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et cénesthésique à la fois, les symptômes caractéristiques de distraction ou d’éclipse d'attention que sont le bâillement et le soupir, nous permettent maintenant d’en mieux poursuivre l’analyse. Le premier révèle le relâchement kinesthésique et le second une réaction bulbaire, liée à la cénesthésie. Celle-ci paraît intimement associée à la respiration comme à la circulation.
Le rire a vibré, pour la première fois, chez notre fillette, une quinzaine après sa première larme, c’est-à-dire le cinquante-cinquième jour, presque en même temps que la vocalisation euphorique heu. Ce fut à la toilette du matin et au contact de l’éponge tiède et savonneuse, par déclenchement tactile, dont l’importance s’avère dans le chatouillement. Ce qui prouve encore le rôle essentiel des sensations épidermiques à cet âge, c’est que la mère a souvent provoqué le rire éclatant et répété, dans la suite, en embrassant brusquement sa fillette à l’épigastre ou dans le cou. En même temps, elle fait : hou, hou; et, nouveau rappel du réflexe de Pavlov, ce cri maternel suffit à faire rire le bébé. Moi, je n’y réussis pas du tout. La fillette distingue donc qualitativement les deux sons. Cependant elle rit avec moi tout aussi bien quand je l'élève à bout de bras pour la descendre brusquement ensuite. Ce second rire me paraît plus spécifiquement cénesthésique que l’autre.
Le mimétisme, dans tout ceci, joue un grand rôle. Le bébé sourit de voir sourire, toujours par manifestation réflexe motrice, où l’activité synergique visuelle joue un rôle prépondérant. C’est pourquoi les enfants élevés dans la tristesse en portent le stigmate toujours. Par suggestibilité aussi, l’influence cénesthésique se transmet et justifie cette remarque vulgaire.
Dès le troisième mois, rires et cris plus nombreux se succèdent. La kinesthésie, toujours intimement liée, par réflexes immédiats à la cénesthésie, accuse des phénomènes de détente qui révèlent son rôle double : dynamogène et dérivatif par décharge ou élévation du seuil émotif comme l'explique M. G. Dumas dans une étude récente sur la douleur et les mouvements qu’elle provoque. Ceci servira, tôt ou tard, à une analyse indispensable de l’inhibition. Corstatons simplement, pour l'instant, la continuation des manifestations d’origine
bulbaire. Après le soupir, étudié ci-dessus, apparaît, à cet âge, une accélération curieuse des mouvements des bras et des jambes, semblables à ceux de la nage sur le dos, et accompagnés de trois expirations bruyantes et profondes. Cette triple accélération du mouvement respiratoire, je l’ai observée chez une autre fillette du même âge. Elle a d’abord précédé le rire, puis, après le septième mois, elle manifeste toujours le désir vif d’un objet ou la joie intense de revoir une personne familière.
On voit combien devient vite complexe ce phénomène du rire dont Bergson n'’étudie que la manifestation ultime chez les adultes qui, trop évolués comme lord Chesterfield, placent parfois leur dignité à ne rire jamais plus. L'origine du rire, ce n’est point dans Molière, ni Courteline, ni même Rabelais, qu'il faut la chercher, mais chez le petit enfant, à sa source pure. À cet égard d’ailleurs, comme à beaucoup d’autres, l’homme n’est qu’un enfant devenu; et son esprit, comme son visage, conserve, pour l’observateur sagace, ses traits fondamentaux.
Revenons au rire. Il apparaît originairement comme une manifestation kinesthésique d’un genre spécial qui doit intéresser l’ensemble musculaire du thorax ainsi que le diaphragme. L'activité du larynx, également spasmodique, en résulte. Le relâchement de sphincters, dans les cas excessifs, révèle l’absence d’inhibition adéquate. Son apparition brusque après une contention prolongée, un effort attentionnel exagéré, le prouve encore mieux chez l’écolier, dont le fou rire est pathologiquement excusable. En résumé, nous considérons le rire comme une distraction explosive et de caractère cénesthésique surtout.
La cénesthésie nous paraît évoluer ontogéniquement, grâce au progrès de l’inhibition et de la réflexion introspective, de l'inconscient organique primitif au subconscient émotif et à la perception claire enfin. Pour l’homme maître de soi, hautement discipliné comme l’entendait Nietzsche, de même que pour le psychologue moderne, il ne doit plus exister de ces états intraduisibles qui restent des moyens faciles de littéra-
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