‹ Essai critique et expérimental sur le sang. ThèseChapitre 4 sur 9 · ET EXPÉRIMENTAI · texte numérisé non relu

ET EXPÉRIMENTAI

Depuis i65a, époque mémorable où le génie de Harvey, triomphant après cinquante ans de travaux de l’incrédulité de ses contemporains, réussit enfin à leur faire reconnaître G circulation du sang, les médecins et les chimistes se sont livrés à de longues recherches pour éclairer l’histoire de ce liquide, le plus important de tous ceux que l’on rencontre au sein des êtres animés. Cependant, il faut l’avouer, ces recherches ont été rarement couronnées de succès ; la nature, déjà si mystérieuse dans le règne-minéral e t le règne végétal, l’est bien davantage dans le règne animal , et la sagacité des observateurs vient souvent encore e chouer contre les problèmes qu’il leur présente.

Néanmoins, bien que les données de la science sur le Sa »g soient peu étendues, il s’en faut que les travaux dont H a été l’objet soient tous restés stériles, et on doit convenir que, parmi les observations qui s’y rapportent, on Peut distinguer plusieurs vérités bien établies, et qui Prouvent au moins que, pour être grandes, les difficultés dun si grave sujet ne sont pas insurmontables.

Mais si l’histoire du sang présente plusieurs vérités saila ntes et qu’on ne saurait contester, on y rencontre en

même temps quelques résultats contradictoires qui tiennent les esprits en suspens sur les propriétés les plus importantes de ce liquide.

Dans cet état de choses, il m’a semblé qu’avant de continuer l’étude du sang, il était de la plus haute importance de revenir sur les anciennes observations dont il a été l’objet, de les discuter, de les vérifier surtout par de nouvelles expériences, afin d’établir, autant que possible, une base solide pour des travaux ultérieurs.

Je me suis donc proposé dans cette thèse d’apprécier à l’aide de la discussion et d’un nouvel examen les faits principaux que l’histoire du sang a présentés jusqu’ici.

Le moment m’a paru d’autant plus opportun pour un pareil travail, que les recherches de chimie animale paraissent reprendre faveur après avoir été long-temps négligées, et que plusieurs ouvrages récens ont réveillé l’attention sur elles.

Les expériences que j’ai dû entrèprendre, pour remplir la tâche que je metais proposée, m’ont conduit à quelques résultats nouveaux que je vais joindre aux faits anciennement reconnus, afin de présenter ainsi l’état actuel de la science sur le sujet que j’ai adopté.

Je terminerai en comparant ensemble les connaissances que nous possédons sur les matières organiques et inorganiques , dans l’espoir de définir le point où en est la chimie à l’égard des premières, et de détruire les illusions qui régnent encore aujourd’hui sur cette branche si étendue de l’étude de la nature. En effet, la plupart des physiologistes , frappés des progrès rapides de la chimie minérale, se sont imaginé que l’analyse des produits organiques avait marché du même pas. De là vient qu’ils ont voulu lui faire résoudre des problèmes que ses forces naissantes ne lui permettaient pas d’aborder, et qu’ils la déclarent tous les jours impuissante, parce qu’elle ne peut satisfaire des prétentions prématurées. J’insisterai sur ces préven-

lions fâcheuses qui me paraissent avoir détourné la science de ses voies naturelles, et nuiji ses progrès, en jetant dans les esprits la défiance et le découragement ; et, m’eflorçant. Je faire tourner l'expérience du passé au profit de l’avenir , j’exposerai les idées qui me paraissent le mieux fondées sur la direction que l’on doit donner aux recherches de la chimie organique, et sur la marche la plus propre à assurer leur succès.

Long-temps avant que l’observation vint appuyer, par Incertitude de ses résultats, les simples présomptions Je l’esprit humain , les anciens philosophes attribuaient au sang les plus hautes fonctions. C’est dans le sang qu’ils plaçaient le principe de la vie et la source des passions, et ces aperçus judicieux, dont le souvenir se trouve encore aujourd’hui dans notre langage populaire, ont formé, jusqu’au dix-septième siècle à peu près . les seules données de la science sur ce sujet; mais, depuis la découverte de l’immortel Harvey, le sang a acquis une importance plus générale et bien plus positive. On a reconnu en lui la source de toutes les autres humeurs de l’économie, et l’aliment de tous les organes qu’il nourrit de sa substance et vivifie jusque dans leurs particules les plus déliées. Il ne paraît être en effet qu’un mélange de tous les liquides de l’animal auquel il appartient, qu’une dissolution de toutes les parties solides qui le constituent ; de là l’immense intérêt qui s’attache à la connaissance de sa composition et des propriétés de ses élémens, puisqu’en elle doit se trouver la clef des phénomènes de la nutrition et Je l’organisation elle-même.

Le sang est loin d’être toujours identique dans sa forme ou dans sa composition ; il offre au contraire de trèsnombreuses variétés , soit dans les diverses classes d’animaux ,Jsoit dans les individus de la même classe , et jusque dans le même individu, suivant son âge et son état

de santé ou de tnaladie. Ainsi, pour ne parler que des différences les plus saillantes, il peut être d’un rouge plus ou moins vif ou foncé, jaunâtre, blanc, incolore, froid ou chaud, mucilagineux, plastique, ou liquide comme une sorte de lymphe ; mais, sous ces apparences si étrangères, on retrouve toujours en lui quelques propriétés générales qui le caractérisent. Au reste, on n’a guères étudié jusqu’ici que le sang rouge des mammifères, et surtout le sang humain : c’est ce dernier qui fera le principal objet de cette dissertation.

Le sang humain se présente avec une couleur rouge plus ou moins vive, suivant qu’il appartient au système veineux ou artériel, et avec une odeur et une saveur particulières ; sa température est celle du corps, et sa pesanteur est à celle de l’eau comme io5 est à ioo.

Le sang artériel est un peu moins dense que le sang veineux, leur capacité pour l'a chaleur est la même d’après J. Davy.

Si l’on applique le microscope à l’étude du sang, soit au moment où il jaillit de la veine ou de l’artère, soit tandis qu’il circule encore dans la queue du têtard ou dans les ailes de la chauve-souris, il se présente sous un nouveau jour aux yeux de l’observateur; il paraît alors composé d’un liquide légèrement jaunâtre, au milieu duquel des parlicules rouges de forme globulaire sont tenues en suspension.

Jusqu’ici point d’incertitude, depuis Leeuwenhoeck , qui le premier a soumis le sang à des observations microscopiques précises jusqu’aux dernières recherches de M. Muller, tous les micrographes s’accordent sur ce point ; mais il n’en est plus de même quand il s’agit de déterminer la forme précise, les dimensions et la texture de ces globules.

Quelques anciens observateurs, séduits par une illusion d’optique, leur ont attribué une forme annulaire;

niais la plupart les ont regardés comme sphériques , et le docteur Young et sir Everard Home ont adopté cette opinion. D’après ce dernier (i), « les globules du sang sont des corpuscules sphériques composés d’un globule central f {Ue la matière colorante enveloppe dans l’état de vie..»

M. Hewson considère les globules du sang comme des corps circulaires et aplatis, munis d’un point saillant dans leur centre , et formés d’une petite sphère centrale coulant dans une enveloppe de matière colorante.

MM. Prévost et Dumas ( 2 ) regardent cette opinion comme clairement prouvée pour les globules circulaires. Mais le docteur Young (3), dont l’autorité est d'un si grand poids dans une question d’optique, 11 ’a jamais observé de proéminence sur l’enveloppe des globules du sang humain, et ne doute pas que M. Hewson ne se soit complètement mépris en voyant en eux une sphère centrale roulant dans une enveloppe colorée.

Au milieu de contradictions aussi évidentes, il est bien difficile de se former une opinion sur la composition des globules du sang. Cependant, d’après le docteur Young et plûsieurs micrographes modernes, il semble que le point saillant aperçu par quelques observateurs doive être abandonné comme une illusion d’optique.

Quant à l’existence de deux sphéroïdes concentriques, die repose sur un grand nombre d’observations diverses, e * parait généralement admise.

En eflet, MM. Prévost et Dumas ont reconnu que lorsqu'on délayait le sang desséché, dans une dissolution saline on distinguait très-bien les globules dans toute leur intégrité ; mais qu’au contraire, lorsque le sang était

(1) Transactions philosophiques, 1818.

( 1 2 3 ) Annales de Chimie et de Physique , tome XV1IJ , page 280.

(3) Introduction to Medical Littérature , page 547-

délayé dans l’eau pure, la matière colorante se dissolvait ou mieux se divisait dans ce liquide , et les globules intérieurs paraissaient incolores.

M. Raspail (i), il est vrai, a prétendu que les globules du sang étaient complètement solubles dans l’eau pure; mais M. Donné (a), qui les a soumis à un très-grand nombre d’observations microscopiques pour vérifier celte opinion, a reconnu que, soit qu’on agisse sur du sang d’homme ou du sang de grenouille, les globules s’eflacent, il est vrai, lorsqu’on les délaie avec de l’eau sur une lame de verre ; mais que, si on attend que la matière colorante se soit écoulée sur les bords de la lame, on voit distinctement ces globules décolorés et transparens nager dans le liquide, et qu’il est absolument impossible de les dissoudre dans une très-grande quantité d’eau dans l’espace de plus de vingt-quatre heures.

Enfin, dans une lettre tout récemment adressée à l’Institut, et insérée dans les Annales des sciences naturelles, M. Muller (3) a confirmé ces résultats par de nouvelles expériences encore plus précises sur le sang des grenouilles.

« Les globules du sang, dit-il, sont composés d’un noyau décoloré et d’une écorçe rouge; cette dernière se dissout peu à peu dans l’eau pure, mais non dans l’eau salée ou sucrée. Après la dissolution de l’écorce rouge par l’eau, les noyaux restent insolubles dans ce liquide, mais ils sont solubles dans l’eau alcaline. Pour séparer immédiatement les noyaux de l’écorce rouge , le mieux est de mêler une goutte d’acide acétique avec une goutte de Sang de grenouilles ou autre, en l’observant au micros-

(1) Essais de chimie microscopique.

(2) Thèse soutenue à la Faculté de médecine, i 83 i.

( 3 ) Octobre i 832, pag. 222, Annales des Sciences naturelles.

co pe. Aussitôt l’écorce rouge se dissout dans l’acide acét-ique, tandis que les noyaux elliptiques restent et peuvent être observés dans leur forme propre. »

I/opinion de M. Donné (i)' s’accorde avec celle de MM. Home, Hewson, Prévost, Dumas et Muller, sous ta rapport de la nature complexe des globules ; mais elle présente cependant une différence qu’il est bon de signaler. 11 regarde les globules du sang comme de petits c orps de forme lenticulaire formés d’un tissu, d’un canevas pour ainsi dire composé de fibrine, dans les mailles duquel de l’albumine et de la matière colorante sont déposées.

Ainsi , en rapprochant toutes les observations précédentes, bien qu’elles contrastent sous plus d’un rapport, et montrent toute l’incertitude de l’analyse microscopique, il ne me semble pas douteux que les globules du sang soient formés d’une substance incolore et d’une matière colorante rouge. Au reste, je montrerai bientôt, dans les résultats de l’analyse chimique, des preuves plus décisives encore de cette importante vérité. Quant à l’arrangement de ces substances, il doit être bien difficile de l’apprécier sur des particules tellement déliées, qu’on Peut à peine en démontrer l’existence ; je m’abstiendrai donc de prendre un parti à ce sujet; je me bornerai à faire remarquer que tous les observateurs, à l’exception de M. Donné, n’ont aperçu dans les globules que deux sphéroïdes concentriques.

Plusieurs micrographes ne se sont pas contentés de reconnaître l’existence des globules du sang, ils ont voulu encore en déterminer la forme et en mesurer le volume, et leurs recherches les ont conduits à cette conclusion remarquable, que les diamètres, et surtout les formes de ces globules, sont constamment les mêmes dans

(O Thèse soutenue à la Faculté de médecine, i83i-

les mêmes espèces animales, tandis qu’elles varient notablement d’une espèce à une autre , et bien plus encore d’une classe à une autre.

Tel est lé sang tandis qu’il circule dans les veines ; mais à peine en est-il sorti, que déjà il tend à s’altérer; sa chaleur se dégage, et en même temps une vapeur aqueuse fortement odorante se répand dans l’atmosphère. Bientôt il s’épaissit, se coagule, et forme une masse cohérente, molle et tremblante, rouge, pourpre au dehors, rouge, noire à l’intérieur, c’est le caillot ; dès qu’il est formé, les parties se ressèrrent, et exsudent peu à peu un liquide jaunâtre que l’on désigne sous le nom de sérum, et dont la quantité va toujours en croissant pendant plusieurs jours.

(i) Quelquefois, et surtout lorsqu’il appartient à des individus affectés de maladies inflammatoires, le sang reste plus long-temps liquide qu’à l’ordinaire, et, avant qu’il soit solidifié , une certaine quantité de sérum s’élève à sa surface. Mais bientôt la coagulation s’opère , et toute la masse se solidifie. Le sérum coagulé, presque transparent d’abord, prend successivement diverses nuances, et fournit enfin une membrane parfaitement blanche, opaque, et en quelque sorte nacrée, que l’on nomme couenne, et dont la substance présente la plus grande analogie avec celle de la fibrine. Cette membrane est quelquefois mince, transparente et inégalement épaisse ; d’autres fois elle est opaque et épaisse de plusieurs lignes. Sa résistance est très-variable et toujours supérieure à celle du caillot luimême. Sa puissance de rétraction est très-énergique, comme on peut en juger par la forme concave que présente ordinairement sa surface.

Scudamôre avait annoncé que la coagulation du sang

(i) Recherches expérimentales sur le sang humain , par M. Denis , Rage 77.

était accompagnée d’un dégagement de calorique; mais Davy et M. Denis se sont assurés par l’expérience que ce dégagement n’avait pas lieu.

On a beaucoup discuté sur les causes de la coagulation du sang, elle a été successivement attribuée au refroidissement, au contact de l’air, au repos ; mais il semble résulter, des expériences de MM. Parmentier et Deyeux ( 1 ), que toutes ces suppositions sont sans fondement; cependant, comme il faut toujours que l’esprit humain assigne une cause aux effets qu’il observe, on a fait intervenir la force vitale pour expliquer la liquidité du sang pendant la vie. Je suis loin de prétendre nier l’existence de cette force inconnue ; mais je crois qu’il est inutile de l’invoquer ici pour rendre compte d’un phénomène auquel on peut trouver des analogues dans la matière morte ou dans le règne minéral lui-même, et qui se borne sans doute à un arrangement particulier de molécules sur lequel l’absence du mouvement rapide et continu de la circulation exerce sans doute une très-grande influence. Ainsi, les modifications isomériques que certains corps éprouvent par des cailseS encore ignorées, comme celle qui détermine la coagulation du sang, me semblent offrir de grands rapports avec ce phénomène, et cependant qui s’aviserait de les attribuer à la force vitale? Aussi je suis persuadé que des recherches plus approfondies que celles qui ont pu être entreprises jusqu’ici, pourront expliquer un jour la coagulation du sang, et cette opinion ne doit point étonner, si l’on fait attention aux causes purement physiques qui peuvent influer sur cette modification ; si l’on observe qu’une simple solution de sulfate, muriate ou carbonate de soudé suffit pour l’empêcher de se produire; que le sang reste liquide chez les individus frappés

1) Journal de Physique de Laméthcrie, 179!, pag. 44' 2 -

de la foudre ou victimes de certains poisons, et enfin qu’il n’est pas rare de le voir se coaguler pendant la vie et de rencontrer dans les veines de véritables caillots.

Quoiqu’il en soit, le caillot du sang n’a rien de constant dans son aspect, qu’une foule de circonstances peuvent faire varier même dans letat sain; aussi son examen fournit-il en général peu de lumières ; cependant, on peut tirer quelques inductions utiles de son volume plus ou moins considérable relativement à la masse du sang, de sa couleur et de sa consistance.

Les propriétés et les phénomènes précédemment décrits se rapportent surtout au sang d’homme, celui des animaux conserve toujours avec lui upe analogie décidée ; mais il s’en éloigne de plus en plus à mesure que la constitution du genre, ou de l’espèce animale à laquelle il appartient, diffère davantage de la constitution humaine.

Ainsi, bien que le sang de l’homme offre la plus grande ressemblance avec celui des autres mammifères et même des oiseaux, on peut cependant, sans les comparer sous d’autres points de vue que ceux que j’ai considérés jusqu’ici , les distinguer entre eux par leur température, par l’intensité plus ou moins grande de leur couleur, par leur viscosité, leur coagulation plus ou moins rapide ou complète.

Si l’on examine ensuite le sang froid des reptiles et des poissons, on ne tarde pas à s’apercevoir que, s’il se rapproche de celui des oiseaux par la forme de ses globules , qui sont elliptiques , il est moins épais, beaucoup moins coagulable, moins riche en globules et moins coloré que ne l’e6t en général celui des animaux à sang chaud ; à tel point que le sang des serpens et des lézards ne donne qu’un caillot imparfait, et que celui des tortues ne se coagule que sous l’influence d’une chaleur artificielle.

Enfin, à mesure que l’on descend l’échelle des êtres, on reconnaît que la composition du sang se simplifie davan-

tage,etque dans les mollusques et lescruslacées il ne forme plus qu’une espèce de lymphe muqueuse, gélatineuse et le plus souvent insipide.

Je n’entrerai pas dans de plus grands détails sur les propriétés physiques du sang. Leur étude fournit sans doute des données curieuses; mais la plupart ne sont que des aperçus , et n’ont de certitude, et par suite ne peuvent conduire à des conséquences positives qu’autant qu’elles ont été confirmées par l’analyse chimique ; je tne hâte donc d’arriver à cette partié de mon sujet.

Mais d’abord le sang est - il susceptible d’analyse? Est-ce le même liquide qui circule dans les veines de l’homme vivant et que le chirurgien recueille dans sa palette? Le sang coagulé ne diffère-t-il pas essentiellement du sang liquide, et, s’il se modifie au sortir de nos veines, quelle confiance accorder aux recherches dont il peut alors être l’objet pour éclairer le physiologiste sur ses propriétés et ses fonctions, tandis qu’il fait partie de l’économie vivante?

Voilà sans doute une objection très-grave ; mais devant elle le chimiste doit - il désespérer de sa science ? Loin de là, il doit aborder franchement la difficulté et chercher jusqu’à quel point elle peut rendre ses efforts impuissans et ses résultats incertains.

Or, si l’on observe le sang coagulé, on ne tarde pas à reconnaître que le caillot n’est autre chose qu’un assemblage de globules enfermés dans un réseau de matière blanche et fibrineuse , qui, pendant que le sang était encore liquide existait en dissolution dans le sérum, ainsi que j’espère le démontrer plus tard. Ce réseau, que l’on désigne sous le nom de fibrine et dont dous étudierons plus tard la formation et les propriétés, est le seul des élémens du sang qui jusqu’ici ait paru se modifier en dehors de ses vaisseaux ; et d’ailleurs la modification qu’il éprouve se borne , selon toute probabilité, à un change-

ment d’étal, à une nouvelle disposition moléculaire, à une sorte de cristallisation organique.

Cependant l'objection que je cherche ici à combattre estfondée jusqu’à un certain point, et il est vrai de dire que le sang sorti de la veine diffère bientôt de celui qui y circule encore, puisque l’arrangement moléculaire est tout autre dans la fibrine du sang coagulé que dans la fibrine du sang en circulation , et qu’une transformation de ce genre entraîne d’ordinaire de nouvelles propriétés chimiques. Mais si l’on fait attention que la fibrine coagulée présente la plus frappante ressemblance avec la fibre musculaire , et que son unique usage dans le sang paraît être de la former en se solidifiant d^ns nos organes, comme elle le fait dans le sang extrait de nos veines, nç voit-on pas bientôt s’affaiblir la difficulté qui nous occupe, puisque le seul principe qui se modifie évidemment dans le sang pris en dehors de la circulation , n’éprouve pas d’autre modification que cellç qu’il devait subir au sein de l’être vivant, et prend immédiatement la forme définitive à laquelle il doit s’arrêter dans l’économie. L’importance de l’analyse du sang s’accroît surtout des lumières qu’elle peut jeter sur la distribution de ses matériaux et sur leurs rôles dans les phénomènes de la nutrition et des sécrétions. Or, relativement à la fibrine, la nature s’est en quelque sorte chargée de la tâche du chimiste, en montrant d’ellemême avec quelle facilité la fibrine liquide dans le sang peut se transformer en fibre musculaire et fournir à l’entretien des parties.

Je ne vois donc pas, d’après cela , que la coagulation de la fibrine autorise à rien conclure contre l’importance de l’analyse du sang. Quant aux autres matériaux qu’il renferme , s’il est impossible jusqu’ici de prouver d’une manière absolue que ces matières sont identiques dans le sang en circulation dans les vaisseaux ou en dehors de ces mêmes vaisseaux, je ne trouve non plus aucune preuve de leur al-\

leration, et, en l’absence de ces preuves, on ne peut nier flue jusqu’ici les résultats de l’observation soient plus favorables à la première qu’à la sêconde de ces hypothèses.

En résumé, on peut admettre, ce me semble, que le sang extrait de nos veines, ou circulant dans leur capacité, présente les même principes immédiats, sauf l’état particulier, mais normal, pour ainsi dire, de la fibrine. Que si, lorsqu’on le soumet à l’analyse, il n’est plus animé sans doute de cette propriété inconnue qui le rend vivifiant pour toute l’économie, cela n’empêche pas que la connaissance des principes qui le composent puisse jeter une vive lumière sur la distribution de ces mêmes principes, et sur le rôle qu’ils jouent dans l’organisation. Au reste, l’expérience a déjà, ainsi qu’on le verra bientôt, prononcé favorablement à cet égard.

Dès lors pourquoi jeter sans cesse, comme on le fait, un doute décourageant sur les résultats de l’analyse du sang, sur le succès d’une étude aussi difficile, et dont les moindres données pOsilives promettent de si belles et si utiles applications. On devrait, au contraire, exciter le zèle des chimistes, et, partageant leurs espérances, leur confier le soin de résoudre par l’observation consciencieuse des faits, des questions auxquelles les théories seules' ne peuvent faire faire aucun progrès réel.

C’est dans,cet esprit de discussion impartiale, et de confiance dans le pouvoir et l’avenir des sciences expérimentales, que l’on doit, ce me semble, considérer aujourd’hui les difficultés que l’on rencontre dans l’étude fies matières organisées : il conduira plus tôt à la découverte de la vérité que cet esprit timide des anciens observateurs, qui leur faisait imaginer des influences extraorfiinaires et invoquer les forces vitales, c’est-à-dire des forces qu’ils regardaient comme inabordables à leurs instigations, toutes les fois qu’ils étaient arrêtés dans Wr marche par quelques difficultés nouvelles; tandis

qu’ils auraient dû redoubler de zèle dans leurs tentatives et chercher dans les progrès de la science les lumières qu’ils désespéraient d’acquérir.

Ce n’est jamais que sous réserve et avec la plus grande répugnance, pour ainsi dire, que le naturaliste doit admettre l’intervention des forces étrangères à'celles que les sciences physiques lui ont révélées ; car avec ces forces souvent imaginaires, et dont l’expérience réduit chaque jour le domaine, on entrave les progrès des connaissances humaines.

Mais l’esprit humain n’en a pas toujours jugé ainsi ; il s’est plu, au contraire, à peupler l’univers de puissances qu’il a créées à plaisir, et ce n’est pas la moindre lâche de la philosophie moderne que de détruire ces anciens préjugés pour faire voir la nature sous son véritable jour.

Les sciences ont fait d’assez étonnans progrès; elles ont dépassé d’une assez grande distance toutes les prévisions des premiers interprètes de la nature, pour qu’aujourd’hui on ne voie plus dans la plupart des phénomènes qu’elles ne peuvent expliquer encore, que de nouveaux problèmes, dont leurs développemens doivent tôt ou lard amener la solution; car la nature est immense dans ses résultats et simple dans ses moyens, et ce n’est qu’à l’aide d’un bien petit nombre de forces qu’elle vivifie l’univers.

J’ai fait remarquer précédemment que le sang sorti de la veine exhale surtout, tandis qu’il conserve sa chaleur, une vapeur aqueuse qui porte avec elle une odeur forte et particulière. Lorsqu’il est refroidi, cette odeur n’est plus aussi prononcée, mais elle se fait sentir encore et paraît surtout se concentrer dans le caillot. Elle est quelquefois si forte, particulièrement dans Je sang des artères, qu’elle prend à la gorge et détermine des nausées.

Le principe odorant du sang a beaucoup exercé l’imagination des anciens observateurs, tour à tour ils lui ont attribué des propriétés plus ou moins merveilleuses, et

se sont livrés à de nombreuses tentatives pour le recueil* Ür et le cencentrer dans différens liquides. En 1794, MM. Parmentier et Deyeux en ont fait l’objet d’une étude attentive (ij ; mais cette étude ne leur a rien appris de bien important, si ce n’est que l’air peut s’imprégner de ce principe, que l’eau"et l’alcool s’en chargent par la distillation; enfin, qu’il peut fournir spontanément les produits ordinaires des matières animales en putréfaction.

Depuis 179! le principe odorant du sang tomba dans un oubli absolu, lorsque dans ces derniers temps M. Bar* ruel est venu rappeler sur lui l’attention des chimistes.

Avant les recherches de Parmentier et Deyeux, Vitoll avait annoncé que chaque animal possédait une odeur particulière;, et que cette odeur était différente dans chacune de ses parties. Cette remarque n’éçhappa point aux savans pharmaciens que je viens de citera l’époque de lèurs travaux sur le sang ; mais « il faut convenir, dirent-ils, qu’en » exposant dans le même lieu du sang récemment extrait * de divers animaux, il serait difficile de juger à l’aide " de l’odorat le plus parfait quelle peut être son origine. »

M. Barruel, frappé de l’odeur intense quai avait ressentie après avoir mélangé du sang avec de l’acide sulfurique, entreprit sur le principe odorant de ne liquide un grand nombre d’expériences qui l’amenèrent principalement à conclure (a) :

Que le sang de chaque espèce animale contient un principe odorant particulier à chacune d’elles , que dans chaque espèce ce principe est plus manifeste dans le Sa ng du mâle que dans celui de la femelle ; que ce principe, qui est volatil, a une odeur semblable à celle de la s ueur ou de l’exhalaison cutanée ou pulmonaire de ranimai dont le sang provient; enfin, qu’il fait partie d’une

(■) Journal de Physique, etc-, de Lamétherie, pag. 384- ( a ) Journal hebdomadaire de médecine , n°. 34, mai 1829-

combinaison particulière inconnue, Joui l’acide sulfurique le dégage.

Frappés de ces observations curieuses, plusieurs chimistes , et en particulier MM. Soubeiran, Couerbe et Denis, s’empressèrent de les vérifier en variant leurs expériences , et en dernière analyse il résulta, de toutes les recherches sur ce sujet, que l’odeur dégagée par l’acide sulfurique est loin de suffire pour caractériser positivement le sang des diverses espèces animales. Dans chaque espèce il est vrai, ce liquide possède une odeur particulière qui se manifeste sans l’intervention d’aucun réactif, et se retrouve dans toutes les parties constituantes du sang isolées , mais particulièrement dans la matière grasse, d’après M. Denis (i).

Il est vrai aussi que l’acide sulfurique, versé sur le sang ou sur quelqu’un de ses principes immédiats, avive notablement l’odeur qui s’en exhale ; mais il la modifie en môme temps par l’addition d’une odeur factice qui résulte de l’action de l’acide sur la matière organique. D’ailleurs, le môme acide, versé sur la plupart des tissus, en dégage une odeur analogue à celle qu’il développe dans le sang lui-mème.

La conséquence de ce qui précède, c’est qu’il existe dans le sang un principe odorant d’une nature particulière, analogue probablement aux acides odorans signalés parM. Chevreul dans les corps gras (2), et que le caractère indiqué par M. Barruel, pour distinguer les diverses espèces de sang, peut fournir des inductions curieuses , mais ne saurait servir de base à un jugement définitif.

(1) Recherches expérimentales sùr le sang humain.

(2) M. C. Matteucci vient de confirmer cette présomption par des expériences directes. En distillant du sérum de sang de chèvre desséché, avec de l’acide sulfurique, il a obtenu un mélange d'acide lactique et d’un acide gras volatil, analogue à l’acide caproïque de M. Chevreul. (Ann. de Chim. et de Physiq ., tom. LU, pag. i3 7 .)

Lorsqu’on examine le sang, quelque temps après qu’il s est coagulé , on observe à la surface, et dans l’intérieur caillot, un grand nombre de bulles gazeuses. Plu- S1 eurs chimistes se sont occupés de ce phénomène, et °nt recherché la source et la na ture de ce gaz. Vauquelin a reconnu que du sang, placé dans l’hydrogène, dégageait de l’acide carbonique ; M. Vogel a obtenu du carbonate de chaux en abondance, en faisant passer du sang sous une cloche remplie d’eau de chaux et de mercure. Grande et sir Ëverard Home ont confirmé ces résultats et ont admis dans cette humeur l’existence de l’acide cartonique libre. Cependant John Davy (i) assure que ce gaz n existe jamais dans le sang au moment où. il s’échappe des vaisseaux, et qu’on ne peut en extraire que du sang sorti des veinés depuis quelque temps ; d’où il conclut qu’il lui est fourni par l’air, ou qu’il s’y forme par suite d’un commencement d’altération. A ces opinions contradictoires, il faut ajouter celles de MM. Collard de Martigny et Edwards.

Le premier pense qu’il se produit de l’acide carbonique dans l’épaisseur de tous les tissus pendant l’acte de la nutrition, et que cet acide circule dans le sang vein eux. Le second (a) a démontré, par des expériences très- Précises sur lés poissons, les reptiles, les mollusques et les animaux vertébrés à sang chaud, que l’acide carbonique, qui se dégage pendant leur respiration, n’est pas le produit de l’action immédiate de l’oxigène de l’air sur le"carbone du sang ; mais le résultat d’une exhalation ou ^ieux d’une véritable sécrétion qui peut s’opérer au s ein du gaz hydrogène j et fournir, dans quelques circonstances, un volume de gaz supérieur à celui du corps de

(0 Edimburg Medical and Surgical Journal, avril i8a<8.

(2) Edwards. T)'e l'Influence des agens physiques sur la vie , rag. 4 ^ et précédentes.

l’animal. M. Edwards a également constaté l'exhalation de l’azote pendant l’acte de-la respiration. Si l’on compare les différentes observations que je viens de citer, on voit que l’objection présentée par John Davy est la seule qui s’élève contre l’existence de l’acide carbonique dans le sang, et qu’elle n’est pas d’ailleurs assez importante pour l'infirmer. Ne peut-on pqs en effet s’expliquer que le sang ne dégage pas de l’acide carbonique immédiatement au sortir de la veine^ en faisant attention à. la force avec laquelle l’eau relient en général les gaz en dissolution , et par exemple l’acide carbonique lui-méme, qui, lorsqu’ila été combiné avec elle sous une forte pression, s’en dégage si lentement, qu’on la voit encore traversée par un courant de bulles plusieurs heures après qu’elle a été ramenée à la pression atmosphérique. La viscosité et l’alcalinité du liquide peuvent peut-être aussi servir à rendre raison de l’union de l’acide carbonique avec le sang, et de la nécessité où John Davy s’est trouvé d’attendre une. légère réaction dans la masse de ce liquide pour obtenir cq gaz.

Quoiqu’il en soit de cette explication, et en attendant de nouvelles expériences, je crois, avec M. Edwards, que l’acide carbonique existe dans le sang, qu’il y circule avec..l’azote comme les matériaux deS sécrétions ; et que, pendant l’acte de la respiration, il est mis en liberté par le poumon , qui agit alors comme organe sécréteur.

Nous avons vu précédemment que le sang, abandonné à lui-même , sc partageait en sérum et en caillot. Le sérum'contient presque toute l’eau et les parties solubles du sang; quant au caillot, si on le malaxe légèrement sous un filet d’eau, après l’avoir enfermé dans un nouet de linge, l’eau en entraîne la plus grande partie, et laisse dans le nouet une très ; petite proportion de matière blanche formée de fllamens feutrés , et que l’on désigne sous le nom d efibrine.

Ainsi le sang peut être partagé par une analyse toute mécanique, en trois parties principales :

i°. Le sérum, a 0 , la fibrine, 3 °. la matière rouge qui accompagne la fibrine dans le caillot, et que l’on a désignée jusqu’à présent sous le nom d ’hematosine.

Nous allons étudier successivement ces trois parties.

J’ai regardé jusqu’ici les globules du sang comme formés d’une sphère centrale incolore ét d’une enveloppe colorée. Le chevalier Home admet que, lorsque le sang est serti de la veine, les sphères centrales se détachent de l’enveloppe colorée et se réunissent en filets qui ne diffèrent en rien de la fibre musculaire et constituent la fibrine.

MM. Prévost et Dumas (i) ont attribué également la formation de la fibrine à l’agglomération des globules incolores du sang, qui d’après eux se réunissent en filamens ou chapelets dans lesquels le microscope pourrait encore les faire apercevoir.

Cette opinion a régné presque exclusivement jusqu’ici malgré quelques contradictions ; mais aujourd’hui plusieurs observations importantes se réunissent contre elle et semblent devoir la renverser.

D’abord , lorsque l’on considère les sphéroïdes internes des globules du sang comme des particules de fibrine, on doit admettre que, pendant la coagulation du sang, ces globules se réunissent tous en filamens fibrineux , ou que si quelques-uns échappent à la force d’agglomération qui les détache de l’enveloppe colorée, le plus grand nombre est soumis à son influence. Or, d’après les expériences de M. Le Canu, la quantité moyenne de globules contenue dans le sang d’homme s’élève aux o,i3a de ce liquide, tandis que la fibrine en forme environ les 0,0027, C est-à-dire la 49 °. partie de la somme des globules. De

(1) Annales de Chimie et de Physique, tom

XVIII, pag. 28!.

celte énorme disproportion entre la fibrine et la matière colorante , il faut nécessairement conclure ou qu’il ne se décompose pendant la coagulation du sang qu’un très-petit nombre de globules, ce qui serait en contradiction directe avec l’opinion de tous les observateurs qui ont cherché à déterminer par l’analyse la proportion de fibrine contenue dans le sang , ou qu’ils se décomposent tous, elqu’alors l’enveloppe externe, l’écorce des globules, comme dit M. Müller, contient 49 fois autant de matière que le sphéroïde interne, ce qui ne me paraît pas s’accorder avec l’idée que l’on se forme des globules.

En outre, si l’on fait attention que les globules dépouillés de fibrine sont loin d’étre de la matière colorante pure, puisque M. Le Canu (i) est parvenu à en extraire plus de la moitié de leur poids d’une substance blanche qu’il regarde comme albumineuse , on est conduit à admettre que la matière blanche que M. Le Canu a pu séparer de la matière colorante est delà fibrine, et qu’alors ce que nous appelons fibrine n’est qu’une très-faible proportion de ce que le sang contient de cette matière, ce qui serai t difficile à comprendre ; ou, ce qui s’accorde beaucoup mieux avec les faits observés, que les globules internes ne sont pas de la fibrine, mais une matière particulière qui n’a pas encore été étudiée, et que la fibrine existe en disrsolution dans le sérum. Au reste, celte opinion va puiser une nouvelle force dans les observations qui suivent :

M. Denis ( 2 ), dans son ouvrage sur le sang humain, établit, comme un fait démontré, que.la fibrine est en dissolution dans le sérum, et cite, à l'appui de son opinion, que dans quelques circonstances une certaine quantité de sérum liquide vient nager à la surface delà matière colorante

(1) Journal de Pharmacie, tom. XVI, page 744.

(2) Recherches expérimentales, etc., pag. 7(1 et suivantes.

avant la coagulation du sang, et se coagule bientôt ellemême en donnant naissance à une couenne, dont le poids, réuni à celui de la fibrine extraite du caillot, ne présente que la proportion normale de fibrine que le sang examiné devait contenir.

Plus tard, MM. Piorry et Scelle Monde^ert (i) ont remarqué que lorsque le sang se trouve dans les conditions necessaires pour que la couenne inflammmatoire se forme au moment où la séparation du caillot et du sérum s’opère, ce dernier ne paraît point parfaitement transparent ; mais que si on l’abandonne au repos il s’éclaircit, et dépose sur le caillot qu’il surnage une couenne grisâtre. Vient-on à décanter le sérum avant qu’il se soit éclairci, on voit s’y loriner une couche couenneusè, semblable à celle qui se dépose sur le caillot, et cette couenne est si abondante que le sérum se prend tout entier. Les mèmès observateurs ont agité du sérum avec de l’-eau au moment où il commençait à se solidifier, et ont obtenu ainsi une masse blanche fibrineuse , qui ensuite est devenue rouge, élastique et parfaitement semblable à de la chair musculaire. Enfin, dans divers essais auxquels ils ont soumis cette matière pour en apprécier la nature, elle leur a présenté les caractères de la fibrine.

Mais le fait le plus important qu'on puisse citer en faveur de l’existence de la fibrine dans le sérum, c’est sans contredit celui qui a été récemment annoncé par M. Millier. Voici comment il s’exprime :

« Ce ne sont pas les globules du sang qui contiennent ta partie coagulable ou fibrine, mais, au contraire, la fibrine est dissoute dans le sérum. Pour le démontrer, °n choisit le sang des grenouilles fraîches, dont les glo-

(0 Recherches sur le sérum du sang et sur la formation de quelques productions accidentelles, i83j, pag. 277.

bules sont assez gros pour ne point passer au travers des pores des filtres. Gn ampute la cuisse à une grenouille, on fait tomber son sang sur un filtre mouillé, et an le mêle avec une quantité égale d’eau pure ou mieux d’eau sucrée, il passe un liquide clair dans lequel il se forme bientôt un coagulum de fibrine, qui ne tarde pas à se condenser et à devenir blanc. Les globules restent sur le filtre sans changer de nature, et île se dissolvent pas, si c’est de l’eau sucrée que l’on a mêlée avec le sang. De là résulte qne c'est à tort que l’on a expliqué la coagulation du sang par l’aggrégalicn des globules. L’opération précédente réussit pendant l’été , le printemps ou l’automne, mais pas en hiver, parce que le sang des grenouilles ne se coagule pas dans cette saison (i). »

Ainsi, les considérations et les expériences que je viens de citer concourent toutes à démontrer que la fibrine existe en dissolution dans le sérum, et assurément on ne peut contester qu’elles ne présentent un degré de certitude bien supérieur à celui des observations microscopiques , dont les données sont si douteuses et si souvent contradictoires.

J’admettrai donc dans la suite de ce travail, ainsi que je l’ai déjà fait jusqu’ici, que la fibrine existe dans le sérum.

Le sérum du sang coagulé, c’est-à-dire le sérum séparé de la fibrinç et des globules, renferme tous les autres matériaux du sang, et même jusqu’aux principes immédiats que l’on peut extraire de ces deux substances, car elles n’en contiennent aucun qui n’aitété trouvé également dans le sérum. Aussi la composition de ce liquide, telle qu’on l’admet aujourd’hui, est déjà fort compliquée, et néanmoins si l’on considère les fonctions du sang dans leco-

(i) Annales des Sciences naturelles, octobre i83i, pag. sua.

nomie, si l’on pense surtout avec MM. Prevosl et bumas, qu’il renferme les élémens tout formes des sécrétions, on doit reconnaître que son analyse est encore peu avancée, et qu’il reste à y découvrir un tien grand nombre de substances inconnues, ou déjà signalées dans les différens liquides et solides de l’économie. Mais si l’on veut achever eette grande et importante analysé, on doit renoncer à la méthode suivie jusqu’ici par la plupart des chimistes qui s’en sont occupés , car cette méthode a produit à peu près tout ce qu’elle est capable de produire, et je doute qd’on ajoutebeaucoup aux faits établis, si l’on continue à ne soumettre à la fois: à l’analyse que les 12 ou *5 onces de sang que fournit une saignée. La circulation du sang est si rapide, qu’il lui suffit de contenir des traces fie chaque principe, pour en fournir aux besoins des organes sécréteurs ou des appareils de la nutrition; «t la preuve c’est que, malgré l’abondance de la sécrétion Urinaire et la proportion notable d’urée que contient l’urine, MM. Pr.evost et Dumas ne sont parvenus à démontrer dans lé sang l’existence de ce principe, qu’en lui fermant toute issue en quelque sorte par l’amputation des reins, et le forçant ainsi à se concentrer dans ce liquide (t). 11 est donc nécessaire, en conséquence, pour pénétrer plus avant dans la composition du sang, d’en soumettre désormais à l’analyse des quantités plus considérables , el l’on verra bientôt, par Un exemple , combien cette méthode promet de découvertes.

D’après ces considérations, si l’on excepte des principes du sang l’albumine, lu fibrine et l’hémaitosine, la détermination quantitative des autres est tout-à-fait inutile, puisqu’il n'est pas douteux que la plupart de ces principes ne soient mixtes, et par suite incapables aujour-

(0 Aunales de Chimie et de Physique , tom. XXIII, pag 90,

d’hui d’être appréciés en dernière analyse. Je me bornerai donc ici à passer en revue ceux qui ont été trouvés dans le sérum , sans indiquer leurs proportions relatives.

Le sérum est ordinairement transparent, visqueux, dune saveur particulière et salée, d’une couleur jaunâtre plus ou moins foncée. Ce liquide, soumis à une douce chaleur, se coagule bientôt'comme du blanc d’œuf. Si l’on examine le coagulum, on observe qu’il s’en sépare un liquide épais, jaune, transparent, et en quelque sorte gélatineux, que les physiologistes désignent sous le nôm de sérosité r et que Epurcroy, et après lui Parmentier et M. Deyeux, qui ont soumis cette matière à de nombreuses épreuves, ont regardé comme de la gélatine (i).

Cette opinion s’est maintenue jusqu’en 1 8 1 5 , époque où M. Braude (a) a démontré, à l’aide de la pile électrique , v que cette prétendue gélatine n’était autre chose qu’une combinaison d’albumine avec une Certaine quantité d’alcali, qui, modifiant par èa présence les propriétés de l’albumine, avait induit en erreur les chimistes qui l’avaient examinée.

Si l’on achève la dessiccation du sérum, on obtient un résidu jaune ambré que l’on épuise successivement par l’eau et l’alcool bouillans.

On obtient ainsi deux dissolutions complexes que nous étudierons successivement sous les noms de produit aqueux et de produit alcoolique.

Produit aqueux.

On filtre la dissolution aqueuse , on l’évapore au bainmarie, et on traite le résidu par l’alcool à 4o° ; on obtient

(i) JouvnaT de Physique dé Làmetherie, 1794 > pag. 438. (a) Annales cle Chimie, tom. XCIV, pag. jtî, etc.

î'ingi - séparément les matières extractives solubles dans 1 eau et l’alcool, et celles qui sont solubles dans l’eau et Insolubles dans- l’alcool.

Les premières se présentent avec une- couleur jaune orangée , une paveur assez agréable, mais bien differente de celle du bouillon, et une réaction alcaline. Suivant les observations de M. Le Canu , les acides hydrochlo- *'<que et nitrique déterminent, dans la solution de ces matières , des flocons jaunâtres ; le sous-acétate de plomb 3" .forme un précipité solubledans un excès de sous-acétate, et l’jnfusion de noix de galle les pr-écipite en brun. Par 1 ; > calcination on en obtient des vapeurs ammoniacales et on résidu alcalin.

M. Berzélius a considéré ce produit comme un mélange de lactate de soude et de matière organique. M. JMarcét l’a désigné sous le nom de matière muco-extractive. D’autres chimistes., et particulièrement M. Denis, l’ont assimilé à l’osmazome; mais alors même qu’il ne différerait pas , ainsi que M. Le Ganu l’a fail; voir (i) , de ce que Ion entend généralement par osmazôme ; comme cette macère elle-même est Certainement complexe et tout-àfait inconnue, on ne serait pas. fort avancé en adoptant celte dernière dénomination.

Aureste, il.est.évident,, d’après la discussion qui précède , qu’il faut en appeler de nouveau à l’expérience avant de prendre aucun parti à l’égard des matières qui mi ont été le sujet.

Je dois ajouter toutefois que, si le sang soumis à l’analyse contenait une quantité appréciable d’urée, comme e He est soluble dans l’alcool et dans l’eau ; c’est dans le produit précédent qu’on la rencontrerait, et il serait facile de l’en isoler parles procédés connus. Cette substance n’a

llf'Journal de Pharmacie , r83 j, tom. XVII, pag.

pas encore été Irouvée dans le sang normal, et MM. Prévost et Dumas. n’enomt constate la.présence dans le système sanguin du chien et du chat, qu’après avoir plaèé ces animaux dans des circonstances toütes particulières, en leur faisant l’amputation des reins. Cependant les expériences de ces habiles chimistes ont paru assez précises pour justifier leurs conclusions, qui sont généralement adoptées aujourd’hui.

Le produit soluble dans l’eau, et insoluble dans l’alcool, est également insoluble dans l’éther.

3VI. Berzélius a pensé qu’il pouvait résulter de l’action de l’eau bouillante sur l'albumine ou la fibrine ; mais M. Denis (i) a combattu cette opinion en montrant qu’il suffisait, pour se le procurer , de faire digérer pendant deux minutes de la fibrine en poudre dans de l’eau à 8o° c. D’ailleurs, M. Le Canu (a) a obtenu cette matière sans l’intermède de l’eau , en précipitant par l’alcool l’albumine, la fibrine et l’hématosine du sang, évaporant les liqueurs à siccité, et épuisant le produit par l’étlier et l’alcool. Le résidu dissout dans l’eau , M. Le Canu y a versé quelques gouttes d’acide acétique qui ont précipite des flocons blanchâtres, solubles dans l’ammoniaque, les acides acétique et hydrochlorique. Ces observations l’ont amené à conclure quela matière dont il s’agit existait toute formée dans le sang, et qu’elle pouvait bien mètre qu 7 un composé d’albumine et de soude.

M. Denis, il est vrai, semble attacher une grande importance à cette matière , pour laquelle il propose le nom de cruoriue, et qu’il regarde comme un nouveau principe immédiat en se fondant sur ce que l’on a admis comme tels plusieurs substances, dont l’existence n’est pas mieux

(i) Recherches expérimentales, etc., pag. ioi). (■>■) Journal de Pharmacie, tom. XVII, pag. /j8p.

prouvée. Je suisloin de partager son opinion à cet égard, e t je crois au contraire que si l’existence de,ces principes n est pas mieux prouvée que celle de la cruorine , on ne doit admettre ni la cruorine ni ces principes, mais attendre pour tous les résultats d’un nouvel examen.

Quoi qu’il en soit, celle matière, lorsqu’elle est extraite de la fibrine ou.de l’albumine par l’action de l’eau boudante, est blanche , sèche, dure et d’un goût agréable, quoiqu’un peu stiptiqUe. Elle attire l’humidité de l’air, se dissout facilement dans l’eau, surtout à chaud, et pré- Cl pile en flocons blancs par l’infusion de noix de galle.

On voit, par l’exposé précédent, que la nature des O'atières extractives du sang est bien mal connue, et ^u’on ne doit admettre quant à présent, dans ce liquide, n i l’osmazôrne ni la cruorine.

Cette conclusion est bien peu satisfaisante sans doute , e t montre combien la chimie animale est loin de la pression que comporte aujourd’hui la chimie minérale ; mais d n’en est pas de même heureusement des produits ex- ^ ri, its du sérum par l’alcool. Je vais exposer d’abord les observations dont ils ont été l’objet jusqu’à ce jour ; je Présenterai ensuite les résultats auxquels j’ai été conduit pAr mes recherches particulières.

Produit alcoolique du sérum.

Lorsqu’on traite par l’alcool bouillant, ou par l’éther Aidé de la chaleur et d’une forte pression l'albumine du sang épuisée d’abord par l’eau, on obtient, après l'évaporation du véhicule, une substance que M. Vauquelin a •lualifiée de graisse sans en définir la nature, et que Denis (i) regarde comme un mélange des graisses

(■) Recherches expérimentales , pag.

i, etc.

phosphorées rouge et blanche, que M. Vauquelin a découvertes dans la pulpe encéphalique, et que M. Chevreul a reconnues dans la fibrine. Cette substance contient de l’oxigène , de l'hydrogène , du carbone, de l’azote, du phosphore et même du soufre, et se distingue par des propriétés bien tranchées de toutes les matières qu’on pourrait lui comparer. Cependant elle réclame encore un sérieux examen , et sa composition complexe semble promettre un grand intérêt aux résultats de son étude.

Je n’entrerai pas dans d'autres détails sur son histoire; je ferai observer seulement que l’on doit abandonner la distinction que l’on en a faite en graisse phosphorée blanche et graisse phosphorée rouge , puisqu’il résulte des expériences de M. Chevreul que cette graisse est blanche à l’état normal, et ne devient rouge que par suite d’une altération.

Depuis les travaux de M. Denis, M. Le Canu (i) a établi, dans son mémoire couronné par l’Académie de médecine, que le sérum renfermait constamment une matière huileuse saponifiable, qu’il a regardée comme un nouveau principe immédiat. Cette matière huileuse se trouve dans l’extrait alcooliqùe du sérum, mélangée avec la graisse phosphorée. M. Le Canu les sépare à l’aide de l’alcool froid, qui n’attaque pas sensiblement la graisse phosphorée, et dissout facilement au contraire la matière huileuse.

Ainsi, l’on a reconnu jusqu’à présent deux principes caractérisés dans l’extrait alcoolique du sérum : l’un est la graisse phosphorée, l’autre la matière huileuse signalée par M. Le Canu; et ces deux principes ajoutés à l’albumine, aux sels, aux matières extractives qui sont encore inconnues, et à l’eau , représentent la composition du sé-

i) Journal de Pharmacie, tom. XVII, pag. 4gi.

ru m telle qu’on l'admettait au moment où je me suis Occupé «1e son étude.

Ce résultat, bien qu’il oflrît déjà un grand intérêt, et£ »it loin cependant de répondre à l’idée que j’ai émise Précédemment sur la composition du sérum, et il était Naturel de penser que l’analyse de ce liquide devait conduire tôt ou tard à la découverte de nouveaux élémens. Encouragé par celte idée , je me suis attaché à répéter Ce Ue analyse, et dans l’espoir d’en mieux apprécier les données, je n’ai voulu commencer mes expériences qu’apres avoir obtenu une assez grande quantité de sérum formée par la réunion des produits de trois fortes

Ce liijuide,

^ eau bouillan

desséché à une île et desséché

douce chaleu de nouveau,

épuisé par été réduit

e ° poudre et traité par l’alcool bouillant; les liqueurs alcooliques étaient incolores ; elles se sont troublées par le refroidissement, et ont laissé déposer avec beaucoup de ^nteur des flocons blancs que le filtre en a séparés. Ces docons , d’un aspect gras et nacré, se présentaient en Petites plaques légèrement translucides, niais sans forme c ristalline. Ils m’ont paru constituer un nouveau prin- Cl pe immédiat que, j’ai désigné par le nom deséroline, et Sür lequel je reviendrai plus laril.

L’alcool filtré a été distillé au bain-marie; lorsqu’il s’est trouvé réduit au quart de .son volume, la distillation a suspendue et je l’ai laissé refroidir. Il n’a pas tardé à Se troubler légèrement en blanc laiteux, mais il ne s’est

pas formé de dépôt notable.

L’évaporation continuée dans une capsule a fourni un re sidu d’un aspect brun jaunâtre, peu foncé, de consistance lérébenthineuse, faisant émulsion avec l’eau froide, Un e saveur âcre et d’une odeur analogue à celle de la

Sfaisse phosphorée du cerveau.

Ce résidy, trituré à froid dans l’alcool à 36 degrés, l’a

coloré en jaune et s’est attaché au tube à la manière d’une résine molle. J’ai renouvelé l’alcool jusqu’à Ce qu’il cessât de se colorer et séparé ainsi deux produits ; l’un soluble dans l’alcool devait être la matière huileuse de M. Le Canu, et l’autre la matière grasse du cerveau.

En effet, ce dernier était insoluble dans l’alcool froid) soluble au contraire dans l’alcool bouillant et dans l’éther, à l’exception d’une très-petite quantité de matière rosâtre que sa faible proportion ne m’a pas permis d’étudier. 11 cristallisait en lames brillantes, était sans action sur les réactifs colorés, inaltérable au contact des alcalis, faisait émulsion avec l’eau froide, et réunissait en un mot tous les caractères attribués par MM. Vauquelin et Chevreul à la graisse cérébrale.

La solution alcoolique abandonnée à elle-même a laissé déposer au bout d’un certain temps des petites plaques cristallines d’une apparence analogue à celle de la cholestérine , et dont je décrirai plus loin les propriétés. Cette même solution,' séparée des cristaux précédens, a été évaporée à siccité ; elle a fourni un résidu visqueux, d’une saveur âcre , et très-solublé dans l’alcool ; cependant il retenait encore de la graigse cérébrale que j’en ai isolée autant que possible à l’aide de l’alcool à 22 0 qui paraît n’avoir pas d’action notable sur elle. Enfin je l’ai dissous dans l’éther qüi en a séparé quelques traces de matières salines.

Ainsi purifié , ce nouveau produit était mou , sensiblement transparent, d’une saveur âcre et savonneuse un. peu altérée par celle de la graisse phosphorée, très-soluble dans l’alcool et l’éther ; il se dissolvait sensiblement dans l’eau, soit à chaud, soit à froid, et la rendait mousseuse comme aurait fait un véritable savon 4 enfin il ramenait rapidement au bleu la couleur du tournesol roug> e par un acide. A ces caractères, il m’était impossible de

reconnaître dans ce produit une matière huileuse» et l’idée la plus naturelle était de la regarder comme un véritable savon.

Pour décider cette question intéressante, je dissolvis la matière dans l’eau à chaud, et versai dans la solution quelques gouttes d’acide hydrochlorique. Aussitôt d’abondans flocons se séparèrent d’un liquide transparent, et vinrent s e fondre à sa surface avec l’apparence d’une huile. Cette Aude, lavée abondamment à l’eau chaude jusqu’à ce qu'elle ne présentât plus aucune trace d’acide hydroclilonque, rougissait fortement le papier de tournesol humide, e lle ne faisait point émulsion avec l’eau, se dissolvait rapidement dans l’alcool et l'éther, qu’elle rendait acides,

combinait immédiatement avec la soude et reproduisait une dissolution semblable à celle du savon naturel. J’ai fait quelques essaispour reconnaître la naturede la graisse acide dont ce savon était formé; mais la faible quantité An produit que j’avais à ma disposition, et surtout la présence d’un peu dé graisse pbospborée dont je n’avais Pu la débarrasser, mont empêché d’obtenir des caractères assez tranchés pour que je puisse me prononcer s ur ce point. Je me bornerai à dire que cette matière e st très-probablement un mélange des acides oléique et margarique.

On a vu précédemment qu’en traitant par l’alcool froid 1 extrait alcoolique du sérum, j avais entraîné une substance qui n’a pas tardé à se déposer au fond de la liqueur sous f°rme de petites plaques cristallines assez semblables à ^ cholestérine. La découverte du savon alcalin qui accom- P n gnait ces cristaux , et que l’analyse a signalé dans la ^fleen même temps que la cholestérine, me fortifia dans ^ idée qu’ils pouvaient bien être formés de celte substance, oL quoique leur poids ne s’élevât pas à deux centigrammes, I e n hésitai pas à les soumettre à quelques épreuves pour cclairrir celle importante.question.

Parmi les caractères de la cholestérine, celui qui la distingue le plus nettement des autres matières grasses, c’est la température de son point de fusion qui s’élève jusqu’à - 4 - .1.37°. Ce ne fut pas saris une vive satisfaction que je retrouvai, à un degré près, la même propriété dans les cristaux que je lui comparais. Néanmoins , cette seule observation était insuffisante pour m’autoriser à établir, comme un fait, démontré, l’existence de la cholestérine dans le sang, et il était nécessaire d’en fournir de nouvelles preuves ; mais j’avais si peu de matière, que je n’osais entreprendre aucune expérience dans la crainte de n’en pas tirer le meilleur parti possible.

Dans celte situation embarrassante , je consultai M. Chevreuil cet illustre chimiste m’accueillit avec une bontédont jesuis heureux de jrouvoirliii témoigner ici ma vive reconnaissance, et c’est d’après ses conseils , et Sous ses ^eux, que j’ai soumis, comparativement aux essais que je vais décrire , de la cholestérine parfaitement pure, extraite des calculs biliaires, et la cholestérine problématique du sang humain.

Cholestérine des calculs biliaires. Cholestérine .du sang.

Cristallisée dans l'alcool elle se Son aspectprésentelaplusgrande présente sous forme de plaques analogie avec celui de la cholestébrillantcs. line.

Mise en contact avec l’acide sul- Même observation,

furique concentré, elle rougit immédiatement et redevient blanche à mesure que l'acide sulfurique s'affaiblit aux dépens de l'humidité de l'uir.

Elle fond à i3j° centigrades. Elle forfd entre 135 et 137 degrés.

Elle ne fait émulsion avec l'eau Elle se divise légèrement dans

ni à chaud.'ni à froid. l'eau froide, et si on chauffe, elle

se réunit en flocons.

Traitée à chaud par l'eau de po- L’eau de potasse ne semble lui lasse pcndantG heures, elle y con- faire éprouver aucune modification, serve son aspect cristallin et bril- et pendant tout le temps de l'opéra-

lant,

Ci *ticm.

Si l’on ajoute (le l'acide hydro- ^loriquè à l’eau de potasse qui a chauffé avec la cholestérine, il ne Se manifeste aucun trouble, ce qui Prouve qu'il ne s’est pas formé de combinaison soluble entre l’alcali et la matière grasse.

Traitée à chaud par l'acide riitriï u e,'elle verdit d’abord, probableln ent par l’interposition entre ses Parties d’un peu d’acide byponitri- < ? Ue . puis elle jaunit, Si'après avoir ® y aporé l’acide à siccité, on traite 7 résidu par Peau de potasse trèsvendue, on obtient une dissolution d e couleur brune foncée.

Cette ligueur, décomposée par acide hydro'éhloriqüe, donné naiss ance à des flocons qu'une légère chaleur réunit à la surface du liînide sous forme d'une matière "tileuse brune.

tion elle flotte dans la liqueur sous forme de flocons.

, v Dans les deux expériences précédentes, cette matière se distingue de la'cholestérine des calculs biliaires par son état floconneux et l’absence de tout éclat cristallin; mais cette différence semble dépendre de ce qu’elle retient un peu de graisse phosphorée dont elle conserve l’odeur ; je suis d’autant plus fondé à le croire» qu’un mélange artificiel de cholestérine et de graisse du cerveau m’a présenté exèctemént les mêmes phénomènes dans les mêmes circonstances. ' Même observation.

Même observation, seulement la dissolution alcaline est d’un brun un peu plus foncé. Cette différence peut dépendre d’une légère inégalité dans la température appliquée aux deux matières comparées.

Même observation.

t n’éprouve aucune modifi-

On voit, par le parallèle qui précède , combien la subst; >nce dont il s’agit présente de ressemblance avec la cholérine. D’aûtre part, en la comparant à la graisse Phosphorée du cerveau, j’ai observé que si cette substance Présentait de l’analogie avec elle dans sa cristallisation, r ° u gissait au contact de l’acide sulfurique concentré, et Pistait comme elle à l’action des alcalis, d’un autre

côté elle n’avait pas la même fusibilité, restait molle, jaunâtre et presque transparente après avoir été fondue; au lieu de reprendre immédiatement son opacité et sa blancheur , se montrait plus difficilement attaquable par l’acide nitrique, et ne donnait pas une solution brune par l’addition de la potasse.

Cependant ces caractères, reconnus d’ailleurs sur de très-petites quantités de matière, ne sont peut-être pas assez tranchés pour m’autoriser à un jugement définitif, et je dois me borner à signaler l’existence de la cholestérine dans le sang comme un fait extrêmement probable, mais qui demande encore la sanction de quelques expériences exécutées sur une plus grande échelle, et que je ne tarderai pas à entreprendre.

Il est bon de faire remarquer toutefois que les cristaux de cholestérine , que j’ai retirés du sang, m’ont été fournis par un mélange de sérum provenant de trois individus difïérens, et que j’ai encore reconnu leur existence dans le sang d’un ictérique, et dans celui d’un cinquième sujet bien portant. Cette remarque s’applique également au savon que j’ai signalé , et me semble prouver que ces deux substances existent constamment dans le sang.

Je ne dois pas quitter ce sujet sans citer les observations de M. le docteur Denis, relativement à l’existence de la cholestérine dans le sang humain.

Voici comment il s’exprime, page ioo de ses Recherches expérimentales, etc. :

« La cholestérine n’a, je crois, jamais été trouvée dans » le sang par les chimistes ; cependant je l’y ai rencontrée, » mais seulement dans quelques espèces de celle humeur, » ce qui méfait penser qu’elle est un produit morbide' » Lorsqu’elle existe dans le sang que l’on analyse, elle se » précipite en paillettes nacrées quand se refroidit l’alcool » que l’on a fait agir sur les diverses parties de celte bu- » meur pour en extraire les graisses phosphorées. »

d’après ce passage, il est évident que M. Denis croit avoir découvert la cholestérine dans le sang. Cependant, si l’on fait attention que c’est dans la liqueur qui contenait la graisse phosphorée que eet observateur dit l’avoir rencontrée, et que cette graisse phosphorée cristallise précisément en paillettes Ou lames brillantes très-analogues à la cholestérine, par le refroidissement de l’alcool qui la tient en dissolution, il devient bien vraisemblable que la cholestérine de M. Denis n’est autre chose que cette graisse phosphorée elle-mémè. D’ailleurs, M. Denis ne donne aucune preuve à l’appui de son opiriion, et ne parait avoir lait aucune expérience pour la vérifier. Il en résulte quelle n a pu avoir jusqu’ici d’autre valeur que celle d’une simple supposition, et n’a établi, en aucune manière, l'existence dans le sang d’un principe aussi intéressant que la cholestérine , et aussi difficile à distinguer des matières qui l’accompagnent dans ce liquide, ainsi qu’on a pu en juger parles nombreuses expériences auxquelles je l’ai soumis.

De la séroline.

On se rappelle que j’ai donné le nom de séroline à la Matière blanche et légèrement nacrée qui s’est précipitée par le refroidissement, de la décoction alcoolique du Se cum desséché.

Vue au microscope, celte matière semble formée de hlamens renflés de distance en distance par des petits globules blancs et opaques qui leur donnent l’apparence chapelets.

Elle se fond à 4* 36 °, se montre sans action sur les papiers réactifs , èt rougit, comme la cholestérine, au contact de l’acide sulfurique concentré.

Elle ne fait point émulsion avec l’eau froide, et si on ' auffe } elle vient flottera la surface du liquide sous forme

Urie huile incolore.

L’éther sulfgrique la dissout facilement, même à froid. L’alcool à 36 q , au contraire, n’en dissout que des traces à la température de l’ébullition , et n’exerce pas la moindre action sur elle lorsqu’il est employé froid.

Traitée à chaud pendant 6 heures par l’eau de potasse, elle ne paraît éprouver aucune modification , et l’acide hydrochlorique ne produit pas le moindre trouble dans la liqueur alcaline.

Les acides acétiqué ethÿdrochlorique ne lui font éprouver aucune altération apparente nia froid ni à chaud.

Chauffée pendant long-temps avec l’acide nitrique, elle n’est point dissoute, mais devient soluble-dans l’eau de potasse qu’elle colore en brun.

Distillée à la lampe dans un petit tube de verre , elle répand une odeur très-caractéristique, fourniLdes vapeurs alcalines , un léger résidu charbonneux, et semble se'volatiseren partie.

La petite quantité que j’ai obtenue de cette matière ne m’a pas permis de la soumettre à un plus grand nombre d’épreuves, mais celles dont je viens de faire connaître les résultats me semblent suffire pour la caractériser comme un nouveau principe immédiat et justifier Je nouveau nom quê je lui ai assigné.

Telles sont les substances diverses que je sui$ parvenu à extraire du sérum desséché en le traitant par l’alcool; on voit que ces résultats modifient singulièrement ceux que ce moyen d’analyse avait fournis jusqu’à ce jour.

S’il est démontré en effet, par les recherches de M. Chevreul comme par mes propres expériences, que la graisse phosphorée du cerveau existe dans le sérum , il n’est pas moins évident, ce me semble, que la matière huileuse, observée par M. Le Ganu, ne peut plus être admise au nombre des matériaux de ce liquide, et qu’on doit y comp' ter, à sa place, le savon alcalin, et en outre la sérolin e et la cholestérine que je viens d’y signaler.

Indépendamment des sels et des matières extractives précédemment étudiées , le sérum contient encore l’albumine et la fibrine, dont il me reste à parler pour achever l’histoire des divers produits de son analyse.

Del’ albumine.

L’albumine n’est autre chose que le sérum desséché, moins la fibrine et les matières extractives solubles dans 1 alcool et dans l’eau, dont je viens de présenter l’histoire. On la rencontre dans le sang et dans presquë tous les liquides animaux ; cependant elle n’a jamais encore été obtenue pure sans altération. Aussi la-science ne peut-elle fournir que des données très-vagues sur sa nature. Cela s’explique surtout par 1 î\ facilité avec laquelle elle se coagule et devient insoluble sous l’influence de la chaleur, Je l’alcool et de plusieurs autres réactifs.

Je ne décrirai point ici les propriétés que l’on attribue généralement à l’albumine, parce qu’elles ne présentent rien de spécial à l’albumine du sang, et doivent être d’ailleurs nécessairement modifiées par les premières recherches méthodiques dont elles seront l’objet.

De la fibrine.

Pour terminer Thistoiré des matières dissoutes dans le sang en circulation , il me reste à parler des sels et de la fibrine. Mes expériences ne m’ayant signalé dans cette dernière substance aucune propriété nouvelle , je rappellerai seulement qu’elle présente la plus grande analogie avec l’albuminç Coagulée, mais qu’il est facile néanmoins Je l’en distinguera l’aide de l’eau oxigénée, quelle décompose instantanément, tandis que l’albumine est sans ac tion sur elle. Quant aux sels, leur détermination ne Présente aucune difficulté,; je me contenterai donc de les

indiquer dans le tableau général des matériaux du sang, que je me propose de présenter à la fin de leur étude.

Je passe à l’examen de cette partie du sang qqi est en suspension dans le sérum, et que l’on désigne sous le nom de globules. J’aborde ce nouveau sujet sans tirer aucune conséquence de l’analyse du sérum, me réservant, lorsque j’aurai achevé-l’histoire de tous les matériaux découverts jusqu’ici dans le sang , de jeter un coup d’eeil d’ensemble sur sa composition, et de présenter les réflexions que leur étude m’aura suggérées.

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