‹ Essai critique et expérimental sur le sang. ThèseChapitre 9 sur 9 · DU SÉRUM DU SANG HUMAIN · texte numérisé non relu

DU SÉRUM DU SANG HUMAIN

Séance du in mai i 833 .

M. Félix Boudet, docteur ès-sciences, est déjà connu des chimistes par un travail fort intéressant sur les changeruens de nature qui surviennent dans les corps gras saponifiables huileux, lorsqu’on les met en conlact avec l’acide hypo-nitrique.

Le mémoire qu’il vient de présenter à l’Académie, et que nous avons été chargés d’examiner, M. Robiquet et moi, confirme les espérances que le travail précédent avait fait concevoir, relativement aux progrès futurs que M. Félix Boudet ferait faire à la chimie organique.

(l) Ce rapport n’a trait qu’au fragment de cette thèse compris entre les pag. 28 et 87-

Les recherches dont nous allons rendre compte ont pour objet de démontrer que l’alcool bouillant enlève au sérum du sang évaporé à sec, et préalablement épuise par l’eau bouillante ,

i°. Un principe immédiat particulier, que l’auteur appelle séroline ;

2 ». De la cholestérine ,

3°. Un savon soluble dans l’eau, très-probablement formé par du margarate et de l’oléate de soude;

4°. De la matière grasse du cerveau.

La séroline se dépose par le refroidissement de l'alcool bouillant avec lequel on a traité le sérum.

La liqueur filtrée après le refroidissement, et évaporée , laisse un résidu qui a la consistance de la térébenthine. En y appliquant l’alcool froid à 36°, on sépare de la matière grasse du cerveau , et l’on dissout une raatièrequeM. Le Canua considérée commeunehuile; mais les recherches de M. Félix Boudet prouvent qu’elle est formée de plusieurs corps distincts : en effet, la liqueur où elle est dissoute, abandonnée à elle-même, dépose des cristaux de cholestérine , et retient le savon de soude dont nous avons parlé, avec un peu de graisse cérébrale.

Reprenons successivement l’examen de la séroline, de la cholestérine et du savon de soude.

Séroline.

Elle est blanche, légèrement nacrée, en filamens qui; vus au microscope, présentent des globules ou des renflemens globuh ux.

Elle n’a pas d’action sur les réactifs colorés; elle se fon^ en une huile incolore à la température de 36".; elle diffère des stéarines et de l’oléine, en ce qu’elle n’est pa s sapônifiable, ou, ce qui revient au même, en ce qu’ell®

n’est pas susceptible de se changer en acide sous l’influence des alcalis.

Comme la cholestérine, elle rougit par l’acide sulfurique concentré ; elle est acidifiée par l’acide nitrique, mais elle en difïère par la fusibilité et par l’ammoniaque qu’elle donne à la distillation.

Cette dernière propriété la rapproche de la matière grasse du cerveau; mais elle s’en éloigne par la manière dont elle se fond, parce qu’elle ne fait pas d’émulsion avec l’eau, etc.

Enfin elle est très-soluble dans l’éther, même froid, et, ce qui est remarquable, elle ne l’est pas pour ainsi dire dans l’alcool froid.

La matière que M.. Félix Boudet a extraite du sérum du sang humain, et qu’il regarde comme identique à la cholestérine, a été étudiée par lui comparativement avec un échantillon de cette dernière substance extraite des calculs biliaires ; nous pouvons affirmer que l’auteur a fait cet examen avec le soin le plus scrupuleux, et que les résultats qu’il a consignés dans un tableau sont d’une parfaite exactitude. Les deux matières ont même aspect : la cholestérine du sang se fond de i35°. à 1 °. ; la cholestérine des calculs biliaires, à 137 °. Elles se comportent à très-peu près de la même manière avec l’acide sulfurique, l’acide nitrique et la potasse.

Savon.

Si la petite quantité de cette matière et la difficulté de l’isoler complètement de la graisse cérébrale n’ont pas permis à M. Félix Boudet de prononcer définitivement sur l’identité de ce savon, avec celui qui résulte d’un mélange de margarate et d’oléate de soude , nous croyons avec lui que très-probablement le savon du sang a cette composition ; au reste, les doutes ne peuvent pas s’élever

sur l’existence d’une graisse acide dans le sang unie à un alcali, mais sur l’identité de cette graisse acide avec les acides margarique et oléique.

La découverte, dans le sérum du sang de l’homme, dé" la séroline, qui paraît différer essentiellement des espèces de corps gras connus, est importante; elle doit engager les chimistes à la rechercher dans les organes des animaux, notamment dans le cerveau.

L’existence de la cholestérine, et d’une matière savonneuse dans le même liquide, sont des faits précieux pour la physiologie; ils sont conformes à l’opinion de ceux qui» pensent que le sang renferme les principes immédiats qui constituent les animaux.

L’habileté dont M. Félix Boudet a fait preuve dans le sujet si important qu’il a traité, nous détermine à proposer à l’Académie d’insérer son travail dans le recueil des Mémoires des Savans étrangers.

Signé BOBIQUET; GHEVREUL, rapporteur.

L’Académie adopte les conclusions de ce rapport.

Certifié conforme :

Le secrétaire perpétuel pour les sciences naturelles ,

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