Et Asa engendra Josaphat
et Josaphat engendra Joram; et Joram engendra Ozias;
9. Et Ozias engendra Joatham; et Joatham engendra Achaz; et Achaz engendra Ezéchias ;
10. Et Ézéchias engendra Manassé ; et Manassé engendra Amon; et Amon engendra Jo- SIAS ;
A1. Et Josias engendra Jéchonias et ses frères au temps de la transmigration de Babylone.
19. Et après la transmigration de Babylone, Jéchonias engendra Salathiel; et Salathiel engendra Zorobabel ;
13. Et Zorobabel engendra Abioud; et Abioud engendra Éliacim; et Éliacim engendra AZ0r ;
14. Et Azor engendra Sadoc; et Sadoc engendra Achim; et Achim engendra Élioud ;
15. Et Élioud engendra Éléazar; et KEléazar engendra Mathan; et Mathan engendra Jacob ;
16. Et Jacob engendra Joseph, l'époux de Marie, de laquelle naquit Jésus, qui est appelé Oint.
17. Toutes les générations done, depuis Abraham jusqu'à David,
récoapes: nai md Aavtd Ews rgs quatorze générations; et depuis
peroecias BafvAvos yeveat de- David jusqu’à la transmigration
rarésouoec" Kat 4ro tis qetot- de Babylone, quatorze généra-
xeslas BabvAüvos Ews toù Xp1- tions; et depuis la transmigra-
gToù yeveal dexaTÉTONpES. tion de Babylone jusqu’à l’Oint quatorze générations.
Avant tout récit, voici un document : c’est une table généalogique, destinée, suivant l'intitulé, à faire connaître les ancêtres de Jésus, qui y est désigné, ainsi qu’en deux autres endroits (versets 16 et 17) comme lOint, ou le Christ, ou le Messie (Jean, I, 41), que les Juifs attendaient en ce temps-là. L’affirmation de la table empiète ainsi sur la conclusion de l’histoire, conclusion à laquelle les premiers disciples de Jésus ne sont arrivés qu’à travers des méprises prolongées, relatives, non à la qualité d’Oint qu'ils attribuaient à leur maître, mais à l’idée qu’il fallait y attacher dans ce cas particulier. Le mot vient de l’onction, qui, dès l’origine, avait été, en Israël, le signe de la consécration à Dieu (1) :. ses applications et ses nuances de signification pouvaient être diverses.
On oignait d'huile, d’après la loi de Moïse, et les sacrificateurs, et l’autel, et les ustensiles nécessaires au Culte divin, pour les consacrer. (Lévitique, VIIT, 10-12.) Plus tard, la même cérémonie fut aussi pratiquée pour la consécration des rois. Tout roi des
(1) Xpiw, Oindre. — Xptotés, Oint.— L'Oint, le Christ, en hébreu, Maschiach (Messie) : der Gesalble, Geweihete. (De WETTE.)
Juifs était ainsi un Christ ou un Oint (1); mais ce titre était donné avec plus d’emphase aux princes choisis de Dieu et désignés d’avance par les prophètes pour l’accomplissement de quelque grand dessein.
Au terme de chacune des périodes principales dans lesquelles on peut diviser l’histoire de ce peuple, apparaît, en effet, un Oint ou un Christ de l'Éternel, avec la mission de la clore et celle d'ouvrir l'époque suivante en lui imprimant une nouvelle direction. Après les patriarches et les juges, le Christ c’est David le prophète, fondateur d’une longue dynastie de rois (2); puis, quand le peuple a été emmené à Babylone, et que la royauté s’est éteinte dans l’exil, alors que la fin de la captivité approche, le Christ c’est Cyrus (3), qui, par l’ordre de Dieu, quoique étranger, dit à Jérusalem : « Tu seras rebâtie, » et au temple : « Tu seras fondé! » Avec cette restauration à la fois religieuse et nationale commence une troisième période, dont les jours heureux aboutissent à un nouvel abaïssement, duquel doit surgir un dernier Christ, supérieur à tous les autres, nommé aussi le Conducteur par les prophètes (4), suivant un autre
(1)... Xpiorèg wüplog cuve Aoln v vais Otapbopais adrüv. (Lamentations, IV, 20. LXX.) — Voir la fable des arbres qui veulent oindre (yplçu) un roi sur eux. (fuges, IX, 8. LXX.)
(2)... nat motv EAeos ro Kotor® adrod r& Aautd.… (Ps. XVIT, 541. XX)
(3) Oürw Xéyer xbptos 6 Beds To Xpiori pou Küpw... (Esaïe, XEV, 4. LXX.)
(4)... Ews Xptoroÿ fyoupévou... (Daniel, IX, 25. LXX.) —
MATTHIEU, I, 1-17. 23 nom qué les Juifs donnaient à leurs rois (1). Les paroles des saints livres qu’ils intérprétaient comme le concernant, entretenaient en eux l'espoir d’un meilleur avenir. Reconnaissant le Messie dans ce rejeton du tronc de Jessé dont parle Ésaïe (2) et dans ce gérme juste que l'Éternel avait promis par Jérémie de susciter à David et de faire régner comme roi (3), ils associaient à ces promesses les images de grandeur et de gloire de la royauté déchue, et les amplifiant démesurément, ils se représentaient l’Oint de la prophétie comme un descendant de David, destiné à relever son trône, à l’occupér avec plus d’éclat qué nul autre avant lui, et à exercer même une sorte de domination universelle (4).
De telles espérances s’attachant à la maïson de David, malgré sa ruine, elle devait être tenue encore en haute estime par le peuplé, ét ceux qui en faisaient partie ne pouvaient manquer, dans les rangs infé-
Ex ooû por ÉeXedoetar, vo etat ei doovra où ‘IopahÀ.. (Michée, V, 2. LXX., = Matthieu, IT, 6: Ex ooû yap èGeheüce- Ta FyobmEVOS. ….)
(1)... Kat yploëté adtbv etc dpyovra émt To Auév pou TopanA… (14 Samuel, IX, 16, LXX.) — ... toù xataothoul Le ei Myobpevov Ent Tov Aabv adtoù èmi tov IopañA.. (2 Samuel, VI, 24. LXX.)
(2) Kai fehetoerar Pabdos 2x TA Hlne edoal… (Ésaie, XI, 1 TEA
(3) .…. xat dvasrhow T® Aavtô dvarokhy Giualav, nai Batheget Bebe | (Jérémie, XXII, S LAX: )
(4) Tèd de ÉTADAY aTOÙS Fu rpds Tèv TÉÀEUOV, NV LONUÈS dppiéokos dolws v voïs fspoîc cbpnaévos Ypdlpastv, be & xaTà ToV 4atpdy Énetvoy drd The Yopas Tis AUTO v ApÉEL TS XOULÉV NS. » (FLav. Jos., Bell. Jud., lib. VI, c. v, S 4)
24 MATTHIEU,, 1, 4-17, rieurs où ils étaient descendus, de faire souvenir de leur haute origine. Il est vrai qu’une portion seulement des registres publics relatifs aux filiations avait été rapportée de Babylone (1), et qu’un grand nombre de généalogies qui ne s’étaient pas perdues, venaient depuis peu d’être détruites par Hérode (2); mais les familles illustres pouvaient sans doute y suppléer par des registres domestiques ; et pour les principales, pour celle de David en particulier, la notoriété publique devait suffire. Elle pouvait dispenser Joseph et Marie de recourir à des tables pour établir leur descendance de ce prince ; aussi la preuve généalogique n’at-elle été exigée de Jésus en aucune occasion : sa descendance de David, admise par le peuple, n’a jamais été contestée par ses adversaires. La généalogie que nous avons sous les veux a donc dû être dressée dans une autre intention que celle de répondre à ces derniers. Jésus y est envisagé comme le fils de Joseph : il faut, par conséquent, qu’elle appartienne à l’époque où le miracle de sa naissance n’était pas encore connu du peuple. Pour ceux qui n’admettent pas que Joseph a été son père, le titre est menteur : ce ne peut pas être là, à leurs yeux, le livre d’origine de Jésus.
La paternité de Joseph relativement à Jésus étant niée dans les Évangiles, on ne saurait, au point de vue de ces livres, attacher aucun intérêt apologétique
(1) Esdras, IT, 59, 62. — Néhémie, VIE, 5.
(2) … 6 “Hpoônc... Évérpnosv adtüy Ts dvaypapac Tv YEVOV. (Euses., Hist. Eccl., I, 7.)
MATTHIEU, I, 1-17. 25 à une généalogie qui l’affirme. Mais une telle généalogie pouvait, dans un ordre de pensées différent et dans le temps où l’on croyait encore que Jésus était le fils de Joseph, correspondre à un certam imtérêt politique chez ceux qui attendaient de lui la restauration du royaume d'Israël (1). Si l’on se trouvait conduit ainsi à en attribuer la rédaction à des personnes de cette opinion, il faudrait en fixer la date à l'époque du ministère de Jésus où ses disciples se préoccupaient le plus de la royauté temporelle à laquelle ils le supposaient appelé. Mais dans cette hypothèse que je crois devoir adopter, cette pièce ne peut évidemment avoir, malgré la place qu’elle occupe ici, l’autorité d’un document authentique. Luc lui reconnaît si peu ce caractère qu'il lui a substitué une généalogie de Joseph entièrement différente (2) : nous ne sommes donc astreints envers elle à aucun respect, et nous pouvons dire sans irrévérence que Matthieu n’a recueilli ce registre que pour aider ses lecteurs à se faire de justes idées des préoccupations des hommes dont elle était destinée à servir les projets. Suivant les deux tables, Joseph était de la race de David; mais tandis que la seconde, rectifiant la première, l’en fait descendre par une ligne collatérale, privée de toute illustration, celle qui se trouve en tête du premier Évangile, s'inspirant de l'imagination populaire et de l'esprit de parti, lui donnait tous les anciens rois de Juda pour ancêtres. A cette origine si glorieuse selon
(4) Actes, I, 6.
(2) Luc, II, 23-38.
la chair, alléguée par ceux qui voulaient faire de Jésus leur roi, Matthieu opposera tout à l'heure sa conception du Saint-Esprit, affirmation qui fait perdre toute signification à la table généalogique que nous examinons; et cette opposition, à l’entrée du livre, est comme une introduction à l’opposition qui le remplit d’un bout à l’autre et qui en devient ainsi l’un des traits essentiels, entre le dessein de Dieu, voulant fonder par son Fils le royaume des cieux sur la terre, et l'espoir entretenu par les Juifs de voir le trône de David relevé par ce fils de David.
La table commence avec le nom d'Abraham et finit avec le nom de Jésus; elle comprend donc toute l’histoire des Juifs, qui y est divisée en trois périodes, au terme de chacune desquelles Dieu a accordé, comme je l’ai fait voir, un Oint ou un Christ à son peuple, ce qui est peut-être la raison de la division adoptée.
Toutes les D és t de la première période (räcoi oÙv ai yeveat dmd ’A6oadu Éwc Aaviô) sont énumérées sans retranchement : il y en a quatorze en comptant le père des croyants et le roi-prophète, et la liste en est conforme à celle contenue dans le premier livre des Chroniques (E, 34; IT, 1-15).
La seconde période commence avec Salomon et finit avec Jéchonias. Tandis que les générations indiquées dans le même livre (IL, 5, 10-16) pour cette période sont au nombre de dix-huit, la table n’en mentionne également que-quatorze : 1l est évident que les omissions sont volontaires; elles sont de plus
sans inconvénient, puisqu'il suffit d’ouvrir les livres sacrés des Juifs pour remplir les vides (1).
Il n’en est pas de même dans la troisième période : après Zorobabel, on n’y rencontre jusqu’à Joseph que des noms inconnus, qui ne correspondent à aucun registre officiel, et qui ne peuvent par conséquent servir de jalons. À travers de tels noms, dans une table à séries égales (il devait être fait mention de quatorze générations pour la troisième comme pour les deux autres), les plus graves méprises pouvaient d'autant plus aisément avoir lieu, que des retranchements étaient commandés par les besoins de la symétrie. Supposons que les mêmes noms se soient rencontrés dans la ligne principale d’une famille et dans l’une des lignes collatérales, combien ne devaitil pas être facile, si l’on n’était pas obligé de tenir compte de tous les intermédiaires, de passer, à l’occasion de quelqu'un de ces noms, d’une ligne à l’autre, et après l'avoir pris en quelque sorte pour point de départ, de se tromper soit en montant soit en descendant, quitte à rentrer, un peu plus loin, par quelque erreur nouvelle, dans la ligne qu’on avait abandonnée à tort!
Or, c’est précisément là ce qui me paraît avoir eu lieu dans la confection de la généalogie recueillie par Matthieu. Les noms de Salathiel et de Zorobabel sont les seuls, depuis David jusqu’à Joseph, sur lesquels cette généalogie s'accorde avec celle donnée par Luc
(1) Noms omis : Achazia, Joas, Amatsia. (4 Chroniques, HI, 11, 12.) — Joakim. (HE, 46.)
comme la véritable (1). S'il s’agit chez ce dernier, ainsi que cela paraît évident, d’un autre Salathiel et d’un autre Zorobabel que ceux mentionnés chez Matthieu, d’un Salathiel et d’un Zorobabel antérieurs, à ce qu'il semble, vu le nombre des générations, au temps de la captivité où les illustres Israélites compris dans la première liste et qui ont porté ces mêmes noms sont nés, il n’est pas étonnant qu'après être remonté de Joseph jusqu’à eux sans omettre aucun intermédiaire, Luc, en remontant plus haut encore, soit arrivé à David par Nathan, tandis que c’est par Salomon que la généalogie recueillie par Matthieu en fait descendre Joseph. Mais par là même Luc a renversé tout l’échafaudage généalogique conservé par son devancier, échafaudage à l’élévation duquel a pu présider le désir de constater une noble origine, sans qu’il soit nécessaire pour cela de supposer des mtentions de fraude à son auteur.
On peut s’assurer, en comptant les noms de la dernière série depuis Salathiel jusqu’à Jésus, qu’elle ne comprend que treize noms, tandis que, d’après le verset 17, l'intention positive de l'auteur de la table a été d'en indiquer quatorze pour cette série comme pour les autres. On ne pourrait donc sans injustice le rendre responsable de l’omission du quatorzième nom : «Il « est vraisemblable que cela s’est fait par la faute et « inadvertance de ceux qui copiaient et écrivaient
La
(4) ZahabunA dE dyévynos Toy Zopoédéeh. (Matthieu, E, 12.) — Zepc6déen, 10 ZakaôwmX. (Luc, I, 27.)
MATTHIEU, 1, 1-17. 29 « les livres (1). » Accoutumés, dans la généalogie des patriarches, à passer immédiatement du nom de Jacob à celui de Joseph, les copistes ont pu omettre, sans s’en apercevoir, le nom d’Héli, qui nous est fourni par la table de Luc (2) comme étant celui du père de Joseph, s’il se trouvait entre ces deux noms dans la table recueillie par Matthieu. Le nom de ce père ne pouvant être ignoré en ce temps-là, on en peut conclure que l’omission, s’il y en à une, ainsi qu'on s'accorde à l’admettre, a eu lieu en cet endroit plutôt qu'ailleurs ; et dans ce cas, la même considération doit faire consentir à la restitution que je propose. Il en résulterait que la déviation entre les deux tables ne commence pas avec le nom du père de Joseph, mais avec le nom de son grandpère, sur lequel la troisième génération pouvait plus aisément se tromper; et 1l se trouverait en outre que la seconde table, dont la principale intention est de contredire la première, nous en fournit aussi le complément.
Si Joseph était mort depuis plusieurs années à l’époque où commença le ministère public de Jésus, ce que le silence des Évangiles à son égard rend probable, Jésus devait être surtout connu, sauf dans le
(1)J. CALvIN, Commentaires sur Le Nouveau Testament. Paris, 1854. Tome Ier, page 53.— C’est la remarque de Calvin pour expliquer comment il se fait qu'un nom manque à la liste; mais sa division des séries étant différente de la mienne, il suppose l’omission du nom de Joakim dans la deuxième série, tandis que je me sers de son argument pour expliquer l'absence du nom d’Héli dans la troisième.
(2) Luc, TE, 23.
lieu où résidait sa famille, comme le fils de Marie. (Jean, IE, 1; Matthieu, XII, 47; XIE, 55.) Il n’était donc pas inutile, si l’on voulait prolonger jusqu’à lui la généalogie de Joseph, de rappeler que Joseph avait été l'époux de Marie. Tel à pu être le motif de Pauteur de cette table pour y insérer lé nom de la mère du nouvel Oint. Matthieu a reproduit cette pièce comme il l’a trouvée; mais il a si peu songé à en certifier le contenu, que nous allons au contraire le voir nier formellement la paternité de Joseph qui y est affirmée, et sans laquelle tout le docüment est nécessairement étranger à Jésus (1).
Ne soyons pas surpris, après cela, dé la défiance dont ce livre d’origine a été, de bonne heure, l’objet. Épiphane raconte que les Ébionites supprimaïient les généalogies mentionnées chez Matthieu (2), ét qu’on ne sait pas si les Nazaréens les avaient (3). Il dit de plus qué Cérinthe et Carpocrate voulaient s’en servir pour établir que le Christ était fils de Joseph non moins que de Marie, en tirant ainsi des inductions
(1) Suivant Strauss, là première table généalogique et le premier récit de la naissance de Jésus ne sont pas du même auteur, mais de deux auteurs différents, dont le second a des vues opposées à celles du premier : « Ünmœæglich kann man es desswegen wahrschein- « Jich finden, dass die Genealogie und die Geburtsgeschichte von « demselben Verfasser herrühre, sondern man wird annehmen « müssen dass die Genealogieen anderswoher genommen seien. » (D.-F. Srracss, Das Leben Jesu. 1835. Tome Ie", page 457.)
(2) ... mapaxébavres Yao tas maoa To Matôalw yeveaho- Ylas... (Errrn., Hær., XXX, 13.)
(3) … Tàç dnd voù Afpaau Éwc Xptoroù... (Epipn., Hæ&r.; XXIX, 9.)
MATTHIEU, I, 18-25. ol inconciliables avec le récit de Matthieu (1). Qu'il faille ou non entendre par les Ébionites dont parle Épiphane, non les premiers Ébionites, mais une secte postérieure qui nommait de préférence Jésus fils de Dieu et répugnait à le nommer fils de David (2), toujours est-il qu’il résulte de l’ensemble de ces assertions que dès les temps anciens on en a usé fort librement avec cette table, et que son droit même à occuper la place qu’elle tient en tête du premier Évangile a été contesté (3). Il n’est pas nécessaire d’aller jusque-là pour lui rendre son vrai caractère, celui d’un document recueilh sans doute par Matthieu, mais néanmoins contredit par lui à cause des conclusions qu’on en voulait tirer, et auquel Luc à opposé une généalogie de Joseph complétement différente (4).
I, 18. Toù à Tnooù Xptoroù à I, 18. Mais la: génération de Jévévmots (5) otus fiv. Mynorev- suslOint fut ainsi. Marie sa mère Oelons yo rs unrods adroù Ma- ayant été fiancée à Joseph, avant plas T® Tosho, Toi À oœuven- qu'ils ne fussent venus ensemble,
(1) Eprpx., Hær., XXX, 44.
(2) C’est la supposition de Strauss. (Leben Jesu. 1835. Tome [er, page 165.)
(3) « Einige Lat. Codd. trennen die Genealogie von dem ersten « Kapitel. » (H.-A.-W. Meyer, Xrit. Exeg. Kom., p. 67.)
(4) Sur les essais de conciliation vainement tentés entre les deux généalogies, et que ce n’est pas ici le lieu d'examiner, voir : J. CaLvin, Commentaires sur le Nouveau Testament. Paris, 1854. Tome fer, pages 46-54.— J, Le Sueur, Réponse à une lettre sur les principales difficultés qui se rencontrent en la généalogie de N. S. J.-C. Sedan, 1658. — Paurus, Exegetisches Handbuch. 1842. Tome [er, pages 282-292.)
(5) Variante : Toÿ dE Xotoroù n Vyéveots... (Tischendorf.) — « Mais la génération de l’Oint... »
Oetv aùrobs, ebpéôn ëv Yastpt ÉXOUGA ÊX TVEUMATOS GLOU.
19. Tuohp d à dvhp adrnc, dlkatos v at DEXWY at rapaderynatioat, é6ouAñ0n ÀAd- Gpa &noAdoat adThy.
20. Taüra di adroù évouun- Pévroc, db, dyyEhoc wupiou xat” dvao épdvn adt@ Aéywv- Iwohy, uiès Aavtd, pin poËn0ñs Tapaka- Éetv Mapru Tv yuvatxd oovrà yap èv ar Vev/N0EY ÈX TvEb- Lars ÉoTiy &yiou”
21. Téésrat dE viov, nat raÂEoetc Tù évoux abtoù Tnooûv: ad- Tès Yap ocwoer Tèv Aady abtoÙ amd TOY AUApTLOV aÙTEv.
22. Toro dE GAov yéyovey, va mAnpu0N To Én0ëv drd Toù xuplou O4 ToÙ mpoyhrou Àé- YOYTOS"
23. TIdob, h rap0évos èv Vyaotol ÉËer mat vébetat viôv, xai XaÉgoUoL TD Évoua adtoù Epuavou}, 6 ét! Lebeopunveuémevoy, Le0” muov 6 Océc.
24. Aueyephels dE 8 Tue äxd toù ÜTvou éroinoev Wç rpocétabey ar 6 &yyehos xuplou- Kat ap haËE Ty YUVAAA adToÙ,
25. Kat oùx évivwouey adrhv, we où étene Ty uiav abThe Toy TpwTÉTOnov, Hal ÈXGÀEGTE TO Ovopa aùroù Incoûv.
se trouva avoir conçu du Saint- Esprit.
19. Or Joseph, son époux, étant juste et ne voulant pas faire d’elle un exemple, résolut secrètement de la délier de ses liens.
20. Mais comme il pensait à ces choses, voici, un ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit :
« Joseph, fils de David, ne crains « pas de prendre avec toi Marie « ton épouse ; car ce qui a été pro- « duit en elle est du Saint-Esprit.
24. « Et elle enfantera un fils, et « tu le nommeras Jésus; car il « sauvera son peuple de ses pé- « Chés. »
22. Et tout cela arriva, afin qu’eût lieu pleinement ce qui a été dit par le Seigneur en ces mots du-prophète :
23. « Voici, la vierge concevra et « enfantera un fils, et on le nom- « mera Emmanuel, » ce qui signifie, étant traduit : « Dieu avec « NOUS. »
24, Or Joseph, réveillé de son sommeil, fit comme lui avait prescrit l’ange du Seigneur, et prit avec lui son épouse
25 (Et il ne la connaissait pas) jusqu’à ce qu’elle enfanta son fils premier-né, et il le nomma Jésus.
Il est impossible d'affirmer plus positivement que ne le fait ce récit que Jésus n’était pas le fils de Joseph (1). Sa conception y est représentée comme
(4) « Die als Tendenz der ganzen Genealogie (bei Matthæus, E, 1)
MATTHIEU, Æ, 18-25. 33 surnaturelle. Matthieu raconte « sa génération cé- « leste (1). » L'ordre naturel est donc rompu par cette naissance miraculeuse. La première femme avait été prise d'Adam (2) : ce nouvel Adam est pris de la femme. S'il est de la terre par sa mère, par son pèreil est du ciel. Gette vie n’est donc pas un simple anneau dans la chaîne des existences humaines. Elle est un point de départ nouveau, ayant pour but la régénération des hommes : Jésus, conçu du Saint-Esprit, revêt leur chair, afin de les faire participer à son esprit (3).
Ce Jésus porte le titre d’Oint dans le récit (verset 18)
« vorausgeschickte Behauptung, dass Jesus viès Aavid gewesen, « wird durch die darauf folgende Leugnung seiner Erzeugung « durch den Dävididen Joseph geradezu wieder aufgehoben. » (D.-F. Srrauss, Das Leben Jesu. 1835. Tome Ier, page 157.) — Le mais (dÈ) du verset 18 introduit la négation signalée par Strauss. Matthieu se trouve dispensé, à son point de vue, de rechercher si la généalogie donnée comme celle de Joseph est fausse ou véritable; car fût-elle vraiment celle de Joseph, elle n’en serait pas davantage, à ce point de vue, celle de Jésus.
(4) L'expression est de Calvin (Commentaires sur le Nouveau Testament. Paris, 1854. Tome Ier, p. 55.) — La Vulgate a conservé à vévvncts, comme je le fais moi-même, le sens de génération, en traduisant ainsi le verset 18 : Christi autem generatio sic erat. La raison pour préférer en cet endroit le mot de génération à celui de naissance, c’est que « Matthieu n’y enseigne pas comment « Jésus-Christ naquit, mais comment il fut conçu. » (RicHarp Simon (sous le nom de Romainville), Difficultés proposées au R. P. Bouhours, eic., page 80.)
(2) ... Étt Ex Toû dvdpos adrie EAñNo0n. (Genèse, II, 23. LXX.)
(3) « Daher ist die Erscheinung Dessen, durch den das Reich « Gottes gegründet, das gœttliche Leben, worauf das Wesen dieses « Reiches beruht, in die Menschheit eingeführt worden, — die « Erscheinung Christi, — das hœchste Wunder, der Mittelpunkt « aller Wunder.. Die Erscheinung Christi selbst kann nur als et- « Was unmittelbar Gœættliches, Übergeschichtliches, das geschicht-
comme dans la table qui le précède. Matthieu est donc d'accord avec le généalogiste pour reconnaître en lui « le roi sacré par Dieu même (1). » Quant aux circonstances dans lesquelles la naissance du Christ a eu lieu, on a vu comment il les raconte.
Joseph s’étant aperçu que Marie, sa fiancée, était devenue enceinte avant qu’il ne l’eût reçue chez lui comme épouse, avait résolu en lui-même, et sans faire part à personne de sa détermination, de se séparer d’elle sans poursuites et sans éclat, en se bornant à lui donner la lettre de divorce, ainsi qu’il y était autorisé par la loi des Juifs. (Deutéronome, XXIV, 1.) . Je dis, la lettre de divorce; car la fille promise en mariage à un homme était déjà tenue pour sa femme chez les Juifs. C’est pendant qu’il est dans cette disposition d'esprit, que Joseph a un songe, sans doute accompagné d’un témoignage intérieur qui ne lui permet pas de confondre ce songe avec les songes ordinaires, et qui le fait revenir sur le parti qu'il avait pris. Un ange du Seigneur lui est apparu durant son sommeil et lui a parlé. Il l’a nommé fils de David, pour le faire souvenir des promesses qui doivent se réaliser en un fils de David, l'attente d'Israël; et puis, répondant à ses préoccupations, comme si ce n’était pas changer de sujet, il lui déclare que ce qui a été
« lich geworden, recht verstanden werden, das Cbristenthum nur « als übernatürliches der Weltgeschichte eine neue Richtung und «einen neuen Schwung mitzutheilen bestimmtes Princip. » (NEANDER, Das Leben Jesu Christi, pages 214-245.) oA
(1) Vixer, Discours, cinquième édition, page 343.
MATTHIEU, 1,:18-25. É 30 produit en Marie est du Saint-Esprit. L'ange l’affirme, mais ne lui donne du reste aucune explication ; Joseph n’en demande non plus aucune, et quelle explication, en effet, aurait-il pu obtenir? « Je te célébrerai, di- « sait son ancêtre David à l'Éternel, de ce que j'ai été « fait d’une étrange et admirable manière ; tes œuvres « sont merveilleuses, et mon âme le connaît bien. » (Psaume CXXXIX, 14.) Toute vie et toute transmission de vie est mystère; et tant qu'on n’aura pas pénétré celui des générations naturelles dont la répétition et le nombre seuls empêchent qu’on ne s’étonne, on se trouyera, à propos de chacune d’elles, en présence d’un mystère aussi grand que le mystère de cette génération surnaturelle, de la nécessité de laquelle Dieu seul pouvait être juge. Joseph est averti en même temps que c’est un fils qui naîtra de Marie. En qualité d’époux de la mère, qu'il lui est prescrit, vu cette révélation, de recevoir chez lui sans difficulté, 1l donnera à ce fils le nom qu'il doit porter. Le nom même lui est enseigné par l’ange : ce sera celui de Jésus ou Sauveur, nom que d’autres libérateurs des Juifs avaient autrefois porté, et qui lui convient très bien à lui-même; car lui aussi, comme Oint ou comme roi, il aura un peuple et il le sauvera (1). Mais quelle étrange délivrance : ol le sau-
(4) « Ce mot Zesus vient d’un verbe hebrieu Hosiah, qui signifie « sauver. Il est vray que les Hebrieux le prononcent autrement. « Car ils disent Zehosua, et non pas Zesus. Mais les evangelistes, « pource qu'ils escrivoyent en grec, ont suyvi le commun usage de « la langue. Car ceux qui avoyent traduit d’hebrieu en grec les « livres de Moyse, et autres livres de l’Escriture, par tout où ils
vera de ses péchés (1), ajoute l'ange. Il y a loin de là à délivrer les Juifs de leurs oppresseurs politiques, comme 1ls pensaient que l’Oint qu’ils attendaient, le ferait. Le caractère de l’œuvre de Jésus est donc déterminé dès l’entrée : fils de David, il sera roi sans doute comme David, mais roi spirituel d’un peuple qu’il se formera en le sanctifiant.
Voici maintenant la remarque de Matthieu sur cette conception du Samt-Esprit et sur cet enfantement miraculeux : Et tout cela arriva, afin qu'eût lieu pleinement ce qui a été dit par le Seigneur en ces mots du prophète : « Voici, la vierge concevra et enfantera un fils, « et on le nommera Emmanuel, » ce qui signifie, étant traduit : « Dieu avec nous. »
Il faut voir au chapitre VII d’'Ésaie à quelle occasion ces paroles furent prononcées. Retsin, roi de Syrie, et Pékach, roi d'Israël, s'étant alliés pour faire la guerre à Achaz, roi de Juda, mettent le siége devant Jérusalem. L’effroi d’Achaz et de ses sujets est extrême; mais l'Éternel charge Ésaïe de les rassurer, en annonçant au roi que les deux ennemis qui aspirent
« avoyent trouvé Zehosua, avoyent mis Zesus. » (3, CALvIN. Commentaires Sur le Nouveau Testament, Paris, 4854. Tome Ier, p. 57.) — Les Septante donnent le nom de Tncods à Josué (Josué, Ï, 4), qui est aussi nommé ainsi dans l'Épitre aux Hébreux (LV, 8) et à Jesçuah ou Jéhosçuah (Esdras, IL, 2; Aggée, I, 4), l’un de ceux qui ramenèrent les Juifs de Babylone.
(4) Au verset 21, adroy, de leurs, est au pluriel, parce qu'il se rapporte à Aadv, peuple, nom collectif qui appelle le pluriel. Voir Matthieu, XV, 8,9, 10.
MATTHIEU, I, 18-25. 37 à se partager ses États, réussiront si peu dans leur dessein, « que dans soixante-cinq ans Éphraïm sera « abattu, pour n’être plus un peuple. » (Ésaïe, VIE, 8.) Mais cette ruine d’'Éphraïm est bien éloignée, et de quelle consolation leur peut-elle être en présence du péril qu’ils courent en ce moment même? Ésaïe reçoit en conséquence de Dieu l’ordre de leur annoncer une plus prochaine délivrance et de la leur faire envisager comme un signe de la vérité de cette première prophétie qu’il vient de leur faire entendre, et qui ne doit se réaliser que longtemps après eux. Continuant à s'adresser à Achaz, représentant de la maison de David, que Dieu veut maintenir sur le trône de Juda : « Voici, lui dit-il, la vierge concevra et enfantera un « fils, et tu le nommeras Emmanuel. Il mangera du « beurre et du miel avant de savoir rejeter le mal et « choisir le bien, parce que, avant que (1) l’enfant « sache s'abstenir du mal et choisir le bien, le pays que « tu crains sera délaissé par les deux rois. » (Ésaïe, VII, 14-16.) Ces événements rapprochés, importants en eux-mêmes, sont en quelque sorte les arrhes de l'événement plus important encore, mais plus éloigné,
(4) Bobtupoy nat DEÀ pdyetat row yvüvar aroy À Too hËSOAL Tovnpa, ÈXAËATOar 1d dyatév: diért moivh yvGvar To radlov dya- 00 à xaxdv..… (Esaïe, VII, 15, 16. LXX.) Voici un autre exemple de cette manière de caractériser une époque par le nom donné à un enfant, au moment où elle s'ouvre : dirt totvn yy@vat To ratdlov KAMEUY TATÉEA À UNTÉOA. (Ésaïe, VIII, 4.) On voit que les Septante ont otyn en ces trois endroits : VIE, 45, 16 et VIII, 4; Ostervald à jusqu'à ce que dans le premier, et avant que dans les deux autres. [otwn (LXX) = xpiv à (Matthieu, I, 48, etc.) — Voir aussi Osée, LE, #4, 6, 9.
qu’Ésaie a d’abord annoncé. Jérusalem est assiégée ; Achaz et son peuple sont agités comme les arbres des forêts le sont par le vent (Ésaïe, VII, 2); mais quand l’enfant qui va être conçu sera né (Ésaïe,: par sa conception « quote Le temps, » pour employer une expression de Calvin), et qu’il s’agira de lui donner un nom (peu importe quel est l'enfant et quelle est sa mère, s’il ne s’agit de lui que Commé d’un moyen de mesürer le temps), sa mère, ou, suivant les Septante, l’impie Achaz lui-même, si effrayé au moment où parle le prophète, le voudra nommer Emmanuel, c’est-à-dire Dieu avec nous, pour caractériser l’époque, tant les circonstances seront changées. Et en effet, encore quelques mois, et le siége de Jérusalem sera levé : « ils ne purent là prendré, 5 racontent les historiens (Ésaïe, VIL, 13 2 Rois, XVE, 5}; l'abondance et la prospérité, représentées par le beurfe et le miel, selon une image familière aux Juifs (Deutéronome, XXXII, 13, 14; 2 Sam., XVII, 29; Job, XX, 17; Ésaïe, VII, 29), reviendront pour un temps avant que le nouveau-né he soit parvenu à cette seconde moitié de l’enfance avec laquellé corimence la faculté de choisir entre le bien ‘et le mal; car avant deux ou trois ans le pays d'Éphraïm, si redouté d’Achaz, ne sera plus occupé par les deux rois qui le tiennent assiégé : Le roi d'Israël va périr victime d’une conspiration (2 Rois, XV, 27, 30; XVI, 1), et le roi d'Assyrie fera mourir le roi de Syrie. (2 Rois, XVI, 9.)
Si telle est l'intention de la prophétie d’Ésaie, on voit qu’elle forme dans son ensemble un tout bien lié,
MATTHIEU, 1, 18-25. 39 Les Juifs paraissent l’avoir entendue comme je viens de l’exposer ; ils ne l’ont jamais interprétée comme se rapportant au Messie dans aucune de ses parties (1). Matthieu ne prétend pas non plus que le passage qu’il en cite, en l’isolant du reste, se rapporte à lui ; il le fait assez voir en le modifiant dans l’un de ses détails (2), ce qu'il n’aurait pu se permettre s’il l'avait allégué à titre de prophétie. Tout ce qu’il se propose ici c’est d'affirmer que ee que les mots d'Ésaie qu’il reproduit, pris dans la plénitude de leur sens, expriment, a lieu maintenant à la lettre, parce que c’est là ce que Dieu à voulu. Lorsque le prophète les fitentendre à Achaz, il avait dessein de lui déclarer qu'après qu’une vierge aurait conçu comme les vierges conçoivent pour devenir mères, il pourrait à bon droit donner au fils qui naîtrait d’elle le nom d’Emmanuel, ce nom étant propre à marquer qu’on aurait lieu de reconnaître, à l’époque de la naissance de cet enfant, da présence de l'Éternel au milieu de son peuple et les effets de sa protection ; et il n’était pas nécessaire
(1) « Nemo Judæus hæc Esaiæ verba de Messia intellexit, sed de « filio ex puella, tum innupta, nascituro, post cujus nativitatem « terra a metu Syrorum esset liberanda. Judæos sequuntur Pellica- «nus et Grotius. » (WErsTEIN, Nov. Test. Græcum, etc. Amst., 1751. Tom. fer, p. 239.)
(2) L'y à dans la citation, telle qu’elle est faite par Matthieu (I, 23): xal xakécovot, eé on le nommera, ce qui.est une altération du passage d’Ésaïe, VII, 44.11 y a dans l’hébreu : et elle le nommera, et chez les Septante : xat akécerg, ef tu le nommeras. Ostervald, en traduisant de livre d’Esaïe, y à introduit da variante de Matthieu, Calvin, en traduisant Matthieu, a au verset 93 : appelle-
ront; il ajoute en marge: « ou appelleras, » ce qui assimile les
deux formes du verbe l’une à l’autre.
LS
d’affaiblir la signification naturelle des paroles d’Ésaïe pour les comprendre ainsi. Maintenant on ne sera pas obligé davantage d’en forcer le sens, si l’on veut s’en servir pour parler d’une vierge qui a conçu et qui va enfanter un fils, tout en restant vierge, car cela aussi est dans les mots ; et l’on pourra en outre littéralement dire de l’enfant qui naîtra d’elle, à cause de sa conception du Saint-Esprit révélée par l’ange, qu’il est véritablement et personnellement « Dieu avec nous, » suivant l'interprétation du nom d’Emmanuel donnée par Matthieu. Matthieu ne cite pas Ésaïe comme si Ésaïe avait prédit ce que l’ange vient d'annoncer, et que la déclaration de l’ange ne fût que la répétition de la prophétie d’Ésaïe; il Le cite au contraire dans un sens entièrement différent de celui qu'Ésaïe attachait à ses paroles, et sans leur attribuer, de sa part, ni intention : n1 signification prophétiques relativement à Jésus et à Marie. Il les cite comme nous le verrons souvent encore citer les écrivains de l’Ancien Testament, parce que telles de leurs paroles, détournées de leur premier usage, sont susceptibles, dans la nouvelle application qu’il imagine d’en faire, de prendre une signification plus large, plus complète, sans être pour cela moins littérale; qu'elles peuvent devenir ainsi la meilleure expression d’une pensée, le vrai mot d’une situation; et qu’en rattachant par toutes sortes de liens, dans l'esprit des Juifs, les principaux faits de l’histoire de Jésus aux souvenirs de leur histoire nationale ou aux maximes de leurs livres saints, 1l espère en consacrer mieux la mémoire au milieu d'eux.
MATTHIEU, I, 18-25. Al
La coutume d'appuyer de passages des Écritures le récit d'événements postérieurs, sans la moindre intention d’attribuer à ces passages une valeur prophétique, était d’ailleurs antérieure à Matthieu. L'auteur du premier livre des Maccabées, par exemple, après avoir raconté comment Alcimus et Bacchides firent mourir soixante Israélites en un jour, termine ainsi sa narration : « … suivant ce qui est écrit : Ils ont « répandu autour de Jérusalem la chair de tes saints «et leur sang, et il n’y avait personne qui les ense- « velit (1). » C’est une allusion à quelques paroles d’'Asaph, qui n’ont évidemment aucun rapport avec le fait à propos duquel elles sont citées, et qui font partie, non d’une prophétie, mais d’un psaume historique. (Psaume LXXIX, 2, 3.) La plupart des citations des prophètes faites par Matthieu ne sont aussi que des allusions ; le verbe xAnpoüv, par lequel il les introduit, implique que si l’on a pu parler autrefois ainsi, on le peut maintenant à fortiori, les événements actuels comportant encore mieux ce langage que ceux à l’occasion desquels 1l a été d’abord tenu. Ce verbe ne signifie donc pas 1c1 et dans les passages analogues, accomplir une prophétie, mais avoir lieu pleinement (2). Le mot tx (afin que); qui le précède souvent, oblige
(1)... xat dménretvev adrodbs Ev huéox pui naTd Tov ÀAGVov dv Évpabe: cdpuac dci cou rat aura adr@v éÉéyeav xbxAw ‘Tepoucale, al oùx y adrois à Oarrwv. (1 Maccabæorum, VIF, 16, 47.)
(2) C’est aussi le sens du mot zAnpody dans ce passage : Qs dE ërAnpo0n Tadra... (Actes, XIX, 21), que Lamennais traduit : Ces choses accomplies…
| Ne MATTHIEU, 1, 18-95.
à faire grande attention à la valeur absolue des mots de la citation qui le suit; car il affirme que le but de Dieu a été que tout ce que ces mots renferment füt réalisé en plein dans les faits, ce qui est tout autre chose que de dire que ces faits ont été prédits par les mots cités (1).
La conduite tenue par Joseph à son réveil montre combien limpression produite sur lui par le songe avait été profonde et sérieuse. I sait qu’il n’a pas à se plaindre de sa fiancée; aussi ne pense-t-il plus à lui donner la lettre de divorce : il la prend au contraire avec lui, ce qu’il n’avait pas fait encore (toutefois sans vivre avec elle dans la relation d’époux), et il ne la quitte plus jusqu’à ce qu’elle ait mis au monde lenfant à cause duquel il avait voulu la répudier (2).
(4) M. Scherer fait observer, à propos des citations des prophètes dans l'Évangile selon saint Matthieu, introduites par le verbe rAnpcdy, que si quelques-unes ont une portée messianique, « d’au- « tres ne se rapportent au Messie ni de loin ni de près. » (Revue de Théologie, tome IX, p. 74.) Je viens de montrer la vérité de cette dernière remarque en ce qui concerne la citation d'Ésaie, VIE, 44. J'aurai soin de rechercher de même la raison de l’emploi du mot rAnpoüy dans les autres passages où il sert au même usage. En voici dès à présent la liste : Matthieu, I, 22; 11,8; I, 47; IV, 44; VIL, 473 XII, 47; XIE, 35; XXI, 4, XXVI, 545 XXVI, 56; XXVII, 9; XXVII, 35. Matthieu n’introduit aucune de ces citations par le verbe rookéyetv, employé par Josèphe quand il se réfère à des prédictions. (Fix Jos., Antiq. Jud., lib. I, cap. x, $ 1.)
(2) Ainsi qu’on le voit par ma traduction et par les remarques dont je l’accompagne, les mots xat oùx éV{vuoxey aûrhv (verset 25) me paraissent être une parenthèse qui oblige, pour avoir le vrai sens, à rejoindre ainsi l’un à l’autre les deux membres de phrase qu'elle sépare : Kai map£habe tv yuvatxa abtob..... Ews où Étene
MATTHIEU, 1, 18-25. 43 Même après l'avoir accueillie, ses doutes auraient pu renaître, si sa confiance dans les paroles de l’ange s’était affaiblie, et il aurait pu en revenir à son dessein abandonné; mais après la délivrance de Marie, après que Joseph a lui-même donné au premier-né de celle qu'il a tout récemment accueillie pour son épouse, le nom qu’il doit porter, rien de pareil ne peut plus avoir lieu à cause de la grossesse qui l’avait troublé. Matthieu marque par £ws ob le moment important jusqu’auquel il était nécessaire de savoir que Joseph persista dans la résolution nouvelle qu’il avait prise : ce terme une fois passé, le reste devait suivre : il couvrira Marie de sa protection et de son respect, et il en agira avec l’enfant comme s’il était son père. Jésus ne pouvait, d’après cela, être considéré que comme le fils de Joseph. La révélation qui avait déterminé la conduite de celui-ci devait, vu sa nature, être tenue secrète par les deux époux. Le peuple, à cette époque, n’y aurait sans doute pas cru, et la réputation de Marie aurait été atteinte par suite même d'explications trop inconsidérément données. Le songe né pouvant être une preuve suffisante que pour celui à qui il avait été envoyé, la discrétion à cet égard devenait obligatoire : il est donc probable
Tov Lidv abris Toy rowtéronoy : et il prit avec lui son épouse. .…. jusqu'à ce qu’elle enfanta son fils premier-né (versets 24, 25.) — Le verbe rapéAu$e, prit avec lui, met sur la voie d’un changement de séjour à cette époque, comme celui dont Luc{([, 26, 27; II, 6-7) fait mention. Le mot rapahaufdvetv est employé plusieurs fois par Matthieu dans un sens analogue. (Voir II, 43, 44, 20, 21, etc.)
qu'on ne fut instruit généralement de ce qu’il y avait eu de surnaturel dans la naissance de Jésus, que quand le miracle de sa résurrection, certifié par de nombreux témoins (1 Corinthiens, XV, 4-8), eut mis les disciples en état d'ajouter foi aussi à ce miracle antérieur. Avant cela, il ne dut pas même en être question : on savait quelle avait été, depuis sa venue au monde, la position de Jésus dans la famille de Joseph; toute autre information devait par conséquent paraître superflue, et n’était pas demandée.
IL, 1. Toù dE Incoù Vevyn0ëv- II, 1. Jésus donc étant né à ros àv Bn0kcèu vis Toudaias èv Bethléhem de Juda aux jours du féoaus Hpwdov ro Pacthéws, roi Hérode, voici que des mages (300, péyor dnd dvaro\üy taps- d'Orient arrivèrent à Jérusalem vévovro els ‘Isposohvua REyov- disant :
TES" 2. Jo Éorty 6 vey0sts Baot- 2. Où est le roi des Juifs qui est