‹ Essai d'analyse psycho-sensorielle et de psychogénie scolaireChapitre 90 sur 139 · DAT · texte numérisé non relu

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giène du nez et de la bouche est l'objet de soins intelligents. Avec un nez bouché, les enfants ne sentent rien et goûtent très mal. Odeurs et saveurs, « sauf le goût sucré apprécié dès la naissance par le bébé », leur échappent. [l y a là une campagne urgente à entreprendre. Eile est aussi indispensable à la respiration et l’hygiène que pour l'éducation de l'attention. L'enfant qui respire mal et dont le type exagéré est l’adénoïdien, est fortement déficitaire pour toutes les modalités de l’attention.

La kinesthésie, au contraire, suit souvent de près l’évolution de la vision. Les jeunes montagnards surtout accusent des coefficients très symptomatiques. Les péripatéticiens avaient constaté l’heureuse influence de ia marche sur la réflexion et la pensée. Nietzche, pendant son séjour sur la côte ligure, gravissait les pentes de l’Apennin, toutes les fois qu’il méditait une question nouvelle. Bien souvent, pendant nos longs séjours dans les Pyrénées, nous avons constaté l’heureux effet d’une longue ascension solitaire qui accroît le dynamisme psychique, pourvu cependant que l’on ne s'impose point une fatigue musculaire épuisante. Les promenades scolaires ellesmêmes sont plus fructueuses quand elles ont lieu sur une route de la montagne que dans la vallée. Nous posons, de nouveau, ici, le problème du subconscient. Dans quelle mesure la kinesthésie conditionne-t-elle l'attention soit perceptive, soit conceptuelle? Voilà une question que notre méthode pourrait aider à élucider dans l’avenir. Mais le rôle considérable de la kinesthésie, sur lequel nous reviendrons plus loin, avec des exemples typiques, ne peut plus être mis en doute. Elle paraît même fournir l’apport initial dynamique moteur dans toute activité sensorielle. Chez le jeune bébé, ‘la kinesthésie se révèle initiale et constante, de plus en plus puissante à mesure que la formation musculaire se complète, souvent frénétique et syncinésique, dès le quatrième mois surtout, en synergie cénesthésique.

Bien que nous ayons placé, dans notre tableau, la cénesthésie dans le troisième cycle, pour les raisons déjà données, il convient de l’étudier dès maintenant. Ce deuxième sens cryptique se révèle par les premiers cris des nouveau-nés. Il se manifeste dans nos tests dès le cours élémentaire, à l’âge que Binet considère comme celui du type sèchement énumé-

rateur. Je suis persuadé qu'avec une adaptation plus étendue de notre méthode aux écoles maternelles, il serait possible de faire des découvertes intéressantes, à ce point de vue, chez les tout petits dont il faut comprendre le langage spécial, surtout les gestes et réflexes. Pour le moment, nous sommes obligés d’avouer que les écoliers de tout âge, et particulièrement les garçons, se montrent plutôt défic:ents. Bien souvent, la lettre G est précédée d’un signe négatif ou sans coefficient. Mais nos tests ne révèlent un facteur sensoriel, ne l’oublions pas, que grâce à son rappel réflexif, conscient ou subconscient. Un premier mode cryptique d'existence peut précéder sans pouda révélé par nos moyens d'investigation. À notre point de vue scolaire et pratique, il est alors comme s’il n’existait point.

Cette déficience cénesthésique probable existe dans les formules lacunaires et médiocres. Au contraire, la formule psychosensorielle est ordinairement complète, riche, bien équilibrée (v. celle de Marthe B..., déjà citée) quand le coefficient cénesthésique est élevé. L’affectivité ne fait pas seulement les poètes; il convient de la considérer comme le signe de tous les esprits d'élite, voire du génie sous toutes ses formes. IL serait facile de le prouver par de nombreux faits historiques et littéraires ou artistiques, surtout pour la période contemporaine.

La valeur énorme, peut-être essentielle, de la cénesthésie, sur laquelle nous avons tant de fois insisté, se manifeste donc encore dans toute l’activité psycho-sensorielle, par conséquent dans le domaine éducatif et scolaire. Il existerait un lien étroit entre l'attention globale, la plus évoluée, et l’émotion.'L’intérêt qui naît de celle-ci conditionne étroitement celle-là : c’est un fait.

Le milieu familial et scolaire exerce une influence considérable sur le développement cénesthésique spécial que Ribot

a fort bien nommé la logique des sentiments. Ce n’est pas mai-

heureusement dans les familles les plus distinguées, au sens mondain du terme, que les enfants sont les mieux placés à ce point de vue. Quand ils n’entendent parler que de modes et d'argent, de moyens multiples de réussir sans mérite personnel, du prochain comme d’un ennemi à combattre ou d’un matériel à exploiter, tout se dessèche et se fausse dans ces jeunes têtes. Leur idéal se résume dans ce mot : paraître.

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Nous ne voulons pas faire ici œuvre de moraliste. Mais nous avons l’habitude de ne pas nous abstraire du milieu humain, familial, scolaire ou social, dans nos travaux que nous voudrions — c’est notre seule prétention — utiles à nos semblables, surtout à ceux qui viendront après nous. Voilà pourquoi nous signalons aux psychologues, comme à tous les éducateurs, à toutes les familles, la nécessité urgente de favoriser le développement de l’affectivité saine et de plus en plus fine (tact) chez l’enfant et même chez les jeunes gens qui en manquent trop, parfois, aujourd’hui. C’est le culte de l'émotion largement humaine qui fit le triomphe du christianisme sur les civilisations antiques. C’est pourquoi, dans l’art, dans la vie sociale, et presque toujours, le jugement n’agit guère sur la volonté que par ce que je nommerai ses harmoniques sentimentales. Dans ce mystère complexe de l'intelligence hu: maine actuelle, telle qu’elle est devenue (v. épigraphe), un équilibre reste indispensable entre la kinésthésie qui est force, et la cénesthésie qui devient amour.

Eveillons donc celle-ci avec autant de soin que de respect, puisqu'elle conditionne autant le cycle sensoriel et le conceptuel par l'attention qu’elle suscite, que le cycle moral par la volonté qu’elle fait naître et qu’elle soutient. Tout idéal vient d’elle.

La formule psycho-sensorielle permet encore, et tout aussi facilement, de noter les lacunes comme les étapes de l’activité conceptuelle ou intellectuelle dans le sens ordinaire de ce dernier terme. Nous avons vu que les premières manifestations du deuxième cycle psychogénique sont relatives à la mémoire et au sens de la précision ou quantité. Celui-ci naît du calcul tel qu'on l’enseigne aujourd’hui dans les bonnes classes élémentaires, par le comptage d’objets manipulés et les représentations visuelles des opérations d’abord, des solutions-types des problèmes simples par graphique ensuite. Nous entrerons plus loin dans le détail (v. conclusion).

Les jugements, presque toujours logiques, précèdent l’apparition de l’association d’idées assez souvent. En revanche,

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ils ne précèdent jamais l'association perceptive ou d'images. Ges faits justifient la thèse d'Alfred Binet, thèse que personne jusqu'ici, pas même Rignano, qui a traité cependant, sous le même titre, le même sujet (en descripteur plus qu’en psychologue), n’a estimée comme il convient. Il est vrai que l’explication de Binet reste touffue et difficile à saisir en première lecture. Il à cependant bien montré et prouvé, en partie tout au moins, que le jugement se réduit, à son origine, à une synthèse de trois images qui se fondent en deux, puis en une seule. Notre constatation indique ce qu’il y a de fondé dans cette psychogénie du jugement. Binet fut inconoclaste à la fin de sa vie; il essayait alors d'établir une théorie de la pensée sans image; or, il a revu et réédité plusieurs fois, en changeant de point de vue partiel, mais sans rien transformer d’essentiel, sa Psychologie du Raisonnement, basée, au contraire, sur l’association des images, comme nous l’expliquons ailleurs’. Ceci montre assez, croyons-nous, la valeur indispensable de l’image mentale dans toute psychogénie.

L'imagination toutefois se manifeste assez tard et assez peu souvent. Il est vrai que la forme actuelle du test ne s’y prête pas beaucoup; c’est pour cela que nous souhaitons une collaboration large qui permettrait, après avoir obtenu un assez grand nombre de résultats, d’en tirer un perfectionnement, sinon du tableau, du moins des exercices à prendre comme tests. Il serait facile de proposer, de temps à autre, par exemple, un travail libre (rédaction et dessin) d'imagination, afin de combler cette lacune des promenades, s’il y a lieu.

Le symbolisme n'est pas rare dès le cours moyen, vers 1o ans. La lecture expliquée de nombreuses poésies prépare bien les élèves de nos écoles à cette forme d'activité conceptuclle. Il y a quelques années, une fillette de 11 ans, du village d’Estenos (dont l’étymologie, « Stenos », et la situation dans un défilé décèlent, quoi qu’en pensent des historiens trop romanisés, l’origine grecque : fait intéressant pour le psychologue qui tient compte des races comme des milieux), écrivit cette phrase bien personnelle, dans une composition française :

Rose comme le pic du Gar au coucher du soleil.

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