Ueber Philosophie überhaupt, Hartenstein, t, VI, p
LE JUGEMENT RÉFLÉCHISSANT THÉORIQUE all
de déterminer un concept par une représentation empirique donnée, et en faculté de réfléchir d'après un principe déterminé sur une représentation donnée pour en tirer un concept possible, faculté qui constitue le Jugement réfléchissant et qui seule nous intéresse
Or, nous le demandons, est-ce que vraiment on a le droit de passer, comme fait Kant, de la fonction de subsumption, qui constitue le propre de la faculté de juger, à la fonction de réfléchir d'après un principe déterminé sur une représentation donnée pour en retirer un concept possible ? Subsumer sous une règle, décider si quelque chose rentre ou non sous une règle donnée, est-ce vraiment la même chose que de partir d’une représentation donnée pour en tirer un concept possible, c’est-à-dire en somme pour chercher une règle ? D'une part, il semble que dans tout jugement, — faculté de subsumption, — le concept, la loi, la règle doive être donnée pour qu'on puisse y subsumer une représentation, pour qu'on puisse décider si la représentation rentre oui ou non sous ce concept, sous celte loi, sous cette règle ; et, de l’autre, le Jugement réfléchissant consiste précisément à remonter de la représentation jusqu'au concept, à chercher cette règle. Il ne nous semble pas douteux que Kant, pour des raisons systématiques que nous connaissons, et qui consistent à avoir cherché à la faculté de juger une place intermédiaire et indépendante entre l'entendement et la raison telle, qu'elle püt fournir des principes a priori à la faculté de sentir, ait confondu sous le terme de Jugement deux fonctions profondément différentes. Lui qui, d'ordinaire, pèche plutôt par un excès d'analyse, par une trop grande minutie de divisions et de subdivisions, pèche ici par un excès de synthèse entre éléments qui, en bonne logique, devraient être séparés. Au fond le Jugement, d'après la définition que Kant en a donnée, le Jugement en tant que faculté de $subsumption ne devrait avoir qu'une forme, la forme déterminante. Un concept, une règle, une loi étant donnée, le Jugement, tel que le conçoit Kant, ne devrait avoir qu'à décider si une représentation rentre oui ou non sous ce concept, sous cette règle, sous cette loi. Quant à la fonction, maintenant, de réfléchir sur une représentation pour en tirer un concept, elle n'appartient, de l’aveu de tous les logiciens, ni au Jugement réfléchissant, ni à aucune autre forme connue du Jugement : c'est la fonction d'une des deux formes du raisonnement, c'est proprement la fonction du raisonnement inductif.
Ce qui prouve bien l'embarras de Kant, c’est que, dans sa Logique, après avoir parlé du Jugement et du raisonnement, et avoir défini celui-ci la déduction d’un jugement d'un autre jugement, .
il distingue les raisonnements immédiats et les raisonnements médiats, attribuant ceux-là à l'entendement et ceux-ci à la raison ou au Jugement. Maintenantles raisonnements immédiats consistent à modifier seulement la forme des jugements sans toucher à leur matière, c’est-à-dire au sujet et au prédicat (conversion des jugements, etc.); les raisonnements de la raison à reconnaître la nécessité d'une proposition par la subsumption de sa condition sous une règle universelle donnée ; les raisonnements du Jugement enfin à aller de concepts particuliers à des concepts généraux .
On voit tout de suite que cette division ruine absolument les fondements logiques que «nous avait fournis la Critique de la Raison pure. Il est vrai que la Critique de la Raison pure, elle aussi, distingue les raisonnements immédiats et les raisonnements médiats, et les appelle aussi, les uns, conclusions ou raisonnements de l’entendement, et les autres, conclusions ou raisonnements de la Raison, Verstandesschlüsse et Vernunftschlüsse ?. Cette distinction elle-même nous paraît déjà contestable. L'immédiateté, en effet, ou la médiateté, ne constitue, en somme, qu'une différence de degré et non une différence de nature entre les raisonnements. Tout raisonnement suppose, en effet, d'après Kant, une proposition qui sert de principe, une autre qui est tirée de la première, une troisième enfin par laquelle la vérité de la dernière est indissolublement liée à la vérité de la première. Seulement, observe Kant, dans les jugements immédiats, le jugement conclu est déjà renfermé dans le premier, de telle sorte que la troisième idée, au moyen de laquelle je rattache la première et la deuxième, n'existe pas dans ces formes de Jugements ou tout au moins, si on l’y introduit, ne constitue qu'une proposition tautologique, tandis que, dans les jugements médiats, cette troisième idée, le {erminus medius, est au contraire une idée nouvelle, sans laquelle la première et la seconde ne pourraient être rattachées l’une à l’autre, sans laquelle le raisonnement serait impossible. Par exemple si je raisonne : tous les hommes sont mortels, donc Caius est mortel, le raisonnement n’est pas immédiat, vu que j'ai besoin du jugement intermédiaire : Caius est un homme; tandis que si je raisonne : tous les hommes sont mortels, donc quelques hommes sont mortels, la proposition intermédiaire : quelques hommes sont hommes, est une pure proposition tautologique#. Mais l’un des deux : ou bien tout raisonnement suppose nécessairement
4. Logik, Hartenstein, t. VIN, p. 111, 112, 416, 117, 128, 129.
2. Critique de la Raison pure, Hartenstein, t. IL, p. 250 ; Barni, t. I, p. 364.
3, Critique de la Raison pure, Hartenstein, t. III, p. 250 ; Barni, t. I, p. 363, 364; et Zoyik, Hartenstein, t. VII, $ 44, p. 111, 112.
les trois propositions, tout raisonnement consiste à rattacher deux jugements grâce à un troisième, — et alors ce que Kant appelle raisonnement immédiat, qui n'en suppose que deux et qui tire la conclusion d'un jugement donné, sans aucun jugement intermédiaire, n’est pas un raisonnement, — ou bien, il y a des raisonnements qui n'ont que deux propositions, ce que Kant ni aucun logicien ne saurait admettre. De plus, les termes de conclusions ou de raisonnements de l’entendement et de la raison paraissent très mal choisis. Etant donné que le raisonnement est la fonction propre de la raison, il semble inadmissible de parler de raisonnements de l’entendement. L'entendement, lui, Kant le dit etle répète à satiété, a pour fonction de ramener les phénomènes à l'unité, au moyen de certaines règles, la raison, de ramener à l’unité les règles de l’entendement, au moyen de certains principes. Or, la connaissance par principes est celle où l’on reconnait le particulier dans le général au moyen de concepts, où l’on dérive une connaissance d’un principe ‘. C’est cette dérivation au moyen d'un intermédiaire qui caractérise vraiment le raisonnement, elle appartient en propre à la raison, et parler de raisonnements de l’entendement, c'est vraiment détourner les mots de leur sens.
Mais quoi qu'il en soit de cette difficulté, le fait certain est que, si la Critique de la Raison pure parle de raisonnements de l’entendement et de raisonnements de la raison, en tous les cas elle ne souffle mot de raisonnements du Jugement, Urtheilsschlüsse. À ce moment, Kant n'avait pas encore songé à faire du Jugement la faculté a priori du sentir, et le fait qu'il passe sous silence les raisonnements du Jugement est une contre-épreuve de ce que nous avancions tout à l'heure, à savoir que c’est uniquement pour des motifs systématiques, par besoin de symétrie, pour faire au Jugement, en tant que faculté « priori du sentir, une place dans la « Logique », que Kant y introduit cet organe nouveau. Ce qui démontre bien combien cette introduction est malencontreuse, c’est que, le Jugement étant ou bien déterminant ou bien réfléchissant, il faudrait évidemment, s’il y a des raisonnements du Jugement, qu'il y eùt des raisonnements du Jugement déterminant et des raisonnements du Jugement réfléchissant. Or, Kant affirme qu'il ne saurait y avoir que des raisonnements du Jugement réfléchissant, ce qui prouve bien qu'il y a quelque chose de fautif dans toute cette division. Son vice, nous le répétons en concluant, c'est que le Jugement réfléchissant, en tant que faculté de partir d'une représentation donnée pour en tirer un concept possible,
1. Critique de la Raison pure, Hartenstein, t. IL, p. 248 et 249 ; Barni, €. I, p. 360, 361, 362.
n’est en aucune façon une forme du Jugement, en tant que faculté de subsumer, de décider si quelque chose rentre ou non sous un concept, sous une règle donnée, mais est une des deux grandes fonctions du raisonnement.
Maintenant, le Jugement n'est-il bien que la faculté de subsumer, que la faculté de décider si quelque chose rentre oui ou non sous une règle donnée ? Kant a suivi sur ce point la logique d’Aristote et des Scholastiques. Pour Aristote, on le sait, le Jugement est une synthèse d'idées qui implique erreur ou vérité : cÜvbeow vonuatuwv, ëv à To aAnbetewv n Veidechbar ünagyer!. La proposition, — expression verbale du jugement, — est le discours qui affirme ou conteste quelque chose de quelque chose, rosrasts pèv oùv écti Àdyos xaTapatixds ÿ amoparixés rivs xara rivôs ? ; elle désigne avant tout un rapport de contenance entre deux idées, — re dë nca roôtacis êott n Toù brapyeuw 5, — qu'il s’agit de subsumer l’une sous l’autre. Les Scholastiques n'ont fait qu'exagérer la tendance d'Aristote à réduire tout jugement à la subsumption, et les logiciens jusqu'à Kant, et même bien après Kant, les ont religieusement suivis. Ce n’est que de nos jours que des philosophes comme Sigwart, Wundt et quelques autres, ont tenté de s'écarter de la conception qui consiste à réduire tout Jugement à la subsumption d'un sujet sous un prédicat, et leur tentative est, à notre avis, des plus légitimes et des plus louables.
Pour discuter la théorie du Jugement, en tant que faculté de subsumption, dans toute son étendue et dans toute sa profondeur, ce n'est pas du Jugement même, mais bien déjà du concept qu'il faut parür, le Jugement n'étant que la faculté de la synthèse consciente et nécessaire des concepls. Or, pour les logiciens de l’ancienne école, une des caractéristiques du concept, bien plus, sa caractéristique essentielle, est la généralité. Le point important est de savoir si la généralité est vraiment un attribut du concept en lui-même, ou bien si ce n’est pas le langage, qui n'opère, on le sait, qu'avec des termes généraux, qui considère comme tels, même les noms propres, qui confère au concept la généralité. Or il nous semble, avec Wundt et Sigwart, que la généralité des concepts et la généralité des termes ne coïncident ni toujours ni nécessairement, mais que celle-ci a presque toujours une plus grande étendue que celle-là. Les mots étant toujours généraux, il arrive nécessairement que nous les employions même pour désigner des objets particuliers et que nous étendions tout
. De Interpretatione, ch. IV.
. Première Analytique, ch. 1.
Tbid. ch. 11.
Co 1
à fait illégitimement la généralité du mot au concept, qui pour être désigné par un terme général, n’en reste pas moins, quant à son origine et quant à sa nature, particulier. C'est ainsi qu'on en est arrivé à concevoir tout objet de notre pensée logique, comme une espèce, qui comprend un grand nombre de représentations particulières, ou comme un genre, qui est contenu dans un genre plus général, et que l’on a confondu la qualité et le genre. C’est dans cette confusion qu'il faut chercher la raison qui a fait réduire tous les jugements au seul type de la subsumption. Etant donné le jugement: «le rubis est rouge, » « rouge » serait non pas la qualité du rubis, mais bien l'espèce supérieure sous laquelle on dût subsumer le terme rubis. Or, il semble évident que les qualités n'entretiennent avec les objets auxquels on les attribue, aucun rapport de subordination ou de suprématie. « Rouge » n'est ni un genre qui contient tous les, objets rouges, ni un concept plus général que « rubis », de telle sorte que rubis ne peut pas lui être subsumé. En effet, il n'y a que des objets du même genre qui puissent être comparés au point de vue de la généralité, par exemple un concept d'objet avec un autre concept d'objet, rubis avec améthyste, topaze, etc. Mais dire qu’une qualité est quelque chose de plus général que l’objet qui la possède, c’est évidemment illogique. En somme, on pourrait aussi bien considérer l’objet comme plus général que sa qualité, vu qu'il possède encore d'autres qualités que la qualité d’être rouge. « Rouge » serait un élément du concept rubis, même si, en dehors du rubis, il n’y avait aucun autre objet rouge. Sans doute, après avoir constaté que le rubis est rouge, l’on peut bien se rappeler qu'il y a d’autres objets rouges et concevoir alors le rubis comme une espèce de corps rouge, à côté d’autres corps rouges. C’est bien là une subsumption, mais qui ne voit que c’est un acte logique absolument différent du premier, par lequel nous avons jugé que le rubis était rouge ? Tandis que celui-ci est immédiat, spontané, celui-là est médiat et a besoin d’un acte intermédiaire, lequel convertit tout d’abord la qualité « rouge » dans le concept « objet rouge t ».
De plus, la conception qui transforme tous les rapports entre concepts en rapports de subordination ou de suprématie, qui prétend ranger les concepts en espèces et en genres, ne saurait évidemment valoir pour tous les concepts. Elle est notamment inadmissible pour les concepts abstraits, et dire par exemple que le concept de substance désigne le genre qui comprend toutes les substances particulières, le concept de causalité, le genre qui
4. Wundt, Logik, 2e édition, t. I, p. 104, 102, 103, et Sigwart, Zogtk, 2° édition, t. I, p. 341. ;
embrasse tous les cas particuliers d'effet causal, le concept d'être le genre qui comprend tous les genres sauf le néant, c’est évidemment aller à l'encontre de la réalité ‘.
Le jugement simple, que l'on l'appelle avec Sigwart jugement qui nomme, Benennungsurtheil, où avec Wundt jugement narratif, Erzählungsurtheil, consiste dans une double synthèse : la synthèse qui met dans la représentation du sujet l'unité de l’objet et de son activité, de l'objet et de sa qualité, et la synthèse qui unit l'activité ou la qualité désignée par le sujet avec l’activité ou la qualité désignée par le prédicat, c’est-à-dire qui la nomme par le terme du prédicat. Ge type de jugement ne peut absolument pas se réduire au type de la subsumption d'un sujet donné sous un prédicat plus général. Sigwart résume les raisons que nous avons alléguées tout-à-l'heure avec Wundt, dans la formule très heureuse que voici: le prédicat qui exprime une qualité n'est plus général que le sujet, que par rapport à la qualité du sujet, et non pas par rapport au sujet lui-même, et le prédicat qui exprime une activité n'est plus général que le sujet, que par rapport à l’activité du sujet et non pas par rapport au sujet lui-même ?.
Etant donné donc, que les rapports entre les concepts ne se réduisent pas nécessairement à des rapports de subordination ou de suprématie, que tous les concepts ne peuvent pas se ranger en espèces et en genres, il est clair que le jugement, qui n’est que la détermination d'un rapport entre deux concepts, ne peut être réduit au seul type de la subsumption. Un des faits qui ont le plus entravé la constitution d’une saine théorie du jugement, et qui ont le plus favorisé la théorie du Jugement comme faculté exclusive de subsumption, est la représentation géométrique des formes du jugement. L'on a représenté les concepts par des circonférences, et de ce que les seuls rapports que deux circonférences puissent entretenir relativement à l’espace, sont d’être comprises totalement ou en partie l’une dans l’autre, d'être subsumées totalement ou en partie l'une par l’autre, ou d’être extérieures l’une à l’autre, l’on a conclu que les seuls rapports que les concepts puissent entretenir sont ceux de la subsumption totale ou partielle, ou de l'impossibilité de la subsumption : l'égalité elle-même des concepts a été considérée par les partisans de cette théorie comme un cas limite de leur subsumption. Mais il est bien évident que la représentation géométrique des formes du Jugement n’est qu'un essai de sensibiliser, de concrétiser, d'illustrer la théorie du jugement et que, comme toute exemplification, elle pèche par quelque côté. Il est
4. Wundt, Logik, t. 1, p. 103, 2. Sigwart, Logik, 2 édition, t. I, p. 10, 11, 12.
certain que deux circonférences ne peuvent entretenir relativement à l’espace que des rapports de subsumption totale, partielle, ou de non-subsumption, mais il n'en va évidemment pas de même pour les concepts non géométriques qui, eux, peuvent entretenir une foule d’autres rapports. De plus et surtout, la géométrie, les mathématiques en général, ne traitent que de concepts qui sont de même nature, qui appartiennent aux mêmes catégories. L'on y traite des rapports entre lignes et lignes, angles et angles, polygones et polygones, circonférences et circonférences, etc. En effet, pour qu'il puisse y avoir comparaison entre différents concepts, il faut avant tout que les concepts à comparer soient de même nature, appartiennent à la mème espèce. L'on peut trouver des rapports immédiats entre des concepts comme rubis et pierre, rouge et noir, étinceler et être terne etc., mais pour établir des rapports entre des concepts comme homme et bon, justice et agir, etc., qui n’appartiennent pas à la même catégorie, il faut évidemment une action intermédiaire qui consiste à transformer ces concepts, appartenant à des catégories différentes, en concepts appartenant à la même catégorie et, en général, en concepts d'objets ‘.
Sans doute, le travail de la pensée consiste précisément dans cette transformation de concepts appartenant à des catégories différentes, en concepts appartenant à la même catégorie, seulement il nous paraît impossible d'assimiler ce travail d'élaboration de nos concepts à un simple travail de subsumption, comparable à la subsumption matérielle des circonférences. La subsumption caractérise tous les jugements relatifs à la subordination et la suprématie des concepts. Là, il s’agit, en effet, de ranger un concept d'objet déterminé dans une espèce plus élevée, de satisfaire le besoin d'ordre de notre esprit, qui, dès qu'il se trouve en face d’un concept d'objet, désire impérieusement connaître le domaine général auquel il appartient. Nous admettons encore que le jugement de subsumption puisse être étendu à des opérations logiques, qui primitivement ne visent en aucune façon la subordination ou la suprématie et le rangement des concepts dont elles trailent sous des genres et des espèces. C'est ainsi que le jugement qui décrit, das beschreibende Urtheil, peut être réduit au type de la subsumption, parce que là on ajoute, expressément ou tacitement, au concept de qualité du prédicat, un concept d'objet. Il n’y a pas jusqu’au jugement narratif qui ne puisse s'adapter à la forme de la subsumption, grâce à la séparation de la copule du verbe. En effet, la raison principale
4. Wuudt, op. cit., p. 127, 128, 129, et Sigwart, op. ctt., t, I, p. 343 et suiv.
qui a fait considérer la copule, par la plupart des logiciens, et notamment par Kant, comme troisième élément indépendant de la proposition, en tant que forme exprimant les rapports d'accord ou de désaccord entre le sujet et le prédicat, même dans le cas où le fait de séparer la copule du prédicat est en désaccord manifeste avec la réalité logique, est la transformation du prédicat, s'il n'est pas déjà un concept d'objet ou de qualité, en un pareil concept; par exemple : « il court» en «il est courant ». Grâce à cette transformation, le prédicat peut toujours être considéré comme un concept d'objet et de qualité, et rangé dans la même catégorie que le sujet, et devient par conséquent comparable avec lui. C'est ainsi que le jugement narratif immédiat : « Jean court », devenant « Jean est courant », c'est-à-dire un être, un homme, — analogue à Jean et, par conséquent, comparable avec lui — courant, devient un jugement de subsumption. Seulement cette transformation des jugements, qui, primitivement, étaient destinés à décrire, à narrer, et en aucune facon à subsumer un concept sous un autre, un sujet sous un prédicat, va directement à l’encontre de la véritable fonction du jugement logique, qui est évidemment d'organiser et d’ordonner nos concepts. Si à la place du jugement qui se borne à décrire un objet, comme « Le rubis est rouge », je forme un jugement subsumant et je range successivement le rubis parmi les objets rouges, puis parmi les pierres précieuses, etc., je crée une multitude de subsumptions qui se croisent, et qui, au lieu de satisfaire véritablement le besoin d'ordre de notre esprit, ne le satisfont très souvent que d’une façon très superficielle, en rangeant un objet déterminé dans un domaine plus vaste, dans une classe plus élevée ‘. Mais, en tout cas, ce n'est que grâce à l'extraction de la eopule du prédicat, c’est-à-dire, grâce à une opération logique qui a été contestée et qui est contestable, que cette transformation a lieu. Primilivement, les jugements qui décrivent et qui racontent, ne sont en aucune façon des jugements de subsumption, el s'ils peuvent y être ramenés par l’artifice logique que nous venons d'indiquer, il est en revanche d’autres jugements,etnotammentles jugements que Wundt appelle les jugements de « dépendance, » Abhängigkeilsurtheile, qui paraissent absolument irréductibles au type de la subsumption. Un jugement comme celui-ci : « le mouvement est le changement de situation d'un objet dans l’espace », et mieux encore, le jugement : « si un objet modifie sa situation dans l’espace, il se meut », n’est évidemment pas un jugement de subsumption. Sans doute les partisans