DU SANG DANS LES MALADIES
J’ai indiqué , dans le chapitre précédent , les méthodes qu’il est le plus convenable de suivre , et les recherches préliminaires auxquelles il est indispensable de se livrer, pour étudier avec fruit les altérations que le sang est susceptible d’éprouver dans les maladies.
Les altérations que l’analyse chimique et l’examen microscopique permettent de poursuivre dans le sang , me paraissent devoir être divisées en trois grandes classes.
Dans une première classe , je range les altérations du sang qui résultent de ce que les principes qui entrent normalement dans la composition de ce liquidé ne s’y trouvent plus dans la proportion qui est compatible avec l’état physiologique.
Les principes normaux du sang, dans lesquels l’état actuel de nos connaissances nous permet de
poursuivre ces changements de proportion , sont les globules, la fibrine, Talbumine du sérum, les diverses matières organiques autres que l’albumine, qu’on trouve dans ce même sérum ( matières grasses et autres ) , puis les principes inorganiques contenus dans le sang , et en particulier Falcali libre qu’il renferme , ses différents sels et son eau.
Mais ce n’est pas tout , et ici il se présente à rechercher si la maladie , dans quelques unes de ses manifestations , n’aurait pas la puissance de rendre plus abondants , et par conséquent plus appréciables par l’analyse , certains matériaux des sécrétions que Ton peut supposer exister naturellement dans le sang , mais en trop petite quantité pour qu’à l’état normal il soit possible de les y découvrir. La maladie donnerait les moyens de les reconnaître , en accroissant leur proportion , comme parfois elle rend aussi plus apparents certains tissus , en les faisant sortir de leur état rudimentaire.
Pour étudier cette première classe d’altérations , les recherches microscopiques ne sauraient guère être invoquées : ce n’est même point par elles, comme le supposent quelques personnes , qu’on peut même déterminer l’augmentaiion ou la diminution du nombre des globules.
Sans avoir changé de quantité , les principes normaux du sang peuvent s’être modifiés sous le rapport de leurs qualités et de leurs diverses propriétés physiques. Le microscope peut , par exemple , signaler des différences dans le volume ou dans la
forme des globules , etc. C’est là pour le sang une seconde classe d’altérations.
Enfin il peut arriver qu’à la place ou à côté des principes normaux du sang , il se soit formé des principes nouveaux qui n’ont plus leur analogue dans l’état sain , et que Von pourrait comparer dans le sang à ce que sont , dans les solides , les produits accidentels. Voilà une troisième classe d’altérations du sang, pour la découverte desquelles devront concourir à la fois les recherches chimiques et microscopiques. C'est le microscope, par exemple, qui en pareil cas révélera la présence du pus dans le sang , etc.
Je suis loin d’être encore en mesure de pouvoir tracer une histoire, même incomplète, de toutes ces altérations ; mais tel est le cercle que je me suis imposé la tâche de parcourir, en suivant les méthodes d’investigation , dont j’ai apprécié la valeur dans le précédent chapitre.
J’ai dû commencer par l’étude des altérations comprises dans la première classe; et dans cette classe, les principes normaux du sang, dont j’ai cherché à apprécier les changements de proportion dans les maladies , sont seulement encore les globules , la fibrine , les m.atériaux solides (i) du sérum et l’eau.
(1) Dans les Mémoires que j’ai déjà publiés, j’avais évalué en masse la quantité de ces matériaux solides. Ultérieurement j’ai essayé de les séparer les uns des autres, de telle sorte que je pourrai indiquer avec une plus grande précision pour certains cas les variations de proportion de l’albumine proprement dite que contient le sérum.
Je vais exposer, dans les articles suivants, les résultats que j’ai obtenus , et je m’efforcerai de montrer comment, dans chaque maladie, les changements que le sangpeut avoir subis dans ses propriétés physiques sont en rapport avec ses changements décomposition, et s’expliquent par eux.
Du reste , l’analyse du sang dans l’état de maladie fait saisir de si grandes différences dans la composition de ce liquide , qu’à priori il est difficile de ne pas admettre que des changements si notables dans la proportion relative ou absolue des principes constituants du sang n’exercent pas sur l’organisme une grande influence , et n’interviennent pas comme cause dans la production d’un nombre plus ou moins considérable de maladies. Lorsque, par exemple , on voit dans l’état morbide la composition du sang varier de telle sorte que pour mille parties il y en a tantôt deux cent soixantequinze de solides , et tantôt seulement soixante-dix, on ne comprendrait pas qu’une aussi énorme différence dans la quantité des éléments qui sont en suspension ou en dissolution dans l’eau du sang ne dut pas être prise en sérieuse considération dans les théories pathogéniques. C’est ce que j’essaierai de faire ressortir dans ce qui va suivre.
Je commencerai par exposer quelles sont les modifications qu’entraînent dans la composition du sang deux états de l’organisme qui , à un faible degré , peuvent encore coïncider avec la santé ; qui , à un degré plus élevé, cessent d’appartenir à
l’état physiologique , et qui, dans un grand nombre de cas, compliquent les maladies et en modifient les symptômes. Ces deux états sont d’une part la pléthore , et d’autre part l’anémie.