Produisez donc du fruit digne de la conversion
9. Et ne pensez pas à dire en vous-mêmes : Nous avons pour père Abraham; car je vous le dis, Dieu peut de ces pierres-ci faire surgir des enfants à Abrabam.
40. Or déjà même la cognée est mise à la racine des arbres : tout
arbre donc ne produisant pas de bon fruit est coupé et jeté au feu.
mâv oÙy dÉVOPOV Lh TOLOÛV ap moy AAAdY ÉXAÔMTETAL HAL ES
np fd\hetat.
Les pharisiens et les sadducéens ne sont nommés nulle part dans lPAncien Testament (1). Josèphe parle d’eux pour la première fois en racontant l’histoire de Jonathan Maccabée; mais 1l résulte de son récit même qu'ils existaient déjà auparavant. Peut-être le sadducéisme est-il né du schisme qui éclata au temps d’Antiochus Épiphane, alors que le grand-prêtre Onias, surnommé Ménélas, élevé à la souveraine sacrificature par ce prince, détermina beaucoup de Juifs à embrasser, au lieu du culte de leurs pères, la religion et les coutumes des Grecs. Dans ce cas, le pharisaisme aurait pu
(1) On a expliqué diversement l'origine du nom des pharisiens. Quant à celui des sadducéens, les rabbins ont prétendu qu’il leur était venu de Sadoc, disciple, au commencement du troisième siècle avant notre ère, d'Antigone de Socho, et s’il faut les en croire, l’un des fondateurs de leur secté. Prideaux met cette explication au rang des histoires talmudiques, « qui lui inspirent, « dit-il, très peu de confiance. » (The Old and New Testament connected. Oxford, 4854. Tome II, p. 364.) J'ai jugé inutile d’en tenir compte dans ce travail.
MATTHIEU, II, 7-10. 15 être primitivement une réaction contre ce faux judaïsme, tout mêlé d'opinions étrangères et incapable d'offrir à ses adhérents des horizons plus étendus que ceux de la vie présente. Mais au bout d’un certain temps, les sectes juives ont dû se trouver très différentes d’elles-mêmes; il leur sera arrivé comme à toutes les sectes, chez lesquelles, malgré la persistance des noms qui ont servi d’abord à les désigner, quelques traits seuls continuent plus tard à subsister, s’exagérant parfois, tandis que les autres s’effacent et font place à des traits nouveaux. Il est évident, par exemple, que l’attachement aux traditions qui finit par distinguer les pharisiens et qui était si énergiquement combattu par les sadducéens sous le dernier Hircan, n’a pu servir à les caractériser que quand ces traditions, qui se sont formées peu à peu, furent entrées fort avant dans les esprits.
Les pharisiens acquirent un tel ascendant sous les rois asmonéens , que leur autorité l’emportait sur celle des grands-prêtres, et que ces rois, auxquels ils s'étaient rendus redoutables, tantôt s’alliaient aux sadducéens pour leur résister, tantôt, perdant l’espoir de les contenir, les laissaient régner sous leur nom. Il va sans dire qu'il ne s’agit ici que des chefs de la secte, s'appuyant sur leurs partisans pour s'assurer le pouvoir dont ils étaient avides. Le zèle religieux, qui me paraît avoir été à l’origine le mobile principal des pharisiens, avait été supplanté alors par l'esprit d’intrigue et de do-
mination politique, ainsi que cela a lieu souvent. . Sous Hérode le Grand, les pharisiens nous apparaissent artificieux et entreprenants; les sadducéens, frivoles et superficiels, comme ils l’ont toujours été. C’est par les Évangiles, bien plus que par Flavius Josèphe, que nous apprenons ce que les uns et les autres étaient à l’époque de Jean le Baptiste. On comprend que sous un gouverneur romain, les pharisiens ne pouvaient plus espérer se faire de la religion un instrument de règne; mais rien ne les empêchait de se servir d’elle auprès du peuple pour leurs poursuites intéressées, et 1ls n’eurent garde d’y manquer. (XXIIT, 3-7.) Les sadducéens étaient surtout en faveur auprès des classes élevées. | Jean ne se faisait aucune illusion sur le compte de ces deux sectes. Il connaissait leur passé, et rien ne l’autorisait à attendre de meilleures choses des fils que des pères. Quelle ne dut pas être sa surprise de voir quelques-uns des disciples de tels maîtres venir à son baptême ! Il n'allait pas luimême trouver les Juifs dans leurs villes; il ne parlait pas dans leurs synagogues; ceux qui voulaient l’entendre étaient obligés de se rendre auprès de lui au désert. Ce n’était là, il est vrai, qu'un premier pas; la curiosité pouvait suffire pour décider à le faire. Autre chose était, en effet, de venir à la prédication de Jean, autre chose de venir à son baptême. Pour faire ce second pas, il fallait que le premier n’eût pas été fait en vain.
MATTHIEU, III, 7-10. 17 Ceux-là seuls allaient au baptême de Jean, qui s’étaient laissé persuader par sa parole. Puisque ces pharisiens et ces sadducéens y viennent, c’est donc qu’elle a trouvé le chemin de leurs cœurs.
Jean, qui sait comment on pense et comment on vit dans leurs rangs, s’en étonne et les apostrophe en ces mots : « Race de vipères, qui vous «a montré à fuir la colère à venir?» À cette question, voici, Je me l’imagine, ce qu'ils ont pu répondre : « Il est bien vrai que ceux dont nous « sommes issus ne nous l'ont pas plus appris par « leurs leçons ou par leurs exemples que les vi- « pères, auxquelles tu les compares, n’enseignent « à leur progéniture à ne pas répandre leur ve- « nin; mais, à défaut de nos pères, c’est toi-même, « Ô prophète, qui nous l’as montré. »
Venir au baptême de Jean, c’était pour eux se mettre en contradiction avec tout ce que les noms qu'ils portaient, devaient faire attendre de leur part. Les pharisiens, plus exacts que les autres Juifs dans les pratiques de la religion, croyaient n'avoir rien à redouter d’un jugement futur. Les sadducéens, bornant leurs craintes et leurs espérances à la terre, n’admettaient pas qu’un tel jugement dût jamais avoir lieu. Comment, d’après cela, les uns ou les autres auraient-ils pu songer d'eux-mêmes à se confesser pécheurs et à se convertir, pour fuir la colère à venir ? Il fallait que l'impulsion leur vint du dehors, et il en avait été ainsi : elle était venue de celui-là même qui les
Ad
interrogeait. Sa question, adressée plus particulièrement à quelques-uns, devait, dans les circonstances où elle était faite, avoir un retentissement plus grand et être un avertissement pour tout le peuple. (Luc, IL, 7.) C’est que les Juifs, sans être tous ouvertement pharisiens ou sadducéens, penchaient cependant alors, la plupart, plus ou moins, de l’un ou l’autre de ces deux côtés.
Mais s'ils veulent fuir la colère à venir, ajoute Jean, qu’ils la fuient tout de bon! Il ne leur servirait de rien d'affirmer que leurs dispositions sont différentes de ce qu’elles ont été jusque-là, s'ils ne se conformaient pas, dans leur vie, aux dispositions nouvelles qu'ils prétendent avoir. « Contre- « faire la pénitence, a-t-on dit avec raison, ce n’est « pas faire pénitence ; il faut montrer par effet « qu'on se repent à bon escient (1). » Comme le fruit fait connaître ce qu'est la séve, les œuvres de l’homme doivent révéler ce qu’est sa conversion. [1 faut que la vie réponde à la signification du rite et aux paroles.
Qu'ils prennent donc garde de ne faire qu’échanger une erreur contre une autre, de ne quitter les notions fausses des pharisiens et des sadducéens que pour retomber dans le préjugé national des Juifs. Ceux-ci se croyaient en sûreté, parce qu'ils avaient Abraham pour père; comme si leur descendance charnelle du patriarche leur donnait des
(1) Saint Augustin, cité par Bourdaloue. (Sermon sur la Pénitence.)
MATTHIEU, III, 7-10. 19 titres auprès de Dieu. Il est bien vrai que Dieu, en raison de ses desseins à l’égard de ce peuple, lui avait fait annoncer certaines délivrances à la suite de certains châtiments qu'il avait résolu de lui infliger. Mais ces promesses, exclusivement temporelles, ne renfermaient absolument rien qui püût faire penser aux Juifs qu’ils seraient, préférablement aux autres hommes, à l’abri des menaces dont l’accomplissement est réservé à la vie future, et auxquelles on ne peut échapper sans la conversion. Cest à l'esprit que Dieu regarde, et non pas au sang. Lui qui a tiré Adam de la terre, des pierres mêmes il pourrait faire surgir des enfants à Abraham; toutefois s'ils n’étaient pas animés de l'esprit d'Abraham, que serait-ce, pour n’avoir pas à redouter la colère à venir, que d’être ses enfants ?
Mais si les Juifs aussi doivent se convertir, ils ne sauraient le faire trop tôt. La colère à venir n’est pas nécessairement une colère éloignée. Jean leur a dit que le royaume des cieux est proche (II, 2); il leur suffit de regarder autour d’eux pour reconnaître que pour plusieurs la colère est plus proche encore. Elle est sur le point d’éclater. Ce n’est pas aux branches seulement, pour les émonder, c’est à la racine des arbres ne portant pas de bon fruit, pour les abattre, que la cognée est mise tous les jours; et quand ils ont été coupés, on les jette au feu. Quel avertissement que la chute de ces arbres, qui tombent les
uns après les autres ! Comme eux, les hommes seront retranchés bientôt. Il ne faut donc pas renvoyer de se convertir, mais hâter sa conversion. Voilà à quoi tendaient la prédication et le baptême de Jean. Ceux-là seulement qui confessaient leurs péchés étant plongés par lui dans le Jourdain, 1l substituait par ce rite, en ce qui concerne la religion, une nouvelle unité, l'unité spirituelle, à la fausse unité charnelle des Israélites. Il y eut dès lors, à côté des Juifs circoncis, des circoncis-baptisés, classe nouvelle, composée de ceux qui, sans méconnaître combien la prérogative des Juifs en tant que peuple était grande, avaient compris qu’elle laissait entière la responsabilité morale de chacun d’eux devant Dieu. En appelant les individus à se considérer, sous ce rapport essentiel, en eux-mêmes, et indépendamment de leur origine, Jean élevait la personnalité audessus de la nationalité : il se proposait, et c’est là surtout ce qui caractérisait son œuvre, de former un parti de Dieu, composé des seuls pénitents, au sein de ce peuple dégénéré qui continuait à s’enorgueillir du nom de peuple de Dieu (1).
(4) « Le peuple juif, dans son ensemble, a reçu de Dieu l’éduca- « tion nécessaire pour être, parmi les nations, l'avant-garde de « Jésus-Christ. Le premier peuple était nécessaire pour former « le second... De l'individu est né le peuple, et du peuple à son « tour naîtra l'individu. Au point de départ Abraham, au terme « vous-même... En qualité de peuple, c’est-à-dire de société poli- « tique ou de race, les Juifs ne pouvaient pas devenir le nouveau « peuple tout spirituel. Sous le régime de la complète liberté, qui
MATTHIEU, III, 7-10; 11. 21 Ayant en vue le royaume des cieux, il était naturel qu’il s’y prit amsi. Il aurait dû, au contraire, s’y prendre tout autrement, s’il s'était cru appelé à préparer la restauration de la dynastie de David. Avec un tel but, s’il avait eu, 1l aurait fallu qu’il s’efforçât de rallier la nation entière à cette cause, et non qu'il se bornât, ainsi qu'il le fit, à accepter pour adhérents ceux qui confessaient leurs péchés. En exigeant d’eux avant tout la contrition, le Précurseur faisait voir que le Messie qu’il attendait n’était pas un roi temporel. Dans le fragment qui va suivre, indépendant de celui qui vient de nous occuper, ainsi que cela résulte de la manière dont il est introduit ailleurs (Luc, IT, 15-17), mais qui s’y rattache étroitement par le sujet qui y est traité, nous verrons Jean le dépeindre sous des traits faits pour en donner une tout autre idée.
III, 11. Eyù pèv Bart III,414. Moi, je vous plonge dans bpäs év Üdart eis petdvotay, à l’eau pour la conversion; mais dE ôxiow pou épyépevos ioyvoé- celui qui vient après moi est plus repéc pLou éativ, où oùx eluit fxa- puissant que moi, et je ne suis vos Tà brodnuata Pactésat a«è- pas suffisant pour porter ses sou- Très buâs (Partioer Èv nvebmart liers : lui vous plongera dans dyiw rat Tuol. l’esprit saint et le feu.
Nous avons recherché la signification du baptême de Jean. Certes, elle était grande, puisqu'il se rapportait à la conversion; et si à l’œuvre on
« est celui de la vérité complète, l'individu reprenant ses droits, « Ja nationalité perd son privilége. L'économie nouvelle devait « s'ouvrir par un appel à l’individualité. » (ViNET, Études évangéliques, deuxième édition, pages 229 et 233.)
peut mesurer l’ouvrier, Jean, à qui l'administration en avait été confiée, était grand aussi. Mais voici qu’il s’abaisse profondément devant un plus puissant que lui, administrateur d’un autre baptême, infiniment supérieur au sien, à ce qu’il déclare. Au leu d’un symbole, c’est une réalité ; au lieu de ce changement de dispositions qui marque la conversion et qui se trouve à l’entrée de la voie nouvelle, c’est la vie spirituelle, non dans ses commencements seulement, mais dans ses progrès, dans sa riche abondance , dans sa plénitude ; — et comme image de la participation à l'esprit saint qui produit le renouvellement annoncé, au lieu de l’immersion dans l’eau, capable seulement de nettoyer le dehors, c’est la figure hardie de l’immersion dans le feu, dont la vertu purifiante s'exerce au dedans comme celle de lesprit (1). Voilà le baptême de celui qui vient après Jean, baptême qu'il accomplira par la spiritualité de son enseignement et par les grâces sanctifiantes qui l’accompagne-
(4) « Le mot de feu est adjousté pour épithète; car il est appli- « qué au sainct Esprit, d'autant qu’il nettoye nos ordures, ainsi
« que le feu purge l'or. » (CALvIN, Commentaires sur le N.T.,
tome I, page 442.) — « Dubium non est quin per ignem Spirilus « sanctus significetur. Conjunctio enim eé hic non est conjunctiva, « sed explicativa. » (MaALponarT, Commentarii in quatuor evangelistas, col. 85.) — « Hic baptismus ignis.… referri potest.. ad « baptismum internum Spiritus, habentis et exerentis vim igneam « in cordibus fidelium, illuminando, accendendo, penetrando, pur- « gando, emolliendo, separando heterogenea ab homogeneis, exu- « rendo sordes, et objectum accensum suo igne in se transfor- « mando. » (SPANHEIM.)
ront. Avec une puissance de cet ordre, on n’assu-
. jettit pas des royaumes, mais on règne sur les affections et sur les volontés.
LIT, 12. OÙ +è mio èv + II, 42. Son van est en sa main, 4£tpt adtou, xat duaxa0apiet rhv et il nettoiera son aire; et il &hwvax abtod, nal ouvdËêer rdv amassera son blé dans le grecitov abrob eis Tv dmobmxny, nier, mais il brûlera la balle ro D dyvpoy xaraxabset mupt dans le feu non éteint. àcééoru (1).
Jean vient de parler de l’œuvre du Christ comme d'un baptême; et à l’aide de ce mot il a pu la comparer avec la sienne et l’élever infiniment au— dessus d’elle. Get hommage rendu, il ne considérera désormais le Christ qu’en lui-même, et son œuvre indépendamment de toute autre. Ici, pour faire comprendre à quoi elle tend, ïl parle de lui comme il le ferait du cultivateur prêt à vanner le blé entassé dans son aire. Quand il aura fini cet ouvrage , pour lequel il a le van en sa main, il nettolera l'aire, amassant au grenier le blé séparé de la balle, et brülant celle-ci, qui ne lui est bonne à rien, au feu qu'il n’a pas laissé étemdre entièrement à son foyer. Tous les traits de cette parabole, y compris le dernier, sont empruntés, on le voit, aux usages de la campagné. Sa signification générale est que rien d’impur ne sera admis dans le ciel; car le grenier, c’est le ciel, comme
(4) Seul emploi d'écésoroc dans le premier Évangile. Ce mot ne se trouve, du reste, dans le Nouveau Testament, que chez Marc, | IX, 43 et 45, et chez Luc, IIE, 47.
l’aire c’est la terre. Nettoyés, pendant qu’ils sont en ce monde, par celui qui a son van en sa main, ainsi que le blé est épuré par le vanneur, c’est dépouillés par lui du péché, qui les enveloppe comme la balle enveloppait le grain, que les pécheurs sanctifiés seront recueillis en haut. Il y aura tou- Jours 1ici-bas du feu pour consumer la balle; mais la balle, c’est le péché, et non le pécheur (1).
(1) Cette parabole a donné lieu à deux interprétations principales, différentes de la mienne. Je crois devoir les rappeler ici.
[. Suivant Calvin, Jean veut parler du jugement de Christ comme juge sévère envers les incrédules : « En ce passage, dit-il, sainct « Jehan, par les pailles, n’entend que les réprouvez, comme aussi « il compare les fidèles au froument.. L'aire se prend pour l’É- « glise. » (CALvIN, Commentaires sur le N. T.,tomeÏ, page 112.) — « Hell is the unquenchable fire, which will burn up the chaff. » (MarrHew Henry.) — « Les mots Le feu qui ne s'éteint point « prouvent clairement que les méchants ne verront jamais de fin à « leurs tourments, » dit Thomas Scott sur ce passage, oubliant que rien ne se consume plus vite que la balle, qui lui paraît représenter les méchants; il désigne par ce mot « ceux qui ne croiront pas « en Jésus-Christ, » (Ta. Scorr, page 16 de la traduction de son Commentaire sur saint Matthieu.)
IT. « IL est visible qu’il appelle le blé les gens de bien, et Les ba- « liures les méchants. Son aire, c'est-à-dire la Judée, que l’impé- « nitence des Juifs rendit déserte. Dans un feu qui ne s’éteindra « point : cela marque l’entière destruction des Juifs dans la Judée, « qui commença sous Vespasien et qui finit sous Adrien. » (J. LE CLerc, Le N.T., avec des Remarques. Amsterdam, 4703. Tome I, page 9.)
On conviendra qu’il y a assez de distance entre ces deux interprétations pour laisser de la place à une troisième. — Quelquesuns, avec la Vulgate et Érasme, ont traduit Tvpt Go6éotw par feu inextinquible (igni inextinguibili), quoiqu'il n’y ait pas de feu inextinguible chez les cultivateurs. Ce qu’il y a souvent chez eux, c’est un feu qu’on laisse couver sous la cendre, pour n’en pas manquer au besoin : aussi ai-je traduit feu non éteint, comme Bèze el Casteillon ont traduit : igni inextinclo.
Nous apprenons de ces deux comparaisons quelle était l’idée que Jean le Baptiste se faisait de lOint promis à Israël par la bouche des prophètes. Or, le peuple regardait Jean lui-même comme un prophète. (XXI, 46.) La conséquence que Matthieu devait tirer, dans son enseignement oral, des paroles de Jean que nous venons de rencontrer dans son Évangile, était donc probablement celle-ci : « Si le der- « nier prophète reconnu par vous vous a parlé du « Christ en ces termes, pourquoi vous refusez-vous « à reconnaître le Christ en celui qui a répondu si « parfaitement à la description qu’il a faite? Pour- « quoi vous obstiner à attendre un Messie qui relève « pohtiquement votre état, tandis que votre pro- « phète s’est borné à le représenter comme devant « vous relever vous-mêmes spirituellement ? »
À cette époque du ministère de Jean, Jésus vint le trouver au Jourdain, ainsi que nous allons le voir, afin de recevoir son baptême comme les autres Juifs qui se faisaient plonger par lui dans le fleuve. IT, 43. Alors Jésus arrive de la
Galilée au Jourdain vers Jean, pour être baptisé par lui.
IL, 13. Tére mapayivera 6 Incodc dnd rûc l'athalac nt rèv Lopddvny rods roy Twdvyny, où Barriolñvar T'adroë.
14. ‘O È Todvync dexb ve arèy Aéywvy- Eyù ypelav Exw Oro ooù Panriobñvar, at où ÉpAN TEÔS be;
15. ‘Atoxpuets dE © ’Inooùc me pc adrév- "Avec dort” oÙtuw R TpÉTOY ÉoTiv QU TANpOO& av dtrarocbyny. Tére dpinotv
14. Or Jean lui résistait en disant : J’ai besoin, moi, d’être baptisé par toi, et tu viens vers moi!
15. Mais Jésus, répondant, lui dit : Cesse maintenant de y opposer ; car c’est ainsi qu’il nous convient d'accomplir loute jus tice. Alors il le laissa venir.
Les relations de parenté qui les unissaïent, et l’obligation imposée aux Juifs de se rendre à Jérusalem à l’époque des fêtes solennelles, avaient dû fournir à Jean bien des occasions de voir Jésus. Comme 1il n'avait encore reçu aucune révélation à son sujet, le motif qu'il allègue ici pour refuser de le baptiser ne peut s’expliquer que par l’impression qui lui était demeurée de ses rapports avec lui. Il lui semble que si l’un des deux doit bapüser l’autre, c’est le plus grand, et non le moindre; or 1l avait le sentiment profond de son infériorité relativement à Jésus. Tout ce qu’il pouvait souhaiter que devinssent ceux qu'il baptisait en les pressant de se convertir, Jésus lui paraissait l'être déjà : comment donc aurait-il pu avoir besoin, à ses yeux, d’un baptême qui supposait, chez ceux qui le recevaient, la nécessité d’un changement de dispositions à l’égard de Dieu ? C’est à lui Jean, malgré le mimstère dont il était chargé auprès du peuple, qu’un tel changement était indispensable : il le sentait très bien; aussi déclare-t-1il ici que si Jésus veut, en le plongeant dans le Jourdain, lui rendre le bon office qu’il a rendu lui-même à tant d’autres, 1l s’empressera d’avouer sa culpabilité devant tous, en confessant, lui aussi, ses péchés.
Jésus, dans la réponse qu’il lui fait, se place à un point de vue entièrement différent. Il ne considère pas la personne de Jean, mais son œuvre. Approuvant ses appels et les motifs des Israélites qui
MATTHIEU, III, 13-15. 27 ont accueilli le rite qu'il a établi, 1l a résolu de se Joindre à eux. S'il ne le faisait pas, il aurait Pair de donner raison à ceux qui demeuraient étrangers à ce retour à Dieu dont Jean avait été l’instigateur. La nation juive comprenant maintenant, par suite de l'institution du baptême, deux classes de Juifs, les simples circoncis et les circoncis-baptisés, 1l fallait ou qu'il restât dans les rangs des premiers, ou qu'il se ralhât ouvertement aux seconds. Toutes ses sympathies étant pour ceux-e1, son choix ne pouvait pas être douteux. La seule manière qu'il eût de le faire connaître était de se faire baptiser comme eux. Sans doute Jésus n'avait pas des péchés à confesser; mais en tant que symbole de la pureté et qu’engagement pris envers Dieu, le baptême avait pour lui absolument la même signification que pour les autres.
Au reste, ce n’était pas seulement parce que la vraie place de Jésus, chez les Juifs, était parmi les baptisés qu'il voulait être des leurs par le baptême. C'était, de plus, dans l'intérêt du ministère de Jean et du sien : cette raison est celle qu'il allègue en persistant à lui demander de le baptiser. Leurs œuvres, bien que distinctes, n’en font cependant qu’une, puisqu'elles tendent au même but, et qu’elles se viennent mutuellement en aide. D’une part, l’ébranlement moral donné au peuple par Jean n’aurait pas suffi pour produire des effets profonds et durables, si Jésus n’était pas venu après lui; d’autre part, Jésus n’aurait pas trouvé le peu-
ple préparé à entendre ce qu'il avait à lui dire, si Jean ne l’avait pas précédé. Chacun d’eux est donc venu à son heure : l’un a ébauché ce que l’autre devait achever, en sorte qu'il n’y a pas eu entre leurs efforts solution de continuité, mais, comme en toute œuvre de Dieu, développement et progrès. Rien ne saurait mieux exprimer ces rapports et cet accord que ces mots de Jésus à Jean : « C’est « ainsi qu'il nous convient d'accomplir toute jus- « tice. » Ce qu'ils doivent tous deux se proposer, c’est d'amener les hommes, en qui le désir d’être justes a été éveillé, à une justice parfaite; 1l faut qu'ils s'unissent pour y travailler, mais chacun à sa manière, selon sa mesure et son rang.
Cédant à ces paroles pleines d'autorité, malgré ce qu’elles devaient avoir d’mattendu pour lui, parce qu’il ignorait encore à quoi Jésus était destiné, Jean le laissa approcher et le baptisa dans le Jourdain. Quelques instants après, à un signe dont une révélation lui avait appris à l’avance la signification, il put reconnaître en lui celui qui devait plonger dans l'esprit saint (Jean, [, 32-34), et au sujet duquel il avait annoncé au peuple qu'il viendrait bientôt.
IIT, 16. Kai Garriodeie & In- HI, 16. Et Jésus, ayant été soÙc avé6n 00 ds nd Toù Doaros" plongé dans le fleuve, remonta xat 1000, ë One adt® ot aussitôt de l’eau; et voici les oùpavot, ml etde td TYEdp.a roù cieux s’ouvrirent pour lui, et il Geoû xarabaivoy Woet meptore- vit l'esprit de Dieu descendre pay, nai pyépevov éT’adtév. comme une Colombe et venir sur
lui,
MATTHIEU, IfI, 16, 17. 29
17. Kat 00, owvh ëx rüv où- 17. Et voici une voix venant des pavov Aéyousa” OÙrés oriv à cieux qui dit : « Celui-ci est mon viés pou à dyamntéc, ëv & eddé- « fils bien-aimé en qui j'ai pris XNOX. « plaisir. »
Cette colombe qui descend et qui vient sur Jésus, en même temps qu'une voix du ciel lui rend témoignage, sert à le désigner, entre tous ceux qui se trouvaient alors assemblés là où Jean baptisait, comme celui auquel ce témoignage était rendu. Sans cette apparition, Jean n’aurait pas su si c'était à Jésus, à lui-même ou à quelque autre de ceux qui étaient présents, que la voix se rapportait. Le tout était une vision, envoyée au même instant à Jésus et à Jean, mais à laquelle le peuple paraît être demeuré étranger. L'ouverture ou la déchirure du ciel (Marc, I, 10), qui en faisait partie, était une image très propre à indiquer que le ciel se mettait alors tout particulièrement en communication avec la terre (1). Elle marque, dans les évangiles, le moment précis de la descente de l’esprit de Dieu sur Jésus.
Peut-être, pour savoir ce qu’il faut entendre par ces derniers mots, suffit-1l de se rappeler l’usage qui est fait, dans l’Ancien Testament, d'expressions
(4) Dans ces mots d'Ézéchiel : « Les cieux furent ouverts, et je « vis des visions de Dieu » (I, 4), l’ouverture des cieux et les visions paraissent être des expressions synonymes. — On trouve dans les livres du Nouveau Testament plusieurs exemples de visions qui commencent par l’ouverture du ciel, en sorte que l'ouverture du ciel fait partie de la vision et en est en même temps l’image. (Voir Actes, X, 10-16; 2 Corinthiens, XII, 2; Apocalypse, XIX, 4.)
équivalentes. Elles y reviennent assez souvent pour que celle-ci ne düût pas étonner les Juifs. « L’es- « prit de l'Éternel fut sur eux; l'esprit de l'Éternel « les revêtit, » était-1l dit de leurs chefs politiques et de leurs prophètes, lorsqu'ils recevaient de Dieu, avec une puissante impulsion intérieure à accomplir quelque chose d’extraordinaire, les forces nécessaires pour l’exécuter. (Juges, III, 40; VI, 34; XI, 29; XII, 25; 1 Samuel, X, 10; XVI, 13.) Ge langage, employé d’abord à propos de simples expéditions guerrières entreprises dans l'intérêt d’Israël, le fut ensuite à l’occasion du zèle de quelques saints hommes contre lidolâtrie. Plus tard, Ésaïe en fit un usage bien autrement solennel. Il rapporte les mots : « L'esprit de l'Éternel reposera « sur lui, » à la possession de facultés spirituelles de l'ordre le plus élevé : la sagesse et l'intelligence, le conseil et la force, la science et la crainte de l'Éternel (Ésaïe, XI, 2), et puis il se sert de mots semblables à ceux que je citais tout à l’heure (1), pour affirmer la consécration à une charge répondant entièrement, par les termes dans lesquels elle est décrite, à celle qui fut donnée à Jésus. (Ésaie, LXT, 1, 2. — Luc, IV, 17-21.) C’est donc en ce sens et pour ce but que l'esprit de Dieu descendit sur lui. I] ne reçut pas alors de cet esprit la sainteté, car 1l était saint; mais comme tous ceux desquels il est dit que l'esprit de Dieu fut sur
(1) Ilvebua nupiou èr’ pe. (Ésaïe, LXI, 1. LXX.)
MATTHIEU, J11, 16, 17; IV, 1. 31 eux, il sentit qu’il avait en lui toutes les forces nécessaires à l’accomplissement de son mandat, et que le moment de se mettre à l’œuvre était arrivé.
Quant aux paroles qui accompagnèrent la descente de l'esprit de Dieu sur Jésus, elles affirmaient qu'il était le fils de Dieu, le fils que Dieu aime, le fils en qui il s’est complu. Ce sont des paroles d'affection et d'approbation. Dieu, par elles, rend témoignage au fils qu’il avoue. Ses trente premières années, sur le détail desquelles nous ne savons à peu près rien, sont éclairées ainsi d’un rayon qui nous fait connaître ce qu’elles ont été. Dieu y a pris plaisir; c’est tout ce qu'il nous importait d'en savoir. La vie privée de Jésus est close par cette déclaration; sa vie publique va commencer.
LV, 1. Tére 6 Tncoûs dvhy0n IV, 1. Alors Jésus fut conduit ets Tv Épnuov Drd toû nveüua- au désert par l’esprit pour êlre roc (1), metpacOvat Drd Toû mis à l'épreuve par le diable. (14610) NT
L'esprit de Dieu, dans la vision précédente, était venu sur Jésus. Dans celle-ci, car c’est une vision encore, ce même esprit le conduit au désert pour être mis à l’épreuve par le diable.
Le nom du diable, dans l’Ancien Testament, est Satan. Le mot grec 6 dé6oloc, qui correspond à ce nom dans la version des Septante (2), a passé
(1) « Articulus respicit ad spiritum illum de cujus descensu in « Christum dictum fuerat in cap. superiore. » (D. Brenr1 Opera Th. Notæ in priorem N. T. partem, fol. 5 a.)
(2) Voir 4 Chroniques, XXE, 4; Job, 1, 6, 42, et Il, 4, 7; Zacha-
de cette version dans la langue du Nouveau Testament, où les deux noms sont employés indifféremment. Ils y ont nécessairement le même sens, le mot grec n'étant que la traduction du mot hébreu, qui signifie adversaire (1). Le diable, d’après les Écritures, est à la fois l'adversaire de Dieu et celui des hommes; 1l l’est, en particulier, en étant le tentateur, 6 etpéCwv (2). Tandis que Dieu, pour éprouver les hommes, leur commande le bien, Satan, par une épreuve contraire, les tente en les provoquant au mal.
Dans le fragment qui commence avec ce verset, les suggestions du diable, loin de s’affaiblir en se produisant dans une vision, s’accentuent au contraire davantage; et Jésus, quoiqu'il ne soit qu’en esprit dans les situations où il nous apparaît aux différents moments de la tentation, s’identifie tellement avec elles, que, dans le sentiment profond qu'il en a, 1l se détermine aussi véritablement que s’il y était en réalité (3).
rie, III, 4. Nos versions, se conformant à l'hébreu, ont Satan en tous ces endroits, tandis qu’il y a à dtééohoc chez les LXX.
(4) « Satan. Autrement 4dversaire, qui est la propre significa- « tion du mot Satan. Voyez 2 Samuel, XIX, 22, où le mot Satan « signifie un adversaire, un homme qui dresse des embüûches, « comme les LXX l'ont traduit. » (BEAUSOBRE et LENFANT, sur Matthieu, XVI, 23. Tome I, page 76.) — « En hébreu, Satan si- « gnifie adversaire, ennemi. » (J. Le CLerc, Le Nouveau Testament traduit sur l'original grec, avec des remarques. Amsterdam, 1703. Page 10.)
(2) Matthieu, IV, 2.
(3) Voir, pour d’autres exemples de libre délibération d’esprit en rapport avec des situations n'ayant d'autre réalité que celle du
IV, 2. Kat ynoredoas Muéonc TESOHPALOVTE HAL VÜATAS TEGTA= pdrovra, Dorepov èrelvace.
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IV, 2. Et ayant jeûné quarante jours et quarante nuits, après cela il eut faim.
3. Et venant à lui, celui qui éprouve lui dit : Si tu es fils de Dieu, dis que ces pierres deviennent des pains.
4. Mais il répondit : Il est écrit : « L'homme ne vivra pas « de pain seulement, mais de « toute parole qui sort de Ja « bouche de Dieu. »
J'indiquerai en deux mots, avant d’examiner l'histoire de la tentation dans ses détails, quelle me paraît en être l’intention générale. Dans la vision précédente, Jésus, en même temps que l'esprit de Dieu était descendu sur lui, avait été proclamé fils de Dieu. Dès cet instant, ainsi qu’on peut l’induire des suggestions mêmes de Satan, il eut le pouvoir de faire des miracles. Mais quel usage en fera-t-1l ? C’est la question posée dans la vision actuelle. S'il en croyait l’Adversaire, il devrait regarder comme l’une des prérogatives attachées au nom qui lui a été donné, de pouvoir recourir en toute occasion à ces forces supérieures dont il se sait en possession; mais il n’en Juge pas ainsi. Quand la vision le place en esprit dans des situations qui l’appellent à se considérer successivement, en tant que fils de Dieu, sous trois rapports différents, d’abord
sentiment qu'on en avait en vision : Luc, I, 22; Actes, IX, 10; X,3;, X,147,49; XVI, 9; XVIII, 9; XX VI, 49; 2 Corinthiens, XII, A -4.
comme homme, ensuite comme le prophète juif par excellence, enfin comme l’Oint destiné à régner sur le monde, .au lieu d’user du pouvoir de faire des miracles, ainsi qu'il y est invité par le diable, il refuse avec énergie de s’en prévaloir dans les circonstances données, et il prend ainsi à l'avance, pour tous les cas analogues, les déterminations qui lui serviront de règles de conduite durant tout son ministère et qui l’y consacrent dès lors Intérieurement. C’est par la troisième épreuve seulement, par celle qui a trait à la royauté universelle de Jésus, que le récit de la tentation se rattache à l’enseignement spécial de Matthieu; mais ce récit formant un tout, il a dû l’insérer en entier dans son Évangile (1).
Jésus, comme Jje l’ai indiqué, avait droit au nom de fils de Dieu à plus d’un titre, et d’abord au sens où tous les hommes y doivent aspirer. Il est
(4) Pour l'interprétation ordinaire de la tentation, voir le deuxième sermon du Petit Caréme de Massillon. Selon lui, le Tentateur attaque d’abord Jésus par le plaisir, qu’il remplace dans son application par la volupté (il s'agit dans le récit des pierres à changer en pains); ensuite, par l’adulation (Puisque vous éles fils de Dieu); enfin, par l'ambition (Je vous donnerai les royaumes). — M. E. Arnaud, dans le Commentaire sur le Nouveau Teslament, qu'il vient de publier, ne s’éloigne pas beaucoup de ce sens: « Le diable, dit-il, tenta de séduire Jésus par les trois plus fortes « passions ou convyoitises du cœur irrégénéré : la convoitise de « Chair (verset 3), la vanité (verset 6), et l'amour des richesses « (verset 9), en d’autres termes, la sensualité, l’orgueil et l'ava- « rice. » (Tome [, page 47.) Mon interprétation étant entièrement différente, il convenait de mettre en regard celle que je rejette.
MATTHIEU, IV, 2-4. 35 homme, et par conséquent sujet aux mêmes infirmités que nous : c’est par ce côté que l'épreuve commence.
Après un jeûne de quarante jours et de quarante nuits, partie intégrante de la vision, Jésus eut faim; mais le désert où l'esprit l'avait conduit, n'aurait pu lui fournir aucune nourriture. Alors le Tentateur s'approche et le fait souvenir de la puissance dont il dispose : qu’il en use pour transformer des pierres en pains, et il aura de quoi apaiser sa faim !
Jésus n’a garde de suivre ce conseil : il sait qu'il n’a pas reçu le pouvoir de faire des œuvres qui nécessitent une intervention divine, pour être dispensé d’exercer les vertus humaines, la patience, la confiance. Avoir recours au miracle en ce cascl, ce serait sortir, dans son intérêt personnel, des conditions communes à tous. S'il l'avait fait, en quoi les autres hommes, qui, dans leur dénüment, n’ont pas comme lui la ressource du miracle, auraient-ils pu limiter? Ils n’auraient trouvé en lui, à cet égard, ni exemple à suivre, ni sujet de consolation. Ils se seraient donc sentis, en le voyant échapper si aisément à ses maux, encore plus accablés des leurs. Mais non, Jésus ne veut, dans les détresses de la vie, rien de plus que ce qui est assuré, comme à lui, à ceux qu'il appellera ses frères. Il se confie en son Père, qui est aussi leur père, comme tous les hommes peuvent se confier en Dieu, et par cette confiance d’enfant il justifie,
sous ce premier rapport, son titre de fils de Dieu. Jésus ne répond au Tentateur qu’en .rappelant ce que Dieu à fait autrefois pour son peuple au désert. Il l’a laissé avoir faim, et puis 1l a repu de manne, pour lui apprendre que l’homme ne vit pas de pain seulement, mais de tout ce que Dieu, par un mot de sa bouche, destine à être sa nourriture (1). Ce souvenir, familier aux Israélites, leur devait suffire pour s'attendre à ce Dieu qui peut aussi bien faire pleuvoir des cieux le pain (Exode, XVI, 4) que le faire sortir de la terre. (Psaume CIV, 14.) C’est comme sil avait dit : «Il « n'est pas nécessaire que ces pierres deviennent « des pains, car Je n’ai pas besoin de pain. J’at- « tends de Dieu ma nourriture, et je suis certain « que sans que j'aie rien à dire moi-même, 1l « dira ce qu’il faut pour que je sois nourri. » Satisfait d’avoir, ainsi que les autres enfants de Dieu, à attendre sa subsistance directement de Dieu, 1l refuse absolument de mettre un terme à sa longue privation d'aliments en disant ce que d’autres hommes, éprouvés de la même manière que lui, n’au— raient pu dire également, et c’est amsi qu'il fait connaître, comme autrefois Israël, « ce qui est en « son cœur. » (Deutéronome, VIIE, 2.)
(4) « Voir Deut., VITE, 3, d’où ce passage est tiré, et où le mot « de parole n’est pas dans l’hébreu, l’évangéliste l’ayant pris de la « version des LXX. » (BEAUSOBRE et LENFANT. Tome I, page 43.) — Voir aussi la remarque de Richard Simon sur Matthieu, IV, 4, dans sa ’ersion du Nouveau Testament. Trévoux, 1702. Tome I, page 13, note.
IV, 5. Tére rapahauédyet ad- ) roy © dtd6o hoc els TN dylav Té- Av, xa lornoty adtov TL TO RTE ) pÜyrov toû tepoÿ,