GARÇONS FILLES
Souvenirs agréables. ........... 3 2 Souvenirs pénibles. ............ 1 0 Satisfactions matérielles. ..... A5 3 3 Satisf. intimes ou morales ..... 2 3 Joies mystiques ({1'” comm.}... 5 À Douleurs physiques............ 2 0 Peines morales (échecs, décept.). k 2 Frayeurs, accidents............ 8 9 Craintes, appréhensions ........ 6 0 Luttes, combats, périls ........ 0 3 Désirs, espoirs, imagination .. 2 &
Toraz des causes affectives. 36 27
L'apport cénesthésique pubertaire se manifeste donc, encore une fois, chez tous les candidats, et plus intensément chez les filles.
Une tentative d'enquête parallèle eut lieu dans les deux écoles maternelles de Luchon. Quarante-huit des plus grands élèves furent interrogés, tous âgés de 4 à 6 ans. Quatre seulement avaient conservé un souvenir assez précis. Aussi n’avons-nous pas insisté pour cet âge heureux que le bon sommeil sans rêves doit caractériser.
Une ontogénie de la mémoire, ou, plus exactement de la synergie attention-mémoire qui rend celle-ci capable de se reproduire et d’évoquer ainsi le souvenir, devrait persévérer, croyons-nous, dans cette voie, et tenir compte de pareils faits, trop négligés par les psychologues classiques jusqu’à ce jour.
iv.— LA GENÈSE DE L’ATTENTION CHEZ LES JEUNES ENFANTS
Cet échec d'investigation du subconscient par le rêve, chez les enfants des écoles maternelles, fit rechercher d’autres moyens d'étude du comportement de cet âge. Jusqu'à présent, on ne possède guère, pour la première enfance, que des descriptions plus littéraires que de véritable valeur scientifique, avec des tests américains parfois douteux. Il est juste cependant de rendre hommage aux efforts persévérants de Tobie Jonkheere et de Decroly, en Belgique; de Godin, de Claparède, de M Descœudres et de Piaget, en Suisse; comme à la méthode originale de Luquet pour l'analyse des dessins d’enfants. Leur travail, à tous, fut souvent précieux à notre Cercle, et nous nous plaisons à le dire ici. Mais l’œuvre qui, en 1923, au moment même où nous cherchions une voie nouvelle, nous apporta la lumière qui dirige, fut la Pédagogie scientifique de la doctoresse italienne Maria Montessori. La traduction française de cette deuxième étude capitale venait de paraître chez Larousse avec une remarquable préface de Paul Lapie. Les sévérités excessives que renferme ce livre, sur Binet et sur la mesure de l'intelligence, nous furent elles-mêmes profitables. Le problème de l'attention des tout petits apparaissait sous un aspect nouveau, beaucoup plus intéressant : sa psychogénie expérimentale. Clé de voûte de toute l’œuvre éducative, condition absolue du travail et du progrès scolaires, encore énigme malgré les quarante-deux théories dogmatiques qui s’y rapportent, l’attention nous tentait tous, autant par son mystère que par son importance considérable. Elle devint notre constante préoccupation.
1. V. le chapitre spécial que nous lui consacrons dans notre ouvrage Alfred Binet et son œuvre. (Alcan.)
MS: Diet
Maria Montessori déclare que le seul moyen d’éveiller et d'éduquer l'attention chez le jeune enfant, consiste à lui faire choisir librement un mode d’activité, puis à le laisser s’y consacrer tout à loisir et tant qu’il veut, à la seule condition qu’il n’ennuie pas ses voisins. Des observations nombreuses, faites sur des enfants de nos écoles maternelles, corroborent cette affirmation. On nous permettra de citer une des plus typiques.
Marc D..., alors âgé de 4 ans et 4 mois, se trouvait chez nous, en 1926. Né dans des circonstances assez fâcheuses (albuminerie intense de la mère), il était très instable. Nous avions essayé, en vain, plusieurs fois, de fixer son attention par un jeu, selon la méthode montessorienne, et nous n’avions pas réussi. Le jouet le plus convoité ne retenait guère le petit diable plus de cinq ou six minutes. Mais une fois de plus, le hasard nous servit.
Un matin d’août, inquiet de ne plus l’entendre, je descendis au jardin et l’aperçus, assis sur les marches du perron, immobile, silencieux, et regardant sa petite main qu’il tenait en l’air, comme un ostensoir. Je m’approchai doucement, et je vis, au bout de son petit doigt replié, une minuscule coccinelle, noire, à tout petits points rouges. L’instable ne bougeait plus. Lui, le bruyant, dont les cris perforaient les tympans à cinquante mètres, me dit, en m’apercevant, de sa voix la plus douce, fine comme son drôle de petit nez :
— Regarde, tonton, la cossinelle.
Sa sœur lui avait enseigné déjà le nom de l’insecte. Mais il fallait voir le changement absolu d’attitude comme de comportement du bambin. Il resta longtemps accroupi, puis marcha, par tout petits pas, n’osant respirer trop fort. Lorsque la bestiole apeurée se figeait dans'ce mimétisme de mort, si bien décrit par J.-H. Fabre, l'enfant, par mimétisme aussi, se figeait, les yeux fixes, sa petite bouche entr’ouverte, dans une attitude d’attention absolue.
Ce que, ni des sermons, ni de petites corrections n’avaient jamais pu obtenir, pas plus que la promesse de récompenses, un insecte, rencontré par hasard, le réalisait. Voilà bien ce qu’il y a de profondément vrai, de génial même, dans la conception célèbre de J.-J. Rousseau, reprise avec de légères va-
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riantes par Froebel, puis par ‘Folstoï. Si ce dernier, dans son école utopiste de Iasnia-Poliana, pousse l’exagération du principe libéral jusqu’à risquer de semer l'anarchie, il n'en est pas moins vrai que la nature est, pour l’éducateur scientifique, l’Isis toujours voilée qu’il faut encore découvrir, et la mère des plus beaux secrets.
Qu'il s’agisse donc de jeux éducatifs, comme ceux que l’on emploie dans nos écoles maternelles, ou d’un mode d'activité librement choisi par l'enfant, ou encore, à lui imposé par la nature, le résultat est analogue; l'enfant doit s'adapter luimême à l’acte d'attention. Celle-ci est foncièrement une autoadaptation, c’est-à-dire un faisceau d’attitudes, qu'il doit acquérir, compléter et perfectionner peu à peu. Quant au milieu, familial ou scolaire, toujours maternel d’ailleurs, autant que possible, il agit par la suggestion de l’exemple sur l’enfant qui, à son tour, réagit par mimétisme. Ce que nous disons là est le fruit de notre expérience de vingt années d’inspection. Le comporteinent spécial des tout petits commença de nous intéresser à l’école maternelle de Mirande, en r90g'. Et depuis, nous nous sommes attaché passionnément à leur étude, parce qu'il est beaucoup plus difficile de leur enseigner une chose qu'aux élèves plus âgés. Les nombreux « pourquoi » que nous nous sommes posés pour mieux diriger nos maîtres, nous ont conduit, peu à peu, à la méthode exposée ici.
Reprenons maintenant nos expériences de 1922. M”° Coret, directrice de l'Ecole maternelle de Luchon, voulut bien établir une série d'observations conformes à la conception de M° Montessori.
Une première présentation en fut faite, devant un grand nombre d'instituteurs et d’institutrices, comme de parents d'enfants, le 17 juin 1922, au casino de Luchon. Cette première expérience ne réussit qu’à moitié. Les bambins, endimanchés, se montrèrent assez gauches. De plus, cette scène de théâtre et ce nombreux public, contribuèrent à les distraire, alors qu’il s'agissait d’un exercice d'attention. Il fallut donc plusieurs années d'efforts patients, de mise au point (alors que l’expérimentation paraît si simple a posteriori) pour aboutir
1. V. notre article dans La Revue pédagogique de 1993, à ce sujet.
aux premiers résultats sérieux qui ont été publiés dans l’Année psychologique de 1926. D’autres ont été obtenus depuis.
Afin de prendre le problème de l'attention à son origine même, et de faire vraiment de la psychogénie scolaire, M°° Coret, pendant l’année 1925-1926, a choisi 36 enfants dont l’âge varie de 2 ans 6 mois, à 6 ans. Garçonnets et fillettes élaient en nombre égal. Ceci était important et voulu, car des différences psychologiques sexuelles sérieuses nous étaient apparues déjà, on le sait. Chacune de nos expériences tendait à éliminer les causes d’erreur des précédentes et la question préalable de l’équilibre d’âge et de sexe, dans chaque test, nous préoccupait. Voici la manière très simple dont on procéda.
On laisse chaque enfant choisir, sur une table, parmi les nombreux types de jeux éducatifs, celui qui lui convient. Ensuite, il s’en sert comme il lui plaît, à la seule condition de ne pas importuner autrui. Il peut, d’ailleurs, adopter le dessin libre, s’il préfère. De la sorte, son activité s'exerce en toute indépendance, et pendant un temps maximum, puisqu'on le laisse libre de se consacrer à son jeu préféré tant qu'il le désire.
Le tableau ci-dessous permet de voir rapidement les résultats obtenus. (V. tableau n° r1.)
Chaque enfant, sauf cas rare d'absence, a été observé dixhuit fois, entre le 8 février et le 3 mars 1926. On verra combien peut varier, chaque fois, le temps d'attention. Les dates sont indiquées. L'heure est la même afin d’égaliser, autant que possible, les circonstances cosmiques et physiologiques. On a choisi enfin la matinée pour profiter de ce que Binet nomme joliment « la fraîcheur mentale du matin ». Comme on ne vient pas de bonne heure à « la maternelle », l’exercice a commencé toujours vers Q heures. Nous n’avons pas indiqué les noms des enfants. L'âge suffit, avec les numéros d'ordre, pour les distinguer. Les temps sont calculés en minutes.
Nous pouvons extraire du tableau 11, les moyennes intéres- ‘ santes suivantes :
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