‹ Essai d'interprétation de quelques parties de l'Évangile selon Saint Matthieu (volume 2)Chapitre 5 sur 29 · Tére Àéyer ar © Tnooûc · texte numérisé non relu

Tére Àéyer ar © Tnooûc

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-TOU TPOSAUVOELS HA ATÉ MÉVU

Aatpeboels.

IV, 8. Le diable emmène encore avec lui sur une montagne fort haute et lui montre tous les royaumes du monde et leur gloire,

9. Et lui dit : Je te donnerai tout cela, si, te prosternant, tu m’adores.

10. Alors Jésus lui dit : Arrière de moi, Satan! car il est écrit :

« Tu adoreras le Seigneur ton « Dieu, et tu le serviras lui « Seul. »

Voici l’épreuve par laquelle l'histoire de la tentation rentre dans le plan de l’enseignement oral que J'ai attribué à saint Matthieu, et dont les récits contenus dans son Évangile ont été, suivant moi, la base (1). Nous allons voir de quelle manière eile s’y rattache.

Le Fils de Dieu devait sans doute se considérer,

(A) Essai d’Interprétation. Première partie. Introduction, pages 7 et suivantes.

nm MATTHIEU, ÎV, 8-10.

dans ses rapports avec son Père, comnie homme êt comme prophète; mais il devait de plus, dans cette relation, se considérer comme roi. C’est à cette qualité que correspondait le titre d’Oint, de Christ où de Messié, par lequel il avait essentiellement été désigné. L’attente générale était surtout éveillée de ce côté. Mais que pensera Jésus de la royauté qui lui était promise ? Quelles seront ses poursuites pour l'obtenir? Comment réalisera-t-il les vastes espérances messianiques entretenues depuis si longtemps par les Juifs, et qui, sous la forme qu’elles avaient prise, n’avaient pas seulement pour objet la reconstitution par le Christ de leur ancien royaume, mais aussi l'établissement à son profit d’une sorte de monarchie universelle? Telle était précisément l'illusion de ceux dont Matthieu s’était proposé de combattre les idées, Rien n’y pouvait mieux servir que les réponses de Jésus au Tentateur; car en même temps qu’elles leur faisaient connaître ses saintes pensées sur sa vocation tout entière, elles élucidaient ce point-ci en particulier:

De l'aile du temple de Jérusalem, c’est sur une montagne fort haute que le diable transporte Jésus. On en chercherait vainement le nom; car il n’en est point sur la terre du sommet de laquelle on puisse, comme de celle-ci, apercevoir tous les royaumes du monde à la fois: Mais dans les visions il y a de merveilleux spectacles. Rien n’empêche d’y voir en esprit, en un même imstant et d’un même regard, ce que les yeux du corps ne

MATTHIEU, IV, 8-10. 43 peuvent voir que successivement et en différents lieux. Ainsi seulement ont pu apparaître à Jésus, comme en un seul tableau, tous les empires de ce monde, avec l'éclat et la pompe qui pouvaient en relever le prix et en rendre la possession désirable. Jamais le prestige de la royauté ne dut sembler plus grand. Les plus vastes états fondés par les conquérants ne sont rien, en effet, auprès dé ce royaume, formé de tous les royaumes, si libéralement offert à Jésus. Et que lui demande-t-on pour les lui donner? Rien de plus qu’un hommage semblable à celui que les mages venus d'Orient lui avaient rendu autrefois à lui-même (1). « Je te « donnerai tout cela, lui dit le Tentateur, si, te « prosternant, tu m’adores. »

Mais qui est-il donc pour offrir ainsi les royaumes ? Qui peut disposer de la terre que Dieu seul, qui gouverne le monde par sa providence ? Consentir à devoir l’empire à son adversaire, ce serait méconnaître le pouvoir souverain de celui qui signale la force de son bras en renversant de leur trône les puissants et en élevant les petits. (Luc, I, 51, 52.) Et puis, qu'importerait au Christ de régner sur les royaumes du monde? Il n’est pas destiné à régner sur ce qui paraît (Trnv 06Eav adrüv), mais sur les choses invisibles, sur les sentiments, sur les pensées, Sur les volontés; c’est là ce qui constitue le royaume des cieux, qui ne se peut fonder qu'avec

(4) ... nat mecévres Tposenbynoav air. (Matthieu, IL, 44.)

Dieu. Aussi la demande que le diable a faite à Jésus de lui rendre un hommage qui, dans de telles conditions, ne serait rien moins qu'une véritable adoration, remplit-elle celui-ci d'horreur. Il le congédie brusquement, en le nommant par son nom, et en repoussant à la fois ses prétentions et ses dons : « Arrière de moi, Satan! car il est écrit : « Tu adoreras le Seigneur ton Dieu, et tu le ser- « viras lui seul (1). » Jésus ne veut être roi que par la grâce de son Dieu, qu’il doit seul adorer et servir; et en ne l’étant que par sa grâce, l'être aussi selon son esprit.

IV, 11. Téxe Gofnctv aùrov IV, 41. Alors le diable le laisse, © Otdbohoc nat idob, œyyshot etvoicides anges s'approchèrent, TposhA Boy «at rmaévouy ar@. et ils le servaient.

Jésus est sorti vainqueur des épreuves auxquelles il a été soumis par le diable. Au lieu de consentir à prouver qu'il était fils de Dieu en faisant un miracle ou en réclamant imutilement une

(4) « On cherche ordinairement cette citation de Jésus-Christ « dans le Deutéronome, VI, 43, 14, et X, 20; mais comme on n’y « trouve que le sens en gros, et que l’on n’y voit point de mot qui « réponde proprement à xroooxuveiv, adorer, j'aimerais mieux « Croire que notre Seigneur a exprimé le sens du premier et du « Second précepte du Décalogue, où l’adoration de tout ce qui « n’est pas Dieu est formellement défendue, aussi bien que tout « autre culte religieux. » (J. Le CLerc, Le Nouveau Testament, traduit sur l'original grec, avec des remarques. Amsterdam, 1703. Page 42.) — Voici, d'après les LXX, le passage auquel Le Clere renvoie : "Eyw eur ôptos 6 Oeëc cou... OÙ rpocxuvhosts abroïs, oùdE ui Autpebsets aètois. (Exode, XX, 2-5. LXX:.)

MATTHIEU, IV, 11. 45 intervention divine extraordinaire en sa faveur, il s’est montré fils de Dieu par sa confiance, par son obéissance et par son mépris des biens qui lui étaient offerts au prix d’une adoration qui n’est due qu’à Dieu. Le diable, auquel il à résisté, l’a laissé, et voici maintenant les anges qui s’approchent et qui le servent. Il n’a pas voulu mettre son père à l’épreuve, 1l lui à fihalement remis toutes choses; et Dieu, réalisant à la lettre la promesse faite dans le psaume à ceux qui s’assurent en lui, a pris som par ses anges de ce fils qui ne veut adorer et servir que lui seul.

Aïnsi finit la vision. Je reviendrai ici sur ce que J'ai dit en commençant. Si on la considère en ellemême, et indépendamment de l’usage que Matthieu à pu en faire pour le but particulier qu'il avait en vue, on reconnaitra qu’elle a fourni à Jésus, au moment où la vie privée qu’il avait menée jusquelà allait faire place à sa vie publique, l’occasion de résoudre ce qu'il voulait être. Après chacune des épreuves subies par lui, la voix du ciel aurait pu dire comme après les trente années qui venaient de finir : « Celui-ci est mon fils bien-aimé en qui « J'ai pris plaisir. » (IT, 17.) Les pensées opposées qu'on pouvait avoir relativement au but qu'il devait se proposer et aux moyens qu'il devait employer, y sont mises en présence, avec cette particularité que celles qui sont contraires au dessein de Dieu sont exprimées par l’Adversaire, tandis que celles qui y sont conformes le sont par Jésus

et manifestent le fond de son âme. Avant cela on n'avait pu reconnaitre et admirer en lui que le pieux [sraélite; maintenant on a devant soi le Messie. Ses réponses au Tentateur sont le programme de ce qu'il veut être en cette qualité sous les trois rapports essentiels que j'ai indiqués : sa vie intérieure s’y révèle en puissance, et l’idée sainte qu'il se fait de sa vocation sy réfléchit dans sa pureté, relevée par le contraste avec les fausses représentations qu'on s’en faisait chez les Juifs.

Il importe peu que tout ceci ne se passe qu’en vision, puisqu'il résulte de l’examen attentif de celles rapportées dans l’Ancien et dans le Nouveau Testament par ceux-là mêmes qui les ont eues, que dans les visions on est impressionné par les apparences des choses de la même manière qu’on l'aurait été par les choses elles-mêmes, l'être moral n’ayant pas besoin de leur réalité extérieure pour se déterminer, en regard d'elles, conformément à ses vrais sentiments. La clarté de la conscience et la liberté de la volonté restant entières dans cet état, l’épreuve de Jésus en vision a été une véritable épreuve. De tout temps on a reconnu qu'il était impossible d'expliquer autrement quelques-uns des principaux détails de l’histoire de la tentation; mais la plupart des commentateurs, se faisant scrupule d'admettre qu’elle a été une vision d’un bout à l’autre, ne l’ont admis que pour ses deux derniers actes, auxquels décidément les ressources de la réalité, telle qu’ils la concevaient,

MATTHIEU, IV, 41: 12. a1 n'auraient pu suflire (1). Mais s’il faut finir par recourir à ce mode d'interprétation, pourquoi le faire intervenir si tard? La vision n’a de la grandeur que si elle remplit tout l’espace. Et puis, il faut bien le dire, cette manière de nous représenter la tentation de Jésus est plus à notre portée que l'autre; car si, Comme Jésus, nous avons été et nous sommes éprouvés par le diable, notre adversaire, qui tourne autour de nous comme un lion rugissant, cherchant qui il pourra dévorer, nous ne le connaissons cependant qu’en esprit.

IV,12. "Axoboac DE 8 Inooùs, IV, 12. Or Jésus, ayant appris tr Tudvyns raocdéôn, dveyw- que Jean avait été livré, se retira pnsev ais Thy l'atAaiav. en Galilée.

Le récit qui commence avec ce verset est séparé de la vision qui vient d’être racontée par un espace

(4) Marlorat, dans ses Annotations sur le Nouveau Testament, si appréciées au seizième siècle, dit, au sujet des deux dernières épreuves auxquelles Jésus fut soumis : « Or cette tentation et la « suivante ont été faites par illusion, » et ailleurs : « en vision. » Cette interprétation, qui avait été celle de saint Cyprien, de saint Jérôme et d’autres anciens, fut aussi celle de Calvin : « On de- « mande, dit-il, s’il a esté véritablement et de faict eslevé en haut, « Ou si cela a esté fait seulement par vision. Plusieurs asseurent « obstinément que son corps à esté transporté véritablement et « réalement, comme on dit... Et aussi ce qui s’ensuit après, que « tous les royaumes de la terre ont esté représentez à Jésus-Christ « devant ses yeux. Item ce que sainct Luc escrit, qu’il fut trans- « porté bien loin en un moment de temps : fout cela, di-je, res- « semble mieux à une vision qu'autrement. Toutesfois d'une « chose douteuse, et laquelle on peut ignorer sans danger, j’aime « mieux en laisser le jugement en suspens que de donner aux opi- « niastres occasion de débatre. » (Cazvin, Commentaires sur le Nouveau Testament. Tome I, page 121.)

de temps assez long. Matthieu dit, en effet, expressément que la retraite de Jésus en Galilée dont 1l parle, fut motivée par l’emprisonnement de Jean. Il ne peut être question ici du départ de Jésus pour la Galilée, qui eut lieu peu de jours après son baptême, suivant le quatrième Évangile, ce départ ayant précédé l’emprisonnement du Baptiste. (Jean, IT, 24.) Il s’agit donc d’un départ subséquent: ce doit être celui accompli, quelque temps après, suivant le même Évangile, lorsque Jésus, qui était revenu à Jérusalem pour la fête de Pâque (1), et qui s'était rendu de là en Judée, jugea prudent d’en repartir, pour se soustraire à la haine des pharisiens, lesquels avaient oui dire qu’il faisait et baptisait plus de disciples que Jean. (Jean, IV, 1.) Le témoignage que celui-ci lui avait rendu le leur signalait comme plus redoutable pour eux que Jean lui-même ne l'avait été. On pouvait prévoir d’après cela, maintenant qu’ils n'avaient plus rien à craindre du Précurseur, qu'ils reporteraient toute leur hame sur Jésus. S'1l était resté dans le voisinage de Jérusalem, où leur autorité était grande, ils auraient pu s'attaquer directement à lui. Il n’est pas étonnant, d’après cela, qu'il se soit décidé, dès la réception de la nouvelle de lincarcération de Jean,

(4) Cette Pâque, postérieure au baptême de Jésus et antérieure à son ministère proprement dit en Galilée, me paraît, ainsi que je l'ai déjà dit, être celle de l’an 26 de l’ère vulgaire. Jésus était âgé alors de trente ans et demi, s’il est né durant l'automne de l’an 6 avant notre ère, comme je l'ai admis ailleurs. (£ssai d’Interprétation. Première partie, page 93, note.)

MATHIEU, IV, 19, 13-16. 49 à partir pour la Galilée, province qu'il avait habitée depuis son enfance et où les pharisiens étaient bien moins puissants. Il pouvait s’y croire en süreté, bien qu’elle appartint au tétrarque qui venait de faire emprisonner Jean : lirritation de ce prince contre le prophète avait une cause qui rendait sa haine personnelle à celui-ci; il n’était, en conséquence, pas probable qu’elle s’étendit, sans de nou-

veaux motifs, à d’autres que lui.

IV, 13. Kai xatanirüy 7 Nafapét, éAwy xaTWYNGEY els

Kanepvaobu Tnv Tapalahacotas

éy Opiots ZaéouAdy xat Necbaheu.

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