‹ Essai critique sur lesthétique de KantChapitre 101 sur 137 · Wilhelm Scherer, Die Poetik, p. 73 à · texte numérisé non relu

Wilhelm Scherer, Die Poetik, p. 73 à

2. Cf. Erdmann, Ernste Spiele. Il n'existe d'ailleurs aucun ouvrage spécial bien fait sur les jeux des enfants qu'il vaudrait la peine, pour un de nos psychologues humoristes, d'étudier en détail.

(lu jeu proprement dit, les jeux intellectuels comme le jeu d'échecs, qui est une très bonne illustration du jeu en général, puisque nous avons là un déploiement d'énergies intellectuelles, des déductions, des combinaisons, parfois très profondes et très difficiles, sans aucun but utile, et enfin les jeux d'esprit. Rien n'est plus difficile, on le sait, que de définir, d'une façon satisfaisante, l'esprit, ce que les Allemands appellent Witz et les Anglais wit. Kant l'a tenté dans son Anthropologie. L'esprit, dit-il, accouple des représentations hétérogènes, qui très souvent sont extrêmement éloignées l'une de l'autre, d'après la loi de l'imagination, de l'association, et est, par conséquent, une faculté particulière d' « analogisation » Veràhnlichimgsvermôgeïi, qui appartient à l'entendement comme faculté de connaître en général, .en tant qu'il range les objets en espèces *. Vischer a ajouté à la définition que l'esprit ne marie, comme le forgeron de Gretna-Green, que des couples qui sans lui ne sauraient s'unir d'une façon légitime, c'est-à-dire n'unit que des représentations si hétérogènes, que rien ne semble pouvoir les rapprocher, et c'est précisément l'inattendu de cette union, — loi générale, comme nous aurons l'occasion de le voir, du comique — qui est la raison du plaisir causé par le mot d'esprit. Il serait amusant d'essayer de caractériser les différentes formes de l'esprit, tout d'abord le jeu de mots proprement dit, Wortspiel, le calembour, dont la forme principale consiste à rapprocher, au point de vue du sens, des mots ayant des significations très différentes, mais présentant des analogies de sons ; puis le mot d'esprit véritable, qui est comme l'apanage des écrivains de notre race, tel qu'il s'en trouve à foison chez les Voltaire, les Rivarol, les Chamfort, et qui consiste dans une association de représentations, absolument hétérogènes à tous les points de vue, excepté un. seul, que la perspicacité de l'homme d'esprit est parvenue précisément à découvrir comme en un éclair; ensuite une forme particulière du mot d'esprit que les Allemands appellent geistreich, pour lequel nous n'avons pas de terme propre, bien qu'il s'en trouve de nombreux exemples dans notre littérature , notamment chez nos auteurs de Pensées et de Maximes, chez La Bruyère, chez La Rochefoucauld, et avant tout chez Pascal, qui consiste à frapper en médaille une véi'ité générale, d'habitude d'ordre philosophique, qui, au lieu d'ùtre longuement déduite et expliquée, est présentée d'une manière piquante qui nous frappe d'autant plus que nous sommes moins habitués à voir des vérités de ce genre présentées de cette façon ; et enfin

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