I. Les origines de V Esthétique de Kant
Appaiente simplicité de l'iîvolution de l'Estliétique de Leibnitz ù Fcchucr : intellectualisme de Leibnitz-Baumgarten, sensualisme de Burke, sentimentalisme intellectualiste de Kant, idéalisme de Schiller-Schelling-Hegel, formalisme n'-aliste de Herbart-Zimmermann, sensualisme de Feclmer. — En réalité le mouvement est infiniment plus complexe: action sur les doctrines philosopbiipjcs des tliéories littéraires et de la pratique des artistes. Donc plusieurs mouvements : .1. Littérature classique de la France et philosophie de Descartes : Le Beau est essentiellement l'expression la plus simple et la plus direcîe — la plus claire et la plus distincte
— de la réalité, de la vérité extérieure et intérieure ; la sensibilité tout entière est quelque chose de négatif, de très inférieur à la pensée ; la cause dernière (b's plaisirs des sens réside dans leur caractère logique. — B. Philosophie de Locke : la sensibilité, tout au moins comme faculté des sensations, est quchpie clios»' de positif, dont la contribution à la connaissance est plus importante que celle de toute autre source du connaître. — C. Tendances sentimentalistes de (pielqui's littérateurs français : la théorie de la délicatesse du Père Bouhours, de Lamotte- Houdart, de Fontenelle, la délijcatesse du goût ne se prononce pas par allirniations claires et distinctes, mais bien par des jugements con/us et presque de sim/>le sentiment. — h. L'Esthétique de Leibnitz: la repn''sentatioii cstiiétiquc est une vision claire, mais confuse, de l'ordre universel, la création artistique est une >olonle confuse, qui imite quelque chose du système de l'univers par échantillons architectoniques. Théorie de l'unité dans la variété, loi de l'univers el loi de la perception. — E. Esthétique leihnitzienne. Shaftesbury : l'éducation estliéti(pie doit |»récéder l'éducation morale <!t, bien dirigée, elle rend celle-ci inutile,» la eoniiaissanee. du connaisseur d'art et la connaissance d(.' la perfection morale se ronlondenl ».
— Crousaz : l'unité dans la vai'iété émane de l'essence divine. Le Pi're André: le Beau essentiel est l'ordre et l'unité. — Ilemstcrhuys : le ISeaii est la plus grande variété réduite à l'unité la plus rigoureuse, ee dont l'Ame peut se taire une idée dans le plus petit espace de temjts imaginable. — I'. Esthi'ti>/ue sentiinentalistede Vabbé Dubos : le but de l'art est d'occuper notre esprit, d'excil.'r nos passions. Les prédilections dans les arts ne (bqxMident pas de notre raison, niais de notre goilt, et notn; goût lui-même dépend de notre oij.Miisation et de nos inclinations : le raisonnement ne doit intervenir dans nos jut/ements de f/oùt <jut pour rendre raison de la 'décision du sentiment, (i. Esthétt^/ue psycholuyitfut
Cl 8 TABLE DES MATIÈRES
des Anglais. Tlu'oric de rimagiiiation tVAddisou. — Hutcheson : le sentiinoiit du Beau juge aussi inlaillibhMncnt (juc nos autres sens, le Beau doit ùtro distingué de ce qui est final, de ce qui est parfait et surtout de ce qui est ulile. — Bvrke : le goiU juge infailliljleinent du Beau, et il est commun à tous les hommes. Le Beau émane de l'instinct social, le sublime de l'instinct de conservation. La cause efflciente du Beau est un sentiment de i)laisir positif, faisant naître l'amour, qui accompagne le relikhement de nos muscles et de nos nerfs ; la cause efficiente du sublime est un sentiment de douleur, mais de douleur bienfaisante, accompagnant la tension anormale de nos muscles et de nos nerfs. Le Beau doit être distingu<3 de ce <iui est final, de ce qui est utile et de ce qui est parfait. — Home : Le Beau émane de la sociabilité; est beau ce qui représente les rapports, (jui unissent le spectateur à ses semblables, comme valant universellement ; ce n'est pas parce qtie un objet est beau qu'il doit agir universellement et nécessairement ^ mais c'est parce qu'il y a dans tous les hommes quelque chose d'universellement humain qu'il doit y avoir des objets beaux. — Ilogarth, Webb, David Young : théorie du génie, — H. La théorie de l'imitation de Baiteux et de Diderot — le sentimentalisme de Rousseau. — \. VEsthétiquc allemande, a. K^nig : le goût résulte de l'accord entre l'esprit et la raison. Il est constitué par deux sortes de jugements : le jugement immédiat de la sensation et le jugement médiat de l'entendement. Hésitation entre ces deux, formes du goût. Le goût défini en fin de compte « la force complexe de l'âme de sentir HT de juger. » b. Les Suisses et Gottsched — Les Suisses : théorie de l'imagination d'après Addison. Gottsched : dédain pour le sentiment et l'inspiration ; l'artiste doit avoir avant tout un jugement, Beurtheilunyskraft, capable de tout représenter raisonnablement. Bodmer : le goût est afi'airc de l'entendement, et il n'y a qu'«» bon goût. Gottsched : le bon goût est l'entendement qui juge de la beauté d'après la simple sensation^ mais qui en juge bien, dans des choses dont on ne peut avoir une connaissance exacte et distincte. — Bodmer et Breitinger \ le Beau devant nous plaire, et rien ne nous plaisant si ce n'est ce qui est fondé sur la vérité et est cependant nouveau, le Beau doit être à la fois vrai, nouveau, instructif, grand, véhément et gracieux. Le jugement du goût est un jugement de l'entendement, fondé sur la connaissance distincte de la nature de l'esprit humain et des impressions causées par le monde extérieur, c. Baumgarten : la beauté étant la perfection de la connaissance sensible, la logique de la connaissance inférieure ou de la connaissance sensible doit constituer en même temps l'esthétique ou la science du Beau. La beauté est la vision claire, mais confuse, du parfait, ou la perfection sensible comme telle : elle consiste dans l'accord perceptible des pensées, dans l'accord perceptible de l'ordre avec lui-môme et les objets pensés, et dans l'accord interne et perceptible des signes avec l'ordre et avec les objets pensés, d. Suher divise l'àme en faculté de se représenter quelque chose et la faculté de se sentir ému d'une façon agréable ou désagréable. Le goût est la faculté de connaître le Beau dans une intuition et d'en jouir grâce à cette intuition. Le Beau est distinct aussi bien de l'utile que du parfait : il intéresse surtout par sa forme. — e. Mendelssohn : La source du plaisir du Beau est, d'une part, la connaissance confuse de la perfection, de l'unité dans la variété, et, d'autre part, le sentiment de la perfection dejiotre propre corps. — Division des arts d'après la distinction des signes naturels et des signes arbitraires. — Théorie de Vapparence esthétique et explication des divergences du goût par des diflerences de milieu, de climat et de religion. — Division trichotomique des facultés de l'àme : « entre le connaître elle désirer gît la faculté d'approuver, das Billigen, le plaisir de l'àme. » — Division des facultés de l'àme de Tetens en sentiment, faculté de représentation, et faculté d'agir, f. Théorie de l'idéal de Winckelmann, des arts de Lesssing, du génie des Stûrmer uni Drânger
11, VEsthc'tiqtie de Kant.
La plupart des positions et des solutions de l'esthétique kantienne se trouvent chez ses prédécesseurs : son originalité véritable glt dans la svnth.se nu'il o, a tentée. - Observations sur le sentiment du Beau et du sublime ■ Proaramm. du Cours de HCo-aGG, Lettre du 21 Février im à Marcus Hert • Us deux ré dactions de la note de la Critique de la Raison pure .- Lettres du 18 décembre i787 et du 12 mai 1780 à Reinhold : la Critique du goût devient la Criti(,ue du ju-o ment. ^ Racines de l'esthétique do Kant : a) La division trichotomique de T'uno • la faculté d'éprouver du plaisir et de la peine est une éner-io spécifique de l'àme humaine, b) La conception du sentiment moral intelliirihle et le primat de la raison pratique, c) La conception de la finalité comme principe réirulateur et euristique dans la Critique de la Raison pure, comme principe d'exphcation des organismes dans le traité de V Emploi des principes téléologiques dans la philosophie. Comment ces trois racines se sont-elles rejointes ? - Théorie de Benno Erdmann. Kant n'a pas prévu, lors de la lettre du 18 décembre à Reinhold, le nMc prédominant de VUrtheilsh-aft. Le mot n'.y est pas prononcé; de plus « V analyse des facultés précédemment découvertes .. qui a révélé h Kant la possibilité de Va priori du sentir, ne peut pas s'appliquer à la division en entendement, Jugement et raison, puisque Kant parle des facultés précédemment découvertes, c'est-à-dire des facultés de connaître et de désirer. La découverte faite en 1787 consiste à avoir conçu les jugements de goût par analogie avec les jugements de l'expérience, et à avoir fondé leur universalité et leur nécessité sur les conditions universelles de toute connaissance empiri(iue, à savoir sur l'accord final d'un objet avec le rapport de nos facultés de connaître, c'est-à-dire de l'imagination et de l'entendement. — Objections : 1« Kant parle dans la lettre du 18 décembre du « catalogue général des éléments de la connaissance et des facultés de l'àme qui y correspondent », ce qui semble déjà annoncer le tableau synoi»tique placé àlatiii de la Critique du Jugement, où la faculté de connaître, correspondant au sentiment de plaisir et de peine, est le Jugement. 2» Le « caractère systémati(|ue » résidant dans la relation des principes a priori a l'expérience, s'applicpie mal a la raison pratique. 3° Un texte de la Critique de la Raison pratique, terminée en 1787, d'après lequel le rapport harmonieux de l'imagination et de l'entendement est déjà considéré comme une particularité de VUrtheilskraft. — La tbé.nie de Benno Erdmann trop absolue : très probablement, dès la lettre de Reinhold, les lignes maîtresses de la Critique du Jugement étaient tracées : la découverte a consisté à attribuer la fonction de fournir au sentir un principe a priori, non à la raison, mais à VUrtheilskraft. — Ce Jugement se scinde en Jugement déterminant et en Jugement réfléchissant, et c'est le Jugement réfléchissant à (jui incombe la fonction de systématiser l'ensemble de nos comiaissanccs et de rattaelier l'infinie variété des lois (empiriques à une unité. L(; principe a priori t\y\ Jiit:initiit réfléchissant est la finalité de la nature pour notre faculté de connaître. Cttl»' finalité est ou bien théorique, lorsque nous visons à connaître des objets de la nature, ou bien esthétique, lors(|ue nous nous contentons de prendre consfifnee de la finalité d'un objet de la nature par l'accord harmonieux de rjnMi:iiialioii et de l'entendement. La conscience de cette finalité constitue le plaisir esih.iique. et comme l'accord harmonieux de rimai^ination et de rmtrndrmcnl <>l la forme même de tout jugement, le jugement eslliéliipie, tout en étant parti<-uli<r et individuel, et tout en ayant un prin(;ipe déterminant piinnienl snl>j«''lir. p«'iii cependant prétcmdre k valoir univ(!rsellement et nécessainnienl. — llappori Ufonial de l'imagination et de l'entendement d'après la Critique de la llainon pur.-. — Rapport spécial de nos deux facultés de eomiaitre dans le juL:.'m.'nt .sihéti.pi.- : h-
jugement esthétiiiue ne vise en aucune façon la connaissance, il est incompatible avec un concept, il rapporte l'objet non à un concept, mais uniquement la forme de l'objet au sujet et à son sentiment de plaisir ou de peine. — De cette conception du jugement estliéticjuc drcouleut les théories du désintéressement, du formalisme, de la finalité sans tin et surtout de l'universalité et de la nécessité, résultant de l'identité de structure, non de notre faculté de sentir, mais de notre faculté de jui^er. Le véritable plaisir esthéti(|ue réside dans la conscience que le plaisir, résultant de l'harmonie do nos facultés de connaître, jicut être universellement et nécessairement partagé xxv
IIL Méthode suivie dans notre examen de VEsthétique kantienne.
Critique immanente ou transcendante, point de vue de la philosophie kantienne ou de l'histoire de resthéti([ue? — Union des deux points de vue. — Kxamen de la méthode de Kant. Antinomie entre la Critique du lugomont, exigeant pour le sentir des principes synthétiques a priori, et la philosophie de Kant réservant Va priori au connaître et l'excluant du sentiment. Imperativisme de la méthode kantienne. La critique n'avait pas le droit d'admettre, comme fait, l'existence dans la raison d'éléments a priori et elle avait le devoir de soumettre à son analyse toutes les manifestations de l'esitrit humain, aussi bien les facultés inférieures que les facultés supérieures. Le point de départ aurait dû être l'étude du sentiment. — Méthode r/énétigue : décomposition de tout phénomène complexe en ses éléments simples. Etude du sentiment dans ses manifestations les plus humbles, distinction de l'élément sensible, de l'élément intellectuel direct ou formel, et des éléments associés, et fusion de ces trois facteurs dans le symbolisme sympathique. — Discussion de la théorie de l'universalité et de la nécessité des jugements esthétiques : le domaine du Beau et de l'art est avant tout le domaine du sentiment, c'est-à-dire de la manifestation psychique la plus capricieuse, la plus instable et la plus individuelle xxwiii