JUILLET 183Ô
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ÏNTROBUCTION,
Le travail que nous publions aujourd'hui n'avait pas encore été entrepris , et ne pouvait l'être' que <lans lés tenlps modernes. En effet , nous avons pour but, en même temps, de démontrer la génération unitaire des peuples les uns par les autres, et leur développement progressif sous l'influence d'une dcyîtrine morale ^ qui se spiritualise de plus en ^lus. -x- Or, ces deux points de vue supposent nécessairement la crojance en l'unité d'origine et en l'unité de but de l'humanité ; et le christianisme seul a établi dogmatiquement ces deux termes de la vie humanitaire.
Jusqu'à lui chaque peuple avait bien conservé ses traditiorns d'engendrement; mais en même temps il s'assignait pour but une fonction, qu'il regardait comme absolue, et qu'il voulait imposer aux autres, sans penser nullement à s'harmoniser avec leur fonction dans un but unitaire; dèslorales faits historiques des peuples, voisins de celui qui écrivait sa propre vie, ne venaient jamais que comme des accidents de cette vie, et comme des actes d'un agent de des-
trucrion et de mal. C'est ce qu'on peut facilement constater dans les livres chinois, Lou-Sse, Ghou- King etTchun-Tsiou, dans les nombreux Pouranas de rinde, dansleZendavesta, dans Manethon, dans Sanchoniaton, dans les livres juifs depuis Abraham , dans Apollodore TAthénien , dans Denys d'Halicarnasse, etc. ; enfin dans toutes les traditions autocthones que nous ont laissées les divers peuples.
'Ensuite, lorsque les relations de peuple à peuple s'adoucirent , s'élevèrent les prétentions de chacun d'eux à être le générateui* des peuples les plus avancés en science et en politique, et chacun se plut à rÉfttacher à sa généalogie historique , non- Seulement les grandes nations , mais même les héros de toutes les nations.- — Puis il y eut-d'autres historiens plus avancés , immédiatement tirtérieurs au christianisme , qui ne firent cependant consister leurs histoires universelles que dans la juxtaposition de toutes les traditions particulières à chaque peuple, avec leur origine spéciale et leur généalogie divine : tels furent Diodore et Hérodote.
Cependantle signe, sinonle dogme de l'unité d'origine de l'humanité, était resté en particulier chez deux nationsanciennes:c'étaientles Juifs et les Ghaldéens. Les premiers nous ont transmis la Genèse, les seconds les fragments du Berose d'Annius ; mais il fallait encore au premier de ces livres la consécration révélatrice du christianisme, pour être considéré comme la tradition universelle, ainsi qu'il
IIlTRdDUGTIOlff. 3
îest «ujôurdliui ; car sans cela il ne serait encore que la tradition originelle d'un petit peuple. Quant au seqond> longtemps ignoré, puis longtemps contesté, il est aujourd'hui tellement confirmatif de la Bilde> quil n'est plus sujet à doute, mais encore n*est-il qu'une liistoit^e fort indbmplètCi
Lorsque le Verbe fut revenu replacer l'humanité tout entière dans la voïe d'unité d'origine, non plus avec la condition d'y retourner par l'expiation, mais dans la vue unitaire d'amener le règne de Dieu sur la terre, par le sacrifice volontaire; dès lors les historiens chrétiens, telsque George le Syncelle, Jules Africain, Eusèbe^ etc., se mirent d'abord à constater , par les traditions y cette vérité de la descendance de tous les hommes d'un même père , et ils continuèrent ensuite à établir en synchronisme les faits principaux des nations anciennes; mais ils ne déduisirent de cette succession rien autre chose que.r unité hypothétique de génération primitive, et encore cette succession était tellement incomplète, qu'il y manquait la moitié de l'humanité.
La pensée d'établir la chronologie de tous les peuples en relation avec celle de la Bible, fut l'occupation constante des historiens généraux catholiques jusqu'à nos jours. Il n'y mi eut pas un d'ailleurs qui pensa à faire autre chose qu'à synchroniser ce qu'on appelait le monde païen, avec le monde juif, c'est-à-dire à établir une unité matérielle de simultanéité et de succession entre quelques-uns des '
^ IKTïCODtCtïÔN.'
peuples les pluâ connue. C'est ce qaé fit Bossue^i qui traita à part , et coninié hors-d'ceuvi^é , tout c0 qui n'était pas Juif, Grec ou Romain. (|uantaux historiens allemands , qui ont cru faire de l'histoire univerielle, tels qufe Jjean d^ Maller, Bteren (Manuel despeuple^ de l'antiquité) et autres, ils se sont contentés d'indiquer quelques généralités banales de climat , comme première influence de civilisation , de mœurs et de caractères sociaux ^ en oubliant toute l'Asie orientale, qui comprend l'Inde, IaTartarje,laGhine,le Japon, le Thibet, en oubliant rOeéanie et l'Amérique , et se hàtanfd*arriver aux Grecs, leur type de beau j de bien et de parfaite organisation; — mais,dépou»vus de Tidée morale et unitaire qui pouvait les guider, ils ont fait de» travaux approximatifs, mais pas d'histoire.
L'unité de but, c'êst-à*dire l'unité morale de rhumanité, restait donc, non-seulement à trouver ist k démontrer, mais encore il fallait la mettre en harmonie avec l'unité matérielle , c'est-à-dire l'unité d'origine et de succfession ; et c'était ce que la doctrine du progrès, toute chrétienne , car elle est comprise implicitement daws le dogme chrétien^ pouvait seule établir. — En effet, dès le moment que le sacrifice de Jésus-Ghrist était acfcompli , la doctrine morale du péché originel cessait d'exister, et le but de l'humanité cessait d'être un retour à une pureté primitive , pour se placer dans l'avenir qui devait être le règne de Dieu sur la terre. —
ïMTR0SCG7iaif . 5
€re3t sous FiafltjLeBce de ce sejatiment moral que la dQGtrine du progrès a tenté de ^ formuler depuis eaviroQ trois siècles ^ et qu'elle h pu arriver ^ujowd'bui il constituer une hypothèse historique# • : . .
Celte hypothèse ^ qyi a été émise daw Vlntro--. ^ébtcttonà la ^citnae,de r Histoire, publiée par M. Buchea, constatait » so^s 4roi$ termes priii^ 4;^ipaux , les rapports t^tiomux temporaires que îles dogmes religietix as^gnaient aux êtres hu- 4ÊDains entre eux^ avec le cosme et avec Dieu. C'était Vtxistence sur 1à terre, comme premier tcFme y d'anges et d'honiaies ; comme second terme , d^anges déchus expiables; comme troi-u fiième terme, d'hommes^ rachetés. — On verra plus tard Içs: rapprochements et les différences qui peuvent exister entre ces fomaules et le cavactère réel que nous avons trouvé aux différents peuples <qui représentent ces époques. Mais, dans tous les cas, on verra qu'en cherchant la vérité de ces hypothèses , si notts avons dû quelquefois agrandir leur acception , et ^rtout chetcber la généralité active qui lesimissait, nous, n'ayons jamais rien trouvé qui les contredît. — En effet, c'étaient presque des certitudes que ces caractères généraux assignés aux différents âges de l'humanité; c^était ce qui se v<»t écrit partout : c'était l'un des ' résultats les plus patents , les plus positifs de chaque révélation qui avait créé la société où dominait ce fait.
6 INTB0DUGTION.
Ainsi la donnée primitive des dieux terrestres, décrits avec leurs mœurs, leurs demeures, leurs ouvrages, n'est absente d'aucun commencement de tradition primitive historique; ces pères -et ces protecteurs des hommes, dont les tpmbeaus sont épars dans tous les pays, ne manquent ni aux cosmogonies desPouranas, nia oelles des Kinç, ni a.ux chronologies de Manethon , de Moïse de Chorène, d'ApoUodore, ni aux Théogonies de San« choniaton, d'Hésiode et delà yoiuspa,niaux tradif tions des Eddas, ni à celles des peuples encore exv- ^stantsde l'Océanie et de l'Amérique, ni aux hiéroglyphes mexicains, ni aux histoires divines et humaines de Diodore de Sicile et d'Hérodote. Partout des dieux , pères directs des hommes , créent les sociétés, les villes, les usages réguliers; et deux systèmes historiques ont pris base sur cette certitude traditionnelle i l'un est celui des époques historiques périodiques , constituées par une succession d'âges des dieux , des héros et des hommes; l'autre est l'évhémérisme, qui consiste à faire de toutes les histoires divines, de tous les dogmes, de toutes les théologies , de toutes les théogonies , des hisrtoires humaines.
Ni l'un ni l'autre ne sont vrais dans la forme où ils se donnent; mais, ce qui est réel et ne saurait être mis en doute , c'est l'existence, aux temps primitifs, de dieux terrestres, ou tout au moins d'êtres, fils des dieux du ciel, dieux eux»
HITRODOOTlOll. ' «y
mêmes^ ayant puissance absolue sur lès êtres inoins intelligents qu'eux. — On trouve «uême, dans un des fragments pseudonymes historique^, publiés par Annius de Viterbe , que les noms primitifedes dieux ne furent autre chose qu'une sorte d'appellation de fonctions sociales hiérarchiques ou successives. Ainsi, il y est dit que les Saturne étaieistles chefs les plus anciens des familles royales, nés des diçux Ciel et Vesta^ ayant pour femmes les Rhéa, pour enfants les Jpvis et Les Junon, #t pour neveux les Hercule. -^ Ce qu'il y a. de certain , jç'est que la. hiérarchie sociale des temps primitifs n'a jamais été qu'une imitation de la hiérarchie que le dogme supposait exister dans le monde céleste; et dès lors, quand, par une transformation sociale, une fonction de l'ancienne hiérarchie venait à- se ^onstitupr pouvoir absolu, elle étaUissait une nogvelle série fonctionnelle qu'elle dominait, et don^ laail son propre ngm à la société qu'elle créait; et celle-ci conservait ce nom , tant qu'elle gardait les lois que son dewiier chef lui avait données* — Or, ces lois , cette morale, que suivait cette société, n'étaient, autre chose que le drame même de la vie du chef-dieu, qui l'avait créée, et le culte qui rappelait les circonstances principales de cette vie , qui devaient être imitées. — De sorte qu'il faut voir dans les noms des dieux terrestres qui commencent toutes les traditions historiques, non-seule- Qient des êtres supérieurs, créateurs sociaux ^ mais
eric<>re Éotiteib race gouvernante ^u'ite ont confelîttiéc; ikai* encore toate là société, dont les fonctions spédales n'étaient autre chose que lés instrument passifs de leur volonté ; mais eiicéré la morale, le dogme et le culte qu^eux ou leurs succe^ seurs ont établis; et enfin la durée et dé cette religion et de la soc^té qui la pratiquait. — Si , ensuite de icrela , oii fait attention que dans beaucoup d^îahgûteè anciennes, mari est synonyme de mat- Ire; fétijrrie, enfant, synonyme d'esclave; frère, *jiyiionyme d'égal ; on aura l'explication làcile de ces" grands drames sociaux , qui forment les traditions primitives des peuples, et qui; se passant entré d^s membres dune mîême famille, amènent des'if'évolutions sanglantes qui transforment les sociétés^, et occupent des espaces de temps déjîassant de beaucoup la vie d'un ou plusieurs homiiies. — On verra alors que ces querelles et ceà guerres nfe boni autre cfeése que celles qui se passent entre dès races et des fonctions sociales , continuées pendant die longues suites de siècles, et désignées sous le!s noms dii dieu et dé seis parents; ce qui revient k rériiS'erle dire de la tradition d'Ahnius, que lïous avons cité plus haut.
■ Gdc4 nous amène aùissi à donner la taisoh de cértaiiiës àppeUatioris, dont nous nous servirons le «loîtfs s6uveht possible , mais (jue nous seronis cèpèïj'daAt obligé d'employer. -^ Ce que nous Vettèaë dé dire des drames tràdîticinnels^ présentant
desluttes de fiimille , peut faire c^cknprendre êatcirlement leurs résultats; c'est la séparation d'éléxoeiM sociaux juâque-^là hàrdioiiiques^ et la constituti0ki de chacun d'eux, à part, avec prédominance de son ancienne fonction, ainsi que àes cotinaissances et des tisages qui en dépendent. •— O^, ]|iuisque, dains la société originelle, ceis fonctiohs étairât désignées sbûs des noms qui n'étaient autre chose que ceux des membres d'une famille ^ tels que père, mère> frères, fils, filles; Chacun des dissidents devait garder le nom de fonction , sous lequel et pour l'émancipation duquel il avait càntbattu. ^— De là deux grandes divisions principales en cultes màlcs et en cultes femelles; et dans ces deux groupes, la division secondaire, en culte mâle unitaire, ou celui du père qui consetre la pensée dominatrice absolue (Saturne Kronos), et en cùke mâle pluralitaîre, ôu celui des frères , ou des£ls associés et réunis en congrès d'égaux (Titans, Atkntes , Géans, etc. ); puis en culte femelle unitaire^ ou celui de la mère (Rhéa , Héra , Cybèle) , doordoiinant toutes les fonctions du point de Vue oppose à celui du père; et en culte pluralitaire, ou cékii dès filles, Siçnt les diverses fonctions de conservation s^harmonisent sur le pied de l'égalité ( les Saisons, les Grâces, les Mairas, les Muses , etc.).
Chacun de ce&*dogïnes , pfésentant une nécessité logique dans sa morale^ sa sciétice et sa pratique, il nous seml^ qu'il nous suffira d'indiquer leur gé-
lO INTRODUCTIOU.
BéralitépouF faire comprendre les mots dont non»; nous servirons; ainsi, tout culte mâle a une tendance au spiritualisme ; teul; culte femelle une tendance au matérialisme; Fun et L'autre peuvent être alliés en restant séparés, c'est la dualité,, ou confondus en un, et ceci est l'hermaphrodisme lèu le panthéisme^ V — Tout culte unitaire tend à. la conservation, à l'extension et à la concentration sociale; tout culte pluralitaire tend à la conservation individuelle>.à la dissociation et à la décentralisation.
TSous devons enfin ajouter à. ces considérations, sur les Aoms mythiques et sur la quantité de choses et de temps qu'ils comprennent, qu'il n'est pas plus surprenantde les considérer comme des abstrao^ tions de toute une religion, une race ou une époque; que, de nos jours, nous ne sommes surpris, lorsque, par la même méthode , nous disons : l'an tant de J.-C; le catholicisme a créé;, la réforme a abattu; la France a civilisé; les Mérovingiens ont jfondé; car chacun de ces mots ne signifiaautre chose qu'une unité morale, sous l'empire de laquelle telle chose a été accomplie, et dans laquelle toutes les individualités chrétiennes, catholiques, réformées, françaises ou méravingiennes, disparais«sent pour ne constituer qu'une fooQtion unique dans l'accomplii^ement de la morale chrétienne.
L'existence des dieux terrestres , possédant à la fois le sol et tout ce qui le couvrait , donnant leur nom à la terre, ainsi qu'à tous les êtres humains
lATROBMTION. I I
qui leur servaient d'iustoiment; et le oontinuant, pendant des siècles aux races, aux cultes, aux sociétés qui les honoraient, ^st donc un fait attesté par toutes les: traditions et par toutes les explications qu'on en a données , quelque contradictoires qu'elles soient.
n y a les mêmes observatioiis à faire quant à l'expression Homme , qui se trouve aussi dans les mêmes traditions. — » H ne faut l'entendre , ni dans l'acception universelle qu'on lui donne depuis le christianisme , ni dans l'acception individuelle de l'homme mâle. -^^ Dans les temps primitifs, l'homme est toujours une nouvelle race intermédiaire, formée , le plus souvent , dans les grandes convulsions sociales , de l'union des dieux terrestres avec la race la plus inférieure et la plus brute des êtres. Alors , ou cette nouvelle race est incorporée dans l'ancienne organisation, ou elle se sépare, et forme une nouvelle société en rapport avec le mouvement dogmatique qui l'a créée.
Ce mode de dénomination, qui comprenait, au principe , des races tout entières , des sociétés avec leur hiérarchie, des individus de tous les âges et de tous les sexes , s'individualisa par la suite , et finit, après une sériQ de décroissance dans l'étendue de l'acception , par ne former que des noms individuels. Or , cela amena en même temps une différence analogue da{is la mesure des temps ; ce qui fait qu'aujourd'hui il çst impossible détablir
1 2 ïNtRÔ^CTIOTï.
Tine cWonoIoeie vraie pour les temps primitif».. -t- Nous ii^avons pas besoin de oiter les nombreuses variations si conmies que {»*éseate^la chronométrie des divers peuples , soit dans le nombre des noois ,. soit dans celui des saâsons^ soit dans l'expression même d'année, de jour, etc. ; mais-fioiisrappeUe- Tons seulement ces faitâ, pour Ëiire comprendre que ces grandes abstractions, qui contraètaient sous un seul nom et une iseule vie mythique tant de populations nombreuses , devaient entraîner avec elles un système de numération chronométrîque, qui réunît aussi sous une même dénomination de longues séries d'annéer. Ainsi, pour ne prendjwB que des exemples bien connus , n est-il pa» impo^ sible d'apprécier ce que valait l'année dsms La vie «i longue dfes patriarches de la Bible? Dans quelque système qu'on se place , qu'on prenne ^ces patriarches pour des homn^s ou pour des signes mythiques d'une religion et de toute sa dcirée, il faudra toujours , ou diminuer la durée de l'année qui ferait vivre deB hqmmes trois , quatre et cinq cents ans , ou l'augmertter , pour pouvoir expliquer, en relation avec nos époques et nos actes, la multitude de transformations socîales , de migrations et d'établissements sociaux qui êe succèdent dans cet espace. — Xi'histoirc primitive de là Grèce ne serait pas moins féconde en obiservations de ce genre, et la guerre des Titans et de Dios, où l'on trouve dès espaces de dix. ans pour des événements qui
INTAODlfCTIOOr. 1 3
Kkïèttéiit en feu le Péloponnèse et le continent opposé, serait contractée xlans ^n moment trop courte en se reportant à la difficalté des relations., à la perpétuité des bagnes, et aux &ible$ moyens de destruction^ que ces temps reculés laissent suppo* ser. *
Il est donc impossible aujourd'hui d'établir un système chronologique fixe pour les temps reculés» et il faut attendre, pour le &ire , que nos connais^ sances seicut plus avancées sous le rapport du système numérique des divers peuples. Lesimpuis^ sants elforts de tous ceux qui ont cherché à établir ces concordances de nombres, suffiraient seuls pour prouver aujourd'hui l'impossibilité du succès. — Mais il restait un moyen d'établir v.n rapport de temps entre les peuples : c'était celui de leur développement logique , sous l'influence d'une même loi morale , et c'est ce que nous avons fait.
Pour arriver àxe résultat, nous avons été obligé d'abandonner tous les ouvrages historiques ou mythologiques modernes. — Tous , faits dans la vue d expliquer un point de détail, ou de justifier une vue théologique moderne , nous trompaient constamment dans notre appréciation des dogmes anciens , et nous rejetaient sans ces$Q dans une conft^sion inextricable. *— Nous priâmes' alors le parti de ne nous adresser qu'aux sources originales , qu'aux traditions autocthones, à tout écrit enfin qui portait le caractère natif et pur d'un mystère
t4 INtRODUCTlONi
primitif* — Leur succession , cozntne importance religieuse ou comme temps auxquels ils se rap-^ portaient, dans les croyances mêmes du peuple dont elles représentaient les dogmes traditionnels^ nous fut révélée par les voyageurs consciencieux, qui s'étaient contentés de coordonner les livres d'après les dires des savants du pays. Dès ce moment le grand livre du passé se déroula devant nous avec une si grande clarté^ que nous n'eûmes qu'à lire avec la pensée morale méaiedu peuple qui avait écrit sa tradition, pour la comprendre, et souvent pour- rectifier des erreurs de logique commises par les collecteurg de ces œuvres, ou par nous^méme, lorsque nous les avions classées sans le secours de notre méthode morale d'investigation* ^-. Dès lors, ne jugeant plus les traditions avec une pensée moderne, mais bien avec la morale même qui les avait créées, nous avons pu facilement saisir la succession dengendrement logique des transformations sociales, qui se présentaient là sous la forme mythique; et, bien plus, nous avons netrouvé les traces de cette morale chez les peuples sortis de son centre, et dont le lien matériel avec leur société mère était perdu.
L'unité morale de l'humanité nous remettait donc sur la trace de son unité d'origine matérielle, de génération logique, et nous découvrions successivement le rapport de ces deux lignes entre elles.
C'était donc pour n'être pas partis de l'unité de
INTRODUiTtlON. l5
bot moral dans l'humanité, que les faistorièns nV vaiient jamais pu arriver à la constatation de son unité d'origine; c'était pour cela qu'ils n'aiffiiient jamais pu comprendre le sens entier et complet des traditions. Partant toujours d'u^ point de chronologie, ou de philologie matérielle, ou de rapport dans les formes m^ythiques, ils se confinaient dans les exiguïtés d'une relation de détails^ et ils tombaient dans toutes les ei^reurs qu'amène ce mode de procéder et que dissipe la méthode d'investigation morale, seule donnée générale qui puisse faire comprendre l'histoire.
Les livres des grands peuples , qui occupent tout l'espace du second âgç ou de l'époque d'expiation des anges déchus, vinrent alors dérouler devant nous leur colossale histoire, où des myriades d'années se succèdent dans une proportion si eflfrayante, que les inconvénients de la chronologie que l'on voudrait constituer aujourd'hui, se montrent dans toutd leur puissance. — Aussi la pensée morale a-t-elle été le seul guide que nous ayons suivi , et la chronologie indieime, dont nous donnons la gigantesque série dans nos notes , i^'a été prise par , nous que comme succession de temps et non comme type de proportion. Dans cette chronologie même .on voit, en effet, que les périodes modernes ont été démesurément allongées, relativement aux mêmes périodes anciennes ; — et c'est ici une preuve de ce que nous disions tout à l'heure
|6 INTRODUGTlOir*
de la division de plus, en plus muUipJiée qui s$ feit des espaces de tenipa CQOipris primitivenii^al danà une seule unité.
Les livres indiens, divisés en quatre gtap4$ sastras, comprennent, i "" le Yeda, recueil ^e cosmos gonies, d'hymnes, de prières, de louanges aux dieux, de rites des sacrifices, et de formules magiques; 2"* rOupaveda , où se trouvent la médecine, la musique, la guerre et les arts mécaniques; 3" le Vedanga, contenant la théorie de tous les procédés du langage, une astronomie et une pratique de cérémonies religieuses; 4° l'Oupanga, où sont réunis les dix-huit Pouranas, formant ensem^ble environ un million de vers , et contenant cha* cun une cosmogonie, une histoire des créations secondaires, une chronologie des manouantaras> une généalogie des grandes familles , et enfin des histoires relatives à des familles particulières. — Dans la même sastra se trouvent aussi : le Dharma , ou la loi civile , et le Dhersana , ou les six grands systèmes philosophiques.
Si à cette base première on joint les trois sortes de livres classiques des Chinois: — i° Les King, composés de l'I-KiDg, qui contient la cosmogonie, la morale et la divination; du Chi-King, recueil de traditions morales et pratiques, propres à cha-* que province; du Chou-King, livre d'histoire, que continue le Tchun-Tsiou, et du Li*Ki, livre des rites; — 2? Les Sse4jhou, ou livres moraux qui
H^TRODUCTION. I^
tous appartiennent à la doctrine de Kong-fu-tsé; 3** enfin, les œuvres philosophiques de Fécole de Kong-fu-tsé et de Lao-tseu ;
Si Ton y ajoute le Zend Avesta des Perses , qui comprend une Cgsmogonie et une histoire suivie jusqu'à Zoroastre et les Kaïanides ; les deux admirables livres dogmatiques qui nous restent de la théologie égyptienne , l'Hermès Trismégiste et le dialogue d'Isis gt d'Horus ; ainsi que les dynasties de j^anéthon; puis la tradition d'Apollodore l'Athénien, qui donne l'origine et la succession de toutes les grandes familles grecques ; et enfin les histoires danoises de Suaningius et Saxo , ^appuyées sur la Voluspa et les Eddas Islandais;
On aura^dans autant de peuples, autant de séries de traditions historiques non interrompues , donnant dans toute leur puissance originelle les dogmes, les sciences, la pratique, le mouvemenf politique, et en^n la niorale, qui meut toutes ces branches de l'activité humaine, pendant tout le temps qu'occupe l'époque qui sépare le premier âge du christianisme.
Ces grandes lignes une fois établies, il nous fut possible d'y rattacher toutes les autres populations parles points communs qui, les liaient^ et de renouer ces lignes elles-mêmes à l'origine commune , que les traditions primitives noua avaient permis de reconnaître à tous les peuples.
Cependant, de nombreuses difficultés de détai\
td INTBODirCTION.
nous arrêtèrent souvent. La science historique moderne nous apportait ses erreurs de logique , en confondant des noms dont les personnages ne pouvaient répondre à la même époque , et ce n'était qu'à l'aide de notre méthode morale que nous pouvions parvenir à découvrir la vérité; et nous devons le dire : cette méthode nous ramenait toujours à suivre ponctuellement les traditions originales, et à ne tenir aucun compte des changements que voulaient y introduire les historiens modernesy entraînés par quelque difficulté infime de chronologie ou de philologie.
Aussi notre foi s'augmentait d'autant pour ces histoires antiques, conservées avec ce scrupule mystérieux par des hommes religieux , qui eussent cru commettre un sacrilège en changeant uri mot ftu chant ou à l'écrit qu'ils transmettaient ^à leurs successeurs.
Dans nos temps de doute, on a tout accusé de fausseté; les gens de métier, habitués à frauder, à contrefaire, à falsifier tout ce qu'ils touchent, pour en faire profit dans quelque but que ce soit , ont cru que de tout temps on en avait agi avec aussi peu de pudeur, quant aux choses de foi. — Mais il ne faut que lire et comparer avec un pea de conscience le plus grand nombre de ces admirables poëmes sortis des mains des premiers hommes, pour voir que tous s'accordent entra eux avec une justesse que rien ne saurait iini*
ter; et qu'aux deux extrémités de la terre , la même parole morale a pu donner lieu à des formes dififiérentes» mais a laissé sous elles une logique e& une pratique morale semblables.
Ausffli, bien que nous fie croyons pas notre livre exempt d'erreurs de détail, pensoiis-nous qu elles sont extrêmement rares , et surtout qu'elles sont d'un ordre tellement inférieur, qu'aucune généralité de notre méthode, de la succession ttiordkî des faits et de Tengendrement unitaire des peuples, ne saurait en être infirmé.
Et nous le croyons avec d'autant plus de feiiheté, que , placés au plus haut point de vue de la morale , et par conséquent dans la plus grande certitude de l'esprit humain , nous avons étudié toutes les bases de la foi de l'humanité, depuis led temps le^ plus reculés jusqu'à nos jours ^ et que nous h'avonâ pas eu à rejeter un seul fait ni une seule suc-^ cession de faits dans lesquels elle ait cru. «^ Nous avons tout adopté , tout accordé sous cette grande vue morale , sans changer l'ordre donné par chaque peuple à sa tradition.
Et ici , nous devons en particulier dire qu'une des bases de la foi cathoKque, l'ancien Testament > à reçu de nous une confirmation devant laquelle viennent tomber toutes les arguties des tempe mo»» dernes. — Tous ceux qui voudront apporter iimà l'examen des traditions universelles la fôi nécessaire pour les compreïidre,*et la méihod4^ morale
20 INTB<)DUCTIOIC.
indispensable pour les analyser^ y trouveront, que pas un fait, pas un mot, ne vient contredire la tradition conservée par les Hébreux, reproduite par Moïse, et reconstruite par £sdras^ pour être adop» tée comme moyen de -filiation historique ^tre le premier mot révélé aux hommes par Dieu, et l'arrivée de son fils sur. la terre.
Il y a en eflfet , depuis le premier mot de la Genèse jusqu'au dernier -des Machabées , une succession non interrompue de transfornmtions , qui répondent logiquement à toutes les gi:andes séries historiques du monde.
Nous .devons dire en outre, que si nous nous sommes servi des écrits apoci^phes, pour compléter rhistoire universelle trop contractée dand la Bible , c'est que ces écrits , ne contredisant jamais la généralité du livre saint, et n'ayant été retranchés que parce qu'ils appartenaient à des sectp» différentes de celles qui conservaient U tradition ^ ne devaient pas plus êtr^e écartés de notre livre que les traditions païennes , qui venaient ajouter des détails historiques au laconisme biblique.
Ce que nous avons fait , nous l'avons fait avec foi ; et cela seul a pu noU» soutenir au milieu des obstacles sans cesse renaissants que nous avons eus^ à vaincre. Que ceux qui voudront t refaire notre V^vail, pour se convaincre , le fassent avec la même foi et la même persévérance , et nous sommes ceruûn qu''ils arriveront aux mêmes résultats q.ue nous.
INTHODUCTION. 21
Or , il est plusieurs voies pour achever de confirmer la grande généralité que nous avons commencé à vérifier. — Pour établir cette longue suite de peuples en filiation morale , politique et matérielle , nous avons dû considérer un nombre immense de faits difieretits, dont cette grande unité morale et successive était la généralité. Eh bien , ce qufe nous avons réuni pour construire , on peut le séparer , et, pour achever la vérification historique nécessaire , on peut faire l'histoire de chacun de ces faits dans le cours du développement humanitaire.
Ainsi, les idées morales peuvent être suivies dans leur plus haute acception et dans leur abstraction la plus complète ; tout comme on peut les rechercher dans les formes qu'elles ont créées pour se produire au dehors , et qui sont leur expression, telles que belles du langage articulé y du langage écrit , du langage que parlent toutes les formes d'arts , en s'adressant à l'émotion des sens et à la finesse de l'esprit.
Il y a de même à vérifier, dans les diverses transformations des idées scientifiques , les pas successif que la faculté du raisonnement a faits, sous l'influence des idées morales qui la mettaient en jeu, pour trouver les moyens d'atteindre leur but.
Les idées plolitiques, qui tendent à établir sur une masse d'hommes une somme de pratiques sociales, destinées à réaliser dans un temps une
partie de la morale qui domine plusieurs sociétés successives , recevront aussi de cette étude ^ une élucidation qui sera d'une importance majeure.
Enfin , s^u milieu de ces innombrables siîries de faits , nous ne ferons plus que citer les idées économiques > où se réunissent les questions de production et de distribution , véritable pratique immédiate de la morale.
Mais nous devons bien le répéter ici, il n'y a de base possible pour l'histoire , dans quelque détail qu'on veuille l'étudier , que dans la méthode d'i»vestigation morale. Celle là seule est exempte d'errreurs j car elle place toujours l'esprit au point de vue le plus élevé de la création des faits sociaus, elle seule peut en donner l'ensemble , et les faire juger dans leurs rapports les uns avec les autres , puisque la morale est elle-même le rapport universel de l'humanité avec tout. — Voici les h^r &es générales de cette méthode.
Le mouvement progressif de l'humanité est u^, parce qu'il n'a qu'un but; continu, parce qu'il xorme des séries sans interruption ; croissant, parce qu'il tend, sans cesse et sans arrêt , vers un but de réalisation morale désiré par l'esprit. Acte complexée de toutes les facultés humaines mises enjeu simula tanément, il a sans cesse à lutter contre la fatalité matérielle, qu'il ne domine qu'avec l'aide de la parole de Dieu.
Or , c'est cette lutte et le mouvement qui en çst
INTRODDCTION. aS
]a suite y et le produit qui en est le résultat , qui forment le sujet de Thistoire.
Letude de rkistoîre doit donc permettre de constater dans Tacte humanitaire un triple mouve-mept simultané 9 dont le premier terme est l'action incessante et continue du Verbe divin aur l'humapité, qui rappelle et indique constamment le but moral.
he second est le mouvement logique, ei^ vertu duquel Vesprit humain donne , à la doctrine qu'il a reçue 9 d'abord une forme morale, puis une forme politique, puis une forme économique*
Le troisième est le résultat de l'activité réalis^itrioe ou de la force , qui, mettant en contact les formules dogmatiques avec la masse, opère, par une succession de sacrifices, c'est-^^re d'unions et de séparations , les transformations sociales, dont la série ascendante doit amener la réaliaatiop la ]^us absolue de la morale révélée.
Or , le mouvement progressif de l'humanité n'est autre chose qu'une série d'actes , dont chacun est toujours un et triple dans sa succesaivité et dans sa simultanéité.
De sorte qu'à quelque point de sa route qu'on étudie ce progrès, on trouvera toujours une inspiration morale, une élaboration logique et une application pratique hiérarchisées.
Et qu'il est vrai de dire aussi, que la série de ces actes incessamment répétés , et produisant toujours un résultat plus élçvé en moralité , sera indéfini ,
tant que le but moral , assigné à l'humanité par Dieu, ne sera pas atteint.
Or , chacun de ces actes , dans la plus haute gé« néralité où ils aient pu être conçus jusqu'à cette heure, peut être appelé âge, et chacun d'eux n'a de rapport, avec celui qui le suit et avec celui qui le précède, que le Verbe, qui les sépare et les unit.
Or y dans la successivké des trois âges , que l'humanité a parcourus jusqu'ici, mais n'a pas encore terminés , il n'est possible que de saisir des termes multiples de la tendance qu'elle suit ; et comme le but que l'humanité doit atteindre est nécessairement un , il est certain que nous ne connaissons ni ne pouvons connaître , sans une révélation du Verbe de Dieu , l'unité même de ce but ; puisque jusqu'à cette heure aucun révélateur ne l'a énoncé, et que la dernièf e manifestation de la parole divine 9 Jésus-Christ lui-même a dit : Je ne vous dirai pas tout ce que je sais , car vous ne pourriez pas me comprendre.
Le but mystérieux et divin , vers lequel marche l'humanité , lui étant inconnu , et ne luifayant ^té révélé à chaque âge que sous la forme qu'elle pouvait comprendre; tout cô que nous pouvons faire aujourd'hui pour savoir le mieux la partie de la loi morale qu'il est donné aux hommes actuels de connaître, c'est de constater les résul« tats moraux de chacune des révélations antérieures à nous , et par-là de nous disposer à mieux
eoBcevoir et à mieux réaliser la dernière morale révélée, qui est celle de Jésus-Christ.
Or , pour savoir distinguer le bien du mal dans les actions de l-humanité , il est important de connaître et le champ sur lequel Thumanité travaille, et rinstrument dont elle se sert, et la loi morale qui la régit.
Le champ, c'est le monde , tel qu'il a été créé par la parole de Dieu , après le dernier cataclysme, qui avait confondu dans une seule masse toutes les transformations produites par les jours de créations antérieurs, et tel qu'il sera jusqu'au jour où l'humanité aura accompli sa tâche.
L'instrument , c'est l'organisme vivant donné à l'homme avec une âme, dominant un appareil logique et une force régularisatrice de la pluralité des organes.
La loi , c'est le sacrifice.
Or, une société est un homme; l'humanité , c'est un homme ; un âge , c'est l'acte libre de l'humanité responsable, comprenant la pluralité d'actes libres de sociétés responsables , comprenant la multitude d'actes libres d'hommes responsables.
Car l'humanité , la société et l'homme ont chacun une âme libre pour choisir leur but dans la voie du Verbe divin, c'est-à-dire dans le bien , ou dans la voie de l'inertie , c'est-à-dire dans le mal. — Us ont chacun un instrument logique pour chercher le meilleur moyen d'atteindre le
a6 INTRODUCTION.
but qu'ils se sont choisi ; — ^ ils ont chacun uiïe force régularisatrice , directrice de la pluralité dans la voie du but choisi.
Or y la simultanéité et la suocesaivité de ces actes de choix , de logique et d'action , constituent un âge humanitaire , pendant leqi^^l ait élaboré et appliqué le dogme révélé.
Et alors , dans le premier temp$, tout acte a pour but la création et l'expansion du dogme moral; tout acte crée un nouveau créateur moral , dont la logique et la force sont tout entiers em<ployés à constituer moralement la révélation. — Alors les grandes erreurs ; alors les hérésies cpi séparent; alors le bien d'un côté, le mal de l'autre , et tous deux en lutte morale*
Et puis, dans le second temps, se crée une forme vivante ; c'est une hiérarchie, ce sont des pouvoirs, ce sont des symboles, des signes figuintifs du dogme , qui saisissent et émeuvent , et qui transforment des populations entières, qui viennent d'elles-mêmes courber leur tête sous la nouvelle force purifiée par le sacrifice. —Et alors le mal aussi a un corpâ, et ces deux forces luttent et se croisent, et guerroient et s'entretuent jusqu'au triomphe du bien par le sacrifice.
Et puis vient le troisième temps; et alors tous les produits et tous les résultats obtenus sont répartis à ceu^ qui ont mérité , et chacun a sa part du qel et de la terre , suivant qu'il a pratiqué 1
INTROmJGTiON. y]
morale révélée, et suivatit son rang social. «^ Et alors Je mal vient demander aussi sa part, et ge mêle au bien , et il devient difficile de le sépare». Et alors il y a des douleurs qui n'ont pas de fia, et qui , se renouvelant sans cesse, usent toute force ) toute raison, toute volonté, dans un doute crt: upe obscurité sans fond^ où Tàme ne trouve plus ni jour ni nuiu
Et alors il y a deu3ç voies qui se présentent , ou le Verbe descend et apporte encore une nouvelle loi morale, ou une réforn[iation sort de l'excès même de la douleur, et formulant une nouvelle pensée morale dans la voie de l'ancienne révélation, mais dans la voie de la satisfaction individuelle» recommence une nouvelle période de trois temps, qui forme un âge parallèle à la révélation , et dans lequel la pratique la plus détaillée du dogme antérieur est appliquée jusqu'à son dernier terme matériel.
Mais quand la révélation descend du ciel pour dire un nouveau mot, elle prend le corps social nouveau, formé par la révélation qui l'a précédée ; elle s'y insinue, s'y glisse; transige d'abord avec les anciennes exigences , adopte les anciennes formes, puis elle se développe peu à peu , se lève , se dresse , et dominant tout d'un coup ce corps qui l'a protégée, elle le transforme sous sa puissante main , et le fait conforme à la nouvelle parole que Dieu a jetée dans le monde.
38 lOTPRODCCTIOW.
Et alors ce corps puissant, qui sent en lui le Verbe divin , franchit d'un seul pas le principe moral qui retrait ouvert devant lui , et sur le bord duquel il serait toujours resté sans le miraculeux secours qui l'est venu aider.
Et alors il y en a qui disent dans leur orgueil : Moi seul je suis tout-puissant , moi seul je suis le Dieu fort; moi seul je suis le Dieu victorieux. Je suis tout, et tout est moi, car je suis la vie. — Et ceux-là sont les morts que Thumanité , en passant , laisse couchés dans le tombeau qu'ils se sont creusé eux-mêmes.
Et l'humanité marché, marche, suivant toujours la colonne de feu qui la guide , et de ses encensoirs sacrés elle fait remonter vers Dieu les parfums qu'elle recueille sur la route.