‹ Essai critique sur lesthétique de KantChapitre 112 sur 137 · Philosophie de l'Art, t. I, p · texte numérisé non relu

Philosophie de l'Art, t. I, p

loi primordiale de la création artistique, qui est Timitation exact et complète du modèle vivant. Il est évident que toute esthétique impartiale doit admettre les différences de styles s'expliquant par des différences de tempéraments, qui séparent les réalistes dos idéalistes et des symbolistes, et elle n'a pas plus le droit de condamner de parti pris le paysagiste Hildcbrandt lequel, d'aprè Fechner, quand on lui fit observer que, dans un de ses paysages, i avait donné à des cigognes des pattes d'une grosseur démesurée," répondit : « Je sais fort bien que dans la réalité les cigognes ont des pattes plus longues et plus minces, mais est-ce ma faute si la nature les a aussi mal construites? » que ce tailleur de pierres de Spire qui, après avoir taillé en marbre une statue extrêmement ressemblante de l'empereur Rodolphe, apprit un jour que l'ompereur vieilli avait quelques rides de plus, s'en alla jusqu'en Alsace revoir l'empereur et revint ensuite à Spire pour creuser la figure de son modèle de la ride nouvelle *. Ce qui est certain c'est que lorsque l'artiste a affaire à des objets que dans la nature il est extrêmement difficile de transporter d'un endroit à l'autre, à des événements qu'il est impossible de transporter d'une époque d l'autre, il leur substitue des imitations faciles à transporter, à regarder de près ou de loin , et à reproduire , dans lesquelles il attribue, à un point de vue ou à un moment hbrement choisi, une importance qu'ils n'avaient en aucune façon dans le modèle. Pour cela il est nécessairement obligé de renoncer à l'imitation, exacte et complète, il est obligé d'agrandir ou de réduire, d'inten sifier ou d'éteindre, de développer ou de synthétiser. C'est ains que le peintre contrevient à l'unité de temps, d'espace et de per sonnes en réunissant sur un même tableau des personnages qu ont vécu à des époques et dans des contrées différentes, et en re présentant tel homme ou telle femme sous les espèces d'un béroi mythologique ou d'une madone; que ni le peintre, ni le sculpteur' ne tentent en aucune façon de rendre les objets dans tout leur détail matériel, et que ceux qui s'y sont appliqués, comme certains Hollandais, par exemple Gerhard Dow qui consacrait plus de trois jours à rendre un manche à balai, Schelfout, Mieris et Denner, qui travaillaient à la loupe, mettaient quatre ans à faire un portrait, et dans les figures desquels rien n'est oublié « ni les rayures de la peau, ni les marbrures imperceptibles des pommettes, ni les points noirs éparpillés sur le nez, ni l'affleurement bleuâtre des veines microscopiques qui serpentent sous l'épiderme, ni les luisants de l'œil où se peignent les objets voisins, » ont produit des trompe-

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