Wundt, Vorlesungen, etc., p
2, Grundzüge der physiologischen Psychologie, t, Il, p. 404 à 412.
Nous en sommes arrivé maintenant à avoir identifié les sentiments, ou plutôt les sentiments forts, les « Affecte » avec les formes rudimentaires de la volonté, avec les « Triebe ». Nous avons montré que toule impulsion est en même temps « Affect », nous pouvons montrer de même que tout « Affect » est en même temps impulsion. La répulsion, par exemple, est en même temps un sentiment et une impulsion ; quand nous disons que tel objet nous cause actuellement un plaisir, nous entendons parler d’un sentiment; quand nous disons que la possession de tel objet nous ferait du plaisir, le mot plaisir désigne à la fois un sentiment et une impulsion. Reste, maintenant que nous avons démontré l’identité du sentiment et des impulsions volontaires, à nous demander, si sentiments et impulsions volontaires ne dérivent pas tous deux d'un élément antérieur. C’est bien là, avons-nous dit, la pensée de Wundt dans sa Psychologie Physiologique. Nous avons montré que, pour lui, l’activité volontaire primitive est l’aperception. L'acte volontaire extérieur, considéré comme phénomène de la conscience, réside dans l’aperception d'une représentation de mouvement. Le mouvement réel, qui suit cette aperception, n’est qu'un effet secondaire, qui ne dépend plus exclusivement de notre volonté : l'aperception de la représentation de mouvement ou la décision volontaire peut avoir lieu sans qu'il y ait mouvement, dès que l’accord des instruments physiques, qui agissent dans le mouvement, a été troublé de quelque manière. Il en résulte que l'origine première d’une action volontaire consiste dans l’aperception simultanée d'une impression extérieure, — dont nous avons besoin pour expliquer le mouvement qui y répond, — et du mouvement qui en résulte. Ce mouvement, bien que, d'après sa nature physique, il réponde absolument aux conditions mécaniques du réflexe, est cependant déjà un mouvement impulsif, c'est-à-dire un mouvement en quelque degré volontaire, parce que l'impression, qu'il produit dans la conscience, est accompagnée d’un sentiment, auquel répond aussi le mouvement exécuté, en ce que celui-ci occasionne ou bien une tendance vers l’irritation ou bien une répulsion pour elle. De ce que maintenant un tel mouvement est immédiatement saisi par l’aperception, il en résulte aussitôt cette sensation combinée d'activité interne et externe, qui caractérise l’aperception des mouvements de notre propre corps. Gette aperception a deux formes : reproduite, elle évoque la simple représentation d’un mouvement ; impulsive, elle évoque, en même temps que la représentation, le mouvement réel. Que si on objecte qu'expliqués ainsi les actes impulsifs et volontaires sont complètement assimilés aux mouvements réflexes, il faut répondre qu'ils s’en distin-
guent par deux caractères : d'abord le mouvement volontaire est toujours précédé par une représentation sensible déterminée, causée par l'irrilation extérieure, et ensuite l'exécution du mouvement est accompagnée de sensations qui composent l’aperception impulsive. Que si on objecte encore que la volonté, expliquée ainsi, est sous cette contrainte mécanique qui caractérise le domaine des mouvements involontaires, il faut répondre que volonté ne veut pas dire choix arbitraire, et que, à moins de faire intervenir la volonté dans notre vie psychologique comme une espèce de deus ex Mmachina que rien n'annonce et querien ne prépare, il faut bien expliquer les actes volontaires par des actes psychiques plus simples. Il faut bien admettre, comme nous l'avons admis nous-même tout à l'heure avec Horwicz, qu'entre les mouvements organiques, les mouvements réflexes et les mouvements dits volontaires, il n'y a pas de différence de nature, mais seulement des différences de degré.
Les actes volontaires primitifs ont donc en même temps le caractère de mouvements réflexes et de mouvements impulsifs. ‘Cela paraît contradictoire, mais cela ne l’est pas si l’on admet, — et c'est à cela que devait aboutir toute notre discussion, — que les mouvements volontaires, les mouvements impulsifs et les mouvements réflexes, jaillissent ensemble d'une forme de mouvement, qui, dans un certain sens, a, à la fois, les caractères de l’action volontaire et de l’action réflexe. Cela concorde bien avec ce que Wundt a dit tout à l'heure de l’aperception. L'activité volontaire extérieure n’est, avonsnous montré, qu'une forme de l’activité intérieure de l’aperception. Cette aperception est active et passive. L'aperception passive précède et naît quand une impression est tellement violente que l’aperception est obligée de se tourner vers elle. L’aperception active naît dès que plusieurs impressions entrent en conflit. Les actes volontaires primilifs sont des aperceptions passives, dans lesquelles la volonté est déterminée unilatéralement par des impressions dominantes. Pour Wundt done, voici quelle serait la succession des actes psychologiques. Tout d'abord l'excitation extérieure, l’irritation. Comme réponse psychologique, l'aperception accompagnée de sentiment‘. C’est bien là aussi la théorie de M. Richet, qui explique la vie psychique par l'excitation extérieure à laquelle répond l'irritabilité sous ses deux formes : d’abord la réceptivité, c’est-à-dire la sensation qui est à la fois source de connaissance et source d’émotion, et en second lieu la réaction motrice ?, c’est-à-dire le mouve-
4, Wundt, Grundzüge der physiologischen Psychologie, t. I, p. 462 à 416. 2. Ch. Richet, Essai de Psychologie générale, 1891, p. 9 et 134.
ment sous les innombrables formes qu'il peut revêtir, depuis le réflexe jusqu'aux mouvements spontanés et intellectuels.
La théorie de Wundt que nous venons d'exposer est certainement des plus intéressantes, et, à beaucoup d'égards, des plus satisfaisantes. Un seul point, — capital à la vérité, puisque c’est à lui qu’aboulit cette discussion, — nous en paraît contestable. Wundit, M. Richet et un grand nombre d’autres psychologues contemporains, posent comme premier moment du processus psychique l'excitation extérieure. Nous demandons tout d'abord à constater que cette excitation peut être aussi intérieure, peut émaner aussi de ce domaine trouble et obscur, où les éléments psychologiques et physiologiques, où le monde extérieur et le monde intérieur se touchent, se fondent et fusionnent, c'est-à-dire des sensations corporelles, des sensations et des sentiments organiques. C'est là, à notre avis, dans ce monde de sentiments et de sensations vagues, nuageuses et indistinctes, multiples et variées, tellement diffuses et confuses que chacune d'elles prise isolément n’est pas sentie, mais dont cependant l’ensemble nous donne la notion et l'émotion de notre propre existence ; c'est là, dans le domaine des sensations organiques, dans ce que les Allemands appellent die Gemeingefühle et les psychologues français cénesthésie, qu’il faut chercher l’origine de toute notre vie psychique. Geci n’est, d’ailleurs, pas contesté par la psychologie moderne qui, au contraire, a étudié avec beaucoup de soin et de minutie les sensations organiques. Seulement ce qu'il s'agit de déterminer maintenant définitivement, c'est de savoir, si la réaction psychologique, qui répond à l'irritation d'un de nos organes ou d’un de nos viscères, est une notion, une émotion où un mouvement, rudiment de volonté. On répond ordinairement que c’est une sensation. Seulement, comme nous le verrons tout à l'heure plus en détail, le mot sensation est très vague puisqu'il implique précisément les deux termes de notion et d'émotion. Ici, d’ailleurs, nous n'avons pas encore à nous occuper des rapports de la notion et de l'émotion, nous n’en sommes qu'à ceux de l’'émolion et du mouvement volontaire, et pour ceux-ci, une fois que l’on admet que la vie psychologique commence par des sentiments organiques, il semble qu'il ne doive plus y avoir d'hésitation. La première réaction psychologique à l'irritation d’un de nos organes ou d’un de nos viscères est une émotion. Nous commençons, avant tout mouvement volontaire, à sentir, à être impressionnés agréablement ou douloureusement, à passer par toutes les innombrables nuances d’aise et de malaise qui correspondent aux innombrables façons dont le réseau infini des cellules, des tissus, des organes qui constituent notre corps, peut être affecté, selon qu'il y a entre
eux harmonie et accord, ou selon que la plus légère perturbation est venue troubler l’état somatique normal. D’après nous donc, ce qui précède, c'est un état somalique qui, dès que nous en prenons conscience, est senti comme agréable ou pénible : le mouvement, le désir, les formes rudimentaires de la volonté ne font que suivre.
C'est, d’ailleurs, là, la théorie vers laquelle semble pencher Wundt dans sa dernière œuvre psychologique, dans la nouvelle édition refondue et remaniée de ses Leçons sur l'âme humaine et animale. I commence, là encore, par montrer que le sentiment est un état psychologique inconcevable dans un individu incapable de volonté, vu que plaisir el peine sont des directions de volonté, et que, réciproquement, la volonté étant essentiellement caractérisée par les motifs, et les motifs n'étant en somme que des sentiments forts, la volonté est un état psychologique inconcevable dans un individu incapable de sentiment. « Le sentir suppose donc le vouloir, et le vouloir le sentir : dans un acte volontaire véritable ce ne sont pas là deux processus différents, mais ce sont les manifestations partielles d'un seul et même processus, qui commence avec l'excitation du sentiment (Gefühlserregung), et se termine par l'acte volontaire » !. Wundt reconnait donc que c'est le sentiment qui précède et l'acte volontaire qui suit. Il confirme cette thèse en faisant observer que, s'il y a en nous d'innombrables sentiments qui ne se traduisent jamais en actes volontaires, il n’y a pas d'acte, volontaire qui ne suppose nécessairement un sentiment : la volonté, en effet, avant de devenir actuelle, se révèle comme direction volontaire, Willensrichtung, et cette direction de la volonté n’est autre chose que le sentiment?. Tout de même encore il définit les impulsions sensibles, des sentiments qui ont une forte tendance à passer à l’action 5. Et enfin pour résumer la discussion, Wundt conclut que les différents éléments d'une action volontaire consistent : 4° dans un sentiment dans lequel s'annonce la direction de la volonté; 2 dans une modification de nos représentations qui peut ètre accompagnée d'un effet extérieur, causé par les organes moteurs, mais qui n’en ‘est pas accompagnée nécessairement ; 3° dans la représentation qui peut être accompagnée d'un effet extérieur causé par les organes moteurs, mais qui n’en est pas accompagnée nécessairement; et enfin 4 dans la représentation secondaire de la dépendance de cette modification de l'état total de notre conscience. Si donc, dans sa Psychologie physiologique,
. Vorlesungen über Menschen und Thierseele, p. 239. . Jbidem, p. 245.
. Jbidem, p. 248.
. Jbidem, p. 239.