‹ Essai d'hygiène mentale: Prophylaxie des épidémies de suicidesChapitre 6 sur 10 · AN CS · texte numérisé non relu

AN CS

La lecture du dernier tableau nous frappe par la proportion des suicides entre ceux des hommes et des femmes, proportion qui, pour la totalité des suicides, s'établit ainsi : 3-4 hommes pour À femme. Cette constatation se retrouve chez tous les auteurs.

En France, on compte:

SUICIDES ANNÉES > Mer es d'hommes de femmes ODA RE rs ce 6809 2009 OUI RE TT RTE 6698 2018 OO RE ANRT 6724 2091 LOUP SRE SENTE 6805 2071 AOC RER Re 7179 9157

Et dans tous les temps et tous les pays, ces rapports restent remarquablement constants.

La tendance au suicide croît régulièrement de l’enfance vers l’âge mûr, la cinquantaine, pour diminuer légèrement avec la vieillesse.

La densité de la population ne joue pas un rôle bien net. Par contre les conditions de famille sont d’une telle importance que Durkheim a presque énoncé comme des lois ce qui suit : L'état de mariage diminue de moitié environ le danger du suicide, ou mieux : il résulte du célibat

une aggravation qui est exprimée par le rapport + —1,6. Le veuvage est très défavorable; les ménages avec enfants comptent bien moins de suicides que ceux sans enfants; les régions à familles denses ont peu de suicides et inversement.

Bertillon avec son immense expérience peut écrire dans les «Annales de démographie internationale de 1832»: «Dans toute l'Europe, le nombre des suicides varie comme celui des divorces et séparations de corps.

On compte en :

Fo

DIVORCES POUR SUICIDES POUR 1000 mariages 1 million d'habitants NORD e re opens dit 0,54 73 a 200. 81 BANIOTER e due ss u at o 5 90 IRAN CES seine ne Ne 15 150 |

Une semblable statistique peut être établie pour les départements français. Il en résulte de tout ceci que les divorcés des deux sexes se tuent environ 3 à 4 fois plus que les gens mariés.

L'influence de la profession est peu manifeste et tous les corps de métier sont représentés parmi les suicidés.

La race, elle aussi, est sans grande importance; cependant, Brierre prétend que les bâtards sont plus résistants et y voit un moyen d'améliorer le taux des suicides.

Tout autre est linfluence de la confession et tous les auteurs sont unanimes à en prôner l'importance primordiale. Les statistiques de tous les pays se ressemblent à ce sujet.

D'après Morselli, la moyenne des suicides pour un million d'habitants est :

dans les Etats protestants... 190 » DS LE SAONE 96 » ÉNOiQUues. LATE 08 » OFTROADKÉS UT 40

Legoyt trouve .

pour À million de juifs... 48 suicides » catholiques 62 »

» protestants 102 »

Wagner, dont le travail statistique fait autorité, arrive aux mêmes conclusions de ses recherches malgré son désir contraire.

Casper, Lisle, Winslow, Brierre, de Boismont, Hausner y aboulissent également.

En 1875, la Bavière (catholique) compte 90 suicides par million d'habitants et la Prusse (protestante) 133.

En Suisse, il y a 87 suicides par million d'habitants dans les cantons catholiques et 326 par million dans les cantons protestants.

En Autriche, ils se répartissent ainsi:

Joifés. JO SORERE * F0 Hrecs à: PER RARES 99 Catholiques .….........… 400 Protés Eten. 1923

Or, fait curieux, le catholicisme et le protestantisme condamnent tous les deux le suicide avec la même netteté, et ces prohibitions ont un caractère divin dans jes deux religions. La seule différence essentielle qu'il y ait entre les deux religions, c’est que le protestantisme admet le libre examen dans une bien plus large proportion que le premier; par conséquent, l'Eglise catholique est bien plus fortement intégrée que l'Eglise protestante.

Quant aux juifs, croit Durkheim, ils doivent leur petit nombre de suicides à l'hostilité fréquente qui les entoure et qui les unit plus fortement les uns aux autres; de plus, le judaïsme consiste essentiellement en un corps de pratiques qui réglemente minutieusement tous les détails de l'existence et ne laisse que peu de place au jugement individuel.

Le fait que l'Angleterre, pays protestant, n’a que peu de suicides, s'explique quand on se rappelle que l'Eglise anglicane est plus fortement intégrée que les autres et est la seule où il existe une hiérarchie du clergé protestant.

L'influence de l'instruction est grande aussi, car nous voyons que les sauvages, les ignorants sont généralement préservés du suicide, tandis qu’une récente statistique de

la « Save of life league » nous apprenait que, parmi les 6171 suicidés des Etats-Unis en 1920 (en 1870 : 1060 suicides), on trouvait:

75 directeurs de commerce 36 millionnaires

12 écrivains

24 hommes de loi

8 juges

51 médecins

34 professeurs

27 étudiants

12 clergymens.

Certains auteurs hésitent cependant à en attribuer la paternité à l'instruction et constatent seulement que « le suicide progresse avec la science sans que celle-ci en soit la source directe ».

Guislain, par contre, essaie de démontrer que la civilisation, le progrès, la science nous ont amollis, efféminés, rendus plus sensibles, tout en augmentant l’intensité de la lutte pour la vie, en exaltant les passions, les heurts, les déceptions, en détruisant l'équilibre entre l'intelligence .et laffectivité, et qu'ils usent la force de résistance pour aboutir à un état dépressif.

L'état militaire est un facteur aggravant du suicide, quoique l’on puisse croire que la sélection sévère exercée par le conseil de révision ait éliminé tous les tarés; la statistique est éloquente :

Page 1