‹ Essai d'interprétation de quelques parties de l'Évangile selon Saint Matthieu (volume 4)Chapitre 27 sur 56 · Et un homme aura pour ennemis les gens de sa maison · texte numérisé non relu

Et un homme aura pour ennemis les gens de sa maison

37. Qui aime son père ou sa mère plus que moi, n’est pas digne de moi; et qui aime son

fils ou sa fille plus que moi n’est

pas digne de moi; 38. Et qui ne prend pas sa croix et vient après moi, n’est pas digne de moi.

39. Celui qui trouve sa: vie Ja perdra; et celui qui perd sa vie

Aësas Ty duynv abrod Évexey à cause de rnoi la trouvera.

2 5 QU LEA TE LA £HLOU EUVONGEL AUTHY.

Jésus ne veut pas que ses apôtres s’y trompent : sa venue sur la terre, au lieu de pacifier le monde, y sera l’occasion de discordes et de luttes. Elles ne sont pas le but final qu'il se propose, cela va sans dire ; mais elles sont le résultat prochain qu’il prévoit. Heurtant ouvertement les idées reçues, dans l'estimation qu'il fait de toutes choses; proposant aux hommes, la plupart occupés exclusivement de la terre, d’être constamment préoccupés du ciel; détruisant les espérances qu’ils entretenaient par celles qu'il ouvrait devant eux, 1l devait nécessairement rencontrer ou une franche adhésion ou une contradiction des plus vives. Dans ce dernier cas, lopposition ne pouvait manquer de s’étendre de son ensei-

(4) Cette image des divisions de famille est empruntée à Michée, VIE, 6.

gnement à sa personne, et de sa personne à celle de ses disciples. Plus les décisions dans un sens ou dans l’autre auront été tranchées, plus les divisions qui en résulteront seront profondes. Elles éclateront avec tant de passion au sein des familles, que leurs membres, ne tenant pas compte des liens qui les unissent, combattront les uns contre les autres, comme le font, en temps de guerre, ceux qui se servent de lépée. La vie en commun qui multiplie les rapports, multipliera aussi les querelles. Pour que l'Évangile ne causât pas de désaccord dans une maison, 1l faudrait, ou qu’il n’y fût accueilli de personne , ou que tous ses habitants à la fois se soumissent avec Joie à son empire.

Le désaccord que Jésus annonce ainsi, quelque douloureux qu’en puissent être les effets, n’a rien d’affligeant en soi; car il est dans la nature des choses. Ge qui serait affligeant, c’est qu’existant en réalité, i1ne se manifestât point, et que les disciples, au mépris de leurs meilleures convictions, préférassent l'accord de la famille à l’accord avec leur maître. S'ils l’aiment véritablement, ils laimeront par-dessus tout, et ils ne subordonneront l’amour qu'ils lui portent et Les obligations qui en découlent, à aucune autre affection. Quand cet ordre est renversé, on en vient, de proche en proche, à sacrifier la justice et la vérité aux liens du sang et aux alliances. Mais comment alors serait-on encore le disciple de Jésus, et pourrait-on travailler à fonder son royaume? Celui qui consentirait à ache-

ter la paix à ce prix, ne serait pas digne de lui. Celui-là aussi n’en serait pas digne qui croirait pouvoir être de ses disciples, sans être décidé à tout souffrir pour sa cause, comme s’il suffisait de marcher à sa suite pour être du nombre des siens. Qui ne prend pas sa croix, et cependant le suit, le suit en vain (1). Prendre sa croix, c’est s'exposer aux dernières extrémités, plutôt que de se détourner du service du maître; c'était, dans les temps de persécution qui allaient commencer, agir aussi résolüment que si, condamné déjà à être crucifié, et marchant au supplice, on ne pouvait voir son sort empiré par une nouvelle sentence de mort (2).

S'il était alors des gens qui, au lieu de prendre leur croix pour continuer à suivre Jésus, trouvaient moyen, en l’abandonnant lâchement, de sauver leur vie, ils la perdaient en réalité, pour avoir voulu la sauver de cette manière; car la fin d’une vie avile ainsi ne peut être que la perdition. Au contraire, perdre sa vie pour Jésus, ce sera la trouver, puisque

(4) Tel me paraît être le vrai sens de ce verset. La négation qui précède Aagédve: n'étant pas répétée devant &xohovdet, il n’y a aucune raison de la mettre en français devant le second verbe. Il ne faut donc pas traduire, comme Ostervald et beaucoup d’autres, elne me suil pas, mais et me suit, ou l'équivalent, sans la négation. Jésus parie ici à des gens qui le suivaient; il veut leur apprendre que ce n’est pas assez : pour être digne de lui, il faut plus que le suivre, il faut prendre sa croix. Matthieu, XVI, 24, et Mare, VIII, 34, confirment n:on interprétation. Luc, IX, 23, qui a du rapport avec fatihieu, X, 38, l'autorise également.

(2) « Tollere autem crucem suam nihil aliud est, quam paratum « esse pro Christo non quoquo modo mori, sed etiam crucitigi. » (Marponar, col. 257.)

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8 MATTHIBU, X. 34250! 40-10.

c’est éh Passant bar là mort, que la vie misérable des fidèles sé transformera en une vie éternelle, sainte et bienheureuse. Notre aitention sera ramenée sur cetté parole par Fa répétition que Jésus en à faite plus tard, suivant saint Matthieu, (XVI, 24, 95.)

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X, 40. O Osyépevos dus X, 40. Qui vous reçoit, me re- 4 # A DÈ

UE déyerat" nai © UE deyé- coit; et qui me reçoit, reçoit ceuevos déyerar Tov amoctelhavré lui qui m’a envoyé. |

41. ‘O DexépEVes moogtn), 41. Qui reçoit un prophète ls OVOUX TOOPMTOÙ yuoboy Te0- pour sor nom de prophète, ob- D'ATOÙ Mhgerat * ai Ô CEyéuE- tiendra une récompensé de proog Dlxatoy els Ovoua Gtxalou phète: et qui reçoit un juste 1o0ov dixalou Afbetar. pour son nom de juste, obtiendra uñe récompense de juste.

42. Kai dc éav motion Eva 49. Et quiconque donnera à roy qxp@y Toûtwy ToTrhptoy boire à l’un de ces petits, ne duypoÿ môvov els évoux paôn- füt-ce qu'un verre d’eau froide roÙ, dunv Ayo OU, où (N pour son nom de disciple, en

EN

GmohÉon Tv (1190 0V abToÙ. vérité, je vous le dis, il ne per- Gra pas sa récompense.

Après avoir appris aux apôtres jusqu'où ira La häme qu’on aura pour eux, Jésus leur parle du bon accueil qui leur sera fait quelquefois. Ils avaient déjà pu conclure de ce qu'il leur avait dit des divisions qui éclateraient dans les familles à son sujét, qu’ils rencontreraient aussi bien des amis que des adversaires Sur leur chemin. Il le leur confirme ici explicitement, en des termes destinés à les pénétrer de la grandeur de leur âpostélat, Comme les honneurs rendus aux délégués d’un ambassadeur s'adressent à celui=er, et remontent de lui au roi qu’il représente, ainsi en sera-t-1l des bonnes dispositions qu'on aura

pour eux. En recevant les apôtres, c’est en leur personne à Jésus, duquel ils sont les envoyés, et si l’on peut ainsi dire, à Dieu même, de la part duquel Jésus est venu, que l’on fera accueil. Quelle mission n’est donc pas la leur ! Il importe qu’ils en comprennent toute la dignité; car s'ils n’avaient pas jusqu’au fond de l’âme le sentiment de son excellence, comment, maintenant qu'ils en savent les périls, pourralent-1ls se consacrer Joyeusement à en remplir les devoirs ?

Geux qui les connaissant pour ce qu'ils sont, et n'ayant égard à rien de ce qui peut les distinguer extérieurement, mais seulement à leur qualité d’apôtres, les accueilleront, sans craindre de paraître faire cause commune avec eux, et au risque de s’exposer par Rà au courroux de leurs adversaires, feront assurément acte de fidélité. Jésus veut qu’on sache qu'ils en seront récompensés. Comme, en les recevant, on le reçoit avec eux, il regardera comme fait à luimême ce qu’on leur aura fait, et 1l les prévient qu'il se servira d'eux pour récompenser leurs hôtes. « Qui recoit un prophète pour son nom dé « prophète, obtiendra une récompensé de pro- « phète. » La promesse faite à l’un sé réalisera par l’accomplissement du devoir recommandé à Pautre. L’apôtre n’a ni or ni argent dans sa ceinture (verset 9) pour témoigner sa gratitude, quand on lui fait bonne réception. Mais 11 n’en à pas besoin : il acquittera sa dette à la façon des prophètes, en remplissant son office de mimistré de Diéu auprès de

84 MATT:HIIEU, X,. 40-42, ceux qui l’accueilleront; et en outre, il fera servir, s'il y a lieu, au bien de leurs familles (Actes, XXVIIF, 7, 8) cette puissance de guérir qu’il possède, mais qu'il ne doit pas tenir en réserve pour un tel usage seulement, puisqu'il l’a reçue gratuitement afin qu’il l’emploie gratuitement au profit des multitudes. Est-ce-là tout? Ceux qui auront, pour l’amour de Jésus, ouvert leur cœur et leur maison, en temps de persécution, à d’autres qu’à des prophètes, n’aurontils aucune rémunération à espérer? En d’autres mots, le devoir d’exercer l’hospitalité sera-t-il sans encouragement, lorsqu'il s'agira de le remplir envers des fidèles n'ayant ni le don des guérisons muraculeuses, n1 la mission d'enseigner, faute d’un devoir imposé à ceux-ci qui y corresponde, et de la possibilité pour eux de s’en montrer reconnaissants ? Nullement. Récompense de juste, ajoute Jésus, à qui aura reçu un juste, parce qu'il est un vrai juste! Sa présence et son exemple seront en bénédiction sous le toit où on l’aura reçu, et l’on pourra dire de lui comme de son maître, « que son salaire est avec lui, « et que sa récompense marche devant lui. » (Ésaïe, XL, 10.) Il en sera même ainsi de tous ces disciples sur lesquels aucun don éclatant n’appelle Pattention. N’eût-on donné à l’un de ces petits qui n'ont. pas la moindre apparence, et que le monde dans son orgueil foule aux pieds, qu'un verre d’eau froide parce qu'il se réclame de Jésus, on en sera récompensé. Quel profit, en effet, n’y a-t-1l pas à être témoin de la conduite simple et droite et de la soumis-

MATTHIEU, X, 40-42. 85 sion patiente d’un humble fidèle ! Mais que les disciples se gardent bien de croire, parce qu’il leur a été dit que l’ouvrier est digne de sa nourriture, qu’il puisse jamais être quitte envers celui qui la lui fournit : dans l’admirable réciprocité des devoirs que l'Évangile établit, les hommes sont tous et seront toujours, par la charité, les débiteurs les uns des autres.

Nous voici à la fin des instructions données par Jésus aux apôtres, au moment où il les chargeait d'annoncer, de ville en ville, à leurs compatriotes que le royaume des cieux était proche. Si, malgré le beau nom donné à ce royaume, ils se le représentaient comme un royaume temporel et ils y attachaient pour eux-mêmes des idées d’ambition, combien ce long exposé des souffrances qui les attendaient, était propre à les détromper! Et cependant 5 n’a pas suffi, tant leurs illusions étaient grandes, pour les faire entrer dès lors dans la pensée de leur maître. II faudra, comme on le peut voir par le troisième Évangile, que Jésus, pour les détromper, saisisse toute occasion de leur redire, soit en publie, soit en particulier, tantôt l’une, tantôt l’autre de ces paroles, qui sont comme le programme de leur douloureux ministère; et même alors ils ne les comprendront qu'imparfaitement. [l sera nécessaire enfin que ce qu'elles déclarent se réalise, pour que les écailles leur tombent des veux.

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