Synergie visuelle-kinesthésique
tournant, au grand effroi des petits, et un vieux cénobite qui nous salua du seuil de son moulin abandonné. Ce vieillard joue, quand il est ivre, le rôle de croquemitaine, à Arbas. Encore et toujours le rôle essentiel de la cénesthésie dans la mémorisation comme dans cette forme évocative de la mémoire et qui paraît étroitement liée à une modalité spéciale d’attention : celle que nous proposons d’appeler secondaire ou réflexive. La mémoire seule garde, classe, agence et schématise, mais n’évoque pas, sans l’étincelle attentionnelle.
Nous basons cette affirmation sur de nombreux faits d’observation et d’introspection. Nous y reviendrons en détail dans la dernière partie.
C'est précisément dans le but louable d’exciter toutes les modalités sensorielles et psychiques de l’attention, que notre collaborateur, M. François Sarrieu, a proposé de remplacer parfois la promenade par une leçon de choses faite avec des expériences très simples. Cette leçon met en action tous les sens et tous les moyens intellectuels des enfants. La préparation, en classe, par exemple, d’une bonne infusion destinée à être dégustée par tous, est un moyen excellent d’enseignement et de contrôle. Nous avons adopté cette suggestion heureuse comme moyen de vérification et de recoupement. C’est pourquoi le tableau actuel s'applique au test dit : Bertrand- Sarrieu. Il peut servir au relevé des deux modes complémentaires d’expérimentation. Insistons néanmoins sur la primauté de la promenade bien comprise. La nature est la plus belle, la plus vivante et la plus suggestive des classes. C’est dans une atmosphère de lumière et de liberté que l’on doit surtout observer l’enfant.
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x. — PREMIERS RÉSULTATS D'ENSEMBLE
De mème que chaque perception implique choix et jugement, comme l’a découvert Binet, de même chaque acte psychique, percept, concept ou idée, implique l'attention, sous une modalité quelconque. C’est ainsi que nous avons été amenés aux premières applications de l’analyse psycho-sensorielle à l’étude de l'attention. Les premiers résultats obtenus nous permettaient, dès 1926, de considérer déjà l'attention la plus élémentaire comme une modalité physiologique d’abord, indispensable à la transformation initiale et encore animale, des impressions en sensations. La psychogénie attentionnelle paraissait intimement liée à l’éducation et à l’évolution sensorielles.
Ainsi que Bernard Pérez à eu le mérite de l’entrevoir le premier, cette éducation peut et doit commencer dès le berceau, sous l’influence bienfaisante de la mère, dans le premier milieu familial. Le nouveau-né possède une synergie puisqu'il crie. dès qu’il a froid ou faim. Sa cénesthésie initiale procède donc des réactions ectodermiques et endodermiques ou orga-
niques. Les premières manifestations attentionnelles qui l’ar-
rachent douloureusement au sommeil, sont le froid et la faim, ces deux grands fléaux de l’humanité auxquels celle-ci doit d’ailleurs son effort constant vers le mieux-être. C’est bien ainsi qu'une psychogénie scientifique doit procéder : ab ovo disaient les scholastiques, en exagérant toutefois.
Encore, sous ses premiers aspects humbles et inconscients, l’accommodation attentionnelle se révèle dans toutes les mani-
festations du bébé : mouvements respiratoires et buccaux pour la têtée. La vue du sein maternel, nous venons de le constater, ne joue aucun rôle au quatrième mois, alors que celle du biberon provoque une explosion délirante de synergie évidemment triple : VKC. Ainsi le facteur visuel paraît déjà l’élément lumineux, photophorique qui transformerait, peu à peu, l'explosion syncinésique et inconsciente, en activité subconsciente organisée, par expériences multiples d’abord, en mouvements, actions ou actes conscients et volontaires enfin.
C’est ainsi que l’apprentissage de la préhension, monomanuelle pour commencer, procède d’un réflexe ectodermique et palmaire inné, puis de la synergie, longue à acquérir, de l’emploi simultané des deux mains, qui exige des anastomoses plus compliquées, créées après échecs innombrables. De même, bander ses petits reins comme un arc, puis se tenir assis, se tenir debout et enfin marcher, constitue également une évolution attentionnelle indéniable. Celle-ci est kinesthésique et celle-là dactylésique. Il ne faut plus les traiter comme Cendrillon ou bien la fée psychogénique refera d’elles justement des princesses. Elles constituent la vie puérile préscolaire, avec l'attention cénesthésique dont les débuts — qui réapparaissent dans la désorganisation de la sénilité — sont également humbles, mais indispensables à la vie.
Ainsi chaque sens, cryptique ou visible, se forme organiquement et psychologiquement par un apport dynamique et régulateur, commun et spécial, base du dynamisme psychogénique.
Au point de vue scolaire, deux modalités attentionnelles méritent principalement d’être étudiées de près : la visuelle et l’auditive. Ordinairement la famille cultive beaucoup plus celle-ci que celle-là. Les parents sont fiers de voir que l’enfant sait écouter et parler; car, par attention auditive, nous entendons aussi l'effort spécial d'adaptation verbale qui en résulte logiquement comme le prouvent les sourds-muets.
Nos observations personnelles cependant indiquent, dès le début, une supériorité marquée de l'attention visuelle. C’est d'autant plus curieux que presque tous les maîtres parlent
beaucoup trop et comptent surtout, mais à tort, sur l’activité auditive-verbale pour la compréhension et la mémorisation. Il convient de remarquer que le milieu cosmique, surtout à la campagne, exerce une influence toute autre que la famille et l’école. 11 excite l’activité visuelle et prépare des contemplatifs qui passeront pour distraits à des yeux peu perspicaces, nous l'avons vu précédemment. Les expressions courantes : voir, pour comprendre, évident, par son étymologie, révèlent l'importance de ce facteur primordial déjà par lui-même, et encore par son influence synergétique d’apport aux autres activités perceptives, schématiques, conceptuelles et même idéologiques, puisque l’idée de Platon est une image visuelle, à l’origine. Aussi constate-t-on, presque toujours, dans nos formules psychogéniques, la primauté, la supériorité de l’attention visuelle, base des études ordinaires.
L’attention auditive vient bien après seulement ; c’est une constatation assez curieuse et qui montre, une fois de plus, que les procédés éducatifs n’agissent utilement que par harmonie avec les lois de l’évolution naturelle. Combien de maîtres encore, même avec de petits élèves, ont le grand tort de parler trop, de donner un enseignement presque exclusivement verbal qui ne s’adresse qu’à la mémoire de mots souvent incompris. [l semblerait logique, tout au moins, que les enfants ainsi éduqués, fussent des auditifs particulièrement avancés Et cependant, il n’en est rien. Ces élèves d’orateurs, plutôt que d’éducateurs, accusent, avec une déficience visuelle, dont leurs camarades plus favorisés ne souffrent pas, une insuffisance auditive au moins égale à la leur. Ceci ne pourrait-il indiquer que, sauf chez les aveugles-nés (dont le développement mental, spécialement conditionné, devrait être étudié de très près par notre méthode), l’attention visuelle et imagée sert nécessairement de substrat à l’attention auditive schématique? Jusqu'à preuve contraire, on nous permettra de maintenir cette hypothèse sur laquelle nous reviendrons.
L'odorat et le goût, qui sont physiologiquement liés, restent longtemps déficitaires chez l’écolier. Le psychologue scientifique ne suit pas l’adage : De minimis non curat prœætor. Remarquons donc, au risque de faire sourire, que nos élèves, jusqu’à 10 ou r1 ans, ne savent pas se moucher, sauf toutefois s’ils sont passés par nos écoles maternelles où l’hy-