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ARTICLE PREMIER

Du sang dans la pléthore.

La véritable pléthore est plus souvent constitutionnelle qu’elle n’est acquise : on ne la crée pas toujours à volonté par une nourriture très substantielle. Il ne suffit pas, pour quelle se produise , qu’un individu introduise journellement dans ses voies digestives beaucoup de matériaux réparateurs , et qu’il en dépense fort peu. La pléthore semble souvent dépendre d’une constitution primordiale du sang, qu’il ne nous est pas donné de produire aussi facilement que nous produisons l’anémie, ce qui veut dire, en d’autres termes, qu’il est beaucoup plus en notre pouvoir d’appauvrir le sang que d’en accroître la richesse.

Dans la pléthore , comme dans l’anémie , l’état particulier du sang est la cause appréciable de la modification générale que présente l’organisme. C’est là du moins pour nous le fait primitif au-delà duquel nous ne pouvons pas remonter, et auquel nous sommes endroit de rapporter tous les autres. Sans doute chez l’individu naturellement pléthori-

que ou anémique, des forces ont agi dès le commencement de la formation de Fêtre , qui ont imprimé au sang une certaine constitution qu’il lui est imposé de garder ; mais cette constitution , une fois produite, n’en reste pas moins le seul fait constatable , le seul dont l’observation puisse s’emparer, pour en faire la cause expérimentale des phénomènes.

Mais les limites de la science sont-elles posées lorsqu’on a dit d’une manière générale que le sang est abondant et riche dans la pléthore , qu’il est rare et pauvre dans l’anémie? — Cette question est importante à examiner, et je vais tour à tour m’occuper de la résoudre pour Fun et l’autre de ces états.

L’opinion la plus accréditée relativement à l’état du sang dans la pléthore , c’est que ce sang remplit les vaisseaux en plus grande quantité , que ses divers éléments organiques sont devenus plus abondants , et qu’il est en particulier plus riche en fibrine.

Examinons tour à tour ces diverses assertions :

L’augmentation de quantité du sang dans la pléthore est impossible à démontrer : comment estimer en effet quelle est en poids ou en volume la masse de liquide contenue dans les vaisseaux?

Mais si l’on ne peut arriver à cette estimation, et si , par conséquent , nous sommes obligés de reconnaître que nous ne savons pas si les pléthoriques ont dans leur appareil circulatoire ou plus ou

moins de sang que d'au très individus, nous pouvons chercher à déterminer si le sang du pléthorique n’a pas une composition particulière. Or, voici à cet égard ce que m’a appris l'analyse :

Elle m'a montré d’abord qu’il n'est pas vrai que , dans la pléthore , le sang contienne notablement plus de fibrine que dans toute autre circonstance ; j’ai trouvé en effet 2,7 en fibrine , comme moyenne de ce principe , dans trente-une saignées pratiquées à des individus chez lesquels la pléthore était très caractérisée. Les uns ne présentaient pas encore d’accident notable : c’étaient peureux de sim[des saignées de précaution ; chez les autres , on observait des vertiges, des tintements d'oreilles , des palpitations de cœur , une extrême gêne de la respiration , une injection comme apoplectique des conjonctives et de la face, etc. Ainsi , chez ces individus la fibrine n’atteignit pas même tout-à-fait la moyenne physiologique. Les accidents de la pléthore ne dépendent donc pas , comme on La souvent répété , d'une augmentation de fibrine dans le sang. Par conséquent , au point de vue de la composition du sang, les individus pléthoriques ne seraient pas plus disposés que d'autres à contracter des inflammations , et je ne crains pas d’affirmer que , si l'on interroge à cet égard les faits cliniques , ils conduiront à la même conclusion ; ce n’est qu'une fausse analogie de symptômes qui a fait dire que la pléthore disposait aux phlegmasies. Les résultats donnés par l’analyse du sang se trouvent ici parfaite-

ment d’accord avec ceux auxquels conduit l’observation clinique.

La fibrine n’augmente donc pas sensiblement dans la pléthore ; elle reste dans les limites de son état physiologique, et ne tend même pas, dans le plus grand nombre des cas, à s’élever vers la limite supérieure de cet état.

Les matériaux organiques du sérum n’offrent non plus , dans la pléthore , aucun changement remarquable de proportions.

Restent donc les globules, et c’est effectivement la grande élévation de leur chiffre qui fonde dans le sang le caractère de la pléthore : dans les 3 1 saignées dont j’ai déjà parlé, j’ai trouvé pour moyenne des globules le chiffre 1 4 1 ; pour minimum, loi,; et pour maximum, i54.

Le sang des pléthoriques diffère donc du sang ordinaire par la plus grande quantité de globules et par la quantité beaucoup moindre d’eau qu’il contient.

Les propriétés physiques de ce sang peuvent parfaitement s’expliquer par la nature des changements qu’il a subis dans sa composition.

Ainsi, avant qu’il ne soit coagulé, le sang des pléthoriques est remarquable par sa forte coloration, ce qui est en rapport avec la grande proportion de globules qu’il contient.

Lorsqu’on l’examine apres qu’il s’est coagulé, on remarque que généralement le sérum est plus ou moins coloré, que le caillot est large, volumineux.

crune fermeté médiocre, et qu’il retient beaucoup de sérum; à sa surface on ne trouve jamais de couenne; tout au plus peut-on y observer parfois une pellicule mince et transparente, ou quelques irisations éparses, si le sang s’est écoulé très rapidement de la veine.

Le volume considérable du caillot dépend manifestement du grand nombre des globules, et sa mollesse, ainsique l’absence constante de la couenne, dépend de la faible proportion de la fibrine relativement à celle des globules.

La surabondance des globules dans le sang des pléthoriques coïncide chez eux avec une certaine modification de l’état physiologique, et aussi avec un certain nombre de faits pathologiques qui paraissent en être une conséquence.

Ainsi, toutes les fonctions sont généralement plus actives, et il y a comme une surabondance de vie : la digestion se fait vite ; la respiration est favorisée par le grand développement de la cavité thoracique; la circulation est rapide, le cœur bat avec force; mais c’est une erreur d’admettre, ainsi qu’on l’a fait, qu’en pareil cas ses battements peuvent être accompagnés d’un bruit de souffle. J’ai pu moimême émettre naguère cette opinion; mais une observation plus attentive et plus longue ma convaincu qu’il n’en était jamais ainsi, et que par conséquent , dans les cas où l’on avait perçu chez des pléthoriques un bruit de souffle au cœur ou dans les artères, c’est que le diagnostic avait été mal

posé, et qu’il y avait alors avec la pléthore une autre maladie.

En insistant sur toutes ces modifications de fonctions qui coïncident avec l’étal pléthorique , je ne veux point répéter ici ce qui est partout ; je n’ai dû en parler que pour faire ressortir leurcoïncidence avec la modification fondamentale qu’éprouve le sang dans cet état, savoir, une augmentation de ses globules : toutefois je remarquerai encore la disposition particulière que présente alors le cerveau à s’exciter, la facilité et en même temps la mobilité des émotions, sans qu’on observe d’ailleurs ces exagérations ou ces aberrations de sensibilité , et ces prédominances nerveuses , que nous verrons au contraire tout-à-l’heure accompagner d’une manière presque nécessaire un état contraire du sang, savoir, la diminution anormale de ses globules.

Les individus dont le sang contient une surabondance de globules sont sujets à quelques accidents spéciaux , dont on n’a peut-être pas donné jusqu’à présent une explication bien satisfaisante : ainsi, les vertiges, les éblouissements, les tintements d’oreilles , les chaleurs de tête qu’ils éprouvent, ont été expliqués par des congestions de sang vers le cerveau ; mais ces congestions n’ont jamais été, en pareille circonstance, anatomiquement constatées, et le seul passage d’une quantité surabondante de globules à travers les vaisseaux de l’encéphale me paraîtêtre une circonstance suffisante pour

en rendre compte ; mais, chose singulière ! s’il arrive au contraire que des globules en trop petit nombre traversent ces mêmes vaisseaux, des accidents analogues se présenteront encore , de telle sorte qu’une quantité de globules ou trop forte ou trop faible trouble de la même manière certains actes cérébraux.

Un excès de globules dans le sang coïncide aussi avec l’apparition plus fréquente et plus facile de certaines hémorrhagies ; je chercherai plus bas à en donner une explication.

Enfin, dans ces cas de surabondance de globules, il n’est pas rare de voir naître, par intervalles, une surexcitation générale de l’organisme, portée au point qu’une véritable fièvre peut prendre naissance. Vainement chercherait-on, pour s’en rendre compte , quelque altération dans les solides ; iis n’en présentent aucune, et la fièvre doit alors être considérée comme ayant son point de départ dans un état du sang. Mais , soit maintenant un autre cas : supposez qu’à propos de l’altération phlegmasique d’un solide , développée chez un individu dont le sang contient trop de globules , il survienne de la fièvre ; celle-ci présentera alors une physionomie toute particulière : elle sera remarquable par les phénomènes de vive réaction qui l’accompagneront ; ce sera la forme de fièvre appelée par Pinel angéioténique ; et cette forme dépendra moins du siège ou de la nature de la lésion locale que de l’état même du sang. Les sai-

gnées la modifieront donc à coup sûr , en agissant sur le sang lui-même , dont infailliblement elles diminueront les globules ; mais, évidemment utiles sous ce point de vue, elles n’auront qu’une influence beaucoup moins directe sur l’altération phlegmasique qui a produit la fièvre : car cette altération se lie à une autre modification du sang , sur laquelle les saignées ont un pouvoir beaucoup moins immédiat et moins direct, comme nous le verrons plus bas.

Les phénomènes de la pléthore , mis en regard avec la composition du sang dans cet état , peuvent nous éclairer sur le rôle que jouent les globules du sang dans l’organisme.

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