‹ Essai critique sur lesthétique de KantChapitre 26 sur 137 · Critique de la liait on pure. Introduclion, passim · texte numérisé non relu

Critique de la liait on pure. Introduclion, passim

» universalité véritable ou rigoureuse, mais seulement supposée » et comparative, fondée sur l'induction ; si bien que tout revient » à dire que nous n'avons point trouvé jusqu'ici dans nos obser- » vations d'exception à telle ou telle règle : si donc on conçoit un » jugement comme rigoureusement universel, c'est-à-dire comme » repoussant toute exception, c'est que ce jugement n'est point » dérivé de l'expérience, mais que sa valeur est absolument a » priori^ ». On s'aperçoit immédiatement, en lisant cette démonstration, que pour la rendre complète, il manque un point essentiel, à savoir, la démonstration que nos jugements ont précisément cette universalité véritable et rigoureuse^ et non pas seulement cetle universalité supposée et comparative que fournit l'induction. Or, cette démonstration, Kant ne nous paraît pas l'avoir faite. 11 n'a pas examiné d'assez près, si la science, aussi bien la science mathématique que la science de la nature, n'est pas fondée, en fait, sur ces jugements à universalité comparative, si, au début de toutes les sciences, même des sciences mathématiques, les propositions, sur lesquelles s'élève tout l'édifice, ne sont pas dues à l'induction. Il en est tout de môme de la morale kantienne. Pour qu'il y ait des impératifs catégoriques, il faut qu'il y ait un devoir absolu, purement formel, ne reposant, en dernière analyse, que sur le caractère universel et nécessaire de la Loi. Seu lement, Kant ne s'est pas assez demandé, s'il y a, en fait, des impératifs catégoriques, si nous agissons jamais, si nous pouvons jamais agir, d'après la forme vide de la Loi universelle, ou bien, si, au contraire, tous nos impératifs catégoriques ne se réduisent pas; en dernière analyse, A des impératifs hypothétiques.

Nous aurons à revenir, à propos de l'esthétique, sur celte gravi lacune de l'argumentation de Kant, nous aurons à montrer que la philosophie kantienne ne se termine pas seulement, mais com mence par des postulats. Ici, oà nous ne nous occupons que de la méthode de Kant, nous sommes en droit de conclure, avec Kant lui môme, que, quoi qu'on en ait dit, tout au moins au début, elle n'est pas induclive; mais que c'est bien, — comme il l'affirme, — a priori qu'il pose des éléments a priori de la connaissance, tout comme l'avaient fait, avant lui, les grands dogmatiques Platon, Spinoza et surtout Leibnitz, dont des travaux récents ont montré l'influence considérable, exercée non seulement sur les œuvres de la période antécritique, mais encore sur l'élaboration de la doctrine définitive de Kant».

1. Ci'iliçue de la Raison pure^ Hartonsleiu, t. III, p. 33, 34, 35; Bami, t. I, p. 45, 47.

2. Cf. HeiiDo Krdmann, Kant't Krttiatmut et Kant'i Prolegomtna, hcrausgeg. von B. Erdmaiiu. Préf&ce, 1878.

Une fois qu'on convient que c'est a priori que Kant a affirmé I existence des éléments a priori, nous ne contestons en aucune laron que, pour la spécification de ces éléments, Kant n'ait eu recours à l'expérience. Il a évidemment emprunté sa table des calégories, tout comme Aristote, auquel pourtant il le reproche, à lempirisme logique.

Mais il n'en va pas de môme pour la seconde des deux grandes (|iiestions de la Critique, à savoir, la possibilité de l'application des catégories à l'expérience, question à la solution de laquelle est consacrée la déduction transcendentale qui, de l'aveu môme de Kant, est la partie essentielle de l'œuvre. Kant, on le sait, a tiré a méthode de la déduction transcendentale de la pratique des ! jurisconsultes, qui, dans chaque affaire, distinguent la question de I l'ait de la question de droit; et c'est la preuve, qui doit démontrer ! le droit ou la légitimité de la prétention d'une des parties en présence, qu'il nomme déduction». Aussi Kant oppose-t-il à la déduction empirique, qui se borne à montrer comment un concept a été acquis parle moyen de l'expérience et de la réflexion faite sur l'expérience, qui, par conséquent, ne concerne pas la légitimité, mais le fait môme de l'acquisition, la déduction transcendentale qui, elle, explique comment des concepts peuvent se rapporter a priori à des objets. Cela étant posé, il est clair que la méthode de la déduction ne peut pas ôtre inductive, ne peut ôtre due, comme le dit Kant lui-môme, ni à l'expérience, ni à la réflexion faite sur l'expérience. Toute la démonstration de la déduction lianscendentale n'emprunte rien à l'observation interne; l'observation interne ne nous a jamais révélé ni l'imagination productive, j ni l'aperception transcendentale, ni aucun des schèmes énumérés ' par Kant. Étant donné les éléments a priori, étant donné qu'ils doivent s'appliquer aux objets d'expérience, comment peuvent-ih s'v appliquer, quelles sont les conditions nécessaires pour qu'ils puissent s'y appliquer : voilà le véritable énoncé de la méthode. Que maintenant les conditions trouvées concordent, ou ne conj cordent pas, avec le témoignage de l'expérience interne, peu im- ' porte, l'expérience étant absolument exclue de toute la recherche. Il en est de môme de la troisième grande partie de la Critique kantienne, de la Dialectique. Pour la spécification des Idées, Kant a bien recours à l'empirisme logique. Il déduit les Idées des formes données du raisonnement, comme il avait déduit les catégories des formes données du jugement. Mais, d'une part, l'existence môme des Idées, il ne la constate pas par observation, il ne la trouve

1. Critique de la Raison pure, Hartenstein, t. III, p. 106; Barni, t. I, p. 147.

pas par induction, mais il l'affirme a priori et, de l'autre, tout l'examen relatif à la valeur et à la portée des Idées est entièrement déductif et n'emprunte rien à l'expérience.

Si nous nous tournons maintenant vers la Critique de la Raison pratique, nous constatons des procédés, une méthode, tout à fait semblables. Après avoir déterminé comme critérium de Va priori l'universalité et la nécessité, et après avoir découvert, grâce à ce critérium, les formes aprioristiques de la sensibilité, les concepts de l'Entendement et les Idées de la raison, il s'est demandé s'il ne lui serait pas possible de découvrir, à l'aide de ce môme critérium. Va priori moY2i\\ et nous savons que c'est du concept du Devoir qu'il a fait la Loi universelle et nécessaire de l'Éthique. Là encore, dans le domaine de la morale, aussi bien que dans le domaine de la connaissance, Kant ne s'est pas posé la question primordiale et inéluctable, à savoir s'il peut y avoir et s'il doit y avoir nécessairement en morale des principes a priori; là encore il admet en somme, il affirme, sans examen suffisant. Va priori. Cet a priori moral, il se «iéfcnd avec raison de l'avoir emprunté à l'expérience : « l'expérience est incapable de nous fournir un seul cas, où il fiU )) possible de démontrer, que la maxime d'une action conforme au » devoir, fût émanée de raisons morales et de la représentation du » devoir*. » Tous les concepts moraux, dit Kant, ont leur siège e leur origine absolument a priori dans la Raison et ils ne peuven être abstraits d'aucune connaissance empinque et contingente ce qui est bien avouer, qu'en morale aussi, il s'interdit de procé der empiriquement, d'avoir recours à l'induction, à l'observatioi et à l'analyse psychologique, mais qu'il prétend procéder apodio tiquement, ontologiquement, que, dans sa morale aussi, il ne fini pas seulement, mais il débute par des postulats.

Si nous entrons maintenant du Fondement de la Métaphysiqu( des Mœurs dans la Critique de la Raison pratique même, nom nous apercevons que c'est toujours le même procédé que sui notre philosophe. Le subtil logicien Trendelenburg a résumé, dam les trois thèses suivantes, les lacunes de l'argumentation de Kant

\^ tt Kant a bien prouvé que TUniversel est le contenu et U » motif de la volonté raisonnable. Mais il n'a pas prouvé que c'esl » l'universel formel qui doive et qui puisse constituer le principe » moral. La démonstration dont Kant conclut qu'il doit être prin- » cipe est insuffisante, et, quant à la possibilité du principe, U » preuve n'en est môme pas tentée. »

{. Fondement de la M^taphytique det mœnrt, Ilartonst^'in, t. IV, p. 255; BarnI, p. 35.

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