‹ Essai d'interprétation de quelques parties de l'Évangile selon Saint Matthieu (volume 2)Chapitre 4 sur 29 · Jésus lui dit : Il est écrit · texte numérisé non relu

Jésus lui dit : Il est écrit

aussi : «Tu ne meitras pas à l’é- « preuve le Seigneur ton Dieu. »

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Pourquoi ce changement de lieu pour le second acte de la vision? Si le diable n’avait voulu qu’exciter de nouveau Jésus à rechercher une mitervention extraordinaire de Dieu en sa faveur, et cette fois en alléguant, afin de l’y décider, une apparente promesse de Dieu, ïl n’était pas besoin pour cela de Jérusalem et de son temple. Il y avait certes au désert, où la première scène s’était passée, plus d’un rocher élevé, du haut duquel il aurait pu le presser de se précipiter, en lui rappelant, comme 1l le fait ici, la promesse du secours divin. Mais non, ce qui importe c’est précisément la ville sainte et le temple; car le ministère du prophète de Nazareth était sur le point de commencer, et ses pensées devaient, par cette raison, se tourner avec sollicitude vers ces lieux- À. Comment s’assurera-t-1l accueil dans cette Jérusalem qui tue les prophètes, aurait-il été naturel

pour tout autre que lui dé se demander, comment y justifiera-t-il sa mission? — « Si tu es fils de « Dieu, lui dit le Tentateur, jette-toi en bas: » Nul

Israélite, en voyant Jésus se précipiter et arriver.

à terre san et sauf, porté pàr les anges, ne pourra songer à lui demander d’autres preuves de son message céleste. La cité sainte tout entière, après un tel spectacle, reconnaîtra inévitablement son autorité; et alors, le conseil de se présenter de cette manière au peuple se trouvera-t-il avoir été celui d’un mauvais conseiller ? Il ne s’agit plus ici, comme tout à l’heure, des besoins personnels de Jésus, mais de son office de prophète, et par conséquent du service de Dieu. Un secours si merveilleux lui étant si positivement promis, comment ne s’en prévaudrait-il pas dans l'intérêt de la cause qui lui est confiée ?

Telle est la seconde suggestion du Tentateur. J’ai déjà eu occasion de dire que les Juifs, quand ils rendirent le pouvoir héréditaire dans la famille des princes asmonéens, à partir de Simon Maccabée, avaient décidé qw’'il en serait ainsi « jusqu’au temps « où s’élèverait un prophète fidèle (1). » La dynastie asmonéenne avait cessé depuis longtemps de régner, mais l’attente du prophète fidèle s'était maintenue. On le voit par les questions des prétres et des lévites envoyés auprès de Jean le Baptiste pour l’interroger sur ce qu'il prétendait être.

(4) 22. vo etvar Zlhiwvæ yobpevov «at dpytepéa els Tdv ai@va Ewg toù dvastvar rpophrny riotéy. (Maccabæorum I, cap. XIV, v.41.)— Voir Essai d’Interprétation. Première partie, page 58.

MATTHIEU, IV, 5-7. 39 (Jean, I, 20, 21.) Jean leur déclara qu’il n’était ni l'Oint ni le Prophète, parce que, dans leur ignorance, ils rapportaient ces deux désignations à deux personnes distinctes, tandis qu’elles se rapportalent, l’une et l’autre, à celui qui avait été annoncé aux Juifs comme le Fils de Dieu, et qui devait être à la fois le Prophète et l’Oint. Le diable ne s’y trompe pas, et c’est le prophète qu’il a en vue dans l’épreuve nouvelle à laquelle 1l soumet maimtenant Jésus. Aussi lui cite-t-il les Écritures, comme Jésus vient de les citer.

Il suffit d’un coup d'œil jeté sur le psaume duquel les paroles dont il se fait un argument sont tirées, pour s’apercevoir qu'elles ne peuvent nullement servir à appuyer son conseil. Satan les altère de deux manières, d’abord en les citant comme si la promesse qu’elles contiennent avait été faite spécialement au fils de Dieu, tandis que $a portée est plus étendue, et puis en les tronquant, pour dénaturer cette promesse. La protection de Dieu est promise, dans ce beau psaume, à ceux qui aiment Dieu, quelque grands que soient les périls où 1ls pourront se trouver. Les piéges du chasseur, la rencontre du lion et de l’aspic, de la flèche qui vole le jour et de ce qui cause de Peffroi la nuit, la maladie et les autres fléaux qui peuvent causer la mort, en sont présentés comme des exemples (1). Ge sont là des dangers redoutables, aux-

(1) Psaume XCI.

quels on se trouve exposé inopinément, et qu'il ne peut venir à l'esprit de personne de rechercher comme à plaisir. Dieu veillera sur les siens quand ils les encourront; mais on ne peut nullement conclure de cette promesse que son assistance se fera sentir également dans les périls où l’on se sera follement jeté, sans autre motif que celui de lui fournir l’occasion d’en retirer. Non certes, il n’a rien promis qui soit de nature à servir d’encou— ragement à une s1 présomptueuse témérité. Aussi Jésus se refuse-t-1l à inaugurer par un tel acte son ministère de prophète.

À la promesse dont le diable a voulu fausser le sens 1l oppose un commandement dont la sigmfication est certaine : « Tu ne mettras pas à l’épreuve « le Seigneur ton Dieu. » (Deutéronome, VI, 46.) Ces paroles avaient été adressées autrefois aux [sraélites, quand, après avoir été l’objet de secours incessants contraires aux lois connues de la nature, ils osèrent exiger de Dieu un miracle spécial, sans lequel ils refusaient de croire à sa présence au milieu d’eux, comme s’il avait fait autre chose, depuis leur sortie d'Égypte, que de leur en donner, de son propre mouvement, des marques signalées. (Exode, XVII, 2, 7.) Elles serviront maintenant et toujours de règle de conduite au fils de Dieu : pas plus qu’un fils, parmi nous, ne peut songer à mettre à l'épreuve son père, Jésus ne consentira à éprouver son père qui est aux cieux, et c’est par là précisément qu'il se montrera son fils. fl

MATTHIEU, IV, 5-7, 8-10. 41 sait que son père a envoyé ses anges pour proclamer et célébrer sa venue au monde (Luc, I}, 9-14) ; il se gardera donc bien de le sommer, en quelque sorte, par un acte insensé, de les envoyer de nouveau pour lui préparer une entrée à Jérusalem propre à y établir son autorité. Il ne veut d'aucune autre assistance extraordinaire que celle que Dieu, dans sa sagesse, trouvera bon, de son

propre mouvement, de lui accorder.

IV, 8. Ii rapalapéave,

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