‹ Essai d'hématologie pathologiqueChapitre 2 sur 11 · DE LA MEILLEURE MÉTHODE A SUIVRE DANS LES ÉTUDES · texte numérisé non relu

DE LA MEILLEURE MÉTHODE A SUIVRE DANS LES ÉTUDES

d’hématologie pathologique.

Ce serait plaider une cause désormais gagnée , que de chercher à prouver que les altérations du sang peuvent jouer un rôle dans la production des maladies. Tout récemment encore, les travaux de M. Magendie sont venus jeter sur ce point de pathogénie une lumière vive et durable. Ce serait toutefois une intéressante étude que celle qui , remontant vers le passé , montrerait la médecine tantôt exclusivement dominée par des théories qui rapportaient toutes les maladies aux altérations du sang, et tantôt n’accordant plus à celles-ci aucune

sorte d’influence. Et cependant, dès les premiers temps delà science , l’école de Cos avait proclamé, comme un de ses dogmes , que , dans l’état de santé comme dans l’état de maladie , il faut prendre à la fois en considération les solides, les liquides et les forces. Mais peu de médecins restèrent fidèles à ces principes , et Galien reprochait vivement à ses contemporains d’avoir brisé ce bel ensemble de l’ancienne école grecque , pour ne plus faire intervenir, dans l’explication des maladies , les uns que les solides, les autres que les liquides, les autres enfin que les forces qui pénètrent et animent la matière organisée (i). Et ainsi se marquaient, dès ces temps antiques , ces trois grands points de vue de la science , qui , exclusivement envisagés , ont produit les trois systèmes du solidisme, de riiumorisme et du vitalisme.

Un des caractères de l’époque médicale actuelle est d’avoir compris à quels résultats incomplets et

(1) Hippocrates, cum trifariam hominis elementa divisisset, iii continentia , contenta , et ea , qiiæ im petiim faciunt..., liaud scio quomodosuccessores ejusunam illam révéra divinam Æsculapiimedicinam in très partes sibi cohærentes distribuerint atque diviilserint. Alii enim humidis , tum caiisam eorum quæ secundum naturam habentconstitutionein,tumcausam eorum quæ prœter naturam, solis atlribuere, ut Praxagoras et Herophilus. Alii, solidis corporibus initia et elementa attribuentes , ex bis tum quænaturaconsistunt, tum morborum causas inde capiunt , ut Erasistrates et Asclepiades. Athenæi vero et Archigenis imitatores , spiiitu solo ea pénétrante, tum naturalia consistere ac gubernari , tum morbos universos hoc prius offenso creari dixerunt. (Medicus.)

nécessairement erronés conduisent ces morcellements de la science; elle est donc revenue à Tétude des altérations du sang, complètement négligée ou dédaignée pendant de longues années ; mais , chose singulière ! on ne doute plus de la réalité de ces altérations et de leur importance, et cependant on les connaît encore à peine, et le raisonnement plutôt que Fobservation a porté à les admettre. L’hématologie pathologique est donc encore très j peu avancée , et cependant ce ne sont pas les tra- ' vailleurs qui lui ont manqué ; mais la plupart d’entre eux ont fait, à mon avis, fausse route, parce qu’ils n’ont pas choisi la méthode qui seule pouvait j les conduire à la découverte de faits importants. i Cette méthode , c’est l’analyse du sang par la chimie j et par le microscope ; c’est , en d’autres termes , 1^ * tude de ses principes organiques et inorganiques i séparés les unes des autres , et suivis dans leurs changements individuels de proportion ou de nature. Sans doute, en se livrant à cette sorte d’étude , il ne faudrait pas négliger celle des propriétés physiques du sang , mais en sachant bien que cette dernière étude est presque toujours insuffisante , et qu’employée seule, sans le contrôle de l’analyse, elle peut souvent devenir une source d’erreur. Car on ne saurait se rendre un compte exact des divers changements que le sang est susceptible d’éprouver dans ses propriétés physiques , si l’on n’a pas appris à rattacher ces changements à d’autres plus intimes survenus dans la composition du liquide^

et dont les premiers ne sont que Teffet. Ainsi il peut arriver que le sang présente un aspect identique, et soit également couenneux dans des maladies aussi différentes que le sont la chlorose d’une part, et la pneumonie ou le rhumatisme articulaire aigu d’autre part. Le sang est-il donc semblable dans la chlorose et dans la pneumonie? Dans ces deux maladies, la couenne a-t-elle une même signification? c’est ce que la simple considération de l’aspect du sang ne saurait nous apprendre ; et c’est ce que l’analyse pourra seule nous révéler, comme je le dirai plus bas. D’autres fois c’est le microscope qui devient surtout notre moyen d’analyse ; c’est lui , par exemple , qui pourra nous révéler dans les globules des altérations de qualité, ou qui nous montrera du pus dans le sang, etc. Enfin , dans ces recherches difficiles où aucune source de lumière ne saurait être négligée, l’investigation chimique et microscopique trouvera parfois un utile complément dans les expériences physiologiques. Par celles-ci , en effet , on peut modifier chez des animaux la composition du sang , et par suite ses propriétés physiques , de manière à rendre ce liquide plus ou moins semblable à ce qu’il est dans certaines maladies. Une fois ces modifications produites , on observe quels sont les phénomènes qui surviennent dans les différentes parties de l’organisme, et l’on peut en tirer des conclusions relativement à l’influence que des modifications de même nature, survenues spontanément dans le sang de

l’homme, peuvent exercer sur îa production de plusieurs états morbides. C’est en procédant ainsi queM. Magendie a prouvé îa part que peut avoir un sang , moins chargé de fibrine que de coutume , dans l’apparition des congestions sanguines et des hémorrhagies. Mes analyses m’ont conduit à des résultats semblables aux siens.'

Telles sont les voies dans lesquelles il faut nécessairement marcher, si l’on veut imprimer quelques progrès à l’hématologie pathologique. A quoi servira-t-il, par exemple, de s’épuiser en pures considérations , comme on fa fait souvent, sur le rôle joué par le sang dans l’organisme, sur l’influence réciproque de ce liquide sur les solides, et des solides sur lui ? A quoi servira-t-il encore de déduire, par le raisonnement, l’existence des altérations du sang et leur rôle dans les maladies, de la considération des causes et des symptômes de ces dernières? Sans doute, il y a là de très bons arguments à faire ressortir ; mais ils ne peuvent conduire qu’à de simples probabilités, ou bien l’on en reste ainsi à des notions tellement incomplètes qu’elles sont le plus souvent inutiles et quelquefois même dangereuses. C’est ainsi qu’on a conclu que le sang devait s’altérer, et que cette altération devait être le point de départ de la maladie, lorsque celle-ci reconnaît pour cause l’absorption d’un miasme, d’un virus ou d’un poison. Mais ce n’est là qu’une présomption, et on peut aussi bien admettre que le sang, dans des cas de ce genre, a servi de simple

véhicule à Tageiit délétère qui Ta traversé sans l’altérer, pour aller plus ou moins rapidement s’attaquer aux seuls solides. Je pourrais citer bien d’autres exemples du vague déplorable dans lequel on est forcé de rester, lorsque de la nature des symptômes ou des causes on veut déduire directement la nature de l’altération que le sang a pu subir : eût-il été possible , par exemple , en procédant de la sorte , de reconnaître en quoi diffère l’altération du sang dans le scorbut et dans la chlorose? Qu’avait-on dit en effet de l’état du sang dans ces deux maladies ? Rien autre chose , sinon qu’il était appauvri , et de cet appauvrissement on faisait dépendre les symptômes du scorbut et ceux de la chlorose. Mais pourquoi ces symptômes sont-ils à tant d’égards si différents? C’est que dans le scorbut et dans la chlorose la nature de cet appauvrissement n’est pas la même ; dans chacune de ces maladies , c’est un élément différent du sang qui fait défaut , et ainsi l’analyse vient apprendre comment le scorbut et la chlorose ne sont pas des maladies de même nature, et l’on s’explique dès lors la grande différence de leurs symptômes , malgré la circonstance d’un sang appauvri qui existe dans toutes deux. Ainsi, là où ranatomie ne nous découvre plus d’altération , la chimie nous en montre, et je ne doute pas qu’elle ne devienne de plus en plus une des bases de la pathogénie , non seulement, comme elle le fait surtout aujourd’hui, en analysant les liquides modifiés par la maladie ,

mais encore en poursuivant dans les solides euxmêmes Tétude importante des changements de proportion ou de nature des principes élémentaires qui composent ces solides.

Du reste , ce n'est pas seulement de nos jours que s’est produite Fidée de rechercher l’origine des maladies dans une altération des principes élémentaires qui entrent dans la constitution du corps des animaux. Cette idée s’est fait jour dès les premiers temps de la science : mais long-temps elle resta stérile, parce qu'au lieu de chercher à constater expérimentalement l’altération de ces principes , on ne fît le plus souvent que la supposer. L'ancien humorisme , à toutes les époques où il a régné , n’a été que l’expression exagérée et hypothétique de cette idée. Elle se retrouve tout entière dans les dogmes de la philosophie grecque , qui attribua les maladies à un certain nombre de modifications qui survenaient dans les éléments dont elle supposait le corps humain primitivement composé. Cette doctrine régna dans la science sans contrôle depuis Thalès jusqu’à Galien , et depuis Galien jusqu’aux chimistes du xvF siècle. Ceux-ci, en brisant l’antique doctrine des quatre éléments , abattirent aussi les théories médicales qui s’y rattachaient ; mais ils en conservèrent Fidée-mère : car eux aussi établirent que l’origine des maladies devait être rapportée à une combinaison vicieuse ou à quelque altération des principes simples qu’ils croyaient avoir découverts dans la nature en général et dans les

corps organisés en particulier. Mais ils s’embarrassèrent peu de faire des expériences pour prouver leurs assertions ; ce qu’ils voyaient se passer dans leurs creusets , ils le supposaient hardiment dans le corps vivant; ils faisaient réagir au sein des organes les acides , les alcalis , les sels , qu’ils y avaient découverts, sans s’occuper de démontrer par l’expérience la réalité de ces réactions ; et ils arrivèrent ainsi, dans leurs doctrines patliogéniques , aux conceptions les plus étranges : il nous reste , par exemple , de cette époque une nosologie de Schenneman, disciple de Paracelse , où cet auteur établit dix classes de maladies, qu’il fonde sur un certain nombre de modifications survenues dans trois principes constituants du corps ; savoir : le mercure, le soufre et le sel ( i ).

A cette époque, Sylvius Deleboë essaya de fonder tout un système médical , en rapportant aussi les maladies à une altération des principes que la chimie venait de découvrir. Il faisait jouer un grand rôle, dans la production des maladies, à l’état d’acidité ou d’alcalinité des humeurs. Une des causes les plus fréquentes de la fièvre était , selon lui, un âcre^ doué de propriétés chimiques diverses, qui allait exciter lecœur Il faisait dé-

(1) Voyez Sennerli opéra, tom. 1 , de chemicoriim cum Aristolelicis et Galenicis consensii ac dissensu liber , cap. Jlf.

(2) Quodibet acre, iiimc acidnm, nunc lixivo-salsum, niincmuriatico-salsiim, per venas unà cum sanguine ad cor propulsum , atqiie interné cordis parenchyma mordicans Francisci Sylvii De-

pendre l’inflammation de ce que , par suite de la stagnation du sang dans les vaisseaux , ses parties les plus volatiles, les plus subtiles, et qui ont coutume de tempérer les parties acides ou salines , s’évaporaient ; dès lors , ces dernières , devenues encore plus âcres , produisaient une effervescence chaude , en raison des molécules huileuses qu’elles contenaient , et le sang pouvait de la sorte arriver à un tel degré d’inflammation, qu’il se transformait en pus (i). Ces opinions et ce langage sont à peine intelligibles pour nous ; et cependant, au milieu de tant de vaines hypothèses , on est frappé de trouver de temps en temps des assertions qui méritent un examen sérieux, et auxquelles est revenue la physiologie pathologique de nos jours. C’est ainsi que Sylvius explique un certain nombre de désordres des fonctions digestives , tantôt par des réactions chimiques insolites qui auraient lieu dans l’estomac ou dans les intestins, tantôt par la formation, au sein de ces parties, d’un excès d’acide, tantôt, au contraire , par la diminution des substances acides

leboe praxeos medicæ liber primus , caput XXVII , de Febribus in genere).

(1) Arbitrer aiilem incendi acinflammationem parère sanguinem, quatenus ex ipso in vasis suis valdè dislentis, partibusve quibiisdam aliis subsistenle, hoc est stagnante , moxincipiimt evanescere partes spirituosæ, magisque volatiles ac subtiles, tuni acidas, tum salinas temperare solitæ ; iinde iitræque acriores factæ acrius in se niutiio insiirgunt , effervescentiamque ob partes sanguinis oleosas præsentes calidam excitant ; quin paulatim sanguinem ita corrumpunl , ut in pus vertatur (Sylvius Deleboe , toc. cit., lib. 1, cap. XL'.

ou alcalines qui doivent naturellement se produire dans les voies digestives (i). Ailleurs , Sylvius cherche à se rendre compte de la fluidité du sang dans les fièvres malignes et dans la peste, par l’existence, au sein de ce liquide , d\in excès de principes alcalins , nés dans l’économie , ou apportés du dehors ; et, ce qui lui arrive rarement , il cite ici des expériences : il dit que d’une part l’injection de substances acides dans les veines d’un animal vivant opère surde-champ la coagulation du sang, et que d’autre part le sang se dissout, au contraire , si l’injection est pratiquée avec des substances alcalines (2). Ces faits sont du nombre de ceux qui ont été en quelque sorte retrouvés par les observateurs modernes : et M. Magendie a prouvé qu’en opérant sur les animaux vivants une véritable dissolution du sang à l’aide d’une substance alcaline qu’on y

(1) Idem , ibid, cap. I, de siti læsa. — Gap. Vil, de alimentorum fermentatione in ventriciilo læsa.— Cap. IX, de nausea , eructatione et vomitu. — Gap. X , de chyli a fœcibiis alvinis secretione læsa. — Cap. XI, de vitiosa bilis, et succi pancreatici una cum pituita continue excitata in teniii intestine effervescentia. — Gap. XIV, de variis intestinorum doloribus.

Plusieurs des sujets annoncés dans ces titres de chapitres ne pourraient-ils pas devenir la matière d’intéressants travaux ? c’est là ce qui attache si fortement à la lecture des ouvrages de Sylvius , et de beaucoup d’autres de ses contemporains , bien qu’on sente qu’ils ne font sans cesse que poser des problèmes sans les résoudre.

(2) Sylvius Deleboe , praxis medica , lib. 1 , cap. XXXIIl , de febribus malignis. — De peste , sectio III. — Praxeos medicæ appendix , iractatus IL — De methodo medendi , lib. II , cap. XXVI.

mêlait , on produisait chez eux plusieurs des accidents qui appartiennent au typhus (i). Tel fut ce Sylvius Deleboë, dont les idées exercèrent longtemps une si puissante influence sur la théorie et sur la pratique de la médecine ; homme vraiment supérieur, que les lumières insuffisantes d’une chimie dans l’enfance et une méthode peu sévère d’investigation conduisirent aux illusions les plus singulières, mais qui eut le mérite de découvrir quelques vérités , d’en pressentir un grand nombre , et d’élever un corps de doctrine , dont peutêtre un jour on s’occupera de reconstituer les bases avec des matériaux plus solides et plus durables. Je ne sais si je m’abuse, mais il me semble qu’en méditant sur ces hypothèses des médecins chimistes du XVI® siècle, on a beau reconnaître le plus souvent leur futilité , l’esprit cependant s’y arrête et y revient , comme s’il avait la conscience qu’elles le placent à un point de vue d’où des vérités importantes vont lui apparaître.

Je ne prétends point passer en revue les nombreux auteurs qui , avant ou après Sylvius , cherchèrent comme lui à déterminer par la chimie le siège et la nature des maladies. Sur cette liste figu,^^ reraient les noms les plus illustres , tels que ceux de Van-Helmont, de Willis , de Boerhaave et de son commentateur Van-Swiéten; tant il paraissait

(1) Magendie, leçons sur les phénomènes physiques de la vie , passim.

naturel à ces hommes, qui suivaient d’ailleurs des doctrines si différentes, de faire intervenir, dans leurs théories des maladies, la considération des principes dont la chimie de leur temps indiquait l’existence dans le corps humain (i) !

(i) Pour comprendre ces auteurs, il ne faut pas se tromper sur le sens qu’ils attachaient au mot si souvent répété par eux , d’éléments ou de principes ; voici la signification que lui donne Willis , (de fermenlatione, cap. 1} :

« Principiorum nomine intelligo liaud entia simplicissima et om- )) nino incomposita , sed tantum substanlias , in quas veluti partes » ultimo sensibiles, res pbysicæ resolvuntur. Harum combinatione « et motu intestine corpora gignuntur et accrescunt ; harum muluo » ab invicem discessu et dissolutione alterantur et intereunt, »

Mais en outre , les doctrines chimiatriques des trois derniers siècles seraient inintelligibles pour celui qui ne saurait pas que , dans le langage de ce temps, les expressions par lesquelles on désignait les principes des corps alors admis avaient un sens tout différent de celui que nous leur donnons aujourd’hui. Pour Sylvius, pour Willis, aussi bien que pour Paracelse , les mots mercure, soufre , sel , étaient employés dans un sens tout métaphorique , ainsi qu’on peut le voir par le passage suivant de la Chimie de Sylvius, que je traduis textuellement :

« La chimie , dit Sylvius , n’est autre chose que la séparation des » corps composés en leurs principes : ceux-ci sont au nombre de » cinq , savoir : le mercure , le soufre , le sel , le phlegme , la » terre.

" » ht mercure est le nom donné par les chimistes à Vesprit, » parce que , comme le mercure , il est volatil. Cet esprit ou mer- » cure est toute liqueur subtile ou pénétrante , comme l’esprit de » vin rectifié , ou l’esprit de sel de nitre. On appelle encore espnt » ce qui se dégage des corps en fermentation ; mais on doit plus » particulièrement réserver ce nom à tout ce qui est volatil dans la » matière, quelle que soit son origine. On arrive ainsi à trouver trois » esprits : un insipide , un sulfureux et un salin.

Cependant, au milieu de leur plus grand développement, ces doctrines ne furent pas acceptées sans opposition; elles trouvèrent de nombreux et puissantscontradicteurs, parmi lesquels on distingue un savant physicien, Robert Boyle (i), et un grand observateur, Thomas Sydenham. Le premier proposa des doutes sur la réalité de l’existence des principes chimiques admis par ses contemporains ; il leur demanda de Justifier par l’expérience tant d’assertions gratuites; il battit en brèche par conséquent les applications qu’on en faisait à la méde-

» Le soM/‘re esttoiitce qui est inflammable ; il est doux ou amer; « le premier existe dans les graisses et dans les chairs, le second » dans rabsynlhe et dans la bile : il y a un soufre volatil , il y en » a un autre fixe.

» Le sel est tout ce qui peut être incinéré ; il est âcre , tantôt fixe, » tantôt volatil ; le sel fixe est celui qui peut, sans s’altérer, subir » quatre épreuves du feu ; le sel volatil est celui qui , par le feu le » plus léger , s’évapore et va se dissiper dans les airs, ou bien , » s’il est renfermé , va se fixer aux parois de l’alambic ou du réci- » plent.

» Le phlegme est toute liqueur aqueuse, insipide , et qui n’est » susceptible de se volatiliser que par un feu très fort.

» La terre est un corps épais , sec , qui n’a d’autre qualité que » celle de rester à ce dernier état, à quelque épreuve qu’on la » soumette.

» De ces cinq principes , les trois premiers sont dits actifs , parce » que c’est d’eux que dépend tout mouvement dans les corps na- » turels ; les deux derniers sont appelés passifs , parce qu’ils » n’agissent pas par eux-mêmes , et qu’ils reçoivent des premiers » la place qu’ils doivent occuper ; Paracelse et d’autres leur refun sent le nom de principes. » (Sylvius de Leboë, de chyinia in » genere.)

(1) Robert Boyle, le chimiste sceptique, 1661.

cine. Le second combattit vivement les médecins, qui, accordant plus , dit-il , aux spéculations qu’aux observations pratiques, voulaient expliquer les maladies par les iiouvelles inventions des chimistes n’accepta l’intervention de la chimie que pour éclairer les médecins dans la préparation des médicaments (i). Cet éloignement absolu, manifesté parrSydenhampour toute application de la chimie aux théories médicales, fut certainement chez lui le produit assez naturel de l’impression qu’avaient fait sur son espritles hypothèses des iatrochimistes, etsurtoutles conséquences qu’ils en déduisaient pour le traitement des maladies , traitement qui était en opposition flagrante avec celui dont une admirable observation venait chaque jour lui montrer la puissance. Ainsi, cet excellent esprit fut conduit à méconnaître et à nier la vérité d’un principe dont l’abus ou la mauvaise application l’avaient trop vivement préoccupé. Bordeu devait plus tard reproduire ces attaques de Sydenham contre l’utilité des applications de la chimie à la pathogénie (2). C’est ainsi que, par suite de la réaction qu’amène infailliblement contre eux l’exagération des meilleurs principes, la médecine,

(1) Et sicuti Hippocrates eos reprehendit, qui huicin humanis corporibiis speculandis curiositati plus dant quàm observationibus praticis,.... ità pari jure prudens vir quispiam in hoc nostro seculo eos culpare possit , qui existimant artem medicaus niillâ re ullâ

magis promoveri posse quàm novis chemîcorum inventis at si

intrà pharmacopeæ limites contineatur chimia, ars est satis quidem laudabilis. (Sydenhan, tractatus dehydrope.)

(2) Bordeu , analyse médicinale du sang.

qui pendant deux siècles avait surtout puisé ses théories dans la chimie , en vint à rejeter d’une manière absolue toute intervention de cette science, si ce n’est pour la pharmacologie , comme le voulait Sydenham ; on avait mal employé un instrument encore imparfait , on le brisa Cependant, plus impartial que Sydenham et que Bordeu , parce qu’il avait fait des études plus larges, Haller, tout en assignant des bornes à l’investigation chimique , la réclamait comme nécessaire aux progrès des doctrines médicales ; laissant de côté les hypothèses , il consignait avec soin, dans sa grande physiologie, les résultats des expériences peu nombreuses entreprises jusqu’à lui pour déterminer la composition normale et anormale du sang ; il indiquait ainsi la véritable voie à parcourir, et il écrivait cette phrase pleine de sens : D^on icleb analyses sanguinis utilitate suâ destituuntui\ dam sapienter noverimus spes nostras recidere^ neque plum docere quàrn a naturd dïscimus (i).

Tels avaient été les fruits des doctrines iatrochimiques, et elles n’existaient plus en quelque sorte qu’en débris dans la science , lorsque le génie de Lavoisier vint donner à la chimie une face nouvelle, et lui imprimer une certitude jusqu’alors inconnue. La médecine en ressentit l’influence, et elle se mit de nouveau à rechercher la cause et le siège des maladies dans ces principes divers que

(1) Haller , elementa pliysioiogiæ, lib. V. § XXXIV.

venait de révéler une merveilleuse analyse. Mais les premiers essais tentés en ce genre furent des plus malheureux, car ils eurent aussi pour appui de pures hypothèses. En prenant les mots de la chimie de Lavoisier, les médecins n’en prirent d'abord ni l’esprit ni la méthode , et ils continuèrent à procéder comme du temps de Paracelse. Ainsi fut composée Fétrange nosographie que publia Baumes, où , sous les noms de calorinèses , d’oxigénèses , d’hydrogénèses , d’azoténèses et de phosphorénèses , le professeur de Montpellier divisa les maladies en cinq classes , donnant à chacune de cellesci un nom en rapport avec le principe ou l’élément , qu’il supposait tout gratuitement les produire par ses modifications de quantité ou de situation (i).

L’ancienne chimie n’a certainement produit rien de plus hypothétique et de plus bizarre que cette singulière classification des maladies : c’est encore une application imprudente , toute conjecturale , des sciences chimiques à la science de l’homme malade. Si l’on avait continué à procéder ainsi, l’opinion de Sydenham et de Bordeu eût eu définitivement gain de cause ; heureusement quelques bons esprits sentirent tout ce qu’il y avait de déraisonnable et de dangereux dans celle manière de faire : peu d’années après l’institution de la chi-

(1) Baumes, Fondements de la science méthodique des maladies, h vol. in-S". Idem, Traite sur le vice scrophuleux , dise, prélimin. Idem, Essai d'un sytème chimique de la science de Vhomrne, iXismes. 1788.

mie pneumatique , deux chimistes, Parmentier et Dey eux, s’associèrent pour rechercher, par l’expérience, jusqu’à quel point, dans les maladies, les principes normaux du sang ne sont pas susceptibles de s’altérer ; mais leur travail reposait sur un trop petit nombre de faits pour qu’on pût en tirer quelque conséquence utile : aussi passa- 1- il comme inaperçu : personne n’entra alors dans l’excellente voie qu’ils venaient d’indiquer (i).D’im autre côté, l’esprit des sciences physiques qui commençait à s’introduire dans la médecine faisait sentir tout le vide de l’ancien humorisme : on ne songea plus qu’à le combattre et à le détruire, et, dans l’entraînement de la réaction qui s’ensuivit, on arriva bientôt à nier complètement que le sang pût, par ses altérations, jouer un rôle dans la production des maladies. La conséquence nécessaire de cette doctrine, ce fut de négliger toute recherche expérimentale sur ces altérations du sang, auxquelles on avait cessé d’attacher la moindre importance. Vainement Bichat écrivait-il alors dans son anatomie générale ; On a sans doute exagéré la médecine humorale; mais elle a des fondements réels ^ et dans une foule

(1) Mémoire sur le sang, dans lequel on répond à celte question : déterminer d’après les découvertes modernes chimiques , et par des expériences exactes , quelle est la nature des altérations que le sang éprouve dans les maladies inflammatoires , dans les maladies fébriles putrides, et dans le scorbut, par lescitoyens Parmentier et Deyeux. — Ce titre posait de la manière la plus nette le problème à résoudre.

(le cas on ne peut ciiscoiu^enir que tout doit se rapport ter au vice des humeurs [i]. Cette protestation d’un homme de génie ne fut pas entendue de ses contemporains ; et quand même elle l’eût été, on n’ ancrait pas alors vraisemblablement suivi la route convenable pour découvrir et démontrer ce vice des humeurs^ comme s’exprimait Bichat dans un langage qu’il empruntait à ses devanciers : car on professait généralement à cette époque le plus absolu dédain pour les applications de la chimie à la recherche des faits physiologiques et pathologiques.

Il en fut de l’étude du sang par le microscope comme de son étude par la chimie.

Peu de temps en effet après la découverte de Leeuwenhoeck , l’on dut tout naturellement rechercher ce que devenaient les globules du sang dans les maladies ; mais au lieu de se livrer à cet égard à des observations directes , on procéda encore par hypothèse ; et , de même qu’on avait expliqué les maladies par des altérations que l’on supposait dans les principes chimiques du sang, de même, on les expliqua par certaines altérations qu’on supposa tout aussi gratuitement dans les globules. C’est ainsi que la célèbre théorie de l’erreur de lieu , créée par Boerhaave , et par laquelle il expliquait un très grand nombre de phénomènes morbides, eut son point de départ dans l’idée tout hypothétique de la division des globules en

(i) Anatomie générale, loine 1, considérations préliminaires.

d'autres plus petits, lesquels ne devaient normalement pénétrer que dans des vaisseaux dont le diamètre était proportionné au leur ( i). Un autre auteur , Huxliam , supposa que , dans la fièvre, ces globules s’altéraient par un mouvement trop rapide; il supposa encore que , dans les maladies dites putrides , ces corps , privés de leur consistance , se déchiraient et se brisaient en parcelles qui , s’introduisant facilement dans les plus petites ramifications vasculaires , parvenaient jusqu’aux orifices béants des vaisseaux exhalants , et étaient rejetées au dehors : Huxham expliquait ainsi les hémorrhagies de la fièvre putride (2). Cet auteur avait-il donc vu au foyer du microscope les globules ainsi rompus et réduits en fragments ? En aucune façon : mais il admet par une pure intuition de son esprit qu'il doit en être ainsi , et il ne s’embarrasse pas de donner d’une assertion aussi grave la moindre preuve expérimentale. Si Huxham eût examiné au microscope le sang d’un malade atteint de fièvre putride , il eût bien vite reconnu le peu de fondement de son opinion ; car il n’aurait trouvé les globules ni déchirés ni brisés, etil lui eûtfallu renoncer àson explication des hémorrhagies. Mais de même que nous avons vu le bon sens public finir par faire justice des hypothèses de l’iatrochimie , de même le moment

(1) Van-Swieten commentai’, in Herm. Boeerhaavii aphorismes, t. I, p. lZi3, obstructio.

(2) Essai sur les fièvres , par Jean Huxham , traduction française, 1 vol, in-12, p. 3 et suiv., p. 68 et suiv.

dut arriver où l’on reconnut toute la vanité de ces systèmes bâtis à Foccasion des faits découverts par le microscope. Ce fut alors que Bordeu poursuivit de son amère ironie ces auteurs qui , dit-il , tèrent les choses jusqu au point de voir ou d'imaginer des globules éclatés et mis en pièces ^ comme cela arrive ci des globules de verre ; mais les gens sensés , ajoute-t-il , ne feront pas grand cas de ces enfantillages (i). Toutes ces vaines théories disparurent donc , mais avec elles furent malheureusement aussi entraînés dans Foubli les faits pleins d’intérêt et d’avenir sur lesquels elles s’étaient appuyées pendant un demi-siècle. La physiologie et la pathologie rejetèrent comme inutile, ou redoutèrent, comme une source d’erreur, l’emploi du microscope ; et cet instrument fut complètement abandonné , comme on avait abandonné la chimie. La gloire était réservée à notre époque de revenir, par la voie expérimentale, à l'étude microscopique du sang, comme elle est revenue à son étude chimique.

Ainsi, tour à tour abandonnée et reprise, l’idée de rechercher l’origine des maladies dans un changement de proportion ou de nature que peuvent subir les éléments des corps organisés, a marché avec des fortunes diverses depuis l’origine de la science jusqu’à nos jours; elle a plus ou moins dominé les esprits d’abord par Fantique doctrine des

(1) Barde U , Analyse médicinale du sang.

éléments, puis par Tiatrochimie et par les recherches microscopiques des trois derniers siècles, et enfin par les applications faites à la médecine des découvertes de la chimie pneumatique. Telles ont été ses trois grandes manifestations. Si , malgré toutes les déceptions auxquelles elle a conduit, cette idée n’a cependant pas péri, si aux époques les plus diverses , et malgré la fausseté des doctrines qui en ont été souvent le fruit, elle a séduit et attiré les hommes les plus éminents, c’est, à mon avis , parce qu’elle renferme une importante vérité, à savoir, qu’une des causes possibles de la maladie , c’est l’altération que sont susceptibles de subir dans leur proportion ou dans leur nature les principes élémentaires , dont se compose la matière organisée sous ses deux formes solides et liquides. Grâce aux progrès de la chimie organique et à la certitude actuelle de ses procédés, il semble que le moment soit arrivé où l’on puisse plus que jamais espérer de mettre cette vérité dans tout son jour par l’emploi rigoureux des tnéthodes expérimentales ; et ce serait faire preuve d’une ignorance blâmable ou d’un dangereux scepticisme que de se refuser à accepter les résultats de la science chimique de nos jours , parce que ceux qu’a donnés une autre science, qui n’a presque avec elle de commun que le nom, ont été convaincus d’insuffisance ou d’erreur.

Mais pour que l’analyse chimique et microscopi- | que , appliquée à l’étude du sang dans les maladies, |

\ puisse donner des résultats véritablement utiles, une condition est indispensable : c’est qu’on ait pré- ; liminairement acquis une connaissance exacte des variétés de l’état physiologique du sang. A défaut d’une étude suffisante de toutes ces diversités d’aspect et de composition que le sang peut présenter , i sans que la santé cesse d’exister, on pourrait commettre de continuelles erreurs , ainsi que je vais es- 1 sayer de le montrer par quelques exemples.

Et d’abord il ne faudrait pas conclure de la composition du sang d’une espèce d’animal à la composition du sang d’une autre espèce. J’ai indiqué , dans le mémoire que j’ai publié sur ce sujet avec M]\l. Gavarret et Delafond , les différences très remarquables qui existent à cet égard entre les diverses espèces d’animaux. Nous avons prouvé, dans ce travail, qu’il y a des espèces dont le sang contient normalement plus du double en fibrine que le sang d’autres espèces , et que ces différences se retrouvent aussi pour les globules. A quels faux résultats n’arriverait-on donc pas si , chez des animaux malades , on prenait pour point de départ les quantités physiologiques de globules et de fibrine de l’homme pour calculer les changements de composition que le sang a pu éprouver chez ces animaux par le fait de la maladie !

L’aspect du sang normal n’est pas non plus le même chez les différentes espèces d’animaux, et tel aspect de ce liquide qui, chez l’homme, est l’expression constante d’un état morbide, appar lient

chez d’autres êtres à leur état physiologique : c’est ce qui a lieu , par exemple , pour l'aspect couenneux du sang. Chez l’homme , toutes les fois qu’une véritable couenne , telle que j’en rappellerai plus bas les caractères, occupe la partie supérieure du caillot , on peut à coup sûr affirmer l’existence d’un état de maladie (i); et, quoiqu’on en ait dit, cette couenne ne se montre jamais dans le sang de l’homme en santé. Eh bien ! il n’en est plus de même chez d’autres animaux , pour lesquels celte assertion ne serait plus soutenable. Ainsi , toutes les fois que l’on saigne un cheval , et que l’on s’arrange de manière que son sang coule d’une manière continue, avec u»n jet suffisamment fort, et que le vase où il est reçu ne soit ni trop plat ni trop large, on verra constamment la partie supérieure du caillot être occupée par une masse blanche , qui ressemble parfaitement à la couenne du sang chez l’homme. C’est là ce que m’ont montré les observations que j’ai faites à Alfort avec MM. Gavarret et Delafond. Cette masse incolore constitue une grande partie du caillot; on dirait , en la voyant , de la plus belle couenne inflammatoire trouvée chez l’homme, dans un cas de pneumonie intense ou de rhuma-

(1) Il faut distinguer de la vraie couenne du sang ces pellicules transparentes , ou ces irisations , qui n’ont plus la même signification , et que l’on peut trouver à la face supérieure du caillot dans les circonstances les plus diverses de la santé et de la maladie ; j’ai exposé ailleurs (Réponse aux objections dirigées contre les analyses du sang, etc.) les causes qui produisent ces décolorations du caillot.

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lisme articulaire aigu. Pourquoi donc la couenne appartient-elle ainsi à l’état physiologique du sang du cheval? Je chercherai plus tard à en donner la raison.

Chez les différents individus d’une même espèce, supposés toujours à l’état sain , les divers principes du sang peuvent également présenter dans leur quantité des variétés, qui toutefois restent toujours renfermées entre de certaines limites. lien résulte, pour chacun de ces principes , un maximum et un minimum au-dessus et au-dessous duquel l’état physiologique ne peut plus exister, tandis que cet état est compatible avec ce maximum et ce minimum , ainsi qu’avec tous les chiffres intermédiaires.

La moyenne de la fibrine, dans le sang de l’homme, est à l’état physiologique de 3/iooo. J’ai montré ailleurs que la valeur de ce chiffre ne pouvait pas être atténuée par d’autres nombres qui ont été donnés par quelques expérimentateurs comme représentant la quantité normale de la fibrine dans le sang. (Voyez réponse aux objections dirigées contre les analyses du sang , etc.) Chez les individus bien portants, la fibrine peut osciller autour de celte moyenne, de manière à descendre jusqu’au chiffre 2,5, ou à remonter jusqu’au chiffre 3,5, sans que l’état physiologique soit détruit. Il y a même quelques personnes qui , sans être malades , peuvent avoir dans leur sang jusqu’à près de 4 en fibrine , ou chez lesquelles ce principe peut

s’abaisser jusqu’à près de 2. Mais ce sont là, il faut le reconnaître , des inaxima et des minima fort rarenaent compatibles avec l’état physiologique ; on doit les regarder comme des espèces de chiffres exceptionnels qui n’appartiennent qu’à de véritables idiosyncrasies.

En prenant le chiffre 1 2-7/1000 comme le chitfre qui représente les moyennes des globules dans le sang de l’homme , on trouve , dans l’état physiologique ,pour maximum des globules le chiffre i4o, et pour minimum le chiffre 110. Mais ce maximum 1 4o est lié à l’état pléthorique qui , en se développant, devient un état morbide. La force de la constitution est la condition de l’économie qui contribue le plus à élever les globules vers leur maximum, tandis que la faiblesse congénitale ou acquise est la condition qui les abaisse vers leur minimum.

Les matériaux solides du sérum , dont la presque totalité est formée par de l’albumine , présentent, au-dessus et au dessous de leur moyenne 80 (i), un certain nombre de chiffres , qui sont également compatibles avec la conservation de la santé ; mais il y a aussi pour ces matériaux et par conséquent pour l’albumine un certain degré d’abaissement ,

(1) L’albumine pure entre dans cette moyenne pour 68 ou 70. Lorsque , dans la suite de ce travail , je nommerai ce principe , je voudrai parler de l’albumine pure, séparée des autres éléments organiques et inorganiques auxquels elle est unie dans le sérum ; dans les cas où cette séparation n’aura point été faite, j’emploierai le mot de matériaux solides du sérum.

que je n’ai jamais rencontré, sans qu’il y eût maladie.

Indépendamment des constitutions individuelles qui introduisent dans ces chiffres les variétés que je viens de signaler , il y a encore, en dehors de la maladie , quelques circonstances qui peuvent également faire monter ou descendre ces chiffres , sans qu’on puisse en accuser la maladie. Ainsi j’ai montré dans mon premier mémoire que les émissions de sang et la privation des aliments ont pour effet constant de diminuer la quantité des globules , tandis que la fibrine en est moins rapidement et moins nécessairement influencée. J’ai commencé des expériences pour déterminer jusqu’à quel point on peut parvenir à modifier la proportion des divers éléments du sang , en donnant à des animaux une nourriture plus ou moins substantielle. Ces expériences ne sont point encore assez avancées pour que j’en puisse faire connaître actuellement les résultats : ils seront publiés dans un travail ultérieur, mais j’ai dû les mentionner ici comme entrant dans le plan général des recherches auxquelles je me livre.

Quoi qu’il en soit , ce que je viens de dire suffit pour montrer combien il importe d’avoirdéterminé avec quelque rigueur , pour l’état physiologique , les variations possibles de quantité que peuvent présenter les différents éléments du sang, avant de poursuivre ces analyses dans l’état pathologique.

11 en est de même de l’examen microscopique

du sang. Cet examen doit être fait avec beaucoup de soin et de temps pour le sang normal , avant qu’on songe à étudier par le microscope les altérations que ce liquide peut avoir subies.

C’est faute de s’être livré à cet examen préalable de l’état physiologique que tant d’assertions erronées ont été émises sur le changement que l’état de maladie peut produire dans les globules. Je ne crains pas d’affirmer que , jusqu’à présent, l’on n’a saisi d’une manière certaine dans ces petits corps aucune altération de forme ou de texture qui puisse être considérée comme le résultat d’une influence de maladie , et que toutes leurs modifications d’aspect qu’on a décrites , et d’autres qui ont été moins signalées, résultent, les unes de la destruction successive qu’ils éprouvent à mesure qu’ils sont soustraits depuis un temps plus long à l’influence de la vie, et les autres de quelques circonstances toutes particulières qui agissent sur eux , mais qui ne sont point des circonstances de maladie. Ces circonstances n’ont pas été , selon moi , toujours bien appréciées : on a considéré , par exemple , comme un indice de la destruction des globules cet aspect granuleux ou framboisé qu’on leur trouve si souvent , soit dans le sang des cadavres , soit même parfois dans un sang frais , examiné fort peu de temps après qu’on l’a extrait d’un vaisseau vivant. Les recherches auxquelles je me suis livré à cet égard ne me permettent pas d’accepter

cette manière de voir. Les globules qui prennent Laspect framboise ne sont pas des globules altérés par la maladie , ni des globules qui sont à une des phases de leur temps de destruction.

Lorsqu’on place au foyer du microscope , entre deux lames de verre , une goutte de sang au moment où elle sort des vaisseaux, à côté des globules proprement dits , on aperçoit facilement des corpuscules arrondis , blancs , de i /5oo de millimètre de diamètre dont tous les observateurs ont constaté l’existence. Les globules rouges, d’abord parfaitement réguliers , à contours très nettement terminés, ne tardent pas à s’altérer dans leur forme extérieure. Les uns présentent à leur surface une, deux ou trois petites bosselures , et sont dits framboisés ; d’autres, ressemblant à de véritables roues d’engrenage , paraissent régulièrement festonnés et découpés sur leurs bords. Tantque la dessiccation de la tache du sang n’est pas effectuée , le nombre des globules rouges ainsi déformés augmente à mesure qu’on s’éloigne davantage du moment où a commencé l’expérience. Quant aux corpuscules blancs , ils sont d’autant plus rares que l’altération précédente fait elle-même plus de progrès et se généralise davantage.

La rapidité d’apparition de ces espèces de mamelons ou bosselures qui hérissent les globules rouges, et cette circonstance importante que leur aspect extérieur et leurs dimensions sont absolument les mêmes que ceux des corpuscules blancs ,

tout me portait à penser que cette détérioration des globules était due à un simple accolement des corpuscules blancs qui les entouraient. En suivant attentivement tous les mouvements de déplacement qui se passent au foyer du microscope , il m’a été possible d’assister à la production du phénomène , de voir les corpuscules blancs s’approcher des globules rouges , se déposer à leur surface , adhérer à leurs bords , et former ainsi toutes les variétés possibles de globules framboisés et festonnés. Cet aspect mamelonné, que les uns ont considéré comme l’indice^d’un commencement de destruction , et les autres comme le résultat d’une influence pathologique, n’est donc en dernière analyse que le produit de la précipitation des corpuscules blancs autour des globules rouges.

Mais quelle est la nature de ces corpuscules blancs ? Ici un fait général va surgir. Toutes les fois qu’on examine du sang tel qu’il sort des vaisseaux, on constate d’abord l’existence des corpuscules blancs isolés, et puis l’aspect framboisé et festonné d’un certain nombre de globules rouges. Lorsque, au contraire , par un moyen quelconque , on vient à priver le sang de toute sa fibrine avant sa coagulation spontanée , on n’aperçoit plus de corpuscules blancs au foyer du microscope , et les globules rouges ne présentent plus ni l’aspect framboisé , ni l’aspect festonné. Quand on les abandonne fort longtemps à eux-mêmes , ces globules , ainsi séparés de la fibrine , diminuent graduellement de volume, se

réduisent à une sorte de noyau central , finissent par disparaître complètement, mais jamais leur surface ni leurs bords ne sont hérissés de bosselures. La présence de la fibrine est donc nécessaire pour que la tache de sang renferme des corpuscules blancs , et sans ceux ci l’altération des globules rouges ne saurait se produire.

La fibrine peut d’ailleurs être étudiée au microscope avant qu’elle soit concrétée spontanément en membrane épaisse et résistante, dans cette couche semi-transparente et comme oléagineuse connue sous le nom de couenne liquide qui se rnontre au-dessus d’une saignée , constamment et normalement chez le cheval, et seulement dans des circonstances pathologiques bien déterminées chez rhomme. Cette couenne liquide , comme on sait, n'est autre chose que du sérum tenant en suspension une énorme quantité de fibrine , et ce dernier principe s’y présente sous forme de corpuscules blancs de même aspect extérieur et de mêmes dimensions que ceux du sang non défibriné. Pour étudier la fibrine encore plus facilement avant sa coagulation parfaite , il n’y a qu’à mêler le sang au moment où il sort de la veine avec i /7 de son vo ■ lume d’une dissolution saturée de sulfate de soude. Le mélange se sépare rapidement en deux parties , l’une inférieure, constituée par les globules parfaitement intacts ; l’autre supérieure , formée par un liquide opalin , où la fibrine tout entière est tenue en suspension sous forme de corpuscules blancs de

i/5oo de millimètre de diamètre, comme dans la couenne liquide. La solidification de la fibrine se produit fort lentement, et il est très facile de suivre les phases diverses qu’elle parcourt en passant de l’état liquide à Fétat solide.

Si on prend une goutte de sang défibriné, et dont par suite les globules parfaitement purs ne peuvent plus subir l’altération connue sous le nom d’aspect framboisé et festonné , et qu’on y ajoute de la fibrine en corpuscules préparée avec le sulfate de soude, ou prise directement dans la couenne liquide , on voit se reproduire tous les phénomènes dont j’ai parlé à Foccasion du sang non privé préalablement de son élément spontanément coagulable.

Cela posé , il est facile de comprendre ce qui se passe quand on place une goutte de sang sur une lame de verre , et qu’on souffle fortement dessus de manière à Fétendre en couche extrêmement mince. Si l’opération est bien faite et avec rapidité, les globules restent parfaitement purs , leur surface est unie, leurs bords sont très nettement coupés , et abandonnés à eux-mêmes, ils ne deviennent jamais ni framboisésni festonnés. En pareille circonstance l’évaporation du sérum est presque instantanée, la solidification du sang est pour ainsi dire subite , et la fibrine n’a plus le temps , comme dans le cas où le sang est placé entre deux lames de verre , d’aller sous forme de corpuscules blancs osciller autour des globules rouges , et se déposer à leur surface , ou sur leurs bords. Qu’on n’objecte pas que l’aspect framboisé que prennent les globules ren-

fermés entre deux verres dépend de ce que la pression les a altérés ; car , si on place entre deux verres une goutte de sang bien défibriné, on ne verra jamais les globules s’entourer de granulations.

De cet ensemble de faits , je crois pouvoir conclure que l’aspect framboisé et festonné des globules n’est pas le résultat d’une altération que ces corps auraient subie , mais qu il dépend de la précipitation, autour d’eux , des molécules de la fibrine suspendues dans le sérum. Et si d’ailleurs je me suis ici étendu sur un pareil sujet , c’est pour montrer , par cet exemple choisi entre plusieurs autres, combien il importe de rechercher avec minutie toutes les circonstances qui peuvent enlever aux globules leur aspect normal , avant de considérer ces changements comme le produit d’une influence pathologique. Quoi encore de plus varié que toutes les déformations que peuvent prendre les globules par leur seul contact , ou que les figures qu’ils peuvent revêtir par leur agglomération, sans que la maladie puisse être davantage accusée de leur avoir donné naissance ?

Lorsqu’on aura fait ainsi une étude suffisante de toutes les influences qui , en dehors de la maladie , peuvent imprimer au sang des changements dans ses propriétés physiques , dans sa composition chimique , dans sa constitution microscopique , il deviendra possible de rechercher les altérations que le sang peut éprouver, sous ces différents rapports, par le fait même de la maladie. C’est ce dont je vais m’occuper dans le chapitre suivant.

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