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imitation, que les mouvements expressifs de Tart sont avant tou des mouvements imitatifs. Le plus rapide coup d'œil jeté, d'une part, sur Tliistoire de l'esthétique, et, de l'autre, sur l'histoire de l'art, nous montre le hien-fondé de cette affirmation. On sait que le début delà Poétique d'Aristote consiste à soutenir que la poésie qui symbolise certainement pour le philosophe grec l'art tout entier, que r « épopée, la poésie tragique, la comédie, la poésie dithyrambique, l'aulétique, la citharistique », se trouvent être toutes en résumé des imitations, et le dernier parmi les grands esthéticiens contemporains, M. Taine, commence sa célèbre analyse de la nature de l'œuvre d'art en affirmant que tout au moins trois parmi les cinq grands arts, à savoir la peinture, la sculpture et la poésie, ont comme caractère commun essentiel d'être des arts d'imitation. D'autre part, l'on sait que les premiers vestiges de l'art, que nous ont révélés les fouilles dos archéologues, sont des imitations au début très grossières, et peu à peu toujours de plus en plus exactes et de plus en plus fines, d'objets réels. Nous pouvons donc conclure là encore, d'une façon assez certaine, que les mouvenïents expressifs de l'art sont des mouvements d'imitation, et, en faisant entrer dans notre définition les caractères que nous avons notés plus haut, sont des mouvements d'imitation expressifs d'émotions sympathiques.
D'ailleurs, à y regarder de près, nous trouverions là encore que c'est à la sympathie que se réduit en dernière analyse le sentiment artistique tout comme le sentiment esthétique. C'est, en effet, croyons-nous, la sympathie qui explique l'imitation et non inversement. L'enfant n'imite que ce avec quoi il a sympathisé, que les personnes auxquelles il s'intéresse, que les petits drames ou les petites comédies de la vie famiUère qu'il a su reproduire en lui par sympathie. Tous ceux qui ont suivi de près le développement de l'intelligence enfantine, ont pu se convaincre que c'est par des imitations de mouvements des personnes qui vivent constamment autour de lui, auxquelles il s'attache nécessairement et naturellement, qu'il apprend à se mouvoir, à se diriger, à parler. Il nous semble qu'il a dû en être ainsi des premiers artistes qui, en face des innombrables objets qui de toutes parts s'offraient à leur imitation, ont dû tout naturellement commencer par ceux qui les avaient le plus vivement frappés, auxquels ils s'étaient le plus passionnément intéressés, avec lesquels ils avaient le plus vivement sympathisé. Bien plus, l'on pourrait peut-être aller jusqu'à dire que les répétitions que nous constatons dans la nature, ces multiplications, ces contagions rhythmiques s'expliquent, elles aussi, par la sympathie. Pour peu que l'on veuille accorder que le fond des choses
n'est pas mort, inerte et brut, mais que, pour expliquer l'origine de la vie et de l'intelligence, il faut admettre que la source dont elles jaillissent ne saurait être, elle aussi, sans un germe de vie, sans un rudiment d'intelligence ; pour peu que l'on veuille accorder que les atomes ultimes, dont le groupement constitue l'univers, ne sont pas des atomes matériels, mais bien, comme l'avait soutenu Leibnitz, des atomes spirituels, des Monades ; ne semblet-il pas possible de concevoir que la nature s'mite en quelque sorte elle-même, se répète, se multiplie, parce qu'elle sympathise avec elle-même, que la grande loi de l'univers, celle dont dérivent toutes les autres, à savoir que l'être tend à persévérer dans l'être, s'explique par le fait que, dès qu'un germe vivant est donné, il ne peut pas se déprendre de lui-même, il est obligé, comme de par une impulsion préexistante à lui-même, de continuer à vivre, à croître, à s'épandre, à créer des êtres semblables à lui, à s'aimer, en un mot, à sympathiser avec lui-même.
Les mouvements de l'art sont donc des mouvements d'imitation dus à des émotions sympathiques. Ajoutons tout de suite que ce sont des mouvements de jeu. Nous ne contestons en aucune façon qu'à l'origine l'art ne soit né de l'utile. Nous adoptons parfaitement l'esquisse de l'évolution du sentiment artistique tracée par Grant Allen, d'après Darwin et Spencer. Nous voulons avec lui que les sentiments esthétiques et artistiques primitifs sont intimement liés à l'instinct sexuel, que la conception primitive de la beauté a été, pour nous servir de sa propre expression, « anthroponistique », et aussi que l'histoire de l'art est l'histoire de son « apanthropinisation » progressive. Nous croyons parfaitement possible que l'art ait commencé avec l'amour de l'ornement personnel, les soins donnés à la coiffure, les parures de plumes, de coquillages, d'os, d'or et d'argent, les tatouages et les cosmétiques; qu'ensuite on ait songé à décorer de diverses façons les objets les plus familiers et surtout les plus utiles, tout d'abord les armes, la hache, le couteau, la vaisselle, la maison, puis la maison du chef, le palais, la maison de Dieu, le temple ; et qu'enfin ce soit autour du temple que sont nés les autres arts, la sculpture et la peinture, les images des divinités, le chant et la poésie '. Nous accorderions volontiers encore à M. Tarde que l'art, aux âges de coutume, où il naît spontanément, sans importation, de toutes pièces, jaillit du métier « comme la fleur de sa tige » à la chaleur de l'inspiration religiouse, qui! on a été ainsi et en Egypte, et en Grèce, et en Chine, et au Me.\i(iue, et au Pérou, et à Florence, où les métiers s'appelaient des arts el
1. Grant Allen, Aesthetic Evolution in Man, Mind, ocjobcr 1880, et II. Spencer, Cérémonial Institutions.
méritaient ce noin, puisqu'ils ont été sans nulle contestation p sible le berceau des Beaux-Arts, que rarchitccture est née de maçonnerie, la peinture de l'enluminure, et l'enluminure du métie des copistes, la sculpture de l'ébénisterie au moyen âge, des cons tructions funéraires en Egypte, la musique moderne des usages ecclésiastiques du plain-chant, l'éloquence des professions qu obligent à parler, tribune et barreau, la poésie, la littérature de divers usages habituels de la langue : raconter, émouvoir, per suader *.
Nous accordons tout cela, mais cela ne nous empêche en aucune façon de soutenir que l'art est avant tout un jeu. Pour être né de l'utile, il n'est pas démontré qu'une fois adulte, il s'en préoccupe encore le moins du monde. Nous l'avons dit nous-mêmes, les sens esthétiques par excellence, la vue et l'ouïe, ont commencé par servir aux besoins organiques de l'homme, les yeux lui ont fait reconnaître les plantes et les êtres vivants pouvant servir à sa nourriture, les lieux propices à l'établissement d'un abri ; l'oreille lui a appris à éviter l'approche des grands carnassiers et à se ga rantir devant les menaces de la tempête. Tout cela est incontes table, mais il est incontestable aussi que ces sens ne sont devenus esthétiques que lorsqu'ils n'ont plus servi exclusivement à ces besoins fonctionnels, que lorsque l'homme est arrivé à un degré de civilisation où il pouvait se détacher de la préoccupation exclusive du nécessaire, de l'utile, et où il lui fut permis de songer au superflu, au Beau, à l'art. Sans doute, il est vraisemblable que c'es par la parure personnelle, par les ornements des armes, des cavernes et des habitations lacustres que l'art a débuté ; mais qui ne voit que du jour où l'homme n'a plus seulement songé àappro prier exactement ses outils à la fm à laquelle il les destinait, où il les a agrémentés d'ornements qui ont môme souvent dû les rendre moins commodes et partant moins utiles, que du jour où il a voulu que son habitation ne fût pas seulement pour lui un abri contre l'intempérie et contre les bêtes sauvages, mais encore un lieu où lui et les siens pussent se plaire et trouvassent une satisfaction à leur primitif instinct du Beau, qui ne voit, que de ce jour-là, le Beau s'est affranchi de l'utile et le métier est devenu art. Il est possible encore, nous l'avons dit, que, à ce que M. Tarde appelle les âges de coutume, l'art ait jailli du métier, que l'architecture soit née de la maçonnerie, la peinture de l'enluminure, mais il n'en est pas moins vrai que c'est précisément le jour où il s'est dégagé du métier, que l'art a mérité le nom d'art ; que c'est le jour