CHAPITRE V
I. En quoi réside, pour Kant, le sentiment esthétique? On répondra que c’est dans le sentiment du jeu harmonieux de l'imagination et de l’entendement. — En réalité, le sentiment esthétique, tel que l'entend Kant, se scinde en toute une série de sentiments: 4° Le sentiment sensible ou le sentiment de l’agréable. « Lorsque le plaisir est lié à la simple appréhension de la forme d’un objet de l'intuition » : la forme ne pouvant pas être appréhendée, il faut que le sentiment formel soit précédé d'un sentiment de l’appréhension, de l'intuition, qui est le sentiment sensible. 2° Le sentiment formel objectif, 3° Le sentiment formel subjectif ou le sentiment de l'harmonie de l'imagination et de l’entendement. 4 Le sentiment de la finalité. 5° Le sentiment de l’universalité : « le véritable fondement du plaisir que nous trouvons dans l’harmonie de nos facultés est la conviction que le sentiment de cette harmonie peut être universellement et nécessai-
rement partagé ». 6° Le sentiment esthétique moral. T° Le sentiment esthétique métaphysique. — Toutes ces formes de sentiment peuvent-elles se réduire au seul sentiment de l'harmonie de nos facultés de connaitre? . . . . . . . . . . . . . .
Il. Le sentiment de l'harmonie de l'imagination et de l’entendement. — L'attitude esthétique opposée à l'attitude scientifique et à l'attitude morale. — Ses caractères : liberté, jeu. — Discussion de la théorie de la liberté de l'imagination :
elle est inconcevable dans la beauté adhérente. — Le rôle de l’entendement dañs cette harmonie. — L'harmonie de l'imagination et de l’entendement dans l’état
esthétique n’est compréhensible que par analogie avec l'harmonie de ces deux facultés dans l'état artistique et ne se révèle véritablement que dans l'âme de l'artiste génial. — Le désintéressement, la finalité sans fin et l’universalité et la NOTÉE oo ords gipd e
UI. L'harmonie de l’imagination et de l'entendement envisagée au point de vue émotionnel, — C'est le sentiment de l'unité dans la variété. — Ge sentiment est-il le sentiment esthétique unique ? — Objections : 1° toute représentation serait belle ; 2e toute forme, recélant une multiplicité d'éléments avec possibilité de réduction à l'unité, sans contenu aucun, serait belle. — Kant a décrit l'état de contemplation, mais non l’état de contemplation du Beau . . . . . . ..
IV. L'erreur de Kant consiste à n'avoir pas distingué entre les différents moments de l’acte esthétique. — Le sentiment et l'émotion : le sentiment idéal, — Division des sentiments dans les trois groupes des sentiments sensibles, intellectuels et moraux, — Avant le sentiment intellectuel de l'unité dans la variété, surgissent en nous les sentiments sensibles. — Objections de Kant : le sentiment sensible ou le sentiment de l’agréable est intéressé, il ne peut entrer comme ingrédient dans la beauté que s’il est pur. — Discussion de la théorie de la pureté. — Le premier moment du sentiment esthétique est le plaisir des sens dans la sensation, la constience d'un mazimum de stimulation avec un minimum de fatique. — Le second moment est le plaisir intellectuel de la liaison du divers. — Le
troisième moment est constitué par les plaisirs associés. — Les sentiments associés directs et indirects . . . . . .
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V. Dishinction des sentiments esthétiques des sentiments de l'utile, du vrai, du
parfait, du bien et de l’agréable. — Les sentiments de l’utile, du vrai, du parfait et du bien impliquent tous des concepts : discussion de la théorie de M. Guyau. — Le sentiment de l’agréable. — Théorie du désintéressement. 1° interprétation
de Spencer-Grant Allen : théorie du jeu ; 2° interprétation de Kirchmann : sentiments idéals ; 3° interprétation de Vischer-Hartmann : théorie de l'apparence, du Scheiën. — Discussion : 1° Kant et ses interprètes auraient dû reconnaitre que les sensations des sens supérieurs peuvent être désintéressées en elles-mêmes, qu'elles sont relativement dépourvues d'éléments désagréables, et s'épuisent moins vite que les sensations des sens inférieurs; 2 le sentiment esthétique est, pour Kant, à la fois un sentiment réel et un sentiment idéal ; 8° les sentiments esthétiques ne sont pas pour Kant que des Scheingefühle. Il admet lui-même uu intérèt: sans aftrait et Sans émotion, il serait impossible d'expliquer qu'un objet puisse nous plaire. — Conception du sentiment esthétique comme sentiment purement formel. — Kant n'y à pas été fidèle : symbolisme moral. — La théorie du désintéressement est trop intransigeante : c'est un postulat et non un fait psycholo-
gique, tout comme l'impératif catégorique. — Théorie des jugements esthétiques purs : leur inconcevabilité. — Sz tout sentiment agréable n’est pas beau, il faut
que tout Sentiment beau soit agréable . .
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VI. Y at-il un caractère proprement esthétique, différenciant le sentiment du
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Beau de toutes les autres manifestations du sentir ? — Caractéristique du sentiment esthétique : a, dù aux sens supérieurs ; b, causé en première ligne par l’apparence des choses ; c, immédiat ; d, pas soumis à des conditions dégradantes;
e, peu violent; 7, facilement écartable ; 9, sympathique. — Quel est le caractère commun et dominateur : le caractère d’être wn sentiment de sympathie. — Kant DANPANDASSUSAMINONUANSISLE rc eee he Ur 1e HTC OU
VII. Les sentiments esthétiques sont des sentiments sympathiques. — La sympathie, sa nature, ses degrés depuis l'instinct maternel jusqu’à l’amour de choses abstraites. — Rapports de la sympathie et de l’égoïsme. La substitution des sentiments, Gefühlsverschiebung. Les sentiments sympathiques sont aussi primitifs que les sentiments égoïstes. — Le sentiment esthétique, réduit à un sentiment de sympathie, explique comment il peut être désintéressé, tout en étant intéressé. .
NII. Les sentiments esthétiques doivent être des sentiments sympathiques d'une espèce toute particulière : ce sont des sentiments de sympathie SYMBOLIQUES. —- La conception du symbolisme chez Kant. — Le symbolisme et ses degrés : Zuempfindung, Nachempfndung, Einempfndung et Zufühlung, Nachfühlung et Einrueu- LUNG. — L'imitation intérieure. — L'acte symbolique est un acte de sympathie pour les hommes et pour les choses dépourvues de vie. . , .. . ..
DOME PTE
IX. Réduction de facteur sensible direct, du facteur formel et des facteurs asso-
ciés au symbolisme sympathique. — 1° Le facteur sensible direct : tout plaisir sensible résulte d’une sympathie entre notre système nerveux et les excitations extérieures. — Sympathie optique. — Sympathie acoustique : les organes de Gorti,
les dissonnances et les consonnances expliquées par la présence ou l'absence de battements; 2° le facteur formel : sympathie avec les formes, symbholisation des figures géométriques ; 3° rapports entre le symbolisme et l'association. Le symbolisme ne peut pas s’y ramener. Dans le symbolisme, il n’y a pas seulement association, mais bien fusion entre l'élément sensible et l'élément intellectuel,
X. Origine du sentiment esthétique : il dérive de la sociabilité. — Théorie
XI. Universalité et nécessité du sentiment esthétique. — Peut-il y avoir des sentiments universels et nécessaires? — Kant atténue autant que possible la rigueur de l’universalité et de la nécessité : 1e À Ugemein où Gemeingültigheit au lieu de Allgemeinheit ; 2° c'est seulement la possibilité d’un jugement esthétique qu’on
suppose chez tous; 3° la nécessité n’est qu'exemplaire. — Déduction, Dialectique : l’universalité et la nécessité sont un besoën de la Raison. . . . . . . . .
XIL: Est-ce pour le jugement ow le sentiment esthétique que Kant réclame l'universalité et la nécessité? — MHésitation : déclare en fin de compte que c’est pour
le sentiment esthétique. — Discussion des atténuations : la différence établie entre l’universalité subjective et l’universalité objective est illusoire, et la nécessité CRCMIITANEN CS MIN CONCEN ADI ER eee Re ee lice
XII. Déduction des Jugements esthétiques : l’universalité et la nécessité sont fondées sur l'identité chez tous les hommes du rapport entre nos facultés de
connaitre avec la connaissance en général. — Objections : cette identité du rapport de nos facultés suppose évidemment lidentité de ces facultés mêmes. — L'imagination ne peut pas être considérée comme identique chez tous. — Kant, malgré les assertions contraires, parle toujours de l'imagination empirique : l’imagination productive est, pour lui, l’imagination artistique. — Dialectique : l'universalité et la mécessitésontimNmpéra Moral ER CN RL,
XIV. Kant a soutenu l’absolue particularité du sentiment de l'agréable. — 1 con-
cède cependant qu'il y a des règles. Quelles sont-elles ? — Principes de Fechner. — Lois de Lehmann : 4° dépendance du sentiment de l'intensité de la représentation ; 2° dépendance du sentiment de la durée de la représentation : a représentation continue, à représentation intermittente ; 3e dépendance du sentiment de représentations étrangères : À. La représentation timbrée et les représentations étrangères sont de nature analogue et concernant des objets différents. — Lois du contraste, de la succession, de la réconciliation, de Fechner. — B. La représentation timbrée et les représentations étrangères concernent des objets différents et sont de nature dissemblable. — Le mélange de sentiments, Gefühlsmischung, et l'échange de sentiments, Gefühlsumtausch, — C. La représentation timbrée et les représentations étrangères concernent le même objet. — Principes de la clarté, de la vérité objective et de la liaison du multiple. — Sentiments mélangés, gemischte Gefühle, sentiment du comique. — L’accumulation et le renforcement esthétiques, Summation et Stecgerung : D. dépendance du timbre émotionnel de représentations dues à l'association. — Les sentiment idéals. — Déplacement du HAPTENSeN MENACE Re
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XV. Application des lois générales du sentir aux sentiments esthétiques : les lois des sentiments esthétiques sensibles sont des lois a posteriori. Le facteur formel du sentiment du Beau peut-il être réduit, lui aussi, à des lois empiriques ? — La vision : harmonie et contraste des couleurs. — Différents essais d’assimilation des rapports des couleurs et des rapports numéraux des sons. Pauvreté des résultats. Le peintre est incapable de reproduire la lumière réelle. — Lois du contraste simultané, du contraste successif et du contraste mixte de Chevreul. — Harmonie des couleurs. — Toutes ces lois ne sont pas rigoureuses : le rôle de l’individualité de l'artiste et de la subjectivité du spectateur reste considérable. . .
XVI. Ze plaisir formel proprement dit. — Le peintre ne peut donner que des
vues perspectives des choses. — Ombres portées. — Loi de la préexcellence du régulier sur l’irrégulier. — Ligne ondulée et elliptique, le carré. — La coupe d’or de Zeising. — Le contour : la symétrie unilatérale et bilatérale. — Z n’y a pas
de type absolu de beauté formelle . . . . . . . ..
XVII. ZL'ouie. — Théories du son, du timbre, des harmoniques, des battements de Helmholtz. — Peut-on en déduire a priori les principes des gammes, des tonalités, de la composition ? — Helmholtz ne l’a pas cru : le système des gammes et des modes ne repose pas sur des lois naturelles, mais est la conséquence de principes esthétiques variables. — Donc pour le fucteur sensible et le facteur formel, 1l n'y a pas d’universalité et de nécessité rigoureuses. — Pour le facteur associé, pour le symbolisme sympathique cela est de toute évidence. . . .