‹ Essai critique sur lesthétique de KantChapitre 28 sur 137 · Ibtd., Hartenstein, t. V, p. 183 ; Barni, t. I, p · texte numérisé non relu

Ibtd., Hartenstein, t. V, p. 183 ; Barni, t. I, p

Logik, herausgeg, von G.-B. Jasclie, Hartenstein, t. VHI, p. 129.

Bien, puisque, sans crier gare, il a converti de simples rapports d'analogie en des rapports d'identité.

Nous en arrivons enfin, après la méthode d'exposition et la méthode de découverte, à ce que nous avons appelé la méthode proprement dite de Kant, à savoir, à la façon particulière dont Kant a posé et résolu le problème général des trois Critiques. C'est à la formule : comment les jugements synthétiques a priori sont-ils possibles, qu'il a, nous l'avons dit, réduit lui-même le problème général de la Raison pure, et Kant dit, en propres termes, que c'est non tant par la solution donnée à cette question, que par sa position môme, qu'il se distingue de tous ses prédécesseurs, ot que c'est en elle que réside sa véritable originalité '. Cette formule est, au fond, très peu claire et peut recevoir et a reçu, en effet, les interprétations les plus diverses *. Nous n'avons pas ici à énumérer et à discuter ces interprétations. Pour nous, cette formule se réduit à cette autre que Kant propose dans la premièn Préface de la Critique de la Raison pure : comment l'entcndemen et la raison peuvent-ils connaître, et combien peuvent-ils cou naître, indépendamment do toute expérience *.

Nous avons déjà fait observer que cette question en présuppose en réalité, une autre plus importante encore qu'elle n'est elle môme, à savoir, y a-t-il, peut-il y avoir des connaissances quel conques a priori, des connaissances quelconques qui ne dépe» dent absolument d'aucune expérience. Ce problème, avons-noui dit, Kant, au fond, le suppose résolu : avec tous les rationalistes, i ne peut pas ne pas admettre qu'il n'y ait pas de connaissance i priori. Cependant, nous l'avons vu esquisser un semblant de dt' monstration se réduisant aux propositions que voici. L'expérienc( ne peut jamais donner à ses jugements une nécessité absolut et une universalité rigoureuse, mais seulement une nécessité e une universalité supposées et comparatives, fondées sur l'indu tion. Or, il y a dans la connaissance humaine des jugements pu a priori absolument universels et rigoureusement nécessair» s

1 . Ueber die Forttehritte dtr littapkytik, seit Uihnitt und Wolf, Hartcnstein, t. \ III,

'2. Cf. Va i h instar, op. n/., t. I. p. :M7 ji 3:{:;.

3. CrititfHe de la HaitoH pure, liartciiHtcin, t. 111, p. 10; Barni, t. I, p. 11.

comme les propositions mathématiques, les propositions nécessaires à l'usage le plus ordinaire de Fentendement et à la science de la nature comme le jugement : tout changement doit avoir une cause, etc. Donc, toutes nos connaissances ne peuvent pas être empruntées à Fexpérience.

Dans ce syllogisme, c'est évidemment la mineure qui est la proposition la plus importante et celle que Kant n'a pas vraiment démontrée. Il n'a pas démontré que les propositions mathématiques, sur lesquelles il s'est surtout appuyé, ont véritablement cette universalité rigoureuse et cette nécessité absolue qu'il réclame pour elles, et qu'elles ne sont pas dues, en fait, à des inductions primitives. Les plus grands mathématiciens, les Riemann, les Helmholtz, ont affirmé que les fondements de la géométrie sont empiriques'. Nous n'avons pas à prendre parti dans cette question, une des plus délicates de l'histoire des sciences, seulement nous aurions été en droit d'exiger que Kant l'examinât de près, prouvât Fimpossibilité de l'origine empirique des propositions mathématiques, et démontrât que ces propositions ont une universalité rigoureuse et une nécessité absolue et non pas seulement une universalité et une nécessité « supposées et comparatives ».

D'ailleurs Kant, nous le savons, ne s'en est pas tenu à cette démonstration. Il en propose une autre ou plutôt deux autres. Il essaie en effet, tout d'abord, de prouver l'origine a priori de certains concepts, comme les concepts d'espace et de suhstance, en montrant que, quand on a écarté successivement du concept expérimental d'un corps, tout ce qu'il contient d'empirique : la couleur, la dureté ou la mollesse, la pesanteur, l'impénétrabilité, etc., et du concept d'un objet quelconque, corporel ou non, toutes les propriétés que l'expérience nous enseigne, il reste toujours, d'une part, l'espace qu'occupait ce corps qu'on ne peut pas supprimer par la pensée, et, de l'autre, les propriétés qui font concevoir un objet quelconque comme inhérent à une substance, de telle sorte que nous sommes contraints parla nécessité avec laquelle ces concepts s'imposent à nous, d'avouer qu'ils ont leur siège a priori dans notre faculté de connaître -.

1. Cf. la Dissertation de Riemann : Sur les hypothèses sur lesquelles repose la Géométrie Abh. d. K. Ges. d. Wiss. zu Gottingen, 18G7, p. 1 : « Les qualités par lesquelles » l'espace se sépare d'autres grandeurs imaginables à trois dimensions ne peuvent » être empruntées qu'à l'expérience », et la Dissertation de Helmlioltz : Sur les faits, Thatsacbcn, sur les*iucls repose la Géométrie, dans les Nachr. der K. Ges. der Wiss. tu Gôttinqen, 1863, 3 juin, p. 193-221, citées par Ueberweg, Grundriss der Geschichte der Philosophie der Neuzeit, 4^ édition (Reicke), Berlin, 1875, p. 174, note 2.

2. Critique de la Raison pure, Hartcnstein, t. III, p. 3G ; Barni, t. I, 40.

i6 L'ESTHÉTIQUE DE KANT

Cette preuve de l'impossibilité « de ne pouvoir pas ne pas pen ser », « das Nichtnichtdenkenkonnen » un concept, se ramène au fond à la preuve de Tévidence de Descartes, au Ver uni index stti et à la Veritas norma sid et falsi de Spinoza, à la tpavracia xaxaXTjTr- TixTj, à la TrpôXTj'I'.ç ou plutôt au tôvo? xal 5uvaatç inhérents à la cpov- Ta(Tia xaTaXrjTTTixTj des Stoïciens *, présentée seulement sous une forme négative. Pour Kant, comme pour tous les dogmatiques, il n'y a point d'autre preuve de la certitude, « il n'y a point d'autre » critérium de la vérité, que l'impossibilité où nous sommes de « modifier certaines synthèses mentales, si nous voulons faire » usage de notre pensée d'après ses lois essentielles* ». Nous ne pouvons nous empocher de penser un objet, quelque effort que nous fassions, sans le loger dans l'espace, sans le concevoir comme cause ou comme effet, et c'est cette impossibilité de la non-con ception qui est la marque de l'origine aprioritique, de l'universa lité et de la nécessité de ces concepts.

Cette seconde démonstration a sans doute une valeur logique plus grande que la première. Cependant, là encore, nous avons des objections à élever. Il s'agit de trouver un signe, un critérium par lequel les concepts a priori se distinguent des concepts dus à Ici périence. Or, nous le demandons, en quoi est-il plus impossible de nous représenter un corps sans étendue, sans rapport substantiel ou causal, que de nous le représenter sans couleur, sans pesan leur, etc? Est-ce que, quand nous avons perçu un objet avec ses qualités, — de couleur, de pesanteur, etc. — , il ne nous est pas absolument impossible, il ne répugne pas absolument à notre esprit, de nous le représenter autrement ? Est-ce que, vraiment, la tyrannie avec laquelle les concepts a priori s'imposent à notre esprit est d'une autre nature que celle avec laquelle s'imposent à lui les concepts expérimentaux? Nous admettons parfaitement que la vérité soit son propre signe, et il nous est impossible de concevoir un autre critérium de la certitude ; seulement nous ne pou vons admettre que ce critérium ne vailb» pas tout aussi bien pour les concepts a posteriori que pour les concepts a priori. L'un des deux, ou bien l'impossibilité de ne pouvoir pas penser, das Nicht nichtdenkenhunnen, est vraiment la marque de la vérité, et alors elle vaut aussi bien pour les faits d'ex|)érience que pour les con cepls a priori; ou bien elle ne suffit pas pour garantir la certitude, et alors il n'y a pas plus de certitude pour les concepts a priori

1. Cf. Hruchard, Dt l'Errrur, 1870, p. X\ à 73, et De Attentiont StoUi qnid itn9é»\ rinl, 1879, p. 13 à 25.

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