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teurs. La cénesthésie, comme toute chose, livrera peu à peu ses secrets à la méthode analytique et psychogénique.
Née de manifestations animales : de la faim, de la soif, du froid; dirigée tout d’abord par un instinct de conservation férocement aveugle, elle devient peu à peu, dans le creuset de l’émotion purificatrice, grâce au milieu familial et scolaire, sous l’action bienfaisante des synergies conceptuelles : sympathie, amitié, amour, dévouement et sacrifice. La théorie énergétique et dynamique de !l’émotion, établie par Pierre Janet, il y a vingt ans, est universellement admise aujourd’hui. M. H. Delacroix ne dit-il pas ceci à propos de la compréhension, cet acte que certains considèrent comme purement intellectuel, sans alliance avilissante avec le sens organique :
« Il est évident que le choc intellectuel s'accompagne d’un choc affectif et pour une raison double. D'abord, parce que le problème a, la plupart du temps, pour nous, un intérêt et une valeur et qu’il suscite, par sa nature, des réactions affectives. Ensuite, parce que le choc mental ne peut pas ne pas se répercuter dans toute la vie organique. L'éveil de l’attention, la mise en garde, en face d’un problème intellectuel, a toujours quelque chose d’un choc émotif. Le premier moment de l'attention, la surprise, « l'admiration », comme disait Descartes, est un véritable choc émotif! ».
Ces pages profondes, que nous venons de relire, notre travail achevé, pour le vérifier, confirment donc nos hypothèses. Elles nous rappellent la grande joie des enfants qui viennent de trouver une réponse, vibrants plus qu’à un jeu, de l’exprimer au maître qu'ils aiment. Oui, la cénesthésie est primordiale, initiale, essentielle parce que sous-jacente à toutes nos paroles comme à tous nos actes. Elle est comme l’orchestration de Ia vie, que le vulgaire n’entend pas, mais qui renforce et magnifie tout. Dans les premiers cris du bébé, nous avons déjà vu le triple aspect cénesthésique de l’humanité cherchant le bonheur, puis jouissant de l’avoir trouvé, pleurant enfin de regret ou de dégoût après les désillusions inévitables. Ainsi, en éternel tryptique, la vie se déroule : aube, midi, crépuscule. La même nature impose ses lois à tout âge. Il n’est que des degrés.