‹ Essai critique sur lesthétique de KantChapitre 103 sur 137 · Id., ibid., p · texte numérisé non relu

Id., ibid., p

en un vaste espace, un dialecte local à l'usage de quelques familles devient peu à peu, par Fimitation, un idiome national, et au début des sociétés, l'art de tailler le silex, de domestiquer le chien, de fabriquer un arc, plus tard de faire lever le pain, de travailler le bronze, d'extraire le fer, etc., à dû se répandre contagieusement ; chaque flèche, chaque morceau dé pain, chaque fibule de bronze, chaque silex taillé, était à la fois copie et modèle, si bien qu'il est légitime de soutenir que chaque chose sociale tend à s'étendre dans son milieu social, miUeu qui, lui-même, tend à s'étendre*. Or, nous sommes convenus plus haut que le Beau, en .général, est quelque chose d'éminemment social, puisque nous avons fondé le sentiment esthétique sur la sympathie, et que la sympathie est le sentiment social par excellence. Ce qui est vrai du Beau, en général, l'est a fortiori pour le Beau artistique. Si nous croyons que Kant va trop loin, en affirmant « qu'un homme relégué dans une lie déserte ne songerait pas à orner sa cabane ou à se parer lui-môme, et ne s'aviserait pas de chercher des fleurs et encore moins d'en planter», il n'en est pas moins incontestable que l'art est avant tout un phénomène social, est, selon la forte expression de M. Tarde, ce qu'il y a, dans toute société de plus social. Par conséquent, étant donné ces prémisses, étant donné que l'imitation joue dans les sociétés un rôle absolument prépondérant, et que Fart est de tous les phénomènes sociaux le plus social, il résulte de là môme, que l'imitation doit jouer dans l'art un rôle absolument prédominant.

Aussi, sans examiner, en aucune façon, le si délicat problème des rapports de l'art et de la vérité, de l'art et de la nature, de l'imitation et de l'idéalisation, pouvons-nous affirmer, sans crainte d'erreur, que l'œuvre d'art « répond avant tout, non à un besoin de connaître du nouveau, ce qui est le propre des âges de mode, où la curiosité est surexcitée par les éléments mêmes qui affluent du dehors, mais au besoin vraiment amoureux de revoir, de retrouver avec une intensité déplus en plus vive, sans jamais se lasser, ce que l'on connaît déjà et que l'on aime, admire ou adore, les types divins de la religion des aïeux, les légendes divines, les saints et leur histoire, les héros et les récits épiques de fliistoire nationale, les scènes habituelles de la vie conformes aux vieilles mœurs, en un mot, les émotions traditionnelles qui se résument, pour l'artiste comme pour son public, dans l'amour profond d'un lointain passé et dans l'espérance profonde en un long avenir terrestre ou posthume assuré par la religion ^ », que tout art doit être au début une

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