‹ Essai d'analyse grammaticales suivant les principes de l'abbé Girard [microforme]Chapitre 2 sur 58 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Plusieurs célèbres écrivains sont d’avis qüé l’on doit commencer l'instruction de la jeunesse par l'étude de #a larigué maternelle, parce que c’est la clef de toutes les conridissänces dont on a besoin, pendant tout lé cours de la vie. Cétte étude doit être la plus facile pour les enfants, puisque c’est poür ainsi dire la riature qui en fait les principaux frais. Suivant dés observations bien faites, le travail de l’esprit qui s’exerce et s’évertué à décomposer dés phrases, à en composer d’autfés, à peser attentivement la valeur dés mots, à critiquer sévèrement ses proprés productions et éélles d'autrui, et surtout à traduire des passages d’uné lânguëe en une autre, ést ce qui contribue le plus à produire une supériorité întellectuéllé entre les hommes, quelque soit par lu suite la spéciglité à liquélle ils consacrent leurs talents. Sans cetté branché de l’éducation classique, l’homme semble destiné à porter, pendant tout le coùrs de son existence, la honteuse livréé de l’esélavage mental, laquelle consisté surtout én un langage incorrect et presque barbare, qui dépare si souvent les plus heüreusés dispositions de la häture.

ors qu'après avoir employé, pour ma satisfaction personnelle, de longues années à l’étude de ma propre langue, je me fusenfin couVaincu que la littérature française ne possédait pas une bonne srammairé élémentaire, quoique le génie de l’abbé Girard eut dépuis près’ d’un siècle détouvert tous les trésors de la science grammaticale ; je me déterminai à appliquer mes laboriéuses récherches à composer, pour l’instruction de la jeunessé, ün ouvrage proportionné à la capacité intellectuelle de l'enfance.

C’est aigsi que pour énseigfer la langue française, j’ai inventé une méthode contenue principalement en trente-six réponæs à autant de questions, laquelle suffit pour démüntrer le sens ou lé fil grammatical de la pensée, dans toutes lés phrases possibles. Au premier aspect la chose peut surprendre ; mais si l'on y réfléchit, elle s’explique facilement. Dieu nôus ayant faits pour pense} et pour parler, il est tout naturel qu’il nôus ait doués de facultés analogues à ses vués: Ce n’est pas l’aptitude qui sous manque à cet égard, ce sont nôs anciennes méthodes qui sont défeetueuses@aLe profond Girard, en ne prenant que la nature et Pusage pour guides, a trouvé les vrais principes de la langue française, etles a développés dans sa grammaire que Beauzée dit rêtre qu’à la portée des maîtres de l’art et dés savants. . Cependant ma méthode approprié ces principes à une instruction. absolument primaire. . Je l’ai mise en pratique dans une institution de. cette ville appelée l'Ecole des Glacis, où elle a été coüronnée

de succès au-delà de mes espérances. On y a vu des énfants de neuf à dix ans appréndre l’analÿse constructive, uniquemètit én entendant leurs jeunes condisciples répéter leurs leçons. a Voici les principales raisons qui m'ont déterminé à composer cet essai d'analyses grammaticales. |

Suivant Condillac, l’analyse est l’unique moyen d’acquérir des connaissances ; les langues sont autant de méthodes analÿtiques ; et la grammaire est la principale partie de l’art de penser. C’est d’après de semblables notions, qu’avant la publication des célèbres écrits de Condillac, l’abbé Girard avait travaillé. En effet, dans le second discours de sa grammaire qui a pour titre : Les vrais principes de la langue française, il analyse les éléments de la parole qu’il réduit à dix parties du discours; dans le troisième discours du même ouvrage, il traite des membres de la phrase qu’il réduit à sept, des différentes espècesde phrases, qu’il réduit à douze ; des différentes manières de former les membres de la phrase, du régime constructif, et de l’énonciatif dont on déduit lPanalyse constructive et l’énonciotive, et enfin des dix règles du régime constructif. Ce n’est qu’après avoir ainsi posé les fondements de l’art grarmatical, qu’il traite à fond des dix parties du discours, des règles de la syntaxe qui s’y rapportent, et enfin des autres parties de la grammaire. Ilest constant que Girard a débr'ouillé le chaos de la proposition grammaticale ; et que personne, comme lui, n’en a approfondi le mécanisme; il a, de plusieurs siècles, devancé ses contemporains. Remarquons ici que les grammairiens français, qui sont venus après l’abbé Girard, ont pillé, en détail presque toute sa grammaire, exceptée la partie contenue en ses deux discours précités, laquelle est pourtant la plus remarquable et la plus instructive, puisque c’est le seul ouvrage français qui expose Îles vrais éléments des analyses grammaticales, Si la France n’a pas encore une bonne grammaire élémentaire je Pattribue à la négligence de ses grammairiens qui n’ont pas su tirer parti de ces deux excellents discours ; c’est pourquoi j’en ai fait la base de ma méthode.

On remarque que depuis Galilée et Bacon, à quelques exceptions près, les sciences naturelles, de systématiques et synthétiques qu’elles étaient, sont devenues théoriques et analytiques; et que c’est à cet heureux changement dans leur marche, que nous devons tous les progrès aussi utiles qu’admirables qu’elles font depuis ces savants, A cette observation, si l’on ajoute les principes précités de Condillac, par parité de raison, il me paraît évident que, pour faire faire des progrès à la grammaire, on doit lui donner la marche didactique qui est si favorable aux‘sciences naturelles. La comparaison suivante me fera peut-être mieux comprendre de ceux à qui ce sujet pourrait paraître nouveau.

Supposons deux hommes également intelligents, mais également inhabiles en fait d’horlogerie. L’un, à l’insu de lautre, enlève successivement toutes les différentes partic: d’une montre, et les place soigneusement sur une table. 11 s’agit de savoir qui des deux replacera plus facilement toutes ces parties de la montre. N'’est-il pas évident que celui qui a fait cette analyse mécanique réussira bien plus facilement que l’autre ? Cependant je ne dis pas que ce dernier ne pourrait pas, enfin, venir à bout de replacer toutes ces pièces; mais ce ne serait qu’avec un travail capable de rebuter la plupart des hommes. Cette seconde opération revient à la synthèse. N’est-il pas évident, par là, que la méthode synthétique doit être très difficile quand elle n’est pas précédée de l’analyse.

Voilà pré thodes ; el forme que structure

thétique, que sont c« la plus lon; Çaises ont années, pl donnent d nière si in sujet dans dans l’enfa Voulez-v d’une bonn hortations c publiées de gager à en, thèque fran velles gram nouvelles pr.

sont pas con ceci une au Le Journ ticle de M.

tend que la c’est à Paris qu’il fait cet peut voir da dissertation 4 je constate l4 Je ne pré parler et à éd thodes : je sd ersonnes ma eurs le géni exigent trop des citoyens. nos meilleure par faire étud Tellier, et ce maire des gr plusieurs an pratique, les dificultés de vail, ils ne sa qui est pourt En effet, ce démontrer lé qui se renco avant que d phrases, n°es

Voilà précisément en quoi consiste l’absurdité des anciennes méthodes ; elles enseignent la syntaxe, qui indique la place et la forme que l’on doit donner aux mots pour les faire concourir à la structure des membres de la phrase, ce qui est une qe synthétique, avant d’enseigner l’analyse qui apprend à connaître ce que sont ces membres de la phrase. Elles prennent donc la voie la plus longue et la plus difficile. Nos anciennes grammaires françaises ont entièrement négligé lanalyse. Depuis quelques années, plusieurs grammaires, après avoir traité de la syntaxe, donnent des exemples d’analyses grammaticales, mais d’une manière si imparfaite, en comparaison de ce que l’on trouve sur ce sujet dans le chef-d’œuvre de Girard, qu’elles ont l’air de rester dans l’enfance de l’art.

Voulez-vous avoir la preuve que, depuis longtemps, le besoin d’une bonne grammaire française se fait sentir ? voyez les exhortations que l’illustre Fénélon, non satisfait des grammaires publiées de son temps, fesoit à l’Académie française pour l’engager à en composer une courte et facile; (v. Goujet, Bibliois francaise, T. I, p.56 ); comptez aussi toutes les nouvelles grammaires qui inondent la république des lettres ; ces nouvelles productions n’attestent-elles pas que leurs auteurs ne sont pas contents des travaux de leurs devanciers. Ajoutons à ceci une autorité toute nouvelle.

Le Journal des Débats du 16 septembre 1846, contient un article de M. Antoine De Latours, où ce littérateur distingué prétend que la littérature française manque d’une grammaire : et c’est à Paris, au milieu d’institutions littéraires en tous genres, qu’il fait cette assertion aussi grave qu’étonnante. Le lecteur peut voir dans le Journal de Québec du 24 octobre 1846, ma dissertation au sujet de l’articte de M. de Latours, en laquelle je constate la supériorité du génie de l’abbé Girard.

Je ne prétends point que l’on ne peut pas bien apprendre à parler et à écrire en français avecle secours des anciennes méthodes : je sais au contraire que, par leur moyen, beaucoup de

ersonnes me sont très supérieures sous ce rapport, et que d’aileurs le génie fait exception dans tous les cas; mais ces méthodes exigent trop d’années d’étude, et trop de dépenses pourle commun des citoyens. Demandez quelle est la grammaire que l’on étudie dans nos meilleures maisons d’éducation; l’on vous répond: on commence par faire étudier la grammaire de Lhomond, ensuite celle de Le Tellier, et celle de Lequien, et les professenrs y joignent la grammaire des grammaires de Girault Duvivier. On conçoit qu’après plusieurs années d’étude de la langue française, et à force de pratique, les élèves peuvent parvenir à surmonter les principales difficultés de cette langue. Mais après tant de peine et de travail, ils ne savent que très imparfaitement l’analyse constructive, qui est pourtant la partiela plus importante de la grammaire. En effet, ce n’est que par le moyen de cette analyse que l’on peut démontrer le sens des différents groupes de mots, ou membres, qui se rencontrentdans les phrases un peu compliquées. Or, avant que d’étudier la syntaxe, qui enseigne à composer des phrases, n’est-il pas très évident que l’on doit commencer par

Page 1