Ibid., p. 108 et
3, 1bid., p. 108.
la chose en soi, mais vise seulement le rapport de celle-ci avec le monde des sens. Seulement, il est évident que pour arriver à connaître les rapports qu'entretient la chose en soi avec les formes des phénomènes, il faut absolument que nous dépassions ces formes, et que nous nous avancions jusqu'à la frontière objective de l'expérience. En soutenant donc qu'il nous est possible de connaître le rapport de la chose en soi au monde des phénomènes, Kant a, en réalité, admis implicitement qu'il nous est aussi possible de connaître les choses en soi elles-mêmes : cette connaissance n’est qu'extérieure et ne pénètre pas jusqu'au centre même de la chose en soi, mais c’est toujours une connaissance.
Nous venons de démontrer que Kant admet l'application des Idées, sinon à la chose en soi elle-même, tout au moins au rapport de cette chose en soi avec le monde des phénomènes. EL il ne s’arrêle pas là. Ge rapport de la chose en soi avee le monde des sens, il le détermine en soutenant que nous sommes autorisés à le concevoir par analogie avec les catégories. « Je pourrais donc, dit-il, attribuer à la chose en soi des qualités analogues aux concepts de la réalité, de la substance, de la causalité, de la nécessité. Ich voerde mir also nach der Analogie der Realitäten in der Welt, der Substanzen, der Causalität und der Nothwendigkeit ein Wesen denken. » Seulement il hésite sur les qualités qui doivent être attribuées par analogie à la chose en soi. Tantôt la chose en soi doit ètre représentée comme analogue à la raison elle-même. Tantôt il soutient que les objets des Idées doivent être pensés comme analoga des objets réels, d’après une analogie avec les objets de l'expérience. Il arrive ainsi à une sorte d’anthropomorphisme symbolique : le monde des sens est à la chose en soi ce que la raison humaine est aux œuvres d'art. « Si je dis que nous sommes obligés de concevoir l'univers comme si c'était l'œuvre d'un entendement et d'une volonté suprèmes, je dis tout simplement que le monde des sens (ou tout ce qui constitue le fondement de la totalité des phénomènes) est à l'inconnu que je connais, non pas d'après ce qu'il est en lui-même, mais d’après ce qu'il est pour moi, par rapport à l'univers dont je fais partie, comme une montre, un navire, un régiment à l'artiste, à l'architecte, au général. » Et de même dans la Critique de la Raison pure «nous sommes autorisés par là, non seulement à concevoir la cause idéale du monde suivant un anthropomorphisme subtil, (sans lequel on n’en pourrait rien concevoir) c'est-à-dire comme un être doué d'intelligence capable de plaisir et de peine et, par