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LA PREMIERE ADOLESCENCE

Nous sommes tout à fait d'accord avec F. Challaye pour cearactériser physiologiquement l’âge psychologique de l’adolescence par l’apparition de la faculté génératrice. (Dumas, Traité, XL, p. 717.) Nous adaptons volontiers son heureuse expression : « La puberté c’est une naissance nouvelle » (720). On pourrait parler symboliquement aussi de métamorphose spirituelle, comme nous l’avons fait.

PARTICULARITÉS SEXUELLES

Chez les garçons, l'observation et la mémorisation sont généralement plus régulières. Ils se montrent momentanément supérieurs pour Île tact et le goût. Ils réussissent mieux dans l’auto-correction, ce qui est une preuve du perfectionnement des schèmes attentionnels. Une autre preuve de la même supériorité nous est fournie par les diagrammes genre Lasoursky : dans le deuxième cycle, sauf pour les jugements logiques, les garçons se montrent nettement supérieurs.

Dans le troisième cycle, ils sont supérieurs pour la cénesthésie générale, l’esthétique et (faiblement) pour la volonté. En revanche, la sentimentalité demeure un caractère nettement, féminin’.

1. Dans sa très consciencieuse étude sur Z’adolescente, Marguerite Evard, institutrice en Suisse romande, distingue chez ses élèves, plusieurs stades, après 11 ans : 1. Enumération;, 2 Observation; 3. Erudition; 4 Imagination; 5. Affectivitée. Les deux premiers sont franchis dès la première année de sa classe (12 ans). Elle constate ensuite que la diminution de la ANUS est sérieuse de 1° en ge année et prouve un progrès psychique. La première année répugne:à, l’abstrait parce qu'elle n'a pas acquis l'intelligence verbale. A la terminologie près. tout œla se rapproche beaucoup de nos conclusions. RES

L'attention des jeunes filles, qui a marqué un fléchissement pendant: la :«erise pubertaire, reste maintenant un peu inférieure comme puissance, mais plus soutenue. Elles réagissent mieux au préavis et surtout au centre d'intérêt. Rapprochons ce fait intéressant de leur supériorité constante pour le jugement, alors que l'association à notablement faibli chez elles. Ceci indique un progrès du schématisme logique. Nous analysons maintenant de plus près l'influence du centre d'intérêt. Celui-ci apparaît en définitive, à cause de la double catégorisation qu'il implique, — spatiale par le lieu et temporelle par. son déroulement et les saisons, — comme une forme primitive de, jugement par catégories et non par simple confrontation d'images.

Remarquons encore que les fillettes ont atteint brusquement leur maximum de suggestibilité. Ce maximum coïncide avec celui de la cénesthésie, d’où il semble résulter une parenté de ces, deux inanifestations. Gette relation synchronique engloble également la kinesthésie, en progrès très net en ce moment et toujours chez les filles. On connaît l’influence suggestive des gestes, des ättitudes, de la mimique. Tout cela provoque la fascination.et la communication intime analvsée par M. Delacroix (ouv. cit., p.379). La formule analytique de suggestibilité pourrait donc raisonnablement s'écrire

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sous la forme d’une synergie subconsciente ternaire à coefficient cénesthésique intense. Il est vrai que le facteur auditif, quoique important, n’est pas toujours nécessaire.

L'évolution du sens quantitatif et du jugement féminins paraissent spécifiques à. cet âge. Ils restent conditionnés surtout par le symbolisme visuel. C’est grâce à celui-ci, nous l’avons constaté, que les adolescentes des cours complémentaires suivent facilement les nouveaux programmes scientifiques pourtant.chargés. J’assistais, en décembre 1928, à une excellente leçon de’mathématiques au cours complémentaire de jeunes filles de, Cazères. M Barayre, professeur, basait sagement toutes ses démonstrations aigébriques sur des percepts visuels d'enfance qu'elle faisait évoquer. Nous constatons que les institutrices sé font, en général, mieux comprendre des jeunes

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enfants encore réduits à la seule schématisation spatiale. Les instituteurs, souvent, se laissent trop aller aux explications . seulement verbales.

CARACTÈRES GÉNÉRAUX

Les deux sexes marquent un fléchissement général de la volonté. Celle-ci n’est donc pas seulement faite de cénesthésie, puisque les jeunes filles, très émotives à cet âge, nous venons de le voir, ne sont pas plus volontaires tout en étant plus suggestibles cependant. Voilà un résultat différentiel qui, quoique négatif, peut nous servir. Le moment semble venu de tenter l’analyse du complexus cénesthésique en remplaçant le scalpel du test par le miscroscope de l’introspection". Nous l’essaierons tout à l’heure.

Un équilibre physio-psychique évident, bien que relatif, semble marquer le début de l’adolescence. L’écolier n’est plus un enfant et devient élève. Il a su acquérir, âge par âge, les attitudes indispensables : organiques, sensorielles, perceptives, synergiques et schématiques. Rendu plus sensible au sens quantitatif, capable d'émotion supérieure, ouvert au monde nouveau du sentiment, l’adolescent, selon l’image de Tacite : « Ver adolescit.. », se révèle à lui-même dans le printemps éclos de sa vie profonde.

APPLICATIONS PÉDAGOGIQUES

La formation de l’encéphale n'étant pas complète avant 16 ans pour les jeunes filles et 18 ans pour les jeunes gens”, il .

1. Dans son Traité de psych. (II, 112%) M. G:. Dumas définit ainsi la psychologie actuelle : « C'est une science où l'introspection joue un rôle essentiel et préalable dans la description des faits et dans l'analyse des mécanismes mentaux... » Nous croyons pouvoir, par conséquent, user de l'introspection de temps À autre ef toujours . sous le contrôle de l'expérience objective.

2, V. E. Blum, Le mouvement pédologique et pédagogique (Rey. phil, 1898, LI, 505). Cf. aussi les travaux de Flechaig.

convient de distinguer, par cette frontière physiologique, deux époques dans l'adolescence. Nous n’étudierons ici que la première qui concerne l’enseignement primaire supérieur en totalité et l’enseignement secondaire en partie.

Rappelons-nous combien la puberté exerce d’influence sur l’évolution physio-psychologique. C’est sous le signe d’une cénesthésie débordante que la crise pubertaire s’est close. Par des rêveries interminables, des langueurs sans cause apparente, des explosions absurdes de rires ou de larmes parfois successifs, des abattements mélancoliques laissant désirer la mort et de ‘brusques éveils d'énergie qui font espérer la conquête du monde, c’est l’âge que nous avons tous vécu : ridicule, poétique, charmant. Gardons-nous, à l’école comme dans la famille, de trop vouloir réfréner, brimer ces âmes frémissantes par une discipline trop étroite et rigide qui les fausserait ou les révolterait. Usons de suggestion affectueuse et ferme à la fois. Semons de l’idéal dans ce printemps de l’âme, pour qu'il fleurisse ensuite toujours.

L'éducation physique s'impose, plus que jamais, afin de favoriser celte dernière étape somatique; la plus longue ‘puisqu'elle dure jusqu’à 25 ans, et la plus délicate peut-être. La cage thoracique doit acquérir alors toute son ampleur et le système musculaire se renforce singulièrement. C’est l’âge où le jeu fait place au sport. Que celui-ci soit bien choisi, en dehors des caprices stupides de la mode, et bien conduit, sans timidité ni excès dangereux. Nous n'avons pas encore compris, en France, que l'inspection médicale obligatoire des adolescents serait le meilleur emploi des crédits affectés à l’éducation physique. Elle surveillerait l'irrigation sanguine, l’oxygénation. des tissus, dirigerait l’alimentation et l’exercice respiratoire également indispensables, analyserait l'assimilation: pour prévenir les innombrables tuberculoses larvées, sauverait des milliers d'enfants. Au Congrès national des écoles maternelles, qui a eu lieu à Angers, les 2 et 3 août 1929, le docteur Amsler, médecin-chef des dispensaires antituberculeux de Maine-et- Loire, chef des trayaux de bactériologie à l'Ecole de médecine et de ‘pharmacie d'Angers, a magistralement traité. cette ques tion angoissante et de première urgence. ‘ |

L' attention. ‘globale. scolaire devient alors un a pré-

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