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Fcchner, Vorschiile der Acsthetih^p. 16G

croyons, eu résumé, que nilimitation est une conception de lentendement et non pas une sensation. Toute sensation limite 1res striclement les objets qui s'ofTrent à elle, toute perception est en soi une limitation, et comme dans l'estimation esthétique il ne s'agit que de sensation, — à vue (Tœil dit Kant lui-môme - il nous paraît impossible d'y admettre de rillimitation, d'y admettre cette lutte entre l'appréhension et la compréhension qui constitue pour Kant le caractère psychologique du sentiment du sublime, et le prétexte de rintroduction dans ce sentiment de l'Idée de l'Infini. Dès qu'un objet de la nature est entré dans notre perception, il devient essentiellement, irréductiblement limité et fini.

Sans doute, on pourrait opposer à notre analyse une objection grave. On pourrait alléguer que l'estimation esthétique n'existe pas à l'état d'abstraction où nous l'avons considérée, qu'en fait nos sensations se compliquent toujours d'associations innombrables, que lorsque nous nous trouvons devant la mer, nous voyons, pardelà la ligne de l'horizon qui la limite à nos yeux, d'immenses étendues d'eau, qui, elles, nous paraissent vraiment illimitées et que nous appelons môme infinies, sans pourtant attribuer à ce terme le sens que lui donne Kant; que, lorsque nous contemplons le ciel et les étoiles, nous voyons, par delà la coupole limitée, se dérouler, dans l'espace sans bornes, une série illimitée de coupoles semblables, nous voyons, par-delà les points lumineux presque imperceptibles qui ravissent notre vue, les mondes que ces points représentent. L'objection est absolument juste, et nous montrerons, lorsque nous tenterons d'opposer à la conception kantienne du sublime celle à laquelle nous croirons devoir nous ai'i'ôtcr, que le rôle de l'association est aussi considérable, est le môme dans le sublime que dans le Beau. Seulement cette objection, Kant n'a pas le droit de s'en prévaloir. En effel, il a dit qiu}, dans les jugemenis sur le sublime comme dans les jugements sur le Beau, il ne doit être question que de jugemenis esthétiques ])urs, et que, par conséquent, les exemples de sublime ne peuvent pas être empruntés aux objets sublimes de la nature supposant le concept d'une lin, vu que, dans ce cas, la finalité serait ou bien téléologi(iue, ou bien fondée sur de simples sensations causées par un objet (le plaisir on la douleur) et ne serait donc pas, dans le pnMuiiM- ras purement esthétique et, dans le second, pnirmcnt lorincl. Aussi, cor.chit-il, «quand nous appelons snhlinic la mic du ciH éloilé, nous n'avons pas besoin, pour le jnger ainsi, de conrrvoir d.'s mondes habités par des êtres raisonnables, (;l de i-onsidér.'r les points lumineux, dont nous voyons l'espace n^mpli au-(l<'ssns de nous, comme les soleils de ces mondes se mouvant dans des (cnlrs i)arraihMnrnt

appropj'iôs à ces derniers : il suffit de le voir tel (\\x il nous apparaît comme une immense voûte qui embrasse tout, et ce n'est (]ii a cette condition que nous pourrons lui atlribucr la sublimité qui csl l'objet d'un pur jugement esthétique. De môme, pour trouver sublime la vue de l'océan, nous ne nous le représentons pas tel que le conçoit un esprit enrichi de toutes sortes de connaissances {(jtfc ne donne pas V intuition immédiate)^ par exemple comme un vash- i royaume peuplé de créatures aquatiques, ou comme un élément ( qui sépare les diverses parties de la terre mais en leur pernicl- i tant de communiquer entre elles, vu que ce seraient de véritables i jugements téléologiques, mais il faut se le représenter comme font \ les poètes d'après ce que nous montre la vue, par exemple quand il est calme comme un miroir liquide qui n'est borné que par le ciel ou quand il est orageux comme un abîme qui menace de tout engloutir ' .» On le voit, Kant a répudié expressément le secours que l'association aurait pu apporter à sa théorie. Il soutient que dans l'estimation esthétique du sublime il s'agit uniquement de ce qui nous apparaît, de ce que nous donne rintuition immédiate, de ce que nous montre la vue, sans intervention aucune de ce que l'imagination ajoute aux données immédiates de nos sens. Par conséquent, s'il est exact que nos sens ne sauraient nous présenter rien d'illimité, que toute sensation est, par essence, quelque chose de lini, la théorie de l'appréhension et de la compréhension est insoutenable, et, partant, l'intervention des Idées de la raison illégitime.. Avec la théorie de l'appréhension et de la compréhension et avec] celle de l'intervention dans le sublime de l'Idée de l'Infini s'écroule nécessairement la théorie de la. subreption. S'il est démontré que notre imagination n'est pas impuissante à embrasser dans une intuition une les spectacles môme les plus grands que nous offre la nature, et qu'il n'est pas besoin qu'en face de la prétendue banqueroute de nos facultés sensibles, la raison nous fasse entendre sa voix pour nous suggérer que l'Infini, auquel l'imagination tente en vain de s'élever, et qu'il est dans sa mission à elle, raison, de réclamer pour toutes les grandeurs, quelque incommensurables qu'elles puissent paraître à notre sensibilité, ne réside qu'en elle, que dans ses Idées, il est démontré par là môme que le sublime peut parfaitement résider dans les objets de la nature et non uniquement dans l'état d'âme du spectateur, en tant qu'il est capable de concevoir le supra-sensible, et que la nature ne nous sert pas seulement de tremplin dont nous nous élançons sans regarder en arrière, pour nous perdre dans la contemplation de nos propres

1. Critique du Jugement^ Harteiistoiii, t. V, p. 278 ; Barni, t. I, p. 184, 18o.

iacLiltés. Sans doute, à un certain point de vue, le s-iblime est subjectif comme le sont toutes nos idées et tous nos sentiments, comme l'est l'univers tout entier, puisque, pour nous, il n'existe que par rapport à nous, que par les images que nous nous en traçons. Mais il nous semble, contrairement à Hartmann, qui a appelé le sublime par rapport au Beau un subjectif du second degré, que le sublime n'est pas plus subjectif que le Beau. De môme que le Beau réside évidemment avant tout dans l'organisation de notre sensibilité, mais que cependant, comme nous l'avons montré, il doit y avoir des raisons expliquant pourquoi, en face de tel objet, notre sensibilité est frappée agréablement et en face de tel autre désagréablement, tout de môme le sublime est avant tout un sentiment, mais un sentiment qui s'éveille à l'occasion de certains spectacles de la nature, qu'il est aussi légitime d'appeler sublimes, qu'il l'est d appeler rouges des objets rouges, bien que nul n'ignore que le rouge n'est pas une qualité objective des choses, mais bien une sensation humaine. Loin d'être un subjectif du second degré, on pourrait prétendre avec une apparence de vérité que le sublime est au contraire plus objectif que le Beau. En effet, il y a beaucoup moins de contestations pour le sublime que pour le Beau. L'océan, le ciel, la montagne, les œuvres de Michel-Ange, certaines scènes de Corneille comparées à certaines autres de Racine, voilà des spectacles et des œuvres d'art que nul n'hésiterait à qualifier de sublimes. Il semble que le Beau soit quelque chose de plus caché, plus discret que le sublime, et que, par conséquent, pour le découvrir et pour le goûter, il faille une intervention plus active de nos facultés. Le sublime, de par son étendue et sa puissance, s'impose beaucoup plus violemment à notre imaginalion et à notre sensibilité que le Beau, et c'est là ce qui autoriserait à affirmer que, loin d'être plus subjectif, il est au contraire plus objectif que ce dernier. Quoi qu'il en soit d'ailleurs de cette question, ce qui nous importe c'est de constater qu'en tout cas le sublime n'est pas subjectif dans le sens kantien. Nous verrons que loin de résulter d'un

•etour fait par le sujet, à l'occasion de certains spectacles, sur luimême et sur ses facultés supra-sensibles, il est dû au conti-aire, tout comme le Beau, à ce que le sujet sort d(\ lui-nièni(\ oublie toute son organisation intellectuelle et suilout Topposilion (pie celle-ci lui impose entre le sujet et l'objel, |)()ur se perdre, non |)as dans les régions supra-sensibles, mais l)i<Mi dans lObjel dont la grandeur et la puissance l'ont IVappé et avec lequel il parvient,

;ràce à la contemplation esthétique, à se confondre entièrement '.

L Cf. Itai'tmanii, Aestàctik, I. 1, i». 38:5.

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Visclicr, qui, d'ailleurs, fait résider, tout comme Kant, le sublime dans rinfhii, a observé qu'il est étrange que Kant, qui, d'une part, soutient avec la dernière énergie que le sublime ne saurait jamais être trouvé dans la nature mais bien seulement dans l'esprit du sujet, réduise, d'autre part, le sublime à la nature et exclusivement à la nature inoi'ganique, roho Natur. Nous savons qu'il exclut du sublime la nature organique, parce que le concept d'organisme entraîne nécessairement le concept d'une fin déterminée, et que, dans le sublime comme dans le Beau, il ne peut s'agir que d'une finalité indéterminée, d'une finalité sans fin. La grandeur absolue dans le domaine de la nature organique ne serait pas, d'après lui, sublime, mais bien gigantesque, luigeheuer, yvi que la fin de l'organisme, qui n'est compatible qu'avec une certaine mesure de grandeur, serait détruite. Quant à la question de savoir si, à côté du sublime de la nature, il n'en existe pas un autre, le sublime du sujet, le sublime intellectuel ou moral, Kant, contrairement à ce que dit Vischer, se l'est bien posée, mais il l'a résolue négativement, de telle sorte que nous arrivons à la contradiction piquante de voir le même pbilosoplie affirmer catégoriquement que le sublime ne se rencontre pas dans la nature, mais seulement dans les Idées du sujet, et contester, d'autre part, qu'il puisse y avoir un sublime en dehors de la nature, un sublime du sujet. En effet, Kant dit en propres termes que, quand on parle de beauté et de sublimité intellectuelles, on se sert d'expressions inexactes, vu que d'abord la beauté et la sublimité sont des modes esthétiques de représentations qui ne se rencontreraient pas en nous si nous étions de pures intelligences, ou si nous nous supposions tels par la pensée, et qu'ensuite, si la beauté et la sublimité intellectuelles peuvent, comme objets d'une satisfaction intellectuelle ou morale, être conciliables avec la satisfaction esthétique, en ce sens qu'elles ne reposent sur aucun intérêt, il est difficile cependant de les concilier avec cette satisfaction, vu qu'elles doivent au mom?> produire un intérêt : car si la représentation doit s'accorder dans le jugement avec le jugement esthétique, cela ne pourrait avoir lieu qu'au moyen d'un intérêt sensible lié à ce plaisir, ce qui entraverait la pureté de la finalité intellectuelle. Kant accorde bien que la loi morale, lorsqu'elle est l'objet d'un jugement esthétique, nous apparaît bien plutôt comme sublime que comme belle. En effet, le sentiment qu'elle excite est un sentiment de respect et non un sentiment d'amour ou d'inclination, et nous avons vu quels liens étroits entretient avec le sentiment du respect celui que provoque en nous le sublime. Kant accorde encore que l'enthousiasme et en général toute affection du genre courageux^ Affekt von der wackcren

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\Art, comme la colère; le désespoir, etc., où domine remportement par opposition aux affectiom du genre languhmnt, qui peuvent jêlre considérées comme des beautés, sont « esthétiquement su- Iblimes * ». Seulement en appelant esthétiquement sublimes le bien Imoral et certaines alïections qui révèlent l'énergie et la puissance, Kant fait une concession qu'il n'a pas le droit de faire. En effet', d'une part, nous savons que le bien moral contient une finalité très déterminée, une finalité absolue, ce qui devrait suffire à le faire exclure absolument du domaine esthétique qui exige impérieusement une finalité sans fin. D'autre part, et c'est là "où nous voulions en venir, la théorie de la subreption s'oppose absolument à l'existence de tout sublime du sujet, aussi bien à celle du sublime intellectuel qu'à celle du sublime moral. Ou bien la théorie de la subreption est exacte et alors il n'y a pas de sublime intellectuel ou moral, ou bien il y a du sublime intellectuel et du sublime moral, et alors, —et c'est bien là notre avis, — la théorie de la subreption est insoutenable. En effel, s'il est compréhensible que, quand il s'agit du sublime de la nature, le sujet se serve de la nature comme d'un simple tremplin et lui substitue, pour le sublime mathématique, l'Idée de l'Infini, pour le sublime dynamique, l'Idée de la toute-puissance de la personne morale, cette substitution est absolument impossible quand il s'agit du sublime du sujet. Là, en effet, le sujet se trouve en face d'un sujet semblable à lui, et, par conséquent, il ne saurait plus y avoir aucune espèce de substitution ou de subreption -.

1. Critique du Juf/ement, Hartonsteiii, t. Y, p. 279 à 28o ; Barni, t. I, p. 180 à 197.

2. Cf. Vischer, Ae.sthetik, t. I, 232 et 32 i. Vischer a pai'faittMuciit compris co (|u<' la tiléorie kantienne de la subreption offre d'insuffisant, mais la criticpie (pi'il en a faite nous semble elle-même sujette à caution. Kaut a soutenu, en effet, pour le sul)lime dynamique, que, devant les puissances de la nature qui nous paraissent dépasser inlininient notre force de résistance, nous nous remémorons <\\ui nous .ivons en nous une l»uissance, la force morale, (jue les forces d(! la n.Uure sont incapables d'atteindie et qui, par conséquent, est infinie. A cela, Visclier réplique que Kant enlevé au sublime l'élément de peine (lui cependant en fait partie inté','rante : puis^ine ncnis savons (pn> nous avons en nous une puissance intérieure (|ui dé]iasse infiniment la puissance extérieure (pii pourrait nous menacer, nous ne nous sentons plus humiliés devant celle-ci. elle ne nous parait plus redoutable, et jiar consé(fuent elle ne saurait être (pialiliée de sublime, Kant, dit-il, veut expli(pier le redoutable et e\pli<pie que nous n'avons pas à le redouter. Seulement, Vischer ik; s'apcn;oit pas (pie Kant |»ourrait faire valoir, en fa\eur de son explication, qu'il y a dans le sentiment du sublinu' deu\ moments (pie Visriier a le tort de ne pas distiniruer. Kn nous trouvant en face d'un objet de la nature, d'une puissance telle que nous sentons (pu' nous serions absobnnenf inca|)ables de lui résister, nous commençons par titre effrayés : voilà l'élément de peim; inhérent au sentinu'nt du sublime. Ce n'est (pi'après ce premier moment (|U(^ nous nous rap|>elons qm*. si untir être sensible est absolument impuissant, en etJet, en face des terribles explosions des puissances naturelles, il y a en nous xuw autre i»ers(Mu«e, la piMsonne morale, mv laquelle ces puissances n'ont aucune espèce <le prise, et \oila le sentiment de plaisir qui est le second élément du sentiment du sublime. I»ar conséquent, bien que nous

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Nous venons de discuter successivement toutes les théories particulières qui constituent la conception kantienne du sublime, et il nous a paru qu'aucune d'entre elles n'était capable de résister à un examen attentif. Seule, la théorie de ce que Kant appelle lu qualité de la satisfaction attachée au jugement du sublime n'a \)n^ été encore critiquée par nous. C'est qu'en effet l'analyse de la u;iture subjective du sentiment du sublime est la partie la plus solide de toute la théorie. Kant nous paraît avoir aperçu quelques-uns dts caractères essentiels du processus psychologique auquel corrospond le sentiment du sublime, et la description qu'il a faite dts effets subjectifs du sublime est, avec celle du comique dont elle se rapproche d'ailleurs singulièrement, l'une des plus fines et des plus pénétrantes de toute son œuvre philosophique. Tous les ci itiques sont d'accord pour attribuer à Burke une large part du mérite psychologique de cette description. C'est à l'influence (!•' Burke qu'est dû avant tout l'élément physiologique que Kant a introduit dans son analyse et qui jure de se trouver côte à rôlo avec la théorie métaphysique du sublime, avec l'Idée de l'Infini d l'Idée de la toute-puissance de la personne morale. Kant a eu absolument raison dans la constatation qu'il a faite du caractère indirect et médiat du plaisir esthétique dû au sublime. Il est parfaitement exact que ce plaisir n'est excité que par le sentiment d'une suspension momentanée des forces vitales, et du sentiment d'effusion, Ergiessimg ^ qui suit le premier. Si nous n'accordons en aucune façon à Kant que, dans les jugements esthétiques sur le Beau de la nature, l'esprit reste nécessairement dans une contem plation calme et dénuée de toute émotion, nous admettons avec lui que, dans la représentation du sublime de la nature, l'esprit se sent ému, et qu'en général l'émotion est plus forte que quand il s'agit du Beau. 11 est exact enfin que l'émotion du sublime est comme un ébranlement dans lequel nous nous sentons alternative ment et rapidement attirés et repoussés parle même objet, et, en] définitive, si nous n'admettons aucune des explications kantiennes de la genèse du sublime, en revanche, toute son analyse des effets subjectifs du sublime nous paraît aussi ingénieuse qu'exacte.

n'admettions pas plus l'explication que donne Kant du sublime dynamique que celle qu'il donne du sublime mathématique, et que nous croyions avec Vischer (jue toute la théorie de la subreption est inutile et insoutenable, les arguments qu'allègue ce dernier en faveur de sa thèse ne nous semblent pas plus fondés que les arguments de Kant luimême.

Si maintenant, après avoir discufc«3 la théorie kantienne, nous reprenions la question pour notre propre compte, et nous demandions ce qu'est véritablement le sublime, nous commencerions par reproduire tous les points essentiels de Tanalyse de Kant que nous venons de rappeler. En effet, la méthode qui nous paraît devoii* être suivie pour l'étude du sublime est la même que celle que nous avons préconisée pour l'étude du Beau. Le sublime étant avani tout pour nous un sentiment esthétique, il faut, avant d'essayer de déterminer à quoi ce sentiment est dû et quelles sont les raisons extérieures ou intérieures qui en expliquent la naissance, commencer par analyser le sentiment en lui-môme, au point de vue des effets qu'il exerce sur notre sensibilité, au point de vue subjectif, et ce n'est qu'après qu'il nous sera possible de remonter, en partant de cette analyse, aux causes objectives du sentiment. Notre étude du sublime débuterait donc par ce qui finit celle de KanI, c'est-à-dire par l'étude de ce qu'il appelle la qualité de la satisfaction attachée au jugement du sublime, et, encore une fois, nous adopterions pour ce premier point toutes les conclusions kantiennes. Pour nous, comme pour Kant, le sentiment du sublime est caractérisé, au point de vue subjectif, par le fait qu'il y entre nécessairement deux éléments, un élément de plaisir et un élément de peine. C'est, en d'autres termes, ce que nous avons appelé, quand nous avons étudié les lois générales des émotions, un s«mliment mélangé. On se rappelle que nous avions défini, d'après Sibbern et Lebmann, les sentiments mélangés des sentiments dans lesquels il se trouve un élément de peine de nature telle, que c'est précisément sa présence qui produit le sentiment de plaisir, de vie fevorisée et satisfaite qui constitue le second élément inlégrani du sentiment total, ou inversement, si bien que l'un des deux sentiments contraires n'est pas seulement la condilion nécessaire de l'éclosion de l'autre, mais encore contribue durant loule l'existence de celui-ci, à le conserver et à l'aviver, et (jue, par conséquent, au moment môme où le i)i'emier semble se fondre el se perdre dans le second, il en est poui'Iant nssez séparé pour <iue la cessation de celui-ci entraîne sa propn^ dispaiilion. ('/«'sl le l'ail d'être un sentiment mélangé cpii es!, à noire avis, le raraetère essentiel du sentiment du sublime, el (pii diiri'rencie proron<h'inenl le sentiment du sublime du sentiment du lîeau. Sans doute, le sen-

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liment du Beau n'est pas un sentiment simple. C'est un sentiment dans lequel nous avons vu se mêler bien des éléments sensibles, intellectuels et moraux, dans lequel nous avons vu l'association sympathique jouer le rôle le plus considérable. Seulement, malgré sa complexité, le sentiment du Beau est un senliment dont la tenue générale est uniforme, dont le sens est unilatéral. Il est caractérisé essentiellement |)ar la conscience de la vie accrue et favorisée, dim maximum de stimulation joint à un minimum de dépense nerveuse; c'est, en un mot, un senliment dans lequel non-seulement la somme de tous les éléments qui le constituent est un sentiment de plaisir, mais où tous ces éléments mômes, aussi bien les éléments intellectuels et moraux que les éléments sensibles, aussi bien les éléments associés que les éléments directs, sont tous des sentiments agréables. Le sublime, au contraire, est un sentiment qui résulte du mélange d'un élément de peine et d'un élément de plaisir, est un sentiment bi-latéral. Dans le sublime aussi, le processus psychologique total se chiffre par un excédent de plaisir, mais dans cette somme entre, comme facteur indispensable, un élément de peine.

Cela accordé, il y a un second caractère essentiel au sublime et qui dans le Beau ne joue ou bien aucun rôle ou bien n'y joue qu'un rôle négatif, le caractère de la quantité. Dans la très longue analyse à laquelle nous avons soumis le sentiment esthétique, nous ne nous sommes occupés que d'éléments de qualité, et nous n'avons mentionné aucun caractère de quantité. Sans doute, la quantité peut jouer dans le Beau un certain rôle, mais ce rôle, nous le répétons, n'est que négatif. Il faut que l'œuvre d'art, qui vise au Beau, ne se préoccupe pas seulement de reproduire exactement ce que nous avons appelé, avec Taine, les rapports réciproques des parties, mais encore qu'il obéisse à certaines règles quantitatives que l'expérience a servi à fixer. Il faut avant tout que la grandeur extérieure corresponde à la grandeur intérieure, c'est-à-dire à l'importance du sujet traité. L'on comprend très-bien que certaines scènes religieuses ou historiques soient représentées sur des toiles très considérables, que des sujets d'aussi vaste envergure que ceux que traitent les drames d'Eschyle et de Sophocle, le Wallenstein de Schiller et le Faust de Gœthe, aient exigé deux fois ou trois fois cinq actes. En revanche , l'on trouverait ridicule un tableau de genre ou une nature morte qui affecterait les proportions des Noces de Cana, et l'on ne supporte que malaisément la lecture d'un long poème comme Vert-Vert, contant les aventures d'un perroquet. Il y a, dit avec raison l'historien de l'art F. Kugler, des sujets d'un contenu si grandiose et si tragique qu'ils ne peuvent

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.l.'ployor tonte leur puissance et toute leur sublimité que dans un cadre grandiose. A ce principe général on pourrait, en suivant la très niléressante élude de Fecliner sur la grandeur des œuvres d'art ot notamment des tableaux au point de vue esthétique \ en ajouter un certain nombre d'autres moins importants, montrer, par exemple, que la plupart du temps c'est seulement l'excès de grandeur et non de petitesse qui nous choque dans les œuvres d'art, vu qu'en fait nous possédons un très grand nombre de représentations des sujets les plus sublimes dans des tableaux de taille très peu considérable, etc., etc. Mais, du peu que nous avons dit, il ressort très clairement que le point de vue quantitatif ne joue qu'un rôle tout à fait secondaire quand il s'agit du Beau. Pourvu que nous ne soyons pas choqués par la taille excessive d'une œuvre dont le contenu comporterait d<.'s proportions plus modestes, nous ne nous inquiétons en aucune façon des dimensions choisies par l'artiste.

Il en est tout autrement quand il s'agit du subhme, et Kant a eu grandement raison d'affirmer que, si pour le Beau la satisfaction est liée avant tout à la représentation delà qualité, pour le sublime elle est liée avant tout à la représentation de la quantité. Pour qualifier un objet de la nature ou une œuvre d'art de sublime, il faut toujours qu'ils dépassent les proportions ordinaires, les dimensions normales. Quant à la question de savoir de combien il faut qu'un objet dépasse ces proportions et ces dimensions pour mériter le nom de sublime, nous l'avons résolue implicitement dans la critique à laquelle nous avons soumis la théorie kantienne. Nous avons montré qu'il n'était pas besoin de faire intervenir l'Idée de l'Infini ou môme celle de l'indéfini. Il suffit, pour qu'un objet provoque en nous le sentiment du sublime, qu'il nous apparaisse comme dépassant d'une façon notable la grandeur moyenne à laquelle nous sommes habitués, les puissances moyennes contre lesquelles nous avons l'habitude de lutter. Nous savons pertinemment que ni la mer, ni les plus hautes chaînes de montagm^s, ni le ciel lui-même ne sont des grandeurs infinies. Nous savons de môme qu'il n'est aucune puissance de la nature, quelque elTroyabh's qu'en soient les explosions, que l'espiit humain ne soit capabU» d'évaluer par ses mesures. Sans doute, au point de vue du sublime dynamique, Kant pourrait argu(^r do. cr (pie, là, il n«* s'jigil pas de mesure mais bien d(^ pouvoii* de i"ésistan<'(', ri {\\n\ (|ui'll('s que soient les énergies dont la science ail muni l'Iioinin»', celui-ci reste néanmoins impuissant contie les giands lléaux dont la luiture

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