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L'étude des deux courbes inférieures, qui représentent le pourcentage des rêves invraisemblables, met en évidence des faits analogues. Deux renversements de valeurs se produisent encore avant et après la crise pubertaire. Plus imaginätif avant cette crise, le comportement masculin le devient moins au C.M., c’est-à-dire pendant la période qui la précède immédiatement, pour le redevenir beaucoup plus pendant cette crise même (C.S.), et s’assagir enfin après. Encore ün caractère spécial à ce C. M., c’est-à-dire à la période troublante et troublée, de 9 à 12 ans.
Dans les deux cas, il importe de bien voir que la crise pubertaire fait osciller beaucoup plus le comportement masculin. Cette crise provoque un renforcement considérable de l’imagination masculine, tandis que la féminine fléchit plutôt à la même époque. En d’autres termes, la puberté, considérée au point de vue de ses conséquences subconscientes, nous paraît être une crise plus précoce et beaucoup plus profonde pour les garçons que pour les filles. Nous laissons aux médecins et aux physiologistes le soin d’en rechercher les causes organiques. Mais comment ne pas songer aux conséquences psychologiques, si bien mises en valeur par le docteur Dartigues, des greffes interstitielles du docteur Voronoff?*.
Donnons maintenant une conclusion intéressante de M. François Sarrieu sur le même sujet : « L'examen de la partie C du graphique n° 7 montre clairement que, chez les garçons comme chez les filles, les rêves sont beaucoup plus souvent logiques qu'invraisemblables. Dans beaucoup de cas, on relève même des précisions rationnelles qui supposent l'intervention des facultés supérieures de l’esprit. On obtient, dans l’ensemble, les pourcentages suivants :
— Rêves logiques : 60 %, dont les 2/5 sont précis; — ..... invraisemblables : 32 %.
« Ces résultats ne permettent-ils pas de croire qu’à côté d’un certain degré d’incohérence et de mécanisme inconscient, une activité subconsciente ordonnée, dépendante de l'éducation
1. V. Bibliographie à la fin du volume pour toutes les références générales.
et du perfectionnement intellectuel, intervient aussi indéniablement dans les rêves? Nous croyons aussi que le jugement, comme toute notre activité psychique consciente, naît, par évolution créatrice, du subconscient. »
Ces constatations établies sur l’étude très sérieuse de 286 rêves d'enfants de 7 à 16 ans, méritent qu'on s’y arrête un instant. Elles permettraient, sans doute, si on les généralisait, de donner une suite indispensable aux travaux de M. Pierre Janet, car le subconscient normal est encore le plus intéressant pour les éducateurs.
Après les psychiôtres, des psychologues nombreux se sont intéressés à l’analyse des rêves. Dans sa remarquable, mais incomplète Psychologie du Raisonnement (Alcan, édit.), Rignano consacre tout un chapitre, le treizième, à l’incohérence et l’illogicité des rêves (p. 398 et s.). Il cite, comme il convient, les travaux de Foucault et de Piéron sur la matière, sans oublier, selon son habitude de bibliographie surabondante, d’autres auteurs. On peut relever facilement des contradictions dans ce chapitre plus documenté que médité. Rignano admet que nous pouvons avoir, pendant le sommeil, « une activité psychique intense » (404) pour affirmer, un peu plus loin (407), et un peu précipitamment, que nos rêves sont absurdes. S'il est juste de reconnaître qu'ils manquent souvent de sens moral (408), ce que Freud, quoi qu’on dise, a fort bien expliqué, il paraît au moins bizarre d’attester en tête de paragraphe (513), la « non affectivité onirique ». Nous pourrions donner de nombreux exémples du contraire. Ainsi le rêve, souvent cité, dans lequel on se voit dévêtu en public, n’a jamais inquiété un soldat qui dormait tout habillé. Il naît précisément de la sensation vague et subconsciente que l’on est dévêtu pendant le sommeil. La note de J.-M. Lévy, sur les rêves de vol, publiée dans le Journal de Psychologie du 15 octobre 1928, part des mêmes conceptions. Il ne suffit pas que Dugas ait écrit « Le rêve, c’est l'anarchie psychique », pour que ce soit vrai. Quelle différence existerait-il alors entre le songe et la folie? Dans tous les rêves que résume Rignano (v. pages 415-417 de son livre précité), on voit, au contraire, l’influence d’une activité subconsciente organisée autrement que la conscience, évidemment, mais organisée tout de même. L'auteur en convient,
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un peu plus loin d’ailleurs, puisqu'il parle du « jeu mécanique des idées » (418), et cite un mot profond de Janet. Que l’on croie à un affaiblissement de l'attention avec Maury, à une prédominance de l'imagination avec Calton (421) — bien que nos observations mettent cette dernière affirmation au point — il faudrait plutôt dire : le paralogisme que l'illogisme des rêves. Le paralogisme se retrouve souvent chez les inéduqués, les affectifs, les imaginatifs, tous les non-schématisés. Nous persistons à croire que l'étude sérieuse et persévérante des rêves rendrait de très grands services à la psychologie expérimentale. On a eu le tort de ne vouloir trouver, avec Freud, que la fameuse « libido » qui fait à certains jouer un peu trop le rôle du mouchoir de Tartuffe, et dont les disciples de Freud, sinon celui-ci, ont eu le tort d’exagérer l’importance, réelle cependant.
La question de l’oubli ou de la permanence des rèves nous préoccupait aussi. Tous les auteurs, qui ont traité ce sujet, s'accordent à dire que la presque totalité des rêves s’oublie dès le réveil. Comment se fait-il donc que certains songes persistent cependant dans notre mémoire? La cause mystérieuse qui les évoque dans cet état de transition entre le subconscient et le conscient, qu'est l’éveil, ne pourrait-elle pas agir de même quand nous essayons d'évoquer un souvenir ou de nous adapter à un acte physio-psychique? Nos observations introspectives semblent indiquer actuellement que l'association de percepts ou d'images provoque, presque toujours, le rappel d’un rêve. Poussés par cette préoccupation, nous avons choisi, comme sujet de rédaction, pour l’un des examens du certificat d’études primaires, en juillet 1926 : « Racontez l’un de vos rêves. » L’émotion d’un jour d'examen, qui a beaucoup d'importance morale pour les petits montagnards, créait l’ambiance cénesthésique convenable à un tel sujet. I fut d’ailleurs très convenablement traité. Les épreuves, l'examen terminé, furent confiées à M. François Sarrieu qui les examina finement. Son analyse établit combien la vie subconsciente des enfants de 12 à 13 ans est étroitement liée à l’affectivité. Les compositions des 38 filles et des 29 garçons candidats se répartissent ainsi :
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