‹ Essai d'analyse psycho-sensorielle et de psychogénie scolaireChapitre 122 sur 139 · DE 9 ANS A LA PUBERTE · texte numérisé non relu

DE 9 ANS A LA PUBERTE

Dans nos premiers travaux, nous écrivions ce titre : De 9 à 11 ans. Toute réflexion faite, nous jugeons préférable de ne pas préciser ce dernier âge, car la quatrième période psychogénique, ainsi que l’a montré M. H. Wallon pour sa troisième, finit vraiment au moment de la puberté, dont on ne peut préciser l’âge. Après 9 ans, et jusqu’à cette crise totale de l’être, il s’agit d’une seconde enfance qui accuse, en même temps, l’optimum perceptif-sensoriel et un progrès sérieux dans le cycle conceptuel qui vient de s’ouvrir à l’écolier.

PARTICULARITÉS SEXUELLES

À notre grande surprise, les graphiques de plusieurs tests font ressortir à cette époque, juste avant la crise pubertaire, un rapprochement curieux des comportements masculin et féminin. Il subsiste cependant quelques particularités sexuelles.

Les garçons paraissent plus tôt sensibles à l’influence pubertaire. Leur dominante, déjà moins visuelle que celle des filles, évolue encore et devient auditive. Nous avons étudié spécialement, à ce sujet, le jeune U..., dont la précocité physiologique s’est révélée dans la suite (moustache naissante à 12 ans). À 1x ans, s'était manifesté nettement, chez lui, après une transformation curieuse de son type, l'équilibre psycho-sensoriel que d’autres enfants n’accusent qu’un an plus tard. Notons encore, pour les garçons, un maximum cénesthésique et l’éclosion de l’imagination créatrice.

Bien que les fillettes aient paru évoluer plus rapidement à l’époque précédente, pour l’imagination représentative et l’association d'idées, il ne faut oublier qu'elles restent plus sensibles à l’attention suggérée, ce qui accuse une certaine déficience émotive-volitive {tests d’auto-correction). Elles conservent leur supériorité visuelle alors que les garçons, déjà moins

bien doués à cet égard, perdent encore sur ce point. Cela peut expliquer comment une montagnarde de 11 ans manifeste du symbolisme visuel bien personnel et suggéré par l’observation d’une nature particulièrement évocatrice.

Mais, somme toute, le sexe masculin semble gagner sur l’autre. Considérons surtout sa dominante auditive dont les conséquences ont été analysées dans la période précédente. Conditionnés heureusement de la sorte, pour la schématisation abstraite complète, les garçons paraissent plus vite aptes à recevoir un enseignement conceptuel”.

CARACTÈRES GÉNÉRAUX

Cette période est importante. Alors que les comportements sexuels se rapprochent, nous notons le maximum d’écart pour l’attention entre- garçons et filles. Cette antinomie n'est pas insoluble. Notre analyse est essentiellement et d’abord sensorielle. C’est au point de vue sensoriel que nous constatons la presque identité de comportement à cet âge. Mais nous voyons, à la lumière de ce fait nouveau, le bien-fondé de ce que nous avons dit précédemment dans uotre étude de la genèse de l’attention. Celle-ci est autre chose que l’activité sensorielle et perceptive. Le dynamisme schématique spécial, sous-jacent à celle-ci, semble évoluer selon sa courbe spéciale, distincte de celle de l’évolution sensorielle. C’est, selon nous, la preuve scientifique de son indépendance, de son caractère spécifique sinon transcendantal. Oui, il existe dans l'intelligence humaine, autre chose que ce qui vient des sens. L'apport sensoriel, déjà personnalisé cependant, subit une sorte de méta-

.1. D. Elkine, directeur du Laboratoire de la psychologie de La station pédologique d'Odessa (Journ. de psych., 1928, p. 425), montre que, dans l'évolution du temps, les garçons ont une attention plus concentrée et apprécient mieux les grands intervalles. Par contre, les filles apprécient mieux les petits intervalles. A celles-ci paraît revenir l'esprit de finesse si ceux-là acquièrent plus tôt l'esprit géométrique. Au point de vue de la psychogénie générale, le même auteur fournit des données intéressantes et qui corroborent les nôtres. Il a observé 152 enfants de 10 à 16 ans et constaté que, du premier au second de ces âges, l’erreur moyenne de temps diminue de 170 $econdes un dixième, à 1 seconde six dixièmes.

bolisme psychique particulier à chaque individu. Ainsi seulement peuvent s'expliquer les révélations si curieuses de la science du témoignage.

On peut encore voir, dans ces faits, l’indice d’une évolution attentionnelle propre à cet âge. Jusqu’alors subconscienté et discontinue, étroitement liée à l’activité perceptive, l’attention commencerait de devenir alors conceptuelle et consciente double émancipation dont le parallélisme s’expliquerait aisément. La volonté, modestement issue du réflexe médullaire qui devient cortical et comporte alors un temps de latence réflexive ou s’insère, par rappel automatique des images passées et en synergie cénesthésique, le jugement qui la caractérise, ne se forme-t-il pas graduellement par une bonne éducation? Sa courbe ascensionnelle, nous la voyons parallèle à celle de l’attention, à celle de la conscience; leur collaboration produit ce qui révèle vraiment le moi : le caractère.

L'éveil de la conscience totale, d’abord psychologique, puis morale, coïncide avec la formation physiologique totale de la période pubertaire’. Fait remarquable : la suggestibilité décroît alors chez les jeunes gens au point de s’annuler. Il s'agit donc d’une véritable émancipation intellectuelle, d’un optimum volontaire qui, bien entendu, est plus souvent brut et capricieux encore. ni

Analysons en détail les autres manifestations sensorielles. L’acquisition définitive de la stéréognomie, dans les deux sexes, révèle encore le perfectionnement des synergies fondamentales qui sont indispensables à l'élaboration conceptuelle dans le cadre tridimensionnel. L'ouïe, bien développée chez les garçons d’abord, fournit, nous l’avons rappelé, une véritable qua-

1. Dans le Traité de Dumas (1, 22%), M. H. Wallon voit la base physiologique de la conscience dans le cortex qui associe les percepts visuels aux expériences passées. Pavlov, dans sa dernière conférence à Paris (Journ. de psych., 1927), montre aussi, à cet égard, le rôle de l'activité corticale. Nous voyons une relation plus étroite et complète que M. Wallon entre la cénesthésie et la conscience. Mais nous acceptons complètement : « Il s'agit, pour la psychologie, beaucoup moins d'en étudier le contenu (de la conscience) que l’organisation et le progrès, la dépendance: réciproque des fonctions mentales et leurs rapports avec tous les facteurs capables de leur faire subir une modification quelconque (228). » N'est-ce point là notre méthods même ?

trième dimension, ainsi que l'explique J.-M. Guyau (passage cité). Fra E ES Le goût et le tact épidermique restent inférieurs; mais le diagramme II révèle, avec la régression kinesthésique, le renforcement appréciable de l’odorat. Des travaux récents établissent l’étroite parenté histologique de la membrane pituitaire et du tissu sexuel masculin. Certains physiologistes croient à l'influence des odeurs dans l'attrait sexuel". Ces concordances, que nous n’avons pas qualité pour discuter, mériieni d’être signalées ici cependant. Elles sont indiquées par M. G. Dumas dans son analyse profonde de l’amour (Traité de psych., I, p. 232). |

Enfin se manifeste clairement, et d’une manière générale,

le sens quantitatif qui pointait, on le sait, vers 9 ans Les gar-

cons, précoces auditifs, sont également précoces à ce point de

vue. Ce recoupement de l’importance de Ia synergie auditive .

verbale paraît être de valeur.

En réalité, le moment est venu de faire intervenir, dans l'analyse de l’audition, cette adaptation tympanique complète si ingénieusement étudiée par Heinrich dans son laboratoire de Cracovie. Voici une synergie nouvelle et vraiment merveilleuse, puisque le muscle d’accommodation du tympan jouerait aussi un rôle important dans la régulation du tonus somatique général. La collaboration cénesthésique de la fusion de la pensée et du langage, analysée par M. H. Delacroix, peut trouver ici son substrat physiologique. Or, nous semble-t-il, l’évolution auditive comme celle de la cénesthésie, pour toutes les raisons énoncées déjà, atteint un point capitai à l’époque pu-

bertaire. La mue vocale, chez les garçons seuls, à cette époque,

mériterait une étude spéciale. Cette mue fait perdre dans le registre aigu et gagner dans le grave. Elle révèle, par la lecture et la diction plus expressive et nuancée, l'existence et la souplesse de l’adaptation tympanique. Celle-ci pourrait bien être l’un des éléments de l'attention conceptuelle et abstraite. Elle participe à la fois du tonus musculaire ou kinesthésique, de la cénesthésie qui conditionne forcément ce tonus et du

sens de la durée comme de l’abstraction verbale. En effet, la

1. V. Travaux du professeur Portmann, de la Faculté de médecine de Bordeaux.

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