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(1) Après avoir rendu le verbe
IT, 4. En ces jours-là arrive Jean le Baptiste, élevant la voix au désert de Judée,
2. Et disant: Convertissez-vous; car le royaume des cieux est proche.
3. Car c’est ici celui dont Ésaïe le prophète a fait mention en ces mots : « Voix de quelqu'un qui « crie : Préparez dans le désert « le chemin du Seigneur; faites « droits ses sentiers. »
4. Or ce Jean avait son vêtement de poils de chameau et une ceinture de cuir autour de ses reins; et sa nourriture était des sauterelles et du miel sauvage.
5. Alors Jérusalem s'en allait vers lui, et toute la Judée, et tout le pays voisin du Jourdain;
6. Et ils étaient plongés (1) par lui dans le Jourdain, en confessant leurs péchés.
Barriçetv, en cet endroit, où il se
Nous avons vu, dans la première partie de cet Essai d’Interprétation (page 101), que l'établissement de Joseph à Nazareth avait mis Jésus à l’abri des périls qu'il aurait pu courir à Bethléhem, s'il y avait été ramené à son retour d'Égypte, ét que grâce à ce changement de séjour de sa famille, ce qui avait été dit par les prophètes put avoir lieu plemement quand le temps en fut venu. Les mots En ces jours-là, qui ouvrent le récit actuel, se rapportent à l’époque où leur parole fut réalisée. La prédication de Jean le Baptiste en marque l’entrée. Matthieu déclare que Jean est le prophète sans nom, la voix retentissante, dont Ésaie a parlé. (Ésaïe, XL, 3.) Jean lui-même avait dit qu’il était cette voix-là. Comme elle, il criait : « Préparez dans « le désert le chemin du Seigneur! faites droits « ses sentiers! » (Jean, I, 19-23.)
Le désert de Judée, où Jean commença à précher, n'aurait pu, en aucune manière, être l’image d’un désert moral comme celui qu'Ésaïe avait en vue. Peu habité, ce n’était pas cependant une solitude. Il comprenait le pays montagneux où le fils de Zacharie était né et la contrée pierreuse et aride. qui y fait suite et qui, traversée par le Jourdain,
rencontre pour la première fois, par plonger, afin d’en fixer le sens, je pourrai sans inconvénient me servir ailleurs, pour le traduire, du mot baptiser, qui est d'un usage commode et qu’il faut se garder de rejeter, puisqu'il explique le surnom de Baptiste donné à Jean dans les deux langues. Il importe seulement de se souvenir que plonger et baptiser sont synonymes en français et correspondent au même mot grec.
MATTHIEU, III, 1-6. 9 se prolonge jusqu'au lac Asphaltite, nommé aujourd’hui la mer Morte. Jean avait passé son enfance dans ces déserts. (Luc, I, 80.) Plus tard, c’est là que la parole de Dieu lui fut adressée. (Lue, IE, 2.) Quand il se mit à prêcher, ce district ne put lui fournir, il est vrai, qu'un nombre très restreint d’auditeurs ; mais l’accès en étant facile, leurs rangs s’accrurent bientôt de tous ceux que le bruit de sa prédication y attira du dehors : Jérusalem, la Judée entière, tout le peuple des deux rives du fleuve, accoururent vers lui pour l’entendre.
Jean appartenait à l’une des familles sacerdotales fixées dans cette portion du pays (Luc, I); mais au lieu de la robe de fin lin et de la ceinture brodée dont les descendants d’Aaron avaient droit de se parer (Exode, XX VIII, 39-41), il portait, comme autrefois Élie (2 Rois, I, 8), la ceinture de cuir et le vêtement grossier des gens de la contrée (1). Le miel sauvage qui y abonde (2) et les sauterelles dont l’usage était autorisé par la loi (3), formaient sa nourriture.
(4) Sur les vêtements de poils de chameau, voir SAM. BocHART, Hierozoicon. Londini, 1663. Pars prior, col. 78, 79.
(2) Kat peAurrotoépos dE rh ywoa. (FL. Jos. Bell. Jud. Lib. IV, C. VII, $ 3.)
(3) « Ut Hebræorum terra locustis, ita lingua locustarum no- « minibus est maximè fœcunda. Nam, ut talmudica taceam, quæ « magno numero occurrunt, in solis prophetarum scriptis doctores « decem numerant... Levit. XI, 21, 22, quatuor numerantur lo- « custarum species, nimirum arbe, solam, chargol et chagab. « quibus omnibus hoc commune est, quod sunt alatæ, et quadru-
« pedes, et ad esum concessæ... In Æthiopia et alibi fuisse scimus « dxptoopdyous..… Sed, quod rei caput est, etiam inter Judæos
Le peuple auquel 1l faisait appel, en lui déclarant que le royaume des cieux était proche, était assujetti depuis dix-huit ans aux Romains. Auguste, sur les plaintes des sujets d’Archélaüs contre sa tyrannie, avait, après neuf ans de règne, dépossédé ce prince de ses états, qu'il réunit à la Syrie. C'était en l’an de Rome 760. Quirinus, gouverneur de cette province, était occupé alors à y faire le dénombrement. Il l’étendit à la Judée, après son annexion, et celte mesure, très sensible aux Juifs, consacra la perte de leur indépendance. Ils obtinrent toutefois des gouverneurs particuliers, chargés sans doute de tenir compte dans leur administration des difficultés qui pouvaient résulter de la religion et des mœurs du peuple. Coponius, Ambivius et Rufus remplirent ces fonctions sous Auguste. Gratus v fut appelé à l’avénement de Tibère et les exerça pendant onze ans. Au mépris des anciennes coutumes, suivant lesquelles les grands-prêtres restaient en charge jusqu'à leur mort (1), il déposa les pontifes qui ne lui agréaient
« edulis fuit locusta. Testatur id mosaica lex, Levit. XI, 24, 22. «Et talmudici doctores, qui Tractatus Cholin capite tertio, fol. 65 «et 66, multis disputant, quibus notis dignoseantur mundæ lo- « custæ ab immundis, id est, quas licet edere, ab: iis quarum esus « ab Lege prohibetur... Itaque, qudd locustas edebat Johannes, « novum non fuit nec inauditum. » (Sam. BocuaArT, /ierozoicon, Pars posterior, col. 441, 446, 452, 491 et 492.)
(4). où ya AAA YÉ Tue pnpln Tv Th ÉmaË rapahay. (FL. Jos. Ant. Jud. Lib. XV, c. 11, S 1.) — Tù ap mpürov Éwç the Tob flou Teheurhs Tac dpytepuobvas elyoy, Üorepov CE nat Taoa Cwvrwv duedéyovro. (Ibid. Lib. XX, c. x, $ 1.)
MATTHIEU, III, 1-6. 11 pas, et en nomma d’autres à leur place, de sa seule autorité, à laquelle il subordonnait ainsi la leur, imitant en cela les rois de Syrie, qui, au temps de leur domination, avaient usurpé le droit de disposer à leur gré de la souveraine sacrificature. Gratus en usa quatre fois. Il venait de révoquer Simon, fils de Gamit, et de choisir Joseph, surnommé Caïphe, pour lui succéder, lorsqu'il fut rappelé à Rome. Ponce Pilate, qui le remplaça, se rendit en Judée vers la fin de l’été de lan 778. Il y était arrivé depuis peu, quand Jean le Baptiste devint tout à coup dans le pays l’objet de l’attention générale (1).
La grande agitation excitée par le pharisien Sadoc et par Judas le Gahléen, à la suite du dénombrement fait par Quirmus, avait pris fin depuis longtemps; mais il n’en était pas aimsi des idées qu'ils avaient répandues au sein du peuple. Un parti, qui comptait des adhérents nombreux et fervents, continuait à les propager (2). L’horreur du
(1) Pour l’époque où Ponce Pilate prit possession du gouvernement de la Judée, voir CuiNton, Fasti Romani. Vol. II, 4ppendix, page 235. L'an 778 de Rome, où il entra en charge vers la fin de l’êté, correspond à lan 25 de notre ère. Le ministère de Jean n’a pu commencer auparavant, puisque Pilate était déjà gouverneur quand la parole fut adressée à Jean au désert. (Luc, IE, 4, 2.) Si, comme il ne me paraît pas impossible de l’établir, la pâque qui suivit le baptême de Jésus (Jean IL, 13) a été celle de l’an 26 (719 de Rome), il résulte nécessairement du rapprochement de ces deux dates, qu’il a dû commencer peu après l’arrivée du nouveau gouverneur.
(2) Th dE rerdprn Tôv guAocoqov à l'ahthaïos ‘Iobdac yep xatéotn... (Fu. Jos. Ant. Jud. Lib. XVIIL c. 1, $ 6.)
joug étranger et de la religion des gentils, devenus les maîtres du pays, animait ses membres, et il en résultait fréquemment des troubles, aisément réprimés, il est vrai, mais qui menaçaient toujours de renaître. Inquiets, mécontents, les Juifs étaient faciles à émouvoir. Lorsque Jean parut, ils se demandèrent s’il venait, comme la plupart des anciens prophètes, entretenir dans la nation l'espoir de la délivrance. C’est un prophète, en effet, qu’ils allaient voir au désert de Judée; mais ils s’aperçurent bientôt que son langage était autre qu'ils ne l'avaient attendu.
« Convertissez-vous, » disait Jean aux foules assemblées; « convertissez-vous, car le royaume des « cieux est proche.» — Le royaume des cieux! Il ne s'agissait donc pas, comme ils l’espéraient, du rétablissement du royaume d'Israël. Convertissez-vous! C’est comme s’il leur avait dit : « Changez de dispositions à l’égard de Dieu (1). Au lieu de tout attendre de la terre, tournez-vous du côté du ciel (2). » Il y avait lom de là à leur prêcher la révolte comme
(4) « Le mot signifie proprement se réaviser ou prendre nouvel « avis, et ainsi se repentir de ses péchés, en avoir un sérieux re- « gret, avec résolution de s’en départir, amender sa conduite et « son train, et se convertir au Seigneur. » (DESMARETS.) — « Il y « a dans l'Écriture sainte, dit M. Vinet, un mot (a\Ÿ en hébreu, « émiotpépesat et (Leravoeiy en grec), qui ne peut se traduire que « par se convertir et qui évidemment signifie : changer de dispo- « silion à l’égard de Dieu. » (Viner, Histoire de la Prédication, page 710.)
(2) « Vos terrenum expectatis regnum; ego cœleste appropin- « quare confirmo. » (MaLponarT, Commentarii in quatuor evangelistas, col. 74.)
MATTHIEU, I, 1-6; 5-10. 15 Judas l'avait fait autrefois. (Actes, V, 37.) La parole de Jean les faisait souvenir de leur abaissement moral, tandis qu’ils ne gémissaient que de leur abaissement national; elle ne tendait ainsi à rien moins qu’à renouveler entièrement leurs sentiments et leurs pensées.
Subjugués par elle, ils s’attachèrent aux pas du nouveau prophète quand il descendit du désert aux bords du Jourdain. Là, touchés de componction, ils se laissèrent plonger par lui dans le fleuve, confessant leurs péchés et se montrant résolus à mieux vivre, par cela même qu'ils accomplissaient à la lettre ce qu’Ésaïe avait prescrit jadis à leurs pères : « Lavez-vous, nettoyez-vous; ôtez de devant mes « yeux la malice de vos actions; cessez de mal « faire; apprenez à bien faire. » (Ésaïe, I, 16, 17.) La prédication de Jean et le rite qu'il y ajoutait, d’une signification plus étendue que les ablutions en usage chez les Juifs, puisqu'il exigeait l’immersion de l’homme tout entier, revenaient à cela. Ceux qui se seraient fait baptiser sans éprouver un vrai repentir, par esprit d'imitation seulement ou par suite d’un entraînement irréfléchi, auraient donc profané le nouveau symbole, qui n’était pas institué pour eux.
IL, 7. Toov dE roAhode roy II, 7. Mais voyant plusieurs des Paptoaiwy nai Zaddovxalwy ë- pharisiens et des sadducéens vexomivous èmt rd Bantioux abroù nir à son baptême, il leur dit : etrey adtoîis" l'evvauara ty1dv@v, Race de vipères, qui vous a monris Oméderbey buiv guyetv dr ris tré à fuir la colère à venir ? pe AOÜGNS do YAs ;