculpteur reconnaît, sous la date du 3 décennbre 1511, avoir reçu de ïindiciaire (historiographe) Jehan Le— maire, « six vingt huit livres 13 sols tournois, monnaie du a roi, pour avoir fait cette sépulture, selon le pourtraict et ce très-belle ordonnance faicte de la main de M® Jehan de ce Paris, peindre et varlet de chambre du roy. » (Archives de Lille).
Il s*agit ici du tombeau avec le personnage représenté vivant et mort, suivant le dessin et la peinture sur papier ou sur toile, exécutés par notre peintre.
Le \W mai 1512, Lemaire écrit à sa souveraine ce qui suit :
c( Madame, vostre dict premier secrétaire m*escript que avez
(1) Il faut ccr'rc Colombe^ comme signait le sculpteur, et non Coulomhe^ comme Ta écrit M. Sirand, dans la troisième partie de ses Courses archcologiqucs dans le dôparicmcnt de l'Ain, page 7.
Cette observation rectifie celle que cet archéologue nous a adressée, sur le même sujet. 11 est toujours utile, au moins pour l'orthographe des noms, de se dcdcr des textes anciens.
En outre, il est indispensable d'étudier les autographes, aQn de ne s'en rapporter qu'aux signatures authenliqucs. — Celle du marché du 3 décembre 1511, est ceiite: A/. Coloml/e. (Voir rilist. et description de l'église de Brou, par le père Riiussclct, — Bourg, in-12, 1840, page 174).
Ce célèbre sculpteur est l'auteur de la statue et du magnifique tombeau de François 11, duc de Bretagne, décédé le 9 septembre 1488. Ce monument a été élevé, en 1507, dans l'église des Carmes, à Nantes, par ordre de Anne, fille de ce duc. On a de cet aitiste une trcs-belle statue de saint Matr, à la chapelle de Saint-Martin-de-Tours, et un tableau en marbre, représentant la mort de la Vierge, à Saint-Saturnin... (Chalmel. llist. do Tourainc).
« ordonné d'çnvoyer de forgent 5 M® Jehan de Paris, vostre « peintre, auquel j'ay baillé tout ce que j'ai peu recouvrer des « palrons faicts de la main du bonhomme M® Michiel Cou- « lomb, el Icdicl Jehan de Paris a csioin^ lesdicls patrons de « couleurs, qui est ung grand chief-d'œuvre, à cause que « Françoys Coulomb, ncpvcu da bon maislre, est allé ù a Dieu (l). I) (Archives de Lille).
D*après cela, la coopération dislincle des artistes, dans les dessins el patrons attribués au peintre et au sculpteur, est positivement établie : les dessins, ou tracés, ont été exécutés de la main du peintre. Les palrons, ou modèles en terre civile, (maquettes, d'après Texprcssion aujourd'hui consacrée), ont été modelés ou sculptés par les tailleurs d*ymaiges, de telle sorte que Perréal s'est montré aussi habile créateur des /jtoi^, dessins et pourtraits des personnages et accessoires des tombeaux de Brou, que bon enlumineur des patrons ou maquettes laissés par François Colombe, lors de son décès.
Rappelons que les neveux de Michel Colombe s'étaient engagés à envoyer h Madame, la sépulture des deux princesses dont nous avons, disoienl-ils, les pourlrails et tableaux faicts par Jehan de Paris.
Celle déclaration étant mentionnée dans le sixième article du marché conclu le 3 décembre 1511 (2), entre Michel Co-
(1) M. SIrand a cru pouvoir dire que Pcrrcal a fait les maqurlles ou patrons des mausolées de Brou; c'est une erreur. Perrcal a fait les dessins sur le papier^ mais les Colombe ont fuit les palrons en (erre cuile^ d'après ces mêmes dessins, et Jdian du Paiis s'csl borne à enluminer seulement ceux qui n'avaient pu être termines par François Colombe, décède.
La lellrc de Lcmairc est publiée à la suite de rilisloirc de Brou, par le P. Rûussclel, 1840, p. 17G. — Bourg, in-18.
Voir aussi les Analectcs hislori']ues de M. Loglay, 1838. — Lille.
(2) Extrait des Analectcs historiques , par M. le docteur Lcgiay, archiviste du département du Nord (1838). Voir ce marché publié a la suite de rili$l.dc rEglisc de Brou, parie père Roussclct, in-18, p. 166. Bourg,1840.
lombe et Jehan Lcmaire, ils'ensuil que la pourlraiciure deMarguerile de Bourbon et celle de Marguerite d'Autriche, ont été envoyées de Tours a Malines, où était Bladame, au moment de la mort du cher de TEcole, et que ces mômes portraits et tableaux ont été remis, plus tard, à Conrad 31eijt, le sculpteur de Brou, en 1526, pour être suivis, quant aux ressemblances, sous la direction de M" Loys Van-Boghem, commis par ma dicte dame à la conduicte de rédiffice de Brouz, ainsi que l'indique le titre du nouveau marché signé par cette prin* cesse, et que nous avons publié, pour la première fois, en 1844 (1).
En effet, le maistre masson Loys Van-Boghem n'était ni sculpteur ni peintre, il n*a donc pu donner la ressemblance des figures aux personnages des mausolées, malgré ce passage du marché précité : « Selon le pourlraict^ pour ce fait par c( ledit W Loys Van-Boghem. w
Les mots : pourtraicts, plans, patrons sont presque synonymes en archéologie. Celte expression de pourtraict veut dire ici, suivant le plan que possédait Fan-Boghem, et rien de plus
M*' Loys a dû indiquer la place que les tombeaux devaient occuper, et les sculpteurs ont suivi les pourtraiclures et ta-bleaux faicts de la main de Jehan de Paris^ saufl'attitude des personnages, qui a été modifiée pour le vif seulement. Nous reviendrons sur ce sujet.
Il devait rester à Brou des peintures faites par Jehan de Paris, et commandées par la princesse, de 1500 5 1511 ; cependant, aucune de celles qui restent ne porte son monogramme composé de trois anneaux enlacés. On ne voit au-
(1) Notice sur Brou, à Vocca^ion de sept nouveaux documents trouvés dans les archives de Flandre, pour servir à V histoire de cette église et à celle du couvent de Saint'Nicolas'de'Tolentin, par Dufay. — Bourg, 1844.
jourd'hui que quelques tableaux sur bois attribués à Albert Durer.
Ces panneaux, transportés de Brou à l'église Nolre-Damede-Bourg, parle dernier prieur du couvent, le père Rousselet (1), représentent une Féronique^ le Tryplique de saint Jérôme et une 31ise au tombeau. Ce dernier porte le millésime de 1523. La peinture, de TEcole allemande, fait présumer qu'ils furent envoyés de Flandre à Brou, par ordre de Marguerite ; cet envoi serait prouvé même par le témoignage d*un journal manuscrit tenu par Durer lui-même ; mais ces tableaux ne sont pas signés par ce maître (2).
Revenons aux réjouissances publiques de Lyon^. dans lesquelles Jehan de Paris a donné des preuves de sa haute intelligence comme inventeur et organisateur.
(1) Auteur d*une Monographie de l'Eglise de Brou, réimprimée plusieurs fois; et dernièrement, en 1857, à Bourg, 1 volume in-12. — Francisque Martin-Bottier, éditeur.
(2) M. Milliet, rédacteur du Journal de VAin^ a publié récemment une note extraite du journal d'Albert Durer, recueillie dans la Revue britannique, de laquelle il résulte que le célèbre peintre a envoyé à M« Ronrad, architecte de Brou, pour Marguerite d'Autriche, un Saint Jérôme, beau tryptique qui est dans le salon de la cure de Bourg, et une Véronique, tableau très-remarquable qui se voit à la sacristie de l'église ^otre-Damc-de- Bourg.
Ces envois auraient eu lieu dans les années 1520 à 1521, par Albert Durer.
Quant au tableau de la Mise au Tombeau, qui est daté de 1523, il a dû être envoyé plus tard ; on ne sait par qui.
11 est à remarquer, ici, que Conrad Meyt était tailleur (Vymaiges et non architecte; il y a donc une' erreur ^ans l'indication de la Revue britannique.
D'abord, nous devons faire remarquer que son intervention
fui toujours regardée comme indispensable.
On lui écrivait môme, lorsqu'il était en Cour, et soavent ce fut un moyen, de la part des Conseillers de la ville, de connaître Tavis du roi, avant d'arrêter le programme des fêles. — Les dépenses étaient onéreuses ; la caisse municipale était presque toujours obérée, et il arrivait parfois que, dans les grandes occasions, il fallait puiser dans la bourse des Conseillers pour parer auK dilTicultés pécuniaires du moment.
La première entrée où Dgure le nom de Jehan de Paris, date du 6 décembre 1485 , lors de la prise de possession du siège archiépiscopal de Lyon , par le cardinal Charles II de Bourbon, successeur d'Amédée deTalaru, décédé au château de Pierre-Scise, le 11 février 1443 (1). Charles, trop jeune pour prendre la survivance du diocèse, après la mort de l'archevêque décédé, (il n'avait que 13 ans) fut autorisé, par le Pape, à jouir du temporel de son siège, à titre de commande, et fut remplacé, provisoirement, par Jehan du Gué, évoque d'Orléans, jusqu'à ce que le jeune prélat eût atteint sa 25® année. Charles de Bourbon fit son entrée ix Lyon, suivi d'un nombreux cortège.
Le Consulat, au nom de la ville, lui fit présent de 1,000 livres tournois. — On le complimenta, dit la relation, après quoi Monseigneur monta à cheval, avec tous les gens de sa maison, et se rendit dans son palais, au milieu d'une foule immense.
Il n'y eut pas d'autre ystoire qu'une espée flambloyante^ et Tcxhibition de la devise et des armes de monseigneur.
On dit que cette devise portait : « n'espoir ne peur; » cependant, le texte est contesté par les historiens Aubery
(1) Notice sur Charles de Bourbon , par M. Antoine Pcricaud. — Lyon, 1855.
et Golonia qui prétendent que la devise était : » author ego audendi, »
L'épée flamboyante ei versatile que portait le cardinal de Bourbon, sous le litre de Saint-Martin, représentait, dit Paradin, (dans ses Devises historiques) « le vrai glaive des (c prélats de l'Eglise, et le glaive de l'esprit, selon saint Paul, « qui est la parole de Dieu. »
L'hôtel communal fut décoré du lion traditionnel indiquant la ville, et d'un cheval ou cerf ailé peint sur Técu de Bourbon, avec une main a}'ant un manipule.
La dépense s'éleva à trois livres tournois, d'après le rôle de la semayne commençant le 20 janvier 1485, pour un restant de compte avec Jehan de Paris (comptabilité de Guillaume Deblel)(l).
L'archevêque de Lyon était frère de Marguerite de Bourbon, femme de Philippe de Savoie; il accompagnait le comte et la comtesse de Bresse, a leur entrée solennelle à Bourg, le 19 août 1474.
Celte ville et son clergé lui firent présent d'un manteau en damas cramoisi, du prix de 45 florins, pour lequel il fallut 6 aunes d'étolTe. La ville de Bourg paya le quart du prix, et les trois autres quarts furent acquittés par le procureur de l'église de Notre-Dame et le prieur de Brou (2).
Perréal fut soumis à une plus rude épreuve, lors de la première entrée à Lyon, de Charles VIII, le 7 mars 1489, (1490) (3).
Les magistrats avaient des motifs excellents pour le bien recevoir : ce prince venait de rétablir deux foires supprimées
(1) Archives de Tart français. — Note de M. Rolle. — Paris 1861.
(2) La Teyssonnicre. Tome V, p. 22.
(3) Dans le XV^ siècle, la nouvelle année commençait à Pâque. On n*a compté Tannée du l^*" janvier que depuis 1566, bien que Charles IX l'eût ordonné deux ans plus tôt, c'est-à-dire des le 4 août 1564.
par son prédécesseur (1) ; or, les foires avaient toujours contribué h la richesse du pays en y amenant un grand nombre d'étrangers el de commerçants; il importait donc beaucoup de les voir maintenues.
Dès le 22 février, et pendant trois jours, les conseillers Pierre de Villars, Jehan Buatier, Guillaume Baronnal, firent assembler, les charpentiers, les tailleurs, les menuisiers, les peintres et auUresgens de mestiers.
Ils commirent Jehan de Paris , peindre, « pour faire « en commencer les choses qui requereronl mouleurs, et « pour ce, prendre tels ouvriers qu'il verra pour y besoigner (( au meilleur prix et compte qu'il pourra. »
A cet effet, il reçut d'avance, du trésorier de la ville, 10 livres tournois.
La quittance qu'il en délivra portait sa signature, avec son seing manuel composé de trois anneaux enlacés dans un ordre symétrique et invariable (2).
La relation de cette entrée du roi Charles VIII, ne figure pas dans le recueil des entrées des rois, princes, etc. imprimé à Lyon, chez Aimé Delaroche, en 1752, parordre du Consulat.
En voici un extrait d'après la délibération trouvée au dépôt des archives de la ville.
Jehan de Paris s'était adjoint Jehan Prévost, Jehan Caille, Jehan Salles, Claude Dalmez et Clément Trye, commis à trouver mystères, moralités, ystoires et aultres joyeusetés; il fut arrêté ce qui suit :
ce Tous les Conseillers et notables de la ville dévoient aller
(1) Ces foires supprimées étaient celles dePâque et de la mi-août; elles avaient élé transférées à Bourges. Le Consulat et le Chapilrc de l'archevcché s'étant adressés à monseigneur Charles de Bourbon -qui était alors à Paris, le roi Charles VIII rétablit à Lyon, les deux foires franches et en confirma les lettres patentes le 23 juin 1488.
(2) Archives de Tart français, p. 26. — (Note de M. Rollc).
(c en costume aa devant du Roi avec les marchands estrangers (X montés et habillés le mieulx et le plus honestement pos- « sible.
« Lespetîls enfants devoientêtrereveslus de hucques (robes) (( ou journades de toile perse (bleu) semée de fleurs de lys, « tenant chascun ung pennon (guidon ou bannière): ils de- « voient se tenir es créneaux de la muraille du petit pic qui « est sous le château de Pierre-Scise, pour crier, quand le roi « passera: Mont-Joye, Saint-Denis^ vive le lioy !
<c Une flile pucelle, des plus belles, habillée en vierge, « signiflant humilité, montée sur une haquenée blanche, « devoit conduire ung charriot ayant un grand rondeau, en (( manière de ciel, où dévoient être peints les douze signes <c du Zodiaque, et au milieu du rondeau, le soleil Gguré par c( un enfant de 12 ans, reluisant par tous ses membres et de ce sa personne.
« Chevauchera aussi, dit la délibération, le rondeau tout (( au tour du soleil, ainsi comme le ciel, jusques oullre la « porte de Bourgneuf. Le roi approchera ; il s'arrêtera à la « dicte pucelle, et s^arrétant, le soleil se trouvera sur le signe (( du Lion, et alors la dite pucelle donnera au roi la signi- « fication du mistère, en rimes bien notablement et pertine- « ment faictes.
a Item — sur ung autre charriot porté par gens qu'on ne (( verra, sera figuré un firmament avec les sept planètes repré- « sentées en hommes et femmes, selon les noms et propriétés.
(( Item — ung autre charriot portant les quatre éléments.
« Item — sera faict un jardin de 5 à 6 toises de carreure, « devers la roche et montagne, rempli d'arbres verts aux « branches desquels aurafoisondegrenades,oranges, pommes» « poires et autres fruits : il sera appelé jardm de France^ « gardé par quatre vertus représentées par qua tre filles pucclles « habillées de tafietas de diverses couleurs, avec mêmes fleurs
« de lys en or. Il y aura ung lion de grande laille en an coin du « jardin, avec une autre verlu nommée Loyaulté, el une auKre « nommée Propriété qui tiendra le lion, et au-dessus du « portai de Bourgneuf, aura une aullre pucelle représentant « la ville ^ tenant en sa main, une palme, et h ses pieds ung « escripi en grosses leslres : Civitas immaculata ; et sera « la dicte pucelle enlevée en Tair sans savoir qui la soubtien- (( dra, et dira, avant, au roi, la signification du jardin en « belles rimes ; après ce, viendra la vertu qui tiendra le « lion et l'approchera du roi, le plus près que faire se pourra, « et le lion se lèvera, et avec sa patte, présentera au roi, « les clefs de la ville.
« Item — ce fait, sera mis le paillo (dais) joignant laporte ; (( il sera de velours bleu avec belles franges de soie, garni (( de lys. Il sera porté par les quatre conseillers Piochel, « Pierre Palmier, Claude Thomassin el Etienne Garnîer, (c jusqu'à l'église Saint-Jean, et delà jusqu'au logis où le « dicl seigneur logera.
« Item — et seront toutes les rues tappîssées des plus « riches tapis que faire se pourra, des deux coslés de la rue. a Et au dessus seront icelles couvertes de toile, couleur « d'azur, semée de fleurs de lys jaunes.
« Item — au port Sainl-Pol sera joué le Mistère de la « décollation de saint Pol, par ceux de l'église Sainl-Pol, « Entr'autres, les trois fontaines sourdiront (jailliront) à (( sa décollation.
« Item — plus au droit de l'église Sainl-Eloi, sera saint « Michel armé d'un harnai blanc, et le diable qui s'entrec( battront, et seront tous deux en fair, el flnalement, ainsi c( que le roi passera, ledict diable sera vaincu par ledict saint « Michel et le brûlera le feu visiblement.
« Item — et en la place qui e;st devant la maison de Jehan « du Pérat, sera faicte une bergerie des filles les plus belles,
« habillées de taffetas et de toiles de Plaisance, et auront (( brebis, moutons et chiens. En outre, y aura une fontaine « qui jelera vin clairet duquel boiront tous ceux qui voul- « dront boire.
« Item — aa carré des Changes aura ung grand csctt de « France environné de Tordre (l), ayant dedans trois fleurs « de lys représentées par trois filles pucelles habillées de « taffetas jaune, et à l'heure que lè roi passera, les trois « fleurs de lys s'ouvriront et apparoitront les trois filles, et « Tune après l'autre diront au roi un rondeau sur ce blason « de l'escu de France.
« Itenï — en la place du petit Palais sera faicle la cité de « Jérusalem y et en icelle joué le mystère du roi Salomon et a de la reine de Saba,
ce Item — au carré tendant de la rue du Palais, vers la « monnaie, sera faicle une fontaine brûlant artificiellement.
a Item — en la place tirant h l'ostel Balavin, sera faict « le cheval Pégasus ayec un homme nommé Bonne renom- « méej ayant uneespée nue dans la main; l'ung et l'aultre se « tiendront en l'air.
« Item — et tout au-devant dcroste4 de feu Simon Turin « jusqu'à portefroc, plusieurs joyeusetés que les habitants « feront d'eulx-mémes.
(( Item — au-dessus du portai dudict porte-froc, sera joué « le mislère de V Immolation d'Isaac, par ceux de l'église « dudict lieu.
« Les gens d'Eglise iront en procession au-devant du roi, « excepté ceux de la cathédrale de saint Jean, qui iront jusce qu'au dict porte-froc, et là, sera reçu le roi par eux, ainsi ce qu'il est accoustumé de faire.
(I) L'ordre de Saint-Michel a ctc institue par Louis XI en 1469. C'était un collier d'or fait à doubles coquilles , auquel était appendu un médaillon représentant l'archange saint Michel terrassant le dragon.
« El pour ce que le roi pourra loger en l'ostel de sire Hunv « bert de Varey, l*ungde ses mais(res d'oslel, et s'en relour- « nera jusqu'aux Changes, à la part devers le royaume, et « passera par-dessus le ponl, seront, par bonne ordonnance, « les bandiëres (bannières) de toutes les confréries de la « ville. »
Le roi de France fut très-satisfait. Jehan de Paris avait pris la plus grande part dans l'œuvre, comme peintre et comme poète.
Celte dernière qualification pourrait ne pas être son titre le plus brillant; cependant, il composait le rondeau, le com^ pliment et la devise rimée à la manière de Antoine Chevalet (1) et de Jehan Yvonnet, écrivains et rimeurs dont il étailTémule, et peut-être le maître ; mais elle prouve, du moins, qu'il était digne de la compagnie des poètes florissant à la cour de France et 5 la ville (2).
Nous en jugerons mieux à l'occasion de la poèterie qu'il
(1) Chevalet ou Ghi valet (Antoine) , gentilhomme viennois , habitait Lyon. 11 a compose le Mystère de Saint-ChrUtofle, imprimé à Grenoble en 1530, rare. Voir Brunch, art. Chevalet,
(2) Dans la Plainte du désiré, espèce de drame dont la scène se passe à Lyon, Jehan Lemaire introduit la peinture et la rhétorique qui chantent alternativement les louanges de Louis de Luxembourg, comte de Ligny, mort le 31 décembre 1503 ; la peinture invite ses élèves à la seconder de leur art ; Et toy, dit-elle :
« Et toy, Jehan Hay, ta noble main cliomme elle ; « Viens veoir Nature avec Jehan de Paris, (( Pour luy donner ombraige etesperitz.
Le poète Grelin, invitant cinq favoris des Muses à répandre, avec lui, des fleurs sur la tombe du vicomte de Falaise, tué, Tan 1511, à la prise de Bologne en Italie, s'exprime ainsi :
a Secourez-moi, et Bigne et Villehresme, (c Jehan de Paris, Marot, de la Vigne, <c Je ne puis plus à peine escripre ligne.
composa pour la (roisiëme entrée de Louis XII à Lyon, en 1507, la seule que nous ayons Irouvée sur les registres consulaires, et que nous n'hésitons pas h lui attribuer.
Cinq semaines après Tenlrée du roi Charles VIII, lès dépenses, s'élevant à la somme de 63 francs, 6 gros, 1 b)anc et 1 denier, n'étaient pas encore acquittées, et les réclamations des fournisseurs parvenant, chaque jour, à Perréal, comme délégué des magistrats, il adressa la lettre suivante au procureur de la ville, nommé Antoine Dupont.
« Monseigneur le procureur,
« Je vous prye qu'il vous playse de faire payer chascun à « qui on doit» et vous ferez bien, car chascun n'est pas fourny « d'argent: on me vient, tous les jours, crier et menacer de « me faire adjourner, et disent que j'ay reçu l'argent ; (( ainsi, je suis injurié pour toute rémunération. Pensez que a povres gens sont souflreleux. Je vous prie, remédiez-y au- <( jourd'huy ; je n'y ose aller ; j'en ai honte. J'ay mis le (( lion en estât à mes dépends ; je ne sais si on m'en saura « gré, et je croîs que non ; car je le puy connoilre parceque « on me faîct. J'ay déboursé sy peu d'argent que j'avois, en « fesantla besoigne, procurant Thonneurde la ville, et dea puys j'ai baillé deux francs à celui qui joua le diable, et (c aussi j'en suis net. Plust h Dieu que eussiez en vous le (( leusme (thème) que le prêcheur des Cordeliers a prins au- « jourd'huy et yer, qui est : Seniile in vobis. — J. Paris. »
Ce langage de l'artiste était ferme, peut-être exagéré, même prétentieux si l'on veut ; mais on y voit percer le sentiment du bon droit et celui de la justice.
Cette réclamation fut prise en considération ; elle donna lieu à une délibération des Conseillers, en date du 16 avril, ainsi conçue :
(c Veue une certaine requeste baillée par escript, par
« Jehan de Paris, peindre, habitant de Lyon, tendant à fin « de le récompenser des journées, vacations, peynes et tra- « vaux par lui faictes, prinses et eues à la requesle desdicls « conseillers, pour la conduicle et manufacture des mis- « tères faicls et joués à l'entrée première du roy, nostre bire^ « en la dicte ville^ el à mectre gens en euvre- et tenir « compte des journées et estouffes, d'une partie des ouvriers (( et maneuvres qui ont besoignés en ce que dict est ; ont dé- « libéré et ordonné que, au dict Jehan de Paris, pour toute (c récompense, paiement et satisfaction des dictes journées, « vacations, peynes et travaux, oultre une robe à luy douce née par la dicte ville, à la dicte entrée, lui sera paie par le « procureur, la somme de 20 livres tournois (1).
En effet, le l^"" mars précédent, les Conseillers de Lyonavaient prescrit de donner h Jehan de Paris et à Clément Trye, « qui avoienl. eu la plus grande charge dans la con- « duictedesmistëres,àchascund*eux, deux aulnes etdemie de « drap gris de Perpignan, pour une robe, aux despens de la « ville. »
On doit tenir compte, sans doute, de la valeur monétaire de l'époque ; mais une rémunération vingt fois plus forte ne sudirait pas, certainement, à récompenser, aujourd'hui, nos artistes dans l'exécution de pareils travaux.
Il fallait être plus jaloux de sâ réputation qu'intéressé pour se trouver content d'une rétribution aussi modique.
Disons donc, h ta gloire des artistes d'alors, et surtout à celle de Jehan de Paris, qu'ils se sont montrés aussi dévoués que savants dans la direction des travaux afférents aux fêtes publiques, dont les détails ne manquaient pas d'une ingénieuse complication et d'une active et difficile surveillance dans l'exécution.
(1) Registres consulaires B. B. - Archives de l'Hôlcl-de-ViUc de Lyon.
Cinq ans après, Lyon devint le rendez-vous de l'armée française allant faire la conqaôle de Naples. Charles VIII revinl dans celte ville avec sa femme, Anne de Bretagne, qu'il avait épousée depuis trois ans, et qu'il y laissa.
Dès le 3 janvier 1494 (li95), Jehan de Paris, mandé près du Consulat, fut prié d'inventer quelques belles histoires pour la venue de la jeune reine. Il répondit « quil y pcnseroit et « mcclroit peine de le faire. »
Le 24 février suivant, le Consulat lui donnait 8 livres tournois pour faire une robe, attendu qxiil avoit servi et sert encore en la facture de la poëterie et versification qu'il a fallu faire pour les mistères de Centrée du roi.
Ceci prouve que l'entrée du roi précéda celle de sa femme.
Cette nouvelle réception royale fut splendide ; elle occasionna de grands frais. L'abbé Sudan a récapitulé quMIs dépassèrent 400 livres tournois, dont Jehan de Paris devint comptable.
Cette citation est bien autrement importante pour nous, puisqu'elle conûrrae, d'une manière irréfutable, que Jehan de Paris possédait la double qualité de peintre et de poète.
Anne de Bretagne, qui suivait le roi à quelques jours d'inlervalle, fît son entrée à Lyon, le 15 du mois de mars.
Jehan de Paris avait soumis son projet au Consulat. Il prévalut.
On avait proposé, dans le sein du conseil communal, d'offrir à la princesse un arbre d'argent doré avec de belles pièces d'or, en guise de feuilles ; ces pièces devaient porter l'effigie du roi et de la reine, avec leurs devises ; mais il fui décidé que ce présent, trop coûteux, sans être beau, serait avanla-
geusement remplacé, eu égard au nom de la ville, « par « un beau lion d*or bien faict et bien tiré, assis sur ses a fesses (sic), el, de ses deux pattes de devant, tenant une « belle coppe d'or à la façon ancienne, telle qu'on le peinct « es trois rois (les mages visitant le Christ à Bethléem), et « cent belles pièces d'or, faictes en façon de médailles, dece dans ladicle coppe, et une belle larguèle (écu) çainle, sur a son costé, d'une belle ceinture d'or es armes de la royne. »
Ce projet reçut son exécution par les soins de maistre Loys Lepère et son fils Jehan^ orfèvres, qui s'adjoignirent Nicolas^ gendre du dict Loys. Ils suivirent le modèle ou dessin donné par Jehan Perréal, et façonnèrent une admirable pièce d'orfèvrerie, dont nous regrettons de ne pouvoir donner la description artistique. Ils reçurent 55 livres tournois pour leur salaire.
Jehan Lepère grava les coins des pièces d'or ^ la coppe et la larguèle y pour lesquels il lui fut alloué spécialement 12 sols 11 deniers tournois. Chaque pièce d'or, du poids de sept écus d'or, représentait la tôte du roi, d'un côté, et celle de la reine de l'autre, d'après les portraitures de la main de Jehan Perréal. Ces pièces furent remboursées à Pierre Lemaitre, qui en avait fait l'avance, à raison de 36 sols le marc d'or. On employa 14 marcs, 1 once et 23 deniers d'or d'écu au soleil, et la valeur totale du cadeau s'éleva à la somme de 1,940 livres, 7 sols, 8 deniers tournois (1).
De son côté , Jehan Perréal eut mission d'employer 210 livres tournois qu'il avait reçues de la ville à fournir es dicts faicts des ystoires et mistères. Il en justifia dans un mémoire très-volumineux et très-délaillé (16 feuilles in-4®) portant cette inscription : « Le compte de Jehan de Paris « touchant les fainctes de l'entrée de la royne. » Il se termine par cette observation :
(1) Archives de l*Hôtel-de- Ville de Lyon. — Actes consulaires B. B.
« Si d'adventure vous vous esbahissez comment tant d*ar- « gent a eslé employé, je vous asseure que se bien regardez, <x vous trouverez plus de 100 francs en bois; et en journées « près de 200 ; duquel bois avez prou recouvert ; en fer, plus <c de 30 francs; en clous, plus de 15 francs ; en coleurs et « autres choses, peu d'argent (1). »
Cette annotation donne à penser que les dépenses étaient rigoureusement contrôlées.
Perréal se vit forcé de réclamer encore contre le règlement du salaire qui lui fut octroyé dans cette occasion. Yoicî sa lettre datée du mois de mai 1494 :
« A Messeigneurs les Conseillers de la ville de Lyon,
(c Supplie humblement Jehan de Paris, peinctre, que c( comme ainsi soit que le dict Jehan de Paris, à la requeste (( de Monseigneur Maistre Jehan Caille, lors parlant pour « tous les Conseillers en la chambre du Conseil, eulx préce sens, dict et commanda au dict supplient que il se d(^libérast a de penser, cogiter et travailler pour, et à la réception de « la noslre Roine; et par commandement et requeste exce presse, une fois, deux fois et plus, fust dict dès lors au dict (c supplient, tantôt besoigner. Lequel, non présomptueux, a mais comme ardent et aOectueux, accepta et print le com- « mandement agréable, qui n^esloit pas petite affaire, et dès « lors commença à chercher, inventer et enquérir pour four- » nir à icelle entrée, qui fust le commencement de la dicte « charge, quatre jours après les Roys ; quant à sa perce sonne, il continua, par grand travail d'entendement, jusques a ù ce qu'il présenta, en papier, les ysloires painctes, et leur « déclaira Tintencion que luy et les desputez à ce, avoient incc ventez. Ce faict, luy fust ordonné prendre la charge de tout
(1) M. RoUe. — Archives de l'art français (1861).
(( mectre, distribuer argent et desniers, et ordonner gens en
« euvre de touUes pars. Oultre, luy fusl dit au dict Conseil :
« Jehan de Paris, nous nous fions en vous, et tout nostre
« honneur gist sur vous ; nous le vous remectons et vous
« promectons que nous vous contenlei^ons bien. »
« Ces paroles oyez(ouies), le dict supplient prinl cuet au « ventre. Jasoit ce que, alors, esloil fort palibulé pour la toulte « charge, et luy tout seul, tant de conduire, ordonner, mectre « gens en euvre; d'aler sur le Rosne, en Bourgneuf, plus aux a Cordeliers, puis à Toslel de la ville, et tous les jours près « de XXV personnes à respondre de heure en heure ; « faicles « cecy, faicles cela, » puis payer, puis escripre, puis penser a et regarder se tout yroit bien, et de tout, luy tout seul, tenir a compte. — Or, a tant le dict supplient continué et travaillé « que la chose a esté exécutée et mise à fin deue, au moins a mal qu'il a pu. Alors, désirant tout l'honneur de la ville « plus que le sien proufit, — car là oit est volonté lucrative, « désîV, l'honneur n'a lieu; mesmement le jour de l'entrée, » autant de poine eut quasy comme une âme dampnée, et « plusieurs le virent ; puis viij jours après la dicte entrée, n'a ft faict aullre<:hose, de faire comptes, et tellement qu'il a faicl « plus de LXV journées pour la dicte entrée. — Et maintece nant, après qu'il a prou attendu, ù grans peines, on luy (( a ordonné , pour sâ poine , travail h totalle charge , « aultant, au moins, que à ceux qui besoignoient à journées. « El tout le monde crîoit et disoit : « ^, àl Jehan de Paris « sera riche à ceste fois! » Et lui-mesme pensoit que sa « science lui donneroit sa vie. Et, par sa foy, la despense « qu'il a faict durant la dicte entrée, monte XVij ou XViij « francs pour son ménage : or, regardez comment et combien « il gaignera avec vous ! Et quant il s'en plainct, les gens « sont tous esbahis et sont honteux, car ils ont veu la poine (( grande et soucy dudict supplient. Et, pour abréger, le dict
« sapplient vous prie et requiert, en l'amour de Dieu, que la ff science lui vaille, et, a tout le moins, si vous povez faire « soixante francs, faictes que il les aie. II ne vous demandit « jamaiz rien que b ceste heure, et, par adventure, ne vous « demandera plus.
« D'aultre part, il n'a esté jamais refusant au service de la ce ville, mais tous jours prest de obéir au mandement, comme et il fut V ou Vj jours, avec le Cappitaine, pour tirés la ville du (c costé de Saint Sébastien, quant on parloit de faire les murs « en hault; secondement, que jamais ne fust paie de l'entrée « du duc de Savoie; tiercement, quant l'avez faict appeler pour « aller voir le lieu pour faire Vospiial aux Deux-Amam^ et « assez en d*aultres choses, dont il n'eusl jamais gage ni argent. « Mais il n'oublie pas le gratis que vous aullres, Messcigneurs, « lui avez par cy-devant faîcl, louchant le guet et la porte « (La garde des portes). Néanmoins ce, la povrelé en quoi il « est, par faulle d'eslre paie de ce en quoi il se travaille, a « esté cause et est conirainct vous faire une telle supplicalion « et prière que aiez regard et pitié de luy, en disant tous « d'un accord : « Nous avons ung homme en nostre ville ^ qui « est tout à nous, et ce qu'il a faict pour nous il l'a faict de tout « son cueur, et luy tout seul nous a tous contentez ^ mais nous « tous le contenterons. » Et, ce faisant, le dict supplient continuera, en sa bonne et ferme amour, envers Messeigneurs les Conseillers et tout le corps de la ville, priant Dieu pour la prospérité d'icelle :
Vtpossimus vivere in Gala, Jucunditer sine mallo.
J. Paris.
Le Consulat régla Tindemnité demandée à la somme de 40 livres tournois, et ce, oultre certaine petite somme de deniers de laquelle Perréal estait demouré desbiteur envers
la dicte ville, par ung sien comple derrenièrement rendu pour les dictes entrée et réception.
Le mandement fut accompagné de la quiltance suivante: (( Honesle homme Jehan de Paris, paintre, habitant de la « ville de Lion, derrenier nommé, confesse avoir heu et reçeu « de honorable homme, Jacques de Baillieux, trésourier et re- « cepveur général de la ville de Lion, la somme de quarante « livres tournois, monnoie de Roy, à lui tauxée et ordonnée « pour les causes derrenier contenues. De laquelle somme de « XL livres tournois, le dicl de Paris se tient pour content et « en quicte le dict Bailleux et tous autres. Donné à Lion le « XXViij* jour de may, mil iiij« nouante et quatre. Présens « honestes personnes Claude Butavant (coturier), tailleur, et « Perronet-Forrier (chaucelier), bonnetier, habilans de Lion, « lesmoings. » El moy, notaire royal, P. Rogery.
Celle lettre de notre artiste est curieuse ù plus d'un litre. Elle indique, à n'en plus douter, la haute estime que les Conseillers de la ville attachaient aux inventions du peintre, comme étant le plus capable de créer des nouveautés qui leur fissent honneur. Elle constate qu'il était marié ; que ses efforts et ses travaux ne trouvèrent pas toujours une récompense suffisante et proportionnée à leur importance.
Son style, qui se ressent des imperfections de notre langue au XVI® siècle , est animé , éloquent , trivial parfois ; coloré, imagé, incisif, empreint d'une vigueur qui dénote une grande énergie, une ferme volonté. Avec un caractère vif, môme violent, il devait se porter, souvent, à une intempérance de langage qu'il faut regretter, surtout lorsqu'il s'adresse à la princesse Marguerite d'Autriche ; mais l'expression est toujours juste, franche, loyale, ennemie des circonlocutions et pleine d'à-propos.
S'il est vrai qu'on puisse juger l'homme par son style, nous dirons : Jehan Perréal fut un bourru bienfaisant^ un peu trop
épris de son mérile, comme artiste; mais il avail pour faire oublier ses défauts, le cœur droit et Tamour de son pays.
L'Italie, loin d'être pacifiée, s'était révoltée de nouveau contre l'autorité de Charles VIII ; ce monarque fut encore forcé de traverser Lyon, le i^\ août 1494, pour aller soumettre les Napolitains.
La nouvelle expédition fut aussi brillante que stérile. Ce prince traversa Tllalie au pas de course : il entra dans Naples, s'empara de Milan, de Rome, et se disposait à rentrer en France, se croyant maîlre des contrées qu'il avait parcourues, lorsqu'il apprit qu'une ligue formidable était conclue contre lui ù Venise, entre le pape, l'empereur Maximilien, le roi d'Espagne, le ddc de Milan et les Vénitiens. 11 attaqua les confédt^rés à Fornoue, près de Plaisance, les tailla en pièces, délivra le duc d'Orléans assiégé dans Novarre, repassa les Alpes et revint a Lyon, après avoir couru des dangers sans nombre et subi des perles irréparables dans son arirée (1),
Il fut pompeusement accueilli a Lyon, où il fut reçu le 7 novembre 1495.
(I) Philippe do Commines nous apprend que le cheval sur lequel était monte le roi Charles VlMà la bataille de Fornoue, clait de la Bresse ; c'était le plus beau cliovul qu'il eût vu de sou temos ; il était noir et s'appelait Savoie ; il avait été donné au roi par le duc Charles de Savoie. Le roi de France en fit présent, dans la suite, au loi d'Angleterre, dans les écuries duquel il mourut à l'âge de plus de 30 ans.
Un poète savoisicu, Bernard. Caussel, l'a loué beaucoup dans son £ticharihiicon à Samuel Guichenon (Pièces sur l'hist. de Bresse).
Celte entrée a été racontée par André de la Vigne, secrétaire de la reine Anne de Bretagne , dans son F'ergîèr d honneur.
Elle ne différa des précédentes réceptions que par l'ornemenlalion des éciissons pendus en travers des rues, à la mode d'Italie, et couronnés de gros chapelets de fleurs el aullrcs verdures joyeulses ; « dedans lesquels escussons éloienl les ;< armes mi-parliesdu roy. C'est à savoir, duhaull costé, les « croix d'HIérusalem d'or sur le champ d'argent, comme roi « de Hiérusalem, de Naples et de Sicile ; el d'aullre costé, « les trois fleurs de lys d'or sur champ d'azur, el par dessus <( le diclescusson esloit la couronne du itère (liare) impérial « magnifi']uement faict. »
Le cortège se rendit jusqu'au ;)/am de Saint-Fons^ où sa majesté fut haranguée au nom de la ville, par maître François Buclel. Un magnifique palllo (dais) devait élre porté audessus du roi par quatre éclievins. Charles refusa cet honneur ; il voulut que ce pallio fut donné à Nolre-Dame-des- . Anges, au couvent de l'Observance.
Perréal, qui avait accompagné le roi en Ilalie, fut autorisé à y séjourner quelque temps. 11 ne prit donc aucune part à celte réception.
François Rochefort, peintre lyonnais, reçut XI livres tournois pour les travaux qu'il fil comme maislre des peinctres is ystoires et joyeulseiés f aides pour ccste entrée. La dépense s'éleva à 20 livres 5 sols tournois. La présence en Ilalie de Jehan de Paris est d'ailleurs justifiée par une lettre de Charles VIII, adressée aux échevihs de Lyon, datée de Verceil, du 22® jour de septembre 1495, deux mois avant sa rentrée en France,
C'est une demande d'exemption d'impôts en faveur de notre artiste.
« De par le roy de France, de Cecille el de Jérosa-
c( lem : Trës-chers et bien amés , nous avons jà pieça a re(enu en nostre chirurgies el varlel de chambre ordi- « naire Jehan de Paris que bien cognoissez et pour ce qu'il « esl présenlcmenl en nosïre conlinuel service, h Tenlourde « nostre personne, nous voulons quedoresnavanl ne l'impoa siezaux tailles et subsides mises el ù mettre, elc.Adverlissez- « en DOS esluz de Lyonnois.... car tel esl nostre plaisir. »
Charles, Et plus bas : Briçonnet (1).
Le terme employé par le roi dans cette lettre : nostre chirurgies a déjà été commenté. M. Péricaud aîné a rappelé, dans sa notice de 1858, une note de M. Marly-Laveaux, portant que ce moi chirurgie pourrait bien s'appliquer, non à Texercice de la chirurgie, mais aux fonctions de peintre de figures anatomîques que Jehan de Paris paraît avoir exercées, d'après un passage de la Chronique de Jehan d'Aulhon, historiographe du roi Louis XIL
M. Rolle, archiviste adjoint de la ville de Lyon (2), est d'avis que « les diverses classes de valets de chambre de la maison « du roi ayant chacune un nombre déterminé, on peut expli- « querTexpression de cAiVwrj//e, en supposant queCharles VI II, « voulanl, à un moment donné, faire jouir Perréaldcs privi- « léges de ses valets de chambre, n'a trouvé le moyen de lui « donner ce titre qu'en le nommant à la vaccance qui s'était « faite dans la classe de ses chirurgiens. )>
Ces deux opinions peuvent ôlre combattues parcelle-ci : Si Jehan Perréal , varlet de chambre , qui était en continuel
service àTentour de lapersonne du roi^ a quelquefois rempli,
(1) Robert Briçonnet, archevêque de Rheims, était chambellan aupics de S. M. le roi de France.
(3) ÀH^ehiveti. de VArt frmçaity 1861.
à l'armée , l'office de barbier, qu'y aurail-îl d'étonnant que Charles VIII eût employé, en ce sens, l'expression de chirurgie? les barbiers n'onl-ils pas élé appelés chirurgiens jwsqne dans le XYH'' siècle ? les cliirur^nens de robe longue (vulnerum medicus) poilnienl dos boUcs pour enseignes sur leurs demeures, el les barbiers-chirurgiens rfesfcassms. Aujourd'hui même, dans la populalion de l'Algérie, ces derniers praliquenl encore les saignées el arrachent les dénis.
On voit dans les archives du Consulat que celle lettre du roi fut présentée aux Conseillers par Jehan Girard et Jehan Archimbaud, tous deux parents et alliés de Jehan de Paris, habitants de Lyon.
La délibération des Conseillers porte la date du 26 octobre 1495:
« Ils ont ordonné que Jehan de Paris, cirungien du roi, « en faveur duquel ledicl seigneur a escripf, soit quictedes • « charges et affaires de la dicte ville, tant qu'il sera officier « et serviteur ordinaire, et sans fraude. »
Celte exemption d'impôt s'appliquait à un droit de 5 sols tournois par immeuble, outre la taille, el comme Jehan de Paris en possédait plusieurs, sa décharge s'élevait à 4 livres 10 sols tournois pour Tannée.
• L'année suivante, Pertéal fut encore, obligé de réclamer la même faveur. Le dimanche 11® jour de septembre 1496 « les Conseillers adverlis et bien informés que Jehan de « Paris, painclre et citoyen de Lyon, varlel de chambre • « el commensal du roy noslre sire , servant ordinairece ment le dict sire , considérant aussi qu*il est iousjours (( trés-volonliers emploie à faire plaisir el service de la « dicte ville, el qu il peut plus servir que jamais; à ceste « cause obtempérant usa requeslequ'il afaicleprésenlemenl, (( en tant qu'ils peuvent el doibvent , l'ont deschargé el a exempté des charges et contributions de la ville, tant ainsi
<!r que aultres ses semblables sont et demeurent estre deschar- « gés et exemples (1). î»
La persistance avec laquelle Perrôal demandait l'exemption de rimpôl (les conlribulions, a pu faire supposer que sa position de fortune était pou aiîiôe, mais il parnîl plus probable qu'il ne la réclamail que comme un droit inhérent à son odice h la Cour, el qu'on accordail, alors, à tous ceux qui servaienl la personne du roi de France.
Il possédait, dans la rue Confort, une partie du jardin provenant de celui de la famille Leviste; une maison avec jardin, dans la rue Neuve Thoraassin, d'un revenu annuel de 40 livres tournois.
Il tenait aussi h loyer, dans la môme année 1496, une maison située rue Buisson, appartenant à Pierre Bastyda, sacristain à Saint-Nizier (2).
Pendant son séjour à Lyon, Charles VIIl se montra reconnaissant du bon accueil que la ville lui fil.
Il exempta « les manans et habitants, de tout ost (service « d'armée, chevauchées, ban et arrière- ban), pour les (iefs « et seigneuries dans le royaume. » c'est-à-dire que les habitants ne devaient plus élre convoqués pour le compte du roi, ou celui des' seigneurs, pour quelque cause que ce fiit.
Ce privilège était considérable. — Il fut le dernier acte de l'affranchissement définitif des serfs de la féodalité, et la conséquence naturelle des chartes organiques des communes, crées par Louis XI, en 1478. En outre il accorda la noblesse, aux Conseillers de la cité, pour eux et leur postérité. En- On il approuva, par lettres-patentes du 21 décembre 1496,
(1) Registres consulaires B. B. p. 573.
(2) Note de M. RoUe, (voir le dénombrement des maisons de la ville, du 26 juin 1493, depuis Notre-Dame de Confort, tirant vers Thôpital du pont du Rhône).
le& siatufs de la coofrériie de» artistes, statuts qui ont eu pour résultats importants, de former des maîtres capables, en obligeant les aspirants et les élèves à acquérir des connaissances sérieuses dans leur art, soumises, d*ailleurs, à un jury dexamen.
Disons un mot sur cette organisation :
La confrci ie des peinctres^ tailleurs (Vimafges el verriers était placée sous le patronage de- saint Luc. A Lyon, sa chapelle était aux Cordeliers, église placée sous le vocable de saint Bonaventure, depuis le mois d'avril 1484.
Dans les trois sections de cette confrérie, nuJ oie pouvait être reçu compcignon ou maistre^ sans avoir préalablen^ent exécuté et soumis à Texamen de deuxc maîtres jurés nommés à cet eOet par les prud*bommes, un travail d'épreuve qii'on nommait chef-d'œuvre.
L'aspirant à la maîtrise, s'il était peintre, devait exécuter, sur toile ou sur bois, un sujet sacré choisi par les maîtresjur^s.
Si l'aspirant était tailleur dCimaiges (sculpteur), il devait sculpter, sur la pierre ou sur le marbre, une statlielte de vierge ou de saint, également au choix des jurés.
Le verrier faisait deux panneaux de voirre ;, il coloriait les dessins suivant le sujet donné ; il les faisait cuire et devait assembler ces panneaux avec du plomb. Il opérait, comme les aspirants des autres ordres, en présence de l'un des maîtres auquel il était rigoureusement interdit de faire aucune observation sur le travail, encore moins d'y aider en quoi que ce fut, sous peine de 100 sols d'amende h partager entre la caisse des pauvres de Monseigneur le cardinal de Lyon et la confrérie de saint Luc.
Après l'examen des prud^hommes et le jugement rendu par eux, chaque nouveau maître admis était tenu de donner à dîner aux [urés, bien el honnesiemenl.
Dès 1391, il existait à Paris une académie de saint Luc,
avec des istatuis et des règlements rigoureusement observés; elle avait ses jurés qui emjpéchaiéht de travailler, dahs la ville, tous ceux qui n'apparlenaiertl point à la confrérie (1).
Cette acàdénfiie élailune imitation d'une autre école existant déjd à Borhe, dans le même but.
La connréï*ic des artistes de Lyon, topiée sut icelies d'Italie el de Paris, à pu devoir son exislence à Tiniliative de iPerréal ; bu du moins, nous croyons qu'il contribua puissamment h son organisation.
Celte opinion est fondée sur là double position influente qu'il exerçait alors, celle de chef d'école artistique à Lyon et celle de valel de chambre du roi de France.
En consUllant les ordonnances de création de celte coirporation, on trouve le nom de Jehisin de Paris à la tête de la section des peincires, place qu'il a si dignement occupée pendant sa vie, et qui fui, de son vivant, un hommage rendu à son talent par ses concitoyens. — Les autres maîtres de Lyon, dans les diCTérentes cnlégories, se nommaient: Jehan .Prévost, Jehan Blic, Pierre de la Paix^ Dominique du Jardin, Philippot Bessofi, Pierre Boule, François RochefoH, Jehan de Sainl-Prietz, Nicolas Leclerc, Guillaume Bayotle, Claude Gliynet, Jacques de la Fb^est, Gauthier et Gouvin Navarre.
Nous avons dit que Perréal obtint du roi Taulorisatitih dé visiter Tlialie. Hors de la présentée du souverain, té ne pouvait être qu'avec la qualité d'artiste, et nous avons la certitude, quelcjUe soit le silence des documents historiques
(1) Trois siècles plus tard, en 1648, Louis XIV fondait rAcadémie royale de peinture, gravure et de sculplure de Paris, cbargcc de reuscigncnicnt public.
L'architccturo eut aussi son académie, établie en 1671, par Colbert.
Ces diverses acadcuties ont élé remplacées, après la Révolution française de 1792, par la quatrième classe de Vlnstitutj aujourd'hui désignée sous le titre d* Académie des beaux-arts.
à ce sujet, qu'il profita de sa liberté momentanée pour chercher les plus belles inspirations de son art (1).
Et pouvail-il en être autrement? un talent comme le sien devait-il rester slationnaire à une époque de transition, de révolution dans les arts? Il avait dû sentir le besoin d'approfondir les ressources de son génie ; ce n'est qu'en parcourant les villes d'Italie qu'il pouvait s'inspirer le mieux des œuvres de Titien, des Carraches, de Bramante, de Léonard de Vinci , œuvres admirables dont l'influence a régénéré Tart français, sous le double rapport de la grandeur et de la majesté dans l'imitation de la nature et dans la richesse du coloris.
Jehan de Paris, vivant ù l'époque de la Renaissance, a-l-il pu en être spectateur indifférent? non sans doute. Il s'est fait acieur dévoué, et après avoir puisé, en France, ses premières inspirations aux mômes sources que celles de Jehan Goujon et de Poussin, il eut Tavaniage de voir l'Italie, de parcourir ce pays avec toute liberté, en conquérant^ si l'on peut s'exprimer ainsi, afin d'y trouver l'occasion de comparer ses études avec celles des maîlres de Milan, de Naples, de Florence et de Rome, et de revenir ensuite dans son pays natal, pour faire une savante application de ses connaissances acquises.
Nous le verrons bîenlôt à l'œuvre.
A peifie de retour d'ilalie, Perréal assista aux derniers moments de son roi. Charles VHI mourut le 27 avril 1498.
Louis XII le garda auprès de sa personne.
(1) On peut lire, dans la préface de l'histoire des peintres, par M. Charles Blanc (école fiançaisc), que Jehan Perrcal^ dit de Paris ^peintre d'histoire, peignit enltaliey les marches y les combats, les triomphes de Caillée française.
Le premier usage que fil le nouveau monarque de son autorité fui de revendiquer, comme on sail, ses droits sur le . Milanais, en sa qualité d'héritier de la maison Visconti, par Yalentine, son aïeule ; il se ligua avec les Vénitiens, fit passer son armée en Italie, et s'empara du duché de Milan en vingt jours. Louis XII fit sa première entrée solennelle à Lyon, le 10 juillet 1499. La reine, qui était enceinte, ne vint le rejoindre que le 10 mars de l'année suivante.
Anne de Bretagne, devenue, pour la seconde fois, reine de France, était fort aimée des Lyonnais; elle fut accueillie au milieu de l'enthousiasme général. Le prince avait diminué les impôts et revenait victorieux d'Italie.
Dès le milieu du mois de juin, Jehan de Paris prévint officieusement le Consulat de ce voyage ; il arriva môme assez tôt pour procéder aux préparatifs qui lui avaient été confiés pour cette grande occasion.
Une délibération du 23 juin porte que M. le greneiier Jehan de Paris, Pierre Gayon et Jehan de Troyes devront faire confectionner « 400 targueltes (écus), aux armes de « France, des deux costës; sur Tung des dicts champs des 100, (c aura une lettre L couronnée, et sur ung aullre 100 une « lettre A grecque, de couleur jaune; et de l'aultre costé, « sur tous les 200, aura ung porc cspic pour lequel le dicl « greneiier leur fera les patrons, »
El attendu l'insuflisance des fonds dans la caisse delà ville^ on se borna, pour le cadeau du roi, à faire confectionner en or, un porc épie couronné, c'esl-à-dire qu'on devait placer
sur la couronne une petite coupe, en façon de salière, pour recevoir un rondeau. On supprima la coupe et le rondeau.
Les Conseillers el les notables, au nombre de dix-sept personnes, avancèrent les fonds : chaque Conseiller prêta 100 écus d'or.
Jehan de Paris donna le dessin el le patron du porc-épic qui fut exécuté par les orfèvres Lepère et Nicolas. Ce porcépic, en or massif, était assis sur une terrasse ; son poids était de 13 marcs 5 onces ; il coûta 1,000 écus et fut pré-^ sente au roi qui logeait à l'archevêché.
Le même jour, 12 juillet, Louis XII confirma les privilèges de la ville...
Dans cette manifestation populaire, il faut encore applaudir l'artiste qui sut contribuer puissamment à captiver les bonnes grâces du roi, en lui rappelant l'emblème d'un ordre de chevalerie créé en 1394, par son ancêtre Louis, duc d'Orléans, fils de Charles V, à Toccasion de la naissance du père de Louis XII.
Effectivement, nous lisons, dans les chroniques du temps, que cet ordre du porc-épic, ou du camail, était composé de vingt-cinq chevaliers revêtus d'un manteau en velours violet, du chaperon et d^un mantelet d'hermine, avec une chaîne d*or pour collier, à laquelle était suspendu un porcépic, avec cette devise de la maison d'Orléans : Cominus et eminu^ (de près et de loin) (1). Le nom de l'ordre du camail lui venait d'une bague d'or garnie d'un camaïeu, ou pierre d'agathe, sur laquelle était gravée la figure d'un porc-épic, bague que le fondateur remettait aux chevaliers avec le collier.
(1) On croyait alors que le porc-épic pouvait se défendre de prhj à Taide de ses épines, et les lancer de loin contre ceux qui l'offensaient.
On prétend que le duc d*Orléans voulait indiquer, par cet emblème, qu'il ne manquait pas d'armes pour se défendre contre le duc Jehan de Bourgogne, et qu'il savait atteindre ses ennemis de loin comme de près (l).
Jehan de Paris reçut , à cette occasion , la prime de LXX livres tournois, pour avoir devisé les mistères et faict tous les patrons (voir les pièces justificatives de la comptabilité de Jacques de Baileux — 1499 à 1500 — Archives de Lyon).
Celte entrée, comme celle de Charles YIII en 1490, ne se trouve pas relatée dans le recueil des entrées des rois de France , imprimé à Lyon en 1752. Nous ne la rapportons pas, parce qu'elle diffère peu de celle que nous avons déjà décrite.
Il suffit d'indiquer ici que le mystère, inventé par Jehan de Paris, fut joué sur la place Confort. Il y employa de belles jeunes filles, habillées de riches étoffes de soie de différentes couleurs, représentant les personnages suivants : France ^ Amour souverain, Force, Prudence, Justice, etc. Elles récitèrent des vers composés par Jehan de Paris, à la louange du vainqueur de rilalie.
Les quatre éléments soumis par la puissance de la France étaient une allégorie en Thonneur de Tarmée.
Neptune fut traîné sur un char par des siraines précédées de tritons embouchant la trompette.
Le cortège suivit le môme ordre que celui des entrées précédentes, et Ton conduisit le roi, sous un paillo neuf recouvert de velours bleu doublé de satin jaune, depuis le pont du Rhône jusqu'à TArchevéché. Les rues, depuis Bourgneuf jusqu'à Porte-Froc, furent tendues de tapisseries et couvertes de toile, partie bleue à fleurs de lis, et partie rouge et jaune, livrée de la maison du roi.
(1) JHctionnaire de Trévoux.
Pour la première fois, le registre des délibérations da Consulat désigne Jehan de Paris avec la qualité de grenetier. Il n'a pas été possible d'eipliquer ce fait, par des preuves extraites des actes officiels. Cette désignation pourrait bien ne pas lui être applicable.
Nous pensons qu'un secrétaire du Consulat, peu exercé, a commis une erreur dans la qualification de grenetier donnée à notre artiste, ou bien encore qu'elle appartient à un homonyme.
En effet, nous pouvons indiquer d'autres citoyens de Lyon portant le même surnom de Jehan de Paris. Étaient-ils parents du peintre? cela est possible. Mais, enfin, il en existait un de la profession de chancelier (bonnetier) ; un autre qui était drapier ou tondeur de draps; un troisième figurait dans les comptes de la ville , pour Tentrée de Louis XII , comme ayant fait le personnage de Bon Temps, dans le mystère jouée à cette occasion. Ce dernier avait reçu 4 livres tournois et 4 aulnes de drap lurquin (bleu foncé), pour une robe. Ne peut-on pas en conclure aussi que le grenetier pouvait être un frère ou allié du peintre?
Cette conjecture nous parait très-plausible par la lecture complète du texte de la délibération que voici :
« Depuis, (le 23 juin) a été advisé par et entre mes dicts « seigneurs les Conseillers et monsieur le grenetier Jehan « de Paris, avec Pierre Gayon et Jehan de Troys , cartiers « (faiseurs de caries), qu'ils feront 400 targuètes aux armes « de France, etc. ; sur tous les deux cents aura ung porcce épie pour lequel faire le dict grenetier fera des patrons. « El s'il y faut besoigner au pinceau par paintres, ei que a les dicts cartiers ne le saichent (aire, la dicte ville paiera « les dicts paintres. »
On avait donc prévu que les trois maistres de mestier ci-
dessus nommés, pouvaient ne pas savoir manier le pinceau ? donc on n'a pas voulu parler du peintre.
Quant à Tobjection que le grenetier était invité seul à faire des patrons pour les autres délégués, on peut répondre que Jehan de Paris, grenetier, savait peut-être dessiner sans savoir colorier; ou bien que, frère du peintre, il était plus à même de fournir les patrons préparés de la main de notre artiste , auquel il pouvait les demander. Mais si Perréal eût été personnellement désigné, on n'aurait pas certainement prévu le besoin d'autres peintres...
A l'appui de notre observation concernant les frères ou les homonymes de Jehan de Paris , tous citoyens de Lyon et commerçants, nous rappellerons que, d'après les registres consulaires que nous avons consultés , nous avons trouvé , sous la date du 3 avril 1508, que Jehan de Paris, drapier, a vendu un poinson de vin blanc, tenant trois années, au prix de 55 sols Cannée^ pour le repas de MM. les chancelier et trésoriers généraux de France, étant à Lyon.
Et h la date du 3 mai 1509, que le même drapier vendit un autre poinson de vin blanc au trésorier de la ville pour le repas de MM. les conseillers.
Ce Jehan de Paris, drapier, figure, sur la liste des maistrès de mestiers de Lyon , comme tondeur de draps , en septembre 1510 et années suivantes.
Donc il existait d'autres Jehan de Paris à Lyon.
Cette parenté, cette similitude de surnom expliquent encore, selon nous, une autre qualité de dixenier, donnée, diton, à Perréal , par un rôle de garde et de guet , pour les hommes logeant depuis la rue de la Gerbe, tirant par derrenier SaintrNizier.
On a pensé que Jehan de Paris était classé dans la réserve, pour la défense de la ville; qu'il ne devait prendre les armes, avec sa troupe, que dans le cas de pressant danger, sous le *
pennon de Claude de Yarey, qui, depuis 1498, commaudait, à Lyon, 100 hommes d^armes, du côté et à la part de VEm^ pire(l). Nous croyons cette opinion peu vraisemblable, parce que la présence du valet de chambre du roi n'était qu'accidentelle à Lyon. Cet artiste , auquel la ville avait accordé Texemption de l'impôt avec d'autres privilèges, en sa qualité de serviteur du roi^ ne pouvait être astreint au service de la garde.
Il s* agit encore ici , probablement , d'un autre Jehan de Paris.
Rappelons que dans sa réclamation du mois de mai 1495, à l'occasion du règlement de son indemnité pour la première entrée de Charles YIII, il dit lui-même qu'il n'oublie pas le gratis qui lui a été fait, touchant le guet et la porte (garde des portes de la ville).
Lyon fit frapper, en 1499, à Thôlel de la Monnaie, une médaille en l'honneur de Louis XII et de la reine Anne. L'effigie est en buste. C'est la première du genre.
Déjà, quelques années avant, une autre médaille, à l'effigie de Charles VIII , était sortie des mêmes ateliers , avec cette légende: i<iLugduni respublica gaudete.ï>Les figures avaient été gravées sur les dessins de Jehan de Paris.
En 1500, Louis XII fit un deuxième voyage en Italie; il partît pour la conquête de Naples avec son allié Ferdinand d'Espagne. A cette occasion, Anne de Bretagne fit une nouvelle entrée solennelle à Lyon, le 15 mars de cette année.
On se borna à l'exhibition des mistères et ystoires déjà
(1) On désignait ainsi la rive gauche du Rhône , en opposition an mot royaume donné à la rive droite.
connus ; on ne fit aucun présent, vu la fâcheuse situation de la caisse municipale toujours vide.
Un document, inséré dans la Rei^ue du Lyonnais^ (1) fait connaître que Jehan, le peintre, et son varlet, reçurent à cette occasion 7 sols 5 deniers pour avoir arrondiz de couleur les grosses leslres que M^ Jehan Vvonnet avoit faictes.
Ce Jehan Vvonnet estoil un escripvain qui dessinait des inscriptions pour les fêles publiques. Ces inscriptions, faites en gros caractères, étaient repassées avec des couleurs pour les rendre plus lisibles et plus saillantes. Il faisait aussi des vers pour les fêtes publiques.
Cette fois encore, Jehan de Paris accompagnait le roi en Italie; il fut forcé d'abandonner, & Lyon, son programme aux soins de Jenin de Beaujeu qui reçut 30 sols tournois du Consulat, pour avoir fait la rhétorique et facture des mystères de la dite entrée de Louis XIL
Jehan d'Aulhon nous apprend, dans ses chroniques (2), que Jehan de Paris se trouvant à Milan, en 1501^ fut témoin de la naissance d^un enfant monstrueux dont il montra la figure au roi Louis XII, è son retour à Lyon. Cette figure de monstre avait été pourlraicte d'après le naturel. Celte particularité constate doublement Tabsence de Perréal qui était autorisé à parcourir fllalie pour se perfectionner dans son art. Il avait alors 38 ans.
L'hisloire a conservé le récit de la brillante réception faite à Lyon, au mois de mars de 1503, à Tarchiduc d'Autriche, Philippe, fils de l'Empereur Maximilien et père de Charles- Quint.
Bevenant de la cour de Ferdinand d'Aragon, son beau-
(1) Revue du Lyonnais, nouYclle série, XI«, p. 121. Art. de M. G. de Soultrait.
(2) Tome 1, p. 526. Edition de M. P. Lacroix.
père, auquel il était allé réclamer la couronoe de Gastille, échue , par la mort d'Isabelle, à Jeaone-la-Folle son épouse, ce prince s'arrêta à Lyon.
On lui rendit les honneurs dus à son rang ; mais préalablement, on prit ravis du Roi de France, et nous lisons dans une délibération de l'assemblée du Consulat, que le mardis 2^ jour de janvier 1503, on décida qu'en raison de la prouchaine venue et entrée de Monseigneur C Archiduc^ comte de Flandres, on debvra actendre ce que le Roi en mandera^ et on Rapprendra de M® Jehan de Paris y pour inventer les ystoires[\).
Louis XII fit connaître qu'il viendrait lui-même à Lyon ; il autorisa une splendide manifestation en Thonneur du puissantlvisileur. L'entrée de l'archiduc précéda donc celle du roi de France. Philippe rencontra le cardinal d'Âmboise auprès de la ville, et y fit son entrée, accompagné du duc de Galabre et d'un brillant cortège de seigneurs.
Une jeune fille bien accoustrée, dit la relation, Tattendait à la porte du Rhône ; elle lui présenta les clefs de la ville, après ravoir complimenté. Auprès d'elle se trouvaient deux personnages symboliques : l'un, bien public; et l'autre, désir ar-dent de paix ; ils récitèrent des vers de circonstance. Les rues furent tendues de riches tapisseries. Au pont de Saône, une autre jeune fille, représentant La France, fut placée entre Peuple et Bon accord,
Philippe fut accompagné jusqu'à l'abbaye d'Ainay, où quelques jours après, le roi et la reine de France vinrent le voir. La reine et Madame de Rourbon avaient précédé le roi depuis cinq jours. Louis XII n'arriva à Lyon que le 29 mars, entre cinq et six heures du soir.
Le registre consulaire porte : à cause des assemblées tant
(1) Archives municipales de Lyon, registre consulaire BB.
esl arrivé de gens que ce fust belle chose à veoir. Lors de ce passage par Lyon, Philippe se rendit h Bourg pour visiter son beau-frère le duc de Savoie. Il y flt son entrée le 7 avril 1503; mais étant tombé malade, il revint kLyon. Guichenon prétend qu'il retourna au château du Pont-d*Ain, après sa guérison, a6n de faire ses adieux à sa sœur Marguerite, et que c'est là que Philibert-le-Beau lui montra la précieuse relique du Saint-Suaire (Hist. de Savoie, p. 611).
Louis XII, accompagné de sa femme, au retour dé son heureuse expédition contre Gênes, flt une nouvelle entrée dans Lyon, le 17 juillet 1507, à huit heures du malin. On peut lire les détails de cette réception dans le Recueil des entrées solennelles des rois, princes, etc. (1752, à Lyon, chez Aimé de la Roche); mais. on n'y trouve pas les vers ou rondeaux composés à celte occasion, et restés inédits jusqu'à ce jour. Nous les attribuons à Jehan de Paris, comme organisateur de la fête. (Voir la pièce à la suite de cette notice).
Certes, cette poêtrie peut être critiquée avec raison : elle se ressent, dans sa facture, de la ftianière ampoulée et prétentieuse du temps ; mais n'oublions pas que ces défauts étaient autorisés par la .mode ; le mauvais goût avait permis des licences trop nombreuses qu'il était donné à Clément Marot de faire disparaître de noire littérature; Si nous la rapportons ici, c'est qu'elle nous paraît intéressante comme un monument de l'époque, comme un acte particulier à Jehan de Paris, démontrant son érudition et sa verve.
Louis XII fut reçu à la porte du Rhône par les Conseillers, la Noblesse, les Officiers, les Marchands, les Confréries, le Clergé et les enfants de la ville. Il fut harangué par Tévêque suffragant de Lyon, par le lieutenant général du Bailli (messire Claude Lecharron),et par Pierre Chavel, docteur en droit.
Les rues furent tendues de tapisseries et de toiles, suivant l'usage. Le roi, conduit sous un dais recouvert de soie bleue semée de fleurs de lis d'or, jusqu'à la rue Porte-Froc où MM. de l'église St-Jean vinrent le recevoir, put jouir, sur son passage, du spectacle de plusieurs allégories. On avait placé un échafaud, ou théâtre, sur chacune des places de la Grenelle, de THerberie, des Changes et au pont du Rhône. Les personnes qui montaient ces estrades récitèrent des strophes composées pour la bienvenue de Sa Majesté.
La môme cérémonie avait eu lieu, le 7 août précédent, en l'honneur de Mgr l'archevôque François de Rohan, h sa première entrée à Lyon. Ce prélat venait prendre possession du
siège archiépiscopal laissé vacant par la mort de son prédécesseur André d'Epinay.
Dès le 21 juillet 1506, on délibérait dans l'hôtel communal , sur les ystoires à composer. Jehan de Paris fit rapport du get des quatre ystoires qu'il composa^ Hune à la porte de Bourgneuf^ Caultre vers le Griffon^ Paultre ès-changes et Vaultre au Palais.
Ces ystoires furent mêlées de couplets ou devises rimées, à la louange de Monseigneur. Elles furent représentées par des jeunes filles habillées de taffetas de diflérentes couleurs, et tenant des écussons aux armes de Rohan.
Le dais était de damas blanc frangeté de soie.
Les Conseillers, revêtus de leurs robes de camelot tannoir, montés sur des chevaux et accompagnés des nolables, vinrent saluer le nouvel archevêque qui fut harangué par Claude de Yandel, Conseiller en droit.
Son Eminence confirma les privilèges de la ville, pardevant le notaire royal Gravier.
Quelques jours après, le 2B août, il réunissait à souper tous les Conseillers, dans son hôtel de l'Archevêché.
c( Durant le repas jouèrent tappeurs (ou tapporins) et aul-
« ires instruments k puissance, dit la délibération, et après « furent jouées force farces et faict plusieurs aultres esbatte- « mens. »
Jehan Achimbaud et Guillaume de la Balme, mandeurs (huissiers de la ville), habillés de leurs robes de livrée, à manches argentées , furent attablés auprès des Conseillers, et s'est merveilleusement fait veoir le seiDice du dict souper.
La dépense de Tentrée de l'archevêque François de Bohan, s^éleva à 162 livres 5 sols tournois; chaque robe neuve de Conseiller fut payée 10 écus d'or, valant 17 livres 20 sous tournois l'une. (Actes consulaires, registre BB, p. 575.)
Les Vénitiens s'étant soulevés contre l'autorité de Louis XII, ce prince traversa, encore une fois, Lyon où il laissa la reine, le 29 mars 1509.
Il repassa les monts ; remporta, sur les révoltés, la célèbre victoire d'Agnadel.
Anne de Bretagne séjourna à Lyon pendant toute la durée de la campagne qui fut, du reste, aussi courte que glorieuse.
Cinq mois après, le 25 août, le roi rentrait couvert de lauriers.
On avait écrit au trésorier GroIIier et à Jehan de Paris, à Milan, pour savoir les intentions du monarque concernant sa réception. Le Boi fit répondre qu'il défendait qu'on lui fît une cérémonie onéreuse pour la ville. Voici les expressions de cette réponse sur le registre municipal : « Le lundi 2ijuil' a let, nostre sire n'entend lui estre faicte uulcune entrée^ et « plustôt le défend ; s'est déclaré qu'il ne passeroitpas par « ceste ville sHlscavoit qu'on luy fist entrée. »
La seule exhibition tolérée fut celle d'un parron en pierre (pilier ou colonne), swmonlé d'une pomme d'or, figurant, sans doute, la boule du monde, et sur lequel on devait placer le buste du roi.
Ce busle, confié au ciseau du sculpteur Sl-Priestz, fut exécuté d'après la pourtraiclure du Roi, faicle de la main de Jehan de Paris.
La colonne fut placée sur la ll*"^ pile du pont du Rhône. Quant à la reine, elle n'eut aussi qu'à se louer de racçueil que lui fit la population lyonnaise. On en trouve la preuve dans une comniunication importante que cette princesse chargea Perréal de faire, en son nom, aux Conseillers de Lyon. « Le samedi 28 août 1509, Jehan de Paris, varlet de chambre du Roi, noslre Sire, a faict raport que la reine qui partit de Lyon, yer matin, avant son parlement luy dict quelle esloit très contente de la dicte ville, et de ce quelle y avoit demourée. Elle a trouvé la dicte ville et les habitans en ycelle, si bons et de si bonne sorte q^uelle en aura longtemps mémoire, et quand ceux j^ii dict Lyon vouldroient quelque chose devers le roi ou d'elle, elle sera contente que l'on s'adressera h elle du voulçir que]l,ç a.à faire plaisir à. la dicte ville, dont par mesdicts Seigpeurs, par la voix du dict Le Bourcier, ont remercié 1q dict de Paris, et Tout prié, quand il sera en cour, avoir louçjours la dicte ville et affaires d'ycelle pour recommandées (%§;?- « très consulaires BB, p. 576). »
Anne de Bretagne mourut le 9 janvier 1514, à l'âge ^le 37 ans, sans avoir eu d*enfanls de Louis XIL Ce prince la suivit, dans la tombe, une année après, le T^ janvier 1515. La couronne de France passa à Ffançois V^ dont le preqf^ier
soin fut de reprendre les projets de ses prédécesseurs ^ur ritalie.
Le 15 juillet de la même année, il se disposait à se rçi^dre
dans le Milanais. Il désignait Lyon pour son quartier gênérai, et entrait bientôt en Italie où il gagnait la célèbre bataille de Marignan, le 13 septembre suivant.
Jehan de Paris maintenu à la cour, dans sa double qualité depeinctre et de varlet de chambre du roi, flt partie de cette expédition glorieuse, à la suite de laquelle il se lia d'amitié avec Léonard de Vinci, amené à la cour de France par François I**" (1). Perréal ne paraît pas avoir assisté à Tenlrée du prince à Lyon, parlant pour la guerre. Les documents ofliciels font connaître que cette fête fut somptueuse : les Lyonnais accueillirent avec empressement la nouvelle reine Claude de France, accompagnée de la mère du Roi.
Parmi les ysloires allégoriques qui furent représentées en celle occasion, on a conservé le souvenir de la réunion de huii jeunes filles qui figuraient autant de vertus que de lettres de V alphabet pour composer le nom du Roi [Françoys),
La présence h Lyon de Jehan de Paris n'est constatée qu'au retour de l'armée.
Par une lettre parvenue au Consulat, le dimanche 10 février 1516, le secrétaire de la ville, alors en cour à Avignon, Gt connaître : « que le Roi ne vouloit pas qu'on luifist entrée « personnellemient, mais il veut et entend que Von fasse en- « trée à la reine et qu* on la reçoive comme telle. »
En conséquence on manda sur-le-champ les notables et les maistres de meslier pour préparer la réception.
Jehan de I^aris fut chargé, comme d'habitude, du soin de
(1) Cet illustre peintre et architecte possédait, à Amboise, le petit château de Clous (Clusum), qui subsiste encore. Il lui venait d'une libéralité du roi de France. On a cru longtemps que Léonard rendit le dernier soupir dans ce manoir ; mais le fait est controuvé. Il y fit, cependant, son testament sous la date du 23 août 1518, en présence de Guillaume Boreau, notaire royal de la Cour et du bailliage d'Âmboise (Blois et ses environs, par M. de la Saussaye, 1862).
tout préparer, de tout surveiller, avec le concours de Jehan Ricbier et celui d'Yvonnet.
La reine Claude fil donc sa deuxième entrée à Lyon, le 2 mars 1516, revenant d'un voyage où elle avait suivi, en Provence, la duchesse d'Angoulëme, mère du roi. *
François P"" les rejoignit à Lyon.
Le cortège entra dans la ville par la porte du Rhône.
« Madame éloil habillée fort richement, d'une cocte de drap (c d'or et robe d'argent; montée sur une haquenée grise pom- <x mêlée couverte d'une housse de drap frisé et brodé. Et là a suivoient ma dicte dame la duchesse d'Angoumoys, et treize (c princesses accoustrées de robes de velours tanney, doublées c( de drap d^or, et deux charriots triomphans couverts de drap « d'or, lesquels tiroienl quatre coursiers harnachés de drap c( d'or, pleins iceulx charriots des aultrcs demoyselles de la <K dicte dame. »
Nous ne suivrons plus les princes dans leurs visites si fréquentes à Lyon.
Les deux dernières entrées auxquelles Jehan de Paris paraît avoir prêté son concours sont : celle du connétable de Bourbon, le 30 juin 1515, et celle du duc d'Urbain, neveu du pape, le l""*^ avril 1518. Ce duc, pressé de rejoindre le roi de France, pria même de suspendre toute manifestation à son égard ; elle n'eut pas moins lieu.
On accorda à W Jehan de Paris, contrerôleur^ pour sa peine, dans cette dernière réception, ungpoinson de vin clairet, acheté à Jacques Royer.
Nous verrons à l'article suivant, ce que signifiait cette nouvelle qualification de contrerôleur donnée à Jehan Perréal.