CHAPITRE PREMIER
Histoire des Groënlandais. — Morale. — Théologie. — Mœurs.
Or , il y eut en outre une partie de la grande colonie tatare qui, remontant toujours vers le nord, passa le détroit de Behring , et , sous le nom de Groënlandais et d'Esquimaux , se fixa autour du pôle nord , peut-être parce qu elle trouva occupée la partie de Tx^mériqueplus au sud par la branche de la race sémitique qui s'y était déjà établie.
Quoi qu'il en soit , voici ce qu'on sait des Groënlandais (Krantz); et cela présente un exemple frappant des dogmes et des pratiques du premier âge.
Ils disent que le premier homme sortit de la terre, la première femme du pouce de l'homme, et de ces deux êtres le genre humain. L'homme introduisit toutes les autres choses dans le monde, et la femme y fit entrer la mort , en disant de tous
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les enfants : Il faut bien qu'ils meurent pour faire place à leur postérité, — Après bien du temps , le monde fut noyé par un déluge ; et un seul homme , sauvé des eaux, frappa la terre de son bâton et il en sortit une femme, et le monde fut repeuplé.— Après bien dessiècles, les^hommesdisparaîtront du monde, la teri« sera déchirée et mise en pièces , et purifiée du sang des* morts par une inondation; puis un vent séchera cette poussière bien lavée , la ramassera dans les airs et lui rendra une plus belle forme. La terre alors sera toujours riante, couverte de verdure et de délices. L'Etre d'en-haut soufflera sur les hommes, et ils revivront.
On ne sait de l'Etre d'en-haut, ni le nom ni la forme, ni rien de lu»i. — Mais il y a un Dieu immortel et bon , qui protège les hommes , qui a la forme dnm ours et aussi celle d'un homme à un seul bras, et qui inspire aux Angekok (prêtres) les prédictions sur les saisons; il s'appelle Torngarsuk, et Ockoo- Ma chez les Esquimaux, et il habite un empire souterrain, —r Et il y a aussi une femme méchante, qui habite un palais au fond de la mer.
Et il y a trois demeures où vont les âmes. — La première au ciel, au-dessus des nuages, région de la lune , où les âmes dansent et jouent aux boules , et où elles ont leurs lentes autour d'un grand lac qui foisonne en poissons et en eiders, et qui fait pi eu voir sur la terre lorsqu'il se déborde, et qui l'inonderait s'il roihpait ses digues*
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Et SOUS les roehers qui limitent la terre est I» seconde demeure^ où règne un. été perpétuel, où le soleil ne laisse jamais entrer la nuit,, où les eiders, les rennes, les poissons^ et les phoques sont en abondance,, et où l'on mange sans cesse des têtes de phoque qui se renouvellent toujours. — Ceux-là vont habiter ce séjour, qui ont souffert de grands maux et même la mort , à dompter des baleines ou d'autres monstres marins , et aussi vont là les femmes mortes pendant Faccouchement* — G'est la demeure de Torngarsuk.
Et la troisième demeure est un palais au fond de là mer, qu'habite la méchante femme; là elle vit dans la solitude loin des hommes, mais elle envoie contre eux , pour les poursuivre et leur faire beaucoup de mal , son fils, aussi méchant qu'elle, et que les Esquimaux appelent Ouittikka. Des phoques et un chien gardent les portes de cette demeure, où la vieille enchaîne tous les monstres marins ; les oiseaux aquatiques nagent dans la cuve qui entretient l'huile de sa lampe. — Quelquefois les Angekok pénètrent jusqu'à elle,, et la forcent par toutes sortes de mauvais traitements à leur confier les secrets de ces maléfices.
Mais il y a encore des esprits d'un brdre inférieur qui environnent la terre ; il y en a de l'air, noirs et ténébreux , qui mangent les entrailles des âmes qui passent. H y en a de l'eau , qui mangent les re-*^ nards quand ils veulent prendre du poisson. H y eu.
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a du feu , flammes voltigeantes , esprits dés habitants de la teri^e antérieurs au déluge. — ^ Et il y a aussi dans les montagnes des géants de douze pieds de haut et des nains très-industrieux.
Et il y a aussi un dieu de la guerre qui commande à tous les esprits ennemis des hommes , et un dieu du vent, du beau temps et des glaces, qui a été aussi un homme autrefois comme les autres esprits.
L'homme a trois âmes, Tune, forme subtile et épurée du corps , qui peut en sortir pendant le sommeil ou les maladies pour aller se réjouir, chasser et danser. — Elle va après la mort habiter une des trois demeures. — Les deux autres âmes sont le souffle et l'ombre. — 'L'âme des enfants passe dans un autre corps.
Les Angekoks s'initient eux-mêmes , d'abord par la solitude, le jeûne et la méditation, puis par l'invocation de Torngarsuk, afin qu'il leur envoie un esprit familier. — Alors l'initié reste sans mouvement pendant trois jours, et n'est réveillé que par l'esprit qui l'instruit des hautes sciences, et le cpnduit dans les cieux et dans l'enfer. — Lorsque l'Angekok veut faire un de ces voyages mystérieux, il s'agite en battant du tambour, et quand il est épuisé il se fait lier les mains au dos , la tête entre les jambes , se fait placer dans l'obscurité , et alors son âme se détache et va chercher l'esprit qui lui donne réponse à toutes ses
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questions : ces voyages se font surtout en automne y parce que le ciel des nuages étant plus près delà terre , les arcs-en^^iel sont un chemin comniode pour l'âme.
Si la guerre n'est pas leur attribut distinctif^ la violence est au moins la base de tous leurs actes. — r Un homme ou une femme, accusés de maléfices, sont lapidés ou déchirés , ou jefcés à la mer par tout le canton : un homme pour ce crime tuera sa mère ou a$i sœur : un Groenlai^dais ne porte jamais secours à un autre s'il n est de sa famille ou de sa société de chasse ou de pèche , et si dans sa barque il est gêné par une femme ou un eq&nt, il les jette à l'eau. — La vengeance individuelle est la juste représaille d'un mal , et le vainqueur mange le cœur ou le foie du vaincu pour ôter le courage aux parents du mort. — Le mariage ne s'accomplît que par uii enlèvement fait avec la plus grande violence , et ce n'est soii^ent qu'à force de coups qu'un jeune Groënldndais parvient à avoir la fille qu'il veut épouser. — La polyganiie est pratiquée, car c'est une honte pour un homme 4>e n'avoir pas d'enfeint, et un regard sinistre sui&t pour répudier une femme stérile. — Un homme serait déshonoré s'il touchait à quelque objet de l'intérieur du ménage, qui est tout abandonné aux femmes. — Une veuve vieille , un vieillard abandonné, un enfant k la mamelle d'une femme morte, sont enterrés vivants. — Et diez les Esquimaux , les vieillards mâles et femelles se
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font étrangler par leurs enfants ou leurs amis. — Aussitôt qu'un enfant mâle se sert de ses mains, on lui donne un arc et des flèches , et toute sa vie il reste attaché à la cabane de son père , ainsi que sa femme, qui devient la servante de sa belle-mère, maîtresse absolue de la cabane. (Krantz.)
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