‹ Essai critique sur lesthétique de KantChapitre 123 sur 137 · Hai'tmaim, Aesthelik, t. I, p · texte numérisé non relu

Hai'tmaim, Aesthelik, t. I, p

loujolirs (le l'adiiuration mêlée de crainte que 'nous inspirent les manifestations directes ou indirectes de forces que nous jugeons incommensurablement supérieures à celles dont nous dispo'sons. Cela accordé, remarquons que lanalyse kantienne du sublime dynamique est, sauf la question de la subreption que nous réservons, beaucoup moins contestable que celle du sublime mathématique. En effet, pour expliquer le sentiment particulier que nous inspire la manifestation d'une puissance immense, Kant n'a point recours à l'idée de l'infini : il suffit pour qu'une puissance soit esthétiquement sublime qu'elle nous paraisse redoutable, que nous nous rendions compte de l'impossibilité où nous sommes de lui résister. Il s'agit là, par conséquent, d'une puissance grande comparativement à nous, mais non grande absolument, d'une puissance indéfiniment supérieure à nous et non pas d'une puissance infinie. Il en est tout autrement du sublime mathématique où, comme nous l'avons vu, l'idée de l'infini joue un rôle extrêmement important. Kant commence par affirmer— et cette affirmation est devenue l'un des deux principes essentiels de l'esthétique réaliste de Zimmermann — que nous attachons toujours à la représentation de la grandeur une espèce d'estime, et à la représentation de la petitesse une espèce de mépris. Bien que cette assertion ait été contestée et soit contestable, en effet, puisqu'il y a toute une catér gorie du Beau — le joli — qui implique nécessairement l'idée «le petitesse, puisqu'il y a dans tous les arts de t)arfaits chefs-d'œuvre qui excluent a priori toute idée de grandeur — les minialiires, les pierres gravées, les tableautins des Hollandais, le lied, la nouvelle, etc. — nous voulons accorder à Kant son point de départ, et ne critiquer que les conclusions qu'il en tire. Pour cehi nous avons à nous demander tout d'abord ce qu'il entend par grandeur. Làdessus Kant est très net : la grandeur dont il s'agit dans le su- Mime est la grandeur absolue, absolutr non romparafirr wn- (jnuni, c'est-à-dire une grandeur pour laquelle il est impossible de trouver en dehors d'elle une mesiu'e qui lui convi(Mine, une grandeur qui, par conséquent, n'est égale qu'à elle-même. De là Kant conclut que la nature ne peut nous fournil* aucini eveniple du sublime, puisqu'elle ne contient auciui objel grand absolument, puisque le môme objet de la nature peut suecessivenieni nous paraître, selon le point de vue où nous nous plaçons el les instruments optiques dont nous nous servons pour le conlempler, infiniment grand ou inliniinent pelil, el (|ue pnriani le sid)liin.' ne peut résider qu'en nous-mêmes, (pie dans les Idc'es de noire raison .

Or, à supposer ((iie l'on admelle (pu- l.i simplr grandeur, sans

aucune intervention de l'Idée de puissance, puisse provoquer le sentiment du sublime, est-il vrai que cette grandeur doive être grande absolument, doive être infinie? Est-il vrai que, pour que le ciel étoile j la mer, la plaine ou quelque autre exemple de sublime mafbématique que Ton veuille cboisir, nous paraisse sublime , nous devions nécessairement avoir conscience que ces objets sont absolument irréductibles à toute mesure? Remarquons avant tout, qu'en réalité, la grandeur de tous ces objets ne saurait être infinie, puisque, d'une part, Kant lui-même a démontré de la façon la plus irréfutable que le concept d'un infini actuellement réalisé est une contradiction dans les termes, que, par conséquent, il ne saurait être question que de grandeurs indéfinies, et puisque, d'autre part, il est tout à fait certain, qu'en fait, toutes les grandeurs que cite Kant sont absolument finies et parfaitement mesurables. Sans doute, c'est là une vérité que Kant n'ignore pas et sur laquelle, au contraire, il insiste avec la dernière énergie : c'est précisément parce que tout objet de la nature est nécessairement limité et fini que le sublime ne peut pas être trouvé en dehors de nous, et doit être cherché dans les Idées de notre raison. Tout le raisonnement de Kant consiste dans le syllogisme suivant : tout sublime réside dans la grandeur absolue : or, la nature ne nous fournit que des grandeurs finies, donc le sublime ne peut pas se rencontrer dans la nature. Seulement on s'aperçoit tout de suite que la majeure de ce raisonnement n'est en aucune façon évidente par elle-même. Kant n'essaie en aucune façon de démontrer que, pour nous paraître sublime, une grandeur doive être nécessairement absolue, et, en vérité, cette démonstration est impossible. Pourquoi, en effet, n'en serait-il pas du sublime mathématique comme du sublime dynamique? Pourquoi, de même que nous appelons dynamiquement sublimes des forces que nous sentons très supérieures aux nôtres, n'appellerions -nous pas mathématiquement sublimes des grandeurs très supérieures à celle qui nous sert toiit naturellement d'unité de mesure dans toutes nos a,ppréciations esthétiques, c'està-dire à la grandeur du corps humain ? Nous admettons parfaiter ment la distinction établie par Kant entre l'estimation mathématique et l'estimation esthétique de la grandeur, et nous appelons avec lui l'estimation esthétique celle « qui se fait par la seule intuition, à vue d'oeil. » Or^ il nous semble incontestable que, dans cette estimation esthétique, l'unité de mesure varie avec les différentes espèces d'objets que nous avons à évaluer. De même que, pour chaque espèce, nous avons en nous une sorte d'image typique, ce que Kant appelle l'idée normale qualitative, nous avons aussi une

image typique de là grandeur, une idée normale quantitative. Nous appelons grands un homme, un animal, une plante et un arbre, qui dépassent la grandeur moyenne des individus de chacune de ces espèces. Lorsque maintenant nous nous trouvons devant des objets pour lesquels nous ne possédons pas dïdée normale quantitative, nous les comparons tout naturellement, pour les mesurer, à des objets d'espèce analogue, ou tout simplement à nous-mêmes! L'adage philosophique que l'homme est la mesure de toute chose doit être pris à la lettre, et vaut aussi bien au point de vue de la quantité quau point de vue de la qualité. Nous sommes aussi anthropomorphiques quand il s'agit du sublime que quand il s'agit du Beau. Le seul être que nous connaissions véritablement, non pas par analogie, non pas par interprétation, mais directement, immédiatement, c'est nous-mêmes, et par conséquent, il est tout à fait naturel que la mesure fondamentale, dont nous nous servions pour juger de la grandeur des choses, soit tout simplement notre propre taiJle. J'appelle grand ce qui dépasse ma propre grandeur, et il n'y a dans ce jugement aucune espèce d'intervention, ni de l'Idée de l'infini, ni même de l'Idée de l'indéfini. Comme le fait remarquer avec très grande raison Karl Groos, loi'sque nous nous trouvons devant une tour gothique, d'une hauteur de loO pieds, nous ne songeons en aucune façon à la trouver sublime, tandis qu'une tour trois fois aussi haute peut parfaitement nous paraître telle. Et, cependant, ce n'est là encore en aucune façon une grandeur infinie, ni qui nous paraisse telle, puisque nous sommes parfaitement capables de l'apprécier et d'imaginer approximativement aussi bien une hauteur de 450 (pie de Io() pieds '. Il nous semble donc que nous pouvons parfaitement avoir la sensation de la grandeur, et de cette grandeur que Kant ré( lame pour le sublime, sans qu'il entre le moins du monde, dans notre concept, l'Idée d'absolu et l'Idée d'infini.

Voyons cependant comment Kant introduit cetle Idée dans le sublime mathématique. Lorsque nous nous trouvons devant certains objets de la nature d'une grande extension, nous essayons dr les mesurer esthétiquement. Pour cela, nous conunençons par les appréhender, et cette appréhension na pas de limite et est toujours possible, puis nous tentons d<' réunir les dinT'renles parties de l'objet que nous avons appréhendé, <le les étreindie j)our ainsi dire, comprehendere, dans une seule intuition, et cettr srcond»^ opération serait essentiellement limitée : à un certain moment, notre imagination ne serait pas assez fort»? pour retenir toutes les

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