‹ Essai d'interprétation de quelques parties de l'Évangile selon Saint Matthieu (volume 3)Chapitre 5 sur 16 · LENS · texte numérisé non relu

LENS

heds Tv TIovdaluv; eldouey yàp né? car nous avons vu son étoile abToD Tv dotépa v th vato\N, en Orient, et nous sommes ve- La NAPOUEY Tposxvvioat adr@. nus l’adorer.

Matthieu n’a pas prétendu écrire une histoire de Jésus pour les Juifs de la Palestine. Lorsqu'il écrivait son Évangile, cette histoire leur était bien connue, la vie de Jésus s’étant passée au milieu d’eux. Ce qu'il s’est proposé, c’est d’une part de montrer, à l’aide de fragments choisis et rapprochés tout exprès dans ce but, sous l'influence de quelles circonstances et par le développement de quelles espérances, l’idée que la royauté du Messie devait être une royauté temporelle, s’était fortifiée au sein de sa nation; et d’autre

MATTHIEU, :!], 1,:2. 45 part de discréditer cette idée, en lui opposant celle d’une royauté spirituelle et de ce royaume des cieux que Jésus annonçait.

Partons de cette donnée dans l’étude que nous allons faire. |

Rien n’avait dû encourager davantage l’erreur et les passions populaires que Matthieu voulait combattre, que le voyage de ces mages d'Orient, qui, dans les derniers temps du règne d'Hérode, étaient arrivés à Jérusalem demandant à voir le roi des Juifs qui était né, disaient-ils, et alléguant à son sujet, comme un signe du ciel, une étoile nouvellement apparue. Si l’on en ressentit alors plus de crainte que de Joie (IH, 3), le contraire dut avoir lieu à l’époque où Jésus commença à se montrer en public. Le souvenir rappelé ici, quoique déjà ancien, ne pouvait s’être effacé, et les patriotes juifs, qui attendaient de l’Oint ou du Christ le rétablissement du royaume d'Israël, ne manquèrent certainement pas de le faire valoir. Joint à la fausse généalogie, 1l fait voir sur quoi leurs illusions reposaient. C’est précisément pour cela que Matthieu l’a recueilli.

Les mages, s'étant mis en route pour venir adorer le roi des Juifs, savaient, avant leur départ d'Orient, qu'il était né. Mais comment l’ont-ils appris ? Ils disent seulement qu'ils ont vu son étoile, ce qui n’est pas la même chose que s'ils avaient dit que l'observation de cette étoile, d’après les principes de leur art, le leur a fait découvrir. Et d’ailleurs, l’eussent-ils clairement affirmé, personne ne le leur accorderait aujourd’hui,

l'astrologie, l’un des principaux objets de leur étude, n'étant plus considérée que comme un art chimérique. L'interprétation la plus généralement admise de nos jours est que Dieu a accordé aux mages une révélalation qui leur a persuadé et qui les a mis en droit de proclamer que telle était la signification de la nouvelle étoile. Mais s’il en avait été vraiment ainsi, n’aurait-ce pas été, en apparence du moins, une confirmation donnée par Dieu même à cette fausse science, source de tant de superstitions pendant de longs siècles? L’ob- Jection est certainement grave ; personne néanmoins ne songeait à l’élever dans un temps où la croyance à l'astrologie était aussi répandue qu’elle est diseréditée maintenant, et c’est grâce à cette croyance, sans aucun doute, que le peuple’ d’abord, et à sa suite les commentateurs, en sont venus autrefois à transformer en présage le phénomène qui nous occupe (1).

Ce merveilleux, une fois admis, a dû influer sur le classement des faits relatifs à l'enfance de Jésus, rapportés soit par Matthieu soit par Lue, et qui ne sont pas les mêmes chez ces deux évangélistes. En effet, plus on se représentait la visite des mages rapprochée

(4) On en trouve encore des traces dans ces remarques de Calvin : « Veu que c’est une chose certaine que l’Astrologie ne passe « point outre la speculation des choses naturelles, ces sages ne « pouvoyent par icelle, sans autre aide, parvenir jusques à Christ : « il a donc falu qu’ils ayent eu une revelation secrete de l'Esprit. « Toutesfois je ne nie pas qu’ils n’ayent peu estre aucunement aidez « par quelques principes de l’art : mais je di qu’ils n’eussent peu « suffire et n’eussent de rien servi à cela, s’il n’y eust eu quant et « quant quelque revelation nouvelle et extraordinaire. » (J. CALVIN, Commentaires sur le Nouveau Testament. Tome Ier, page 74.)

MATTHIEU, IX, 1, à. 47 de la naissance de Jésus, plus il devenait impossible que les mages eussent connu cette naissance avant de quitter l’Orient, et par conséquent aussi, plus on pouvait attribuer la valeur d’un pronostic à l'apparition de l'étoile. L’imagination populaire n’y a pas manqué : elle a fait arriver les mages à Bethléhem en quelque sorte sur les pas des bergers, de manière à faire du message apporté d'Orient sur la foi de l'étoile, la confirmation presque immédiate du message accompli par des anges, le jour même de la naissance de Jésus. (Luc, IT, 11.) La science s’est aventurée à son tour dans cette voie hérissée de difficultés. Ge n’est pas la seule voie cependant qu’on peut suivre, et 1l vaudrait la peine d'essayer d’une autre, si l’on échappait ainsi à l'obligation de pactiser avec l'astrologie pour expliquer le voyage des mages.

Dans le nouvel enchaînement des faits que je propose, la visite des bergers et la circoncision de l'enfant appartiennent seules à l’époque antérieure au voyage que les parents de Jésus firent à Jérusalem, pour le présenter au Seigneur , selon la loi, après les jours de la purification de Marie. (Luc, Il, 22-38.) De Jérusalem, ils retournèrent en Galilée, à Nazareth leur ville (1), comme Luc le remarque expressément (II, 39). C'est là que Joseph avait pris sa femme avec lui pour la mener à Bethléhem, où elle mit au monde son fils premier-né. Après leur départ précipité, ce retour

(1) La distance entre Jérusalem et Nazareth est d'environ vingtcinq lieues.

48 MATTHIEU, Il, 1, 2.

momentané, avant qu'ils ne fixassent leur demeure permanente dans la ville de David, pouvait être nécessaire à divers égards. En tout cas, rien n’était plus propre à mettre Marie à l’abri de tout soupçon inju-

rieux, que cette arrivée en famille à Nazareth à la:

suite de ses relevailles. Nous ne savons, du reste, ni de quelle durée a été leur absence de Bethléhem, ni depuis combien de temps ils y étaient revenus à l’époque de la visite des mages. Voyons ce qui a pu, en la plaçant à ce moment, déterminer ceux-ci à se mettre en chemin. |

Un peu moins de deux ans auparavant, une étoile nouvelle leur était apparue dans leur pays (IL, 2, 16). Ajoutons, pour réunir ici tout ce qu’on peut savoir de cette étoile par le récit de Matthieu, qu'ils ont cessé ensuite, pendant un certain temps, de la voir, mais qu’à leur grande joie, en allant de Jérusalem à Bethléhem, ils la revirent tout à coup s’avançant devant eux, jusqu’à ce que, parvenue au-dessus du lieu où était l’enfant Jésus, elle s’y arrêta, tout comme ils s’arrêtèrent eux-mêmes.

Calvin, considérant qu’il n’était pas « selon l’ordre « de nature qu'une estoille fust cachée pour quelque « temps, et puis qu’elle veinst soudain à monstrer sa « clarté, » a conclu de ces détails que l'étoile des mages n'était pas une étoile naturelle (1). Aujour-

(4) CazviN, Commentaires sur le Nouveau Testament. Tome Ier, page 74.—Sil’on veut connaître toute la pensée de Calvin sur ce sujet, il faut lire son Advertissement contre l'astrologie qu'on ap-

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