‹ Essai d'analyses grammaticales suivant les principes de l'abbé Girard [microforme]Chapitre 28 sur 28 · Biens, dignités, honneurs, tout disparait à la mort · texte numérisé non relu

Biens, dignités, honneurs, tout disparait à la mort

Le Tellier, dans su grammaire, page 146, en parlant de l'accord du verbe avec son sujet, dk : ‘’ on met le verbe au singulier, malgré les pluriels qui précèdent, lorsqu'il y a une expression qui réunit tous les substantifs en un seul”, et explique ainsi pourquoi dans la phrase précédente le verbe disparait est au singulier. (Cette explication répand une espèce d'ombre mystérieuse sur le suhjectif de cette phrase : on se demande pourquoi plusieurs substantifs au pluriel n’exigent pas que l’attributif, ou le verbe, soit au pluriel. Ce mystère n’existe pas dans le système analytique de labbé Girard, L'auteur de cette phrase, vivement ému par la vérité exprimée par ces mots, tout disparait à la mort, veut la faire passer dans l'esprit de ceux à qui il s’adresse, en la fesant porter particulièrement sur quelques espèces de pertes qu’il a spécialement en vue. Pendant le feu de la composition, il laisse échaper ces mots, biens, dignités, honneurs, qui appuient plus fortement sur sa pens:e, et qui tous trois forment un adjonctif composé par jonction. L’adjonctif, ainsi que le circonstanciel composé, est en régime libre, et peut par conséquent se placer partout où la clarté du sens le permet. Mais par malheur, en ce cas, il est placé avant le vrai subjectif de la phrase tout, et voilà toutes nos anciennes méthodes en défaut, parce qu’elles ne donnent qu’une idée bien imparfaite de ce que l’on nomme adjonctif. Plaçons autrement cet adjonctif, et disons : à la mort tout disparait, biens, dignités, honneurs ; ou, biens, dignités, honneurs, à la mort tout disparait ; et l’on a la même pensée exprimée par les mêmes mots sans altération du sens.

[1 ne me reste plus qu’à placer ici mes signes analytiques.

VII. Biens, dignités, honneurs, I. tout Il. disparait V. à lu mort.

88. [. L’ambitieux IL, sacrifie WI. tout IV, à l& fortune : ph. 3. 5. 8. 10.

Un savant visiteur de l’école des Glacis, voulant ‘‘assurer si un des élèves de cette institution, qui venait d'aaalyser ainsi cette phrase, comprenait bien ce qu'il disait, Ja changea en la manière suivante :

C'est à la fortune que sacrifie ambitieux,

L'élève dit, sans hésiter : Monsieur, vous en avez fait deux phrases : dans Ja première c” est le subjectif, est est l’attributif, à la fortune est le terminatif ; et dans la seconde phrase, que ent le conjonctif, sacrife est l’attributif, et ambitieux est le subjectif.

On voit que l'élève s’attachait tortement au sens, puisqu'il ne fut pas trompé par la place qu’occupait le subjectif.

n effet, dans la forme expositive, le sujet se place ordinairement avant le verbe, et l’objet se place après, comme on le voit dans la première phrase.

Remarquons, dans la première phrase comme dans la seconde, que les mots à la fortune forment un terminatif ; et qu’entre ces deux phrases il n’y a de différence matérielle que celle qui provient de l’absence de tout, l'objectif de la première phrase, que l'on a omis de mettre dans la seconde. Remarquons encore que c’ ou ce, pronom indéfini, ne se rapportant à aucune chose particulière, n’est ici qu’un subjectif indéfini. D'où je conclus que les monts c’est et que ne figurent que comme adjonctif, je veux dire pour appuyer plus fortement sur la chase énoncée par le terminatif. Ainsi, en appréciant à sa juste valeur le sens de cette pbrase, je puis très bien dire dans la pratique : c’est, que, gai licisme, c’est comme qui dirait: à Le fortune sacrifie l'ambitieux ; ou lambitieux s’acrifie à la fortune.

89. I. Be papillon IT. n’est VI. qu’? HIT. une chenille bien habillée : ph. 2. 5. 8. 10.

HE. Voi- V. là III. le petit-maêtre : ph. 2. 4, 8. et 9. 10.

Les dictionnaires ne sant pas d’acrord sur l'espèce du mot voilà : les uns en font un adverbe, les autres en font une préposition, et l’abb£ Girard en fait une particule exhibitive. Mais enfin on commence à reconnaître que ce mot est cnmposé du verbe voir accompagné de l’adverbe {à. Dans l'exemple précité on peut dire, avec Duvivier, que le verbe est à la seconde personne du singulier du mode impératif. Le signe ph 9. indique que la phrase est implicite, parce que dans la forme impérative on supprime, à la seconde per-

sonne, le pronom qui devrait être le sujet ; mais on met en apostrophe toute dénomination à qui s'adresse le discours, On trouvera peut-être cette explication encore plus évidente en mettant ainsi cette dernière phrase au pluriel :

VIT. Messieurs, IT. voyez V. là LIT. le petit-maître.

Dans toutes les occasions où l’on emploie voi-là, on ne peut pas toujours dire que le verbe voir soit à la seconde personne du singulier de l'impératif, Souvent on peut aussi bisn dire que voi est à la première ou à la seconde personne du présent de l'indicatif. Parexemple, si je dis : consultons le dictionnaire que voi-là ; l’homme que voi-ld te connait bien : il me semble que c’est comme si je disais que Je vois là ou que tu vois là.

Dans la pratique je dis : voi-là, gallicisme, c’est comme qui dirait vois là ou tu vois là, suivant que l’un ou l’autre est applicable à la circonstance,

Quant à l’orthographe de cette ancienne locution, il est inutile d’en parler, puisque ce n’est que depuis environ trois siècles que les Français ont commencé à avoir des gratnmaires et des dictionnaires de leur langue.

fout ce que nous avons dit de voi-l@ s’applique à vai-ci.

Pour signaler cette découverte, j'écris ces deux mots avec un tire. L

On voit, par ce que nous venons de dire des trois anciennes locutions il y a, c’est, et voi-là, que le français peut attirer toute l'attention de l'auditeur sur aucune des parties constructives de la phrase, en mettant particulièrement cette partie en évidence par l’emplai judicieux d’une de ces 1ncutions, tout aussi bien que le latin peut le faire avec les terminaisons de ses noms. Je ne parle que de l'emploi judicieux de ces expressions, car leur retour trop fréquent retarde ln marche de l’esprit et rend le discours fastidieux. T1 ne me faudrait pas chercher très longtemps pour'trouver de nombreux exemples de semblables tournures adjonctives, si je traitais de la constenction oratoire.

Tous les exemples contenus en cet essai, je les ai expliqués à beaucoup de jeunes enfants, qui m'ont prouvé qu’ils me cr, eo bien, en répétant sur-le-champ ce que Je leur disais, et en appliquant ensuite les principes que je leur avais développés, À d’autres phrases que

je leur présentais. (Ceux qui disent que les enfants sont incapables de comprendre des choses aussi difficiles que celles que contient cet essai, nient des faits positifs, prouvent leur manque d'expérience, et calomnient la nature humaine. Les enfants sont beaucoup plus capables d'apprendre, qu’on ne le pense généralement : j'ai tous les jours l’occasion de le vérifier ; c’est d’ailleurs l’opinion de plusieurs savants dans les sciences exactes et dans les belles-lettres.

Afin de justifier l’importance que j’attache à commencer l'étude de notre langue par les analyses grammaticales, je termine cet essai par un extrait du traité des tropes par Du Marsais. Vers la fin de cet ouvrage, ce célèbre rammairien, après avoir observé que quand il s’agit ’instruire les autres,.il faut imiter la nature, qui ne commence point par les principes et par les idées abstraites, que <e serait commencer par l’inconnu, ajoute : << j’espère traiter quelque jour cet article plus en détail, et faire voir que la méthode analytique est la vraie méthode d'enseigner, et que celle qu’on appèle synthétique ou de doctrine, qui commence "zr les principes, n’est bonne que pour mettre de l’ordre dans ce qu’on sait déja.”

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