‹ Essai d'interprétation de quelques parties de l'Évangile selon Saint Matthieu (volume 4)Chapitre 52 sur 56 · Et il leur dit : Un ennemi · texte numérisé non relu

Et il leur dit : Un ennemi

suivant Rosen-

müller, le Lolium temulentum (en allemand To!!korn ou Lolch), nommé Sonin par les Hébreux et Sawan par les Arabes. C'est la plante dont il est dit par Osée, X, 4, « qu’elle germe sur les sil- « lons des champs, » P&ypworis des Septante en ce même endroit. Saint Jérôme, en commentant ce passage, la décrit ainsi : « Est « genus herbæ calarmo simile, quæ per singula genicula, fruticem « sursum et radicem mittit deorsum, rursusque ipsi frutices et « virgulta alterius herbæ seminaria sunt, atque ita in brevi tem- « pore, si non imis radicibus effodialur, totos agros veprium si- « mnilis facit. » Cette plante, fort répandue en Syrie et en Palestine, ressemble, quand elle sort de terre, au froment; mais, plus elle s'élève, plus elle en diffère, (RosenmuLzer, Biblische Naturgeschichte, tome 1, pages 118-120.)

Opès avfpwros Tolte éToinsey.

CARS RSS EEE LS 5) DAS là Où dE dodo etmoy air” OE- Aets oùy amsÀAlévres ouAÀEEW- [LEV QÙTÉ ;

29. O dE En OÙ: unrore guAAéyovres à Cilavta Enpttwg'te Gua aÛTois TV SiTov.

30. ‘Agetes cuvavËdveclat àpipétepn MÉypt Toû Oeptouo- val ëv xatp@ Toû Oeptoob Ep vois Oepiorais* JuvAÂSËATE mpütoy ra Clay nat Onoate adtà eic dÉSUAS, TOdS TO KATAKAÜGEL AÙ-

a fait cela. Les serviteurs lui dirent : Veux-tu donc que nous allions l’ôter ?

29. Mais il dit : Non, de peur qu'en Ôtant l’ivraie, vous n’arrachiez en même temps qu'elle le blé.

30. Laissez-les croître tous deux ensemble jusqu’à la moisson, et au temps de la moisson je dirai aux moissonneurs : Otez d’abord l’ivraie et la liez en bottes, pour la brûler; mais amas-

Ta Toy à oîrov suvaydyete eis Sez le blé dans mon grenier.

Tv ATOUANY pou.

L'interprétation de cette parabole, insérée seulement dans le premier Évangile, ne fut donnée aux disciples qu’un peu plus tard, sur la prière qu’ils firent à Jésus de la leur expliquer. Peut-être, quoique ne la comprenant point, ne voulurent-ils pas, à cause de l’étonnement qu’il avait exprimé de ce qu'ils n'avaient pas entendu la parabole du semeur (Marc, IV, 13), lui demander la signification de celle de Vivraie avant d’avoir essayé pendant quelque temps d’en trouver eux-mêmes le sens. Il ne leur fut en conséquence enseigné, comme nous allons le voir, qu’après que Jésus eut prononcé d’autres paraboles, qu’ils ne paraissent avoir comprises aussi que trèsimparfaitement, puisque leur maître Jugea nécessaire de leur tout éclaircir dans des entretiens particuliers. (Marc, IV, 34.) Ces exphcations intimes ne nous ont

pas été transmises par les évangélistes; mais la réa-

lsation partielle des événements figurés dans quelques-unes des similitudes qui en furent l’objet, les éclaire pour nous d’un nouveau jour qui nous aidera

à les mterpréter.

XIIT, 31. AAA tapaéo- Any mapéümrey aûrois Àéyuv:

€ r DE TIACENTE r = 2 Ouolx éotiv h Baorhsia tov cd PAVOY HOLLY GLVATEUG, 0Y Àa- Éby avlpwros Évmetpey v Tr &yeS abtoù :

32. O piupérepor LÉ éott TAVTUY TOY GTEPMATUV: ÊTAV SA Je, 07 Ett < = À 4 dE ad6n0n, etloy Tüy Aayavwv > LA éoti, nai yiverar dévOpov, Wote éAOEtY Tà mereuva ToÙ oùpavo Ka KATATANVOUY ÉV Tois LAdDdO!S

XII, 31. Il leur proposa une autre parabole, disant: Le royaume des cieux est semblable à un grain de sénevé, qu’un homme à pris et semé dans son champ,

32. Lequel, bien qu'il soit la plus petite de toutes les semences, quand il a crû, est plus grand que les légumes, et devient un arbre, en sorte que les oiseaux du ciel viennent s’abriter sous

ŒÜTOÙ. ses branches (1).

La petitesse de la graine de sénevé était proverbiale chez les Juifs (2). La plante qui en provient

(1) Ostervald traduit : « Les oiseaux du ciel y viennent et font « leurs nids dans ses branches, » ce qui n’est pas exact et ne répond pas aux faits constatés par Maldonat : « In calidioribus locis « longe supra humanam staturam assurgit; ut, ubi copia est, silva « esse videatur. Ego qui (in Hispania) magnas aliquando sinapis « silvas vidi, insidentes sæpe aves vidi, nidos non vidi, » (MaLzpo- NAT, Commentarii in quatuor evangelistas, col. 317.)

(2) Matthieu, XVII, 20. — On peut voir par le Lalitavistära, soûtra bouddhique, traduit par M. Foucaux et cité par M. Barthélemy Saint-Hilaire dans son livre sur le Bouddhisme, que la graine du sénevé était en Orient, plusieurs siècles avant notre ère, un symbole de la petitesse, comme le Mérou, auquel on l'opposait, en était un de la grandeur : « La plus grande des montagnes, le « Mérou, roi des monts, ne s'incline jamais devant le sénevé. « L'océan, demeure du roi des Nàgas, ne s'incline jamais devant « l’eau contenue dans le pas d’une vache. » (B. SaiNr-HiLAIRE, Le Bouddha et sa religion, 3° édition, page 59.)

CRE CE & on …

MATTHIEU, XIII, 31, 32. 219 arrive en Orient et dans les contrées méridionales à une assez grande élévation (1). Jésus, en comparant le royaume des cieux à cette humble semence et à l’arbuste qu’elle produit, apprenait à ses disciples à ne pas juger de ce que devait être ce royaume d’a-

près ses faibles commencements, mais à beaucoup en espérer, malgré la petitesse de son origine. Ce n’est pas sans dessem qu'il l’a représenté en tant de

(4) La tige du sénevé n’est haute, dans nos contrées, que de deux ou trois pieds, suivant les espèces. Celles qui sont indigènes en Palestine ne paraissent pas non plus y arriver à une grande élévation. Comme il n’est question dans la parabole que d’un seul grain de sénevé, il s’agit probablement ici d’une variété étrangère au pays, dont on cultivait les sujets isolément à cause de la beauté de la plante. On a supposé que le sénevé de l'Évangile était la salvadore de Perse, Saivadora Persica. Le botaniste Aucher-Éloy Va trouvée en grande quantité dans le voisinage de Darap. (Relations de voyages en Orient, tome IT, page 599.) Il a aussi rencontré la Sinapis oliveriana près de Mardin (tome I, page 191), et la Sinapis glabrata aux bords du Tigre (tome I, page 216), et il représente ces deux variétés de sénevé comme des exemples « de la plus vigoureuse végétation. » Il est, au reste. d’autres plantes en Orient, dont le développement n’est pas moins extraordinaire. À l’est de la mer Caspienne, les fougères atteignent dix pieds de haut. (Tome [, page 337.) Le djoghène des rives du Gourghan, céréale qui a quelque ressemblance avec le millet et le blé de Turquie, est mangé en herbe par les chevaux, et peut se couper jusqu’à sept fois pendant l’été avant qu’on obtienne le grain. Mais cette herbe, quand on la laisse pousser, devient une espèce d'arbre. « Sa tige, qui est très-grosse, ajoute « Aucher-Éloy, et qui s'élève à une hauteur considérable, huit ou « dix pieds, sert pour le chauffage, » (Tome [, page 3541.) Maldonat dit précisément la même chose du sénevé d’Espagne : « Quo- « modo arbor fiat, cum herba sit, nonnulli etiam quærunt ac dis- « putant, qui sinapi, ut opinor, non viderunt..……. Vidi ego sæpe « in Hispania, sinapi, loco lignorum, magnos furnos ad coquen- « dum panem calefieri. » (Commentarii in quatuor evangelistas, col. 317.)

paraboles comme une semence; rien ne peut mieux que cette image, quand on la suit jusqu’au bout, donner l’idée de la manière dont il se développe du dedans au dehors.

Il faut, en lisant la parabole du grain de sénevé, se transporter au temps où elle fut prononcée, et où rien à peu près de ce qu’elle décrit n'avait encore eu lieu. Les progrès du royaume des cieux, racontés dans le livre des Actes, ou ressortant des épîtres des apôtres, nous en facilitent l'intelligence. L'extension toujours croissante de l'Évangile, telle qu’elle résulte des écrits d’Irénée, de Tertullien et de leurs successeurs, en est, en outre, pour nous un commentaire toujours plus clair. Mais les disciples n'étaient pas témoins encore, en ce temps-là, de la croissance de l’arbre : ils n’avaient sous les yeux que le petit grain duquel il devait sortir. La similitude qui nous occupe était donc pour eux une véritable prophétie. Peut-être est-ce parce qu'ils ne devaient voir euxmêmes que la première partie de son accomplissement, que le royaume dont 1l s’agit, au lieu d’y être représenté comme un cèdre ou comme un chêne, images imposantes de la force, familières aux prophètes (Ézéchiel, XVII, 22, 93; Ésaïe, LXI, 3), n'y est comparé qu’au sénevé, symbole, ainsi que le kikajon (Jonas, IV, 6), d’un développement extraordinaire et rapide (1), mais non de la vigueur et de la durée.

(4) « La moutarde, dont chacun connaît la rapide croissance. » (Maison rustique du XIXe siècle, iome I, page 524.)

MATTHIEU, XIII, 31: 92, 33. 221 Au reste, quoi de moins probable alors que ce qui est 1c1 révélé comme devant caractériser cette première époque! L’événement a cependant répondu à la prédiction, et c’est en quelque sorte une double merveille, que Jésus ait prévu et annoncé une chose aussi prodigieuse, et qu’elle se soit réalisée telle qu'il l'avait prédite, quelque invraisemblable que cela dût paraitre.

XIII, 33. ’AXAnY mapabo- XIII, 33. Il leur dit une anhnv 2AdAnsev abtoic ‘Ouoix tre parabole : Le royaume des éoriy BaotAsix r@v oùpavwv cieux est semblable à du levain Éoun, nv AaboÜda yuvh évéxpu- qu’une femme a pris et a mêlé à dev ets heboov céra toia, Éws dis mesures de farine, jusqu’à où Efuubôn Éxov. ce que tout soit levé.

Le royaume des cieux n’est pas de ce monde, mais il doit venir en ce monde, et dans la personne de ceux qui en font déjà partie, il est mêlé au monde, pour le pénétrer et lui communiquer sa vertu, de la même manière qu'un peu de levain, mêlé à la pâte, y produit une fermentation qui la modifie. Tel est le rôle que les disciples, malgré leur petit nombre, doivent remplir parnu les hommes; et c’est en ce sens qu’on interprétait autrefois avec raison cette parabole. Il est beau d’entendre saint Jean Chrysostome s’écrier au quatrième siècle : « Si douze hommes ont « été le levain qui a changé et sanctifié toute la terre, « jugez, mes frères, quelle doit être notre corrup- « tion et notre lâcheté, si, étant maintenant un si « grand nombre de chrétiens, nous ne pouvons ser- « vir de levain pour convertir ce qui reste, nous qui

222 MATTAIEU;) XIIL, 993; 094, 135.

« devrions être assez saints pour servir à la conver- « sion de dix mille mondes (1). »

Telles devraient être en tout temps les pensées de tous; mais la tâche de chacun est restreinte : ses obligations ne vont pas au delà de ses forces. On ne demande autre chose au levain que de faire lever les trois mesures de farime auxquelles il a été mêlé. (Genèse, XVIII, 6.) Que chaque fidèle, ou chaque groupe de fidèles, soit un ferment dans le milieu où il a été placé dans ce but, et le royaume des cieux s’étendra de proche en proche autour de lui, jusqu’à ce qu'il ait tout envahi et tout transformé.

XIIT, 34. Tara mavra £hd- Anoey à ‘Incoûs èv mapaéohaïs rois OYhotc, xal YUpIs Tapabo- Ag oùx AE aTois *

Le (‘4 + « 39. Oruws rAnpu0A rù n0ey S 1l l ùa TOÙ moophrou ÀAËYOVTOs / > =

AvoiEw &y Tapaéoats Tù oTépx OU * ÉDEUÉOUAL HELPUMMÉVA Ad XATAÉONNS HÉGUO.

XIII, 34. Jésus dit toutes ces choses en paraboles à la multitude, et il ne lui disait rien sans parabole,

35. Afin qu’eût lieu pleinement ce qui a été dit par le prophète en ces mots : « J’ouvrirai ma « bouche en paraboles; je pu- « blierai des choses cachées de-

« puis la fondation du monde. »

Matthieu, après avoir rapporté ces quatre paraboles, ajoute que son maître avait coutume d’en proposer au peuple dans ses discours, et il en donne cette raison, que Jésus voulait à la fois voiler et divulguer les choses qu’il enseignait alors : les voiler d’abord, afin de préparer ainsi ses disciples, et par eux ceux à qui ils seraient chargés de les expliquer, à les recevoir; les divulguer, parce que c’étaient des

(1) XLVI Homélie sur saint Matthieu.

MATTHIEU, XIII, 34, 3%, 223 choses cachées, qui ne pouvaient pas venir d’ellesmêmes dans l’esprit des hommes, et qui, par conséquent, devaient leur être révélées pour qu'ils les connussent.

Encore ici il recourt à une citation, ainsi qu'il le fait volontiers pour exprimer sa pensée. Asaph, auquel il donne le nom de prophète à cause des hymnes qu’il a composés, dit au début de l’un de ses chants : « Je vais ouvrir ma bouche (mon discours) par des « expressions figurées (par la poésie); je vais racon- « ter des choses obscures de l'antiquité (1). » Puis, dans une suite de strophes, formant chacune un tableau distinct, il oppose aux bontés de l'Éternel les rébellions de son peuple, depuis le temps où la loi lui fut donnée jusqu'aux jours de David où il vivait lui-même, se proposant d’exciter les Israélites, par le récit des pardons et des bienfaits de leur Dieu, à lui être désormais plus fidèles. Dans la version des Septante, les paroles d’Asaph reviennent à ceci : « J’ouvrirai ma bouche en paraboles; je ferai en- « tendre les problèmes d'autrefois (2). » S'ils emploient le mot de parabole, c’est qu’il avait, à l’époque où ils écrivaient, une signification plus large que celle qui lui est demeurée. Ils pouvaient très-bien s’en servir pour désigner les exemples empruntés par Asaph à l’histoire de sa nation pour l’instruction

(1) Psaume LXXVIIE, 2. — Je suis redevable de cette traduction au savant hébraïsant feu M. Munck.

(2) AvoËw èv mapabohais To otépa pou, phéVÉoa xpo6 AN para 4m’ apyñs. (PS. LXXVIL, 2. LXX.)

de ses contemporains, quoique ce ne fussent pas Îà des paraboles, en prenant ce mot dans son acception moderne, beaucoup plus limitée. Matthieu ne s’est pas laissé arrêter par cette différence. La phrase, telle qu'il la trouve chez les Septante, avec le sens nouveau qu’elle à acquis en vieillissant, exprime plemement ce que Jésus voulait faire; aussi n’hésitet-1l pas à la lui appliquer, bien qu’elle signifie tout autre chose dans son Évangile que dans le psaume. Il ne suit, au reste, les Septante qu’aussi longtemps que leur version peut favoriser son dessein. Vers la fin de la citation 1l les abandonne, pour faire entendre par des expressions bien plus fortes que les leurs, que les hommes avaient toujours ignoré jusqu’à Jésus ce qu'il leur apprenait alors. Il ne dit pas, comme Asaph l’a dit suivant eux . « Je ferai entendre les « problèmes d’autrefois; » mais :l dit, en exagérant la pensée du poëête : « Je publierai des choses ca- « chées depuis la fondation du monde, » parce que c’est là ce que Jésus a fait. Un passage altéré si profondément, d’abord dans sa signification par le temps, et puis par l’évangéliste, et qui, dans le psaume dont il fait partie, ne ressemble à rien moins qu'à une prophétie, ne pouvait évidemment pas être allégué par Matthieu comme si c’était une prédiction sur la forme que Jésus donnerait alors à son enselgnement, prédiction dont 1l serait difficile d’ailleurs de comprendre utilité (1). Il ne le cite, comme tant

(4) Calvin a fait en ces mots ses réserves sur ce point : «5, Matthieu n'entend pas que le Pseaume qu’il allègue soit une

At

d’autres passages de l'Ancien Testament, qu’à cause du rapport que les mots, détachés du contexte, ont avec son sujét (1); et n’ayant que cela en vue, il y introduit sans scrupule les changements nécessaires à son but.

Ceci éclairci, voyons ce que Matthieu a eu l’mten-

« prophétie qui parle spécialement de Christ; mais comme la ma- « jesté de l'Esprit s’estoit monstrée clairement aux propos sortans « de la bouche du Prophète, il dit que la vertu d’iceluy a esté « aussi vivement représentée en la parole de Christ. » (Commentaires sur le N. T., tome I, page 341.)

(4) David Martin en a fait la remarque avant moi. « Nous lisons . « dans saint Matthieu, dit-il, que Jésus-Christ ayant prononcé devant le peuple plusieurs paraboles, l’évangéliste dit par voie « d'observation : {fin que fût accompli ce qui avait été dit par « le prophète : J'ouvrirai ma bouche en similitudes. Le passage « cité se lit au psaume 78, au verset 2; mais ce psaume n’est « depuis le commencement jusqu’à la fin qu’un récit historique « des biens que Dieu avait faits à son peuple, et quoique ce « psaume soit un des plus longs, on n’y voit rien qui ait l’appa- « rence d’une prophétie, rien qui de soi-même aille à Jésus- . « Christ; si on ly fait trouver, c’est qu’on l’y amène à force, « pour pouvoir prendre dans le sens le plus étroit, et dans toute « la rigueur de la lettre, ces mots de l’évangéliste, afin que fût « accompli, ou en sorte que fut accompli ce qui avait été dit « par le prophète. » — Il avait dit un peu avant : « Je regarde « ces paroles comme une espèce de formulaire, qui peut indiffé- « remment convenir aux citations fondées sur le sens direct et « précis du texte qu’on cite et à celles qui ne sont faites que par « voie d’accommodation. » C’est ce qu’il nomme encore Le sens de simple conformité d'une chose à l’autre. (Traité de la Religion révélée. Partie II, chapitre vrrr. Tome [, pages 346, 347.) Si ce sens est légitime iei, comme David Martin le pense, pourquoi ne le serait-il pas ailleurs ? Je pourrais donc, au besoin, en appeler à son exemple pour me justifier de l'avoir admis jusqu'ici dans tous les cas semblables. Ma manière de traduire (4fin qu'eût lieu pleinement ce qui a été dit par le prophète) y répond, d’ailleurs, bien mieux que celle en usage.

226 MATTHIEU, XIIT, 94, 35: 96-43.

tion de faire comprendre par ce moyen. Jésus, me semble-t-il dire, en publiant des choses cachées depuis tant de siècles, a certainement voulu qu’elles cessassent d’être cachées. Il ne se proposait donc pas d’aveugler les Juifs lorsqu'il leur parlait en paraboles ; 1l désirait, au contraire, leur fournir par elles l’occasion de se mieux instruire. Nous allons voir, en effet, qu'il mettait pleinement en lumière, pour ceux qui l’interrogeaient, ce qu’il ne leur avait

dit d’abord qu’en figures.

XIII, 36. Tére does vodc Zxhous Aer eic Tv oinlay 6 ? = \ 3 = € Iooûc. Kai zposfAGov adté où A > = 4 f palnrai adtob Aéyovrec DPodcov ‘hui Tnv Tapabohny Tév Et- Caviwy toù &ypoÿ.

37. ‘O dE dronpilels etre aù- = € 4 A \ rois OO omeipwv 7Tù xakdv grépua Egriv © uièc où dv0pw-

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(74 s 40. . Qomep oùv ouAAEyetat TA CÉdvia xat Tupt xatanalsrat QÙTUE ct ËV Th cuvre- Aela to aiüvas Tobtou.

41. ’Amogzehet à vide toù du= Opwrou Toùs ayyéhkovs aüroë, Aa ouAAEEOUOIY Ex Tic Bacs

XIII, 36. Alors Jésus, ayant congédié la foule, s’en alla à la maison. Et ses disciples s’approchèrent de lui et lui dirent : Explique-nous la parabole de livraie du champ.

37. 1 leur répondit : Celui qui sème le bon grain, c’est le Fils de l’homme;

38. Le champ, c’est le monde ; le bon grain, ce sont les enfants du royaume ; l’ivraie, ce sont les enfants du méchant;

39. L’ennemi qui l’a semée, c’est le diable ; la moisson, c’est la fin du siècle; les moissonpeurs, ce sont les anges.

40. Comme donc on ôte l’ivraie et qu’on la brüle toute au feu, ainsi en sera-t-il à la fin de ce siècle-ci. AT

41. Le Fils de l’homme enverra ses anges, el ils ôteront hors de son royaume tout Ce qui OCCa-

Pre + M NÉ) TT

hcias adTod rdvra T4 cxdVÈTAx sionne des chutes, et ceux qui Zai ToÙs TolobvTras Ty avoliav, commettent l’iniquité,

42. Kat Bxhodoiv aôrobs els 42. Et ils les jetteront dans la TAY AAuVoY To mupécr énet fournaise du feu. Là seront les

3 € A 1 Ve \ .

gra © nAau0pèc xat © Bouyuds pleurs et les grincements de rüv 006vTuY. dents.

43. Tére ci dixaor ExAdu- 43. Alors les justes brilleront Douotv, ds © Atos, Ev Th Bast- comme le soleil dans le royaume Asia où rarpès abrüv. ‘O Eywv de leur père. Que celui qui à OTA GLOVELV, EKOUÉTO). des oreilles pour entendre, en-

tende !

Le champ, c'est le monde. Ainsi, ce n’est pas dans la Judée seulement, c’est dans le monde entier que le royaume des cieux doit venir. Mais le monde n’est que le lieu du royaume des cieux; il n est pas lui-même ce royaume ; 1l ne l’est pas plus que le champ où croît le blé n’est le blé qui y pousse. |

Pour qu’il y ait un royaume des cieux sur la terre (VE, 10), il faut que la terre soit ensemencée de la parole de Dieu. Celui qui la répand, c’est le Fils de l’homme, nom sous lequel Jésus s’est déjà plusieurs fois clairement désigné. (VII, 20; IX, 6; XI, 19; XIE, 8, 40.) Il est la vérité (Jean, XIV, 6), et 1l est venu apporter dans le monde la parole de son Père, qui, elle aussi, est. la vérité, afin que les hommes soient sanctifiés par elle (Jean, XVII, 8, 14, 17); et quiconque est pour la vérité écoute sa voix. (Jean, XVII, 37.) C’est la grande œuvre décrite dans la parabole.

Mais cette œuvre du Fils de l’homme est troublée par une œuvre contraire. Après que la semence d’en

haut a été répandue dans le monde par Jésus, le diable, son adversaire, ne se contente pas d’en enlever ce qu'il peut. (XIIE, 4, 19.) Quand les hommes cessent de veiller, il vient, lui qui est menteur et le père du mensonge (Jean, VIIT, 44), mêler, comme il l’a fait dès le commencement, les faussetés qu’il tire de son propre fonds à la vérité divine. Les mauvaises pensées et les mauvais sentiments qu'il sème dans les esprits et dans les cœurs font, en s’y développant, les méchants et les hypocrites, tout comme la semence de Dieu fait de ceux en qui elle demeure les justes et les saints.

De là deux sortes d'hommes, les enfants de Dieu et les enfants du diable, que l’on reconnaît à leurs œuvres, Suivant saint Jean. (1 Jean, III, 10.) Les premiers sont nommés Ici les enfants du royaume, pour établir par cette désignation même,.que quand il s’agit du royaume de leur Père (XIIL, 43), et non du royaume d'Israël, ils ont seuls droit à ce titre, par lequel les Juifs, en tant que formant la nation dont l'Éternel s’était autrefois déclaré le roi, avaient coutume de se distinguer des autres peuples (1). Les seconds sont appelés les enfants du méchant, parce qu’ils montraient, en faisant le mal, quel était le père duquel ils étaient issus. Les uns sont le bon grain, les autres l’ivraie de la parabole (2).

(4) Sur l'emploi des mots enfants du royaume pour désigner le peuple d'Israël, voir ci-dessus, page 13, note 4.

(2) « Le mot d'ivraie est mis pour la semence au verset 25, et « au verset 28 pour les mauvaises plantes qui sont nées de cette

Aussi longtemps que les deux: influences opposées de Dieu et de Satan s’exerceront en ce monde, il y aura une humanité composée du mélange des justes et des injustes. Mais le moment viendra où la séparation se fera entre les éléments contraires demeurés mêlés jusque-là. Le Fils de l’homme enverra alors ses anges, qui Ôôteront du milieu des siens tout ce qui pourrait les faire tomber dans le péché (1), et qui feront sortir de leurs rangs tous ceux qui se seront adonnés à l’iniquité, pour qu'ils reçoivent le châtiment que leurs fautes auront mérité.

« semence, comme le blé se prend également pour le grain et pour « la plante née du grain. Ainsi, dans le sens mystique, il y a pre- « mièrement la semence elle-même, qui est l'Évangile, et puis les « plantes qui en sont nées, c’est-à-dire les fidèles. De même « Pivraie, ce sont d’abord les erreurs, les vices et les maximes du « siècle; dans la suite, elle est le symbole des méchants qui sont « nés de la semence que le malin a semée. » (Davip MARTIN, La Sainte Bible, 1707. Notes sur Matthieu, XIIT, 25, 28 et 38.)

(4) Ilévra ta cxdvdaÀ&, tout ce qui occasionne des chutes. Je n’entends pas seulement par là l’affliction et la persécution à cause de la parole, indiquées dans la parabole du semeur comme faisant tomber ceux qui n’ont pas de racine en eux (XITT, 21), mais aussi les tentations, les séductions, les mauvaises leçons et les mauvais exemples, toutes les suggestions du malin, en un mot, qui provoquent des chutes en ce monde, et qui prendront fin en même temps que le présent siècle. Avec cette interprétation, le pronom aùtoûs du verset 42 ne se rapporte qu’à tobs motobvras thv dvoulav, et non à ravra tà cxavda a du verset #1. [l n’en est pas ainsi quand on entend par cxavèax ceux qui sont des occasions de chute et de scandale. (Saci.) Calvin, Diodati, Richard Simon, Jean Le Clerc, David Martin, Beausobre et Lenfant, et de notre temps, De Wette, Meyer et Baumgarten-Crusius, admettent tous ce dernier sens, que Grotius a essayé d'autoriser en ces mots : « Homines cxav- « Ôahx hic vocantur. Neque enim ea vox factis tantum, sed et ho- « minibus tribuitur, ut infra XVI, 923. »

Le royaume spirituel, qui n’était qu’en formation jusque-là, arrivera en ce temps-là à sa perfection. Ce sera le royaume du Père. Les saints du Souverain en seront mis en possession (Daniel, VIE, 22), comme en étant les héritiers (XXV, 34), et ils y brilleront comme le soleil, eux dont la lumière a lui devant les hommes (V, 16) durant la période de la préparation. |

Après avoir expliqué aimsi la parabole de l’ivraie, Jésus ajouta : « Que celui qui a des oreilles pour « entendre, entende! » Cet appel à l’attention était nécessaire ; car si l'interprétation qu’il avait donnée avait dissipé l’obscurité du commencement de la simihtude, elle n’en avait pas éclairei pleinement la dernière partie. Les disciples savaient maintenant que la confusion en ce monde des bons et des méchants continuerait jusqu’à une époque déterminée où le’ Fils de l’homme donnerait les ordres nécessaires pour la faire cesser; mais ils n'étaient pas aussi bien instruits de ce qui se rapportait à ce grand événement, parce que leur maître, au lieu de leur en parler explicitement, le leur représentait sous de nouvelles images, plus claires sans doute que les premières, et très-propres à faire sur eux une solennelle impression, mais qui étaient loin cependant de leur tout révéler! C’est que, cette fois encore, la parabole était une prophétie, et que son accomplissement seul pourra faire tomber entièrement les voiles qui la recouvrent. Jusque-là les métaphores qui l’expriment ne nous offriront qu’une figure m-

MATTHIEU, XIII, 36-43. 251 certaine des choses qu’elles sont destinées à nous faire connaître, les images, alors même qu’elles passent de la parabole dans l'explication, n’en disant pas les vrais noms.

On le peut voir par l'impossibilité qu’on éprouve à concilier entre elles celles qui servent tour à tour à représenter l’horreur du sort final réservé aux mé chants. Iei et ailleurs 1l est dit qu’ils seront jetés dans une fournaise ardente (XII, 50; XXV, 41); d’autres fois, qu’ils seront expulsés dans les ténèbres qui sont dehors. (VIE, 12; XXII, 13; XXV, 50.) Ge sont là deux comparaisons qui se contredisent, puisque la clarté du feu fait cesser l’obscurité. Mais qu'importe la diversité des métaphores! Leur but n’est pas de nous décrire un châtiment de la nature duquel nous serions hors d'état, dans notre condition présente, de nous faire aucune idée, mais d’en inspirer un salutaire effroi. Quelles que soient les figures, l’enseignement qu’elles apportent revient à ceci, que là où elles se réaliseront, « seront les pleurs et les grin- « cements de dents. » Ces mots, plusieurs fois répétés par Jésus, ont été recueillis avec soin par Matthieu. C'était une manière d’engager les hommes à rechercher le royaume des cieux, que de leur persuader qu'il ne saurait y avoir que désolation en dehors de son enceinte; et s’il y revient si souvent, c’est qu’il avait essentiellement cela en vue dans son Évan-

gile (4).

(1) La balle que celui qui est plus puissant que Jean et qu plonge dans l'esprit saint et le feu, devait brülér dans le feu non

MATTHIEU, XIII, 36-43. s

L'époque où la prophétie contenue dans la parabole de livraie devait s’accomplir, était un autre point qui pouvait être diversement compris. Elle est nommée ici la fin de ce siècle-ci. (XII, 40.) Cette expression, qui ne se rencontre dans le Nouveau Testament que chez saint Matthieu, se trouve être la dernière, parole de Jésus qu'il ait enregistrée. (XXVIIT, 20.) Les disciples paraissent en avoir été fort préoccupés depuis qu'ils lentendirent de sa bouche pour la première fois, puisqu'ils lui demandèrent, peu de jours avant sa mort, quel serait le signe de cette fin du siècle. (XXIV, 3.) Il résulte de sa réponse que la bonne nouvelle du royaume devait auparavant être publiée par toute la terre, pour servir de témoignage à toutes les nations (XXIV, 14), ce qui s'accorde parfaitement avec sa déclaration que le champ c’est le monde. Cette pu- : blication étant loin encore d’être achevée, on en doit conclure que la fin du siècle désigne, sans égard à leur durée, la fin des temps préparatoires, après lesquels aura lieu le jugement, qui séparera le siècle présent du siècle à venir. (XII, 32.) Les premiers chrétiens ont pu s’y tromper, et croire que le triage annoncé devait se réaliser à la fin du siècle où ils

éteint, n'a aucun rapport de signification avec l’ivraie que les moissonneurs jetteront dans la fournaise ardente. J'ai montré précédemment que la balle c'est le péché (Essai d’'Interprétation, partie IT, page 23), tandis qu’on vient de voir que l’ivraie ce sont les pécheurs. Jean le Baptiste faisait allusion à leur purification du péché par Jésus; la parabole figure la punition des impénitents, ce qui est bien différent.

MATTHIEU, XIII, 36-43. 233 vivaient, les événements ne leur ayant pas encore appris le contraire. Nous nous rendrions facilement compte de leur erreur, si nos versions n’en dissimulaient pas la cause, en faisant dire à Jésus que la moisson c’est la fin du monde, tandis qu’il a dit que c’est la fin du siècle. L'emploi de l’un de ces mots pour l'autre, en cet endroit, a d’autant plus d’inconvénient dans nos traductions, que Jésus les a employés tous les deux en expliquant la parabole, (xéouoc, le monde, au verset 38, aiwv, le siècle, aux versets 39 et 40), et que l’on s'expose, en les confondant, à des méprises dans son interprétation. .

Peut-être aura-t-on remarqué que Jésus, dans cet entretien avec ses disciples, a tout à fait passé sous silence quelques détails, qui semblent moins, il est vrai, faire partie de la similitude que lui servir de cadre. Les serviteurs, dans leur zèle pour les intérêts de leur maître, lui avaient demandé s’il voulait qu’ils allassent arracher livraie qui avait poussé dans son champ. Craignant qu'ils n’arrachent en même temps le blé, il le leur défend, et il leur prescrit de les laisser croître tous deux ensemble jusqu’au temps de la moisson, où d’autres qu'eux, les moissonneurs, c’est-à-dire les anges, recevront l’ordre de la ramasser et de l’emporter. (XIIL, 28-30.)

Si cette portion de la parabole ne leur à pas été expliquée, c’est sans doute parce que la leçon qui y est renfermée était destinée à l'instruction des générations futures, et non à la leur, vu qu'ils n’auraient pu la mettre en pratique dans les circonstances

où 1ls étaient placés. Clair-semés comme ils Le furent longtemps encore au milieu des Juifs et des païens hostiles à l'Evangile, ne possédant aucun pouvoir, outragés, persécutés, mis à mort à cause de la parole du royaume, ils n’auraient certes pu avoir l’idée d’ôter violemment du monde, avant que les temps de la patience de Dieu ne fussent écoulés, ceux que Jésus leur avait dit être représentés par livraie. Mais que d’autres l’ont eue après eux, et que Jésus avait bien prévu ce qui est alors arrivé! Le plus souvent, c'est le froment, et non pas l’ivraie, qu’on a arraché pour le me au feu; or le maïître ne voulait pas même qu’on arrachât l’ivraie!

Dès la fin du quatrième siècle, la liberté religieuse trouva des adversaires parmi les docteurs de l’Église. Saint Augustin l’attaqua en forme dans le cours de ses controverses avec les donatistes. Aussi M. Vinet a-t-1l compris ce père parmi les patrons de l'intolérance. Il remarque cependant que l’évêque d’'Hippone, quelque déplorables qu'’aient été ses maximes, n’a pas été aussi loin qu’on a été après lui, puisqu'il demandait qu’on laissât vivre les hérétiques, tandis que d’autres docteurs ont demandé ensuite qu'on les fit mourir (1).

(4) Voici comment saint Augustin s'exprime dans son épitre CXXVIL adressée à Donat, proconsul d'Afrique, et qui est l'épitre C dans l'édition des Bénédictins où les lettres sont rangées selon l’ordre des temps : « Corrigi cos cupimus, non necari; nec « disciplinam circa eos negligi volumus, nec suppliciis quibus di- « gni sunt exerceri. Quæsimus igitur ut, cum Ecclesiæ causas au- « dis, pôtestatem occidendi te habere obliviscaris. » — Voir la

MATTHIEU, XIL, 36-43. 235

Mais si saint Augustin ne veut pas qu’on les punisse de mort, 1l approuve qu’on les jette en prison, pour essayer de les convertir. Dans son épitre au tribun Boniface, traité fort étendu sur la conduite à tenir envers eux, 1l a recours à toutes sortes d’arguments pour établir que l’Église à raison d’employer la force pour faire rentrer dans son sem les enfants qu’elle a perdus. Voulant s’autoriser de la parole même du Seigneur, il en appelle à la parabole du festin, où l’homme qui avait convié beaucoup de gens à son souper, après s'être borné d’abord à leur faire dire que tout élait prêt, prescrit ensuite à ses serviteurs de faire entrer tous ceux qu'ils rencontreront. C’est le Compelle intrare, devenu si célèbre. (Luc, XIV, 16-24.) « Le banquet du Sei- « gneur, dit-il, n’est autre chose que l'unité du corps de Jésus-Christ, et cela n’est pas moins vrai par rapport à cette unité que le lien de la paix entretient, que par rapport au sacrement de «nos autels. Il est vrai qu'avant que ces lois par « où on les force d’entrer dans le festin sacré de « Punité eussent été publiées en Afrique par ordre « des empereurs, je croyais, aussi bien que d’autres « de mes frères, qu'il ne fallait point demander aux « empereurs des lois précises contre cette hérésie, « et qui allassent à l’abolir, en ordonnant des peines « contre tous ses sectateurs. Mais Dieu, dont la mi- « séricorde allait plus loin que mes propres désirs,

note XVIII de M. Vinet, sur les premiers siècles de l'Église. dans son Mémoire en faveur de la liberté des cultes.

et qui savait combien le remède amer, mais salutaire, de la terreur des lois était nécessaire à plu- « sieurs esprits paresseux et opiniâtres, et qu’il y a une dureté qui résiste aux paroles et aux remon- « trances, mais dont un peu de sévérité vient à bout, «ne permit point que nos députés réussissent (1). » Saint Augustin va jusqu’à se persuader qu'il est charitable de préserver les donatistes des supplices éternels par des peines passagères, et « Dieu ayant « procuré à l’Église, dans son besoin, par la foi et « la religion des princes, lautorité nécessaire pour « faire rentrer dans l'unité ceux qui en sont sor- « tis (2), » il prie le proconsul d'Afrique « de leur « faire savoir, par une ordonnance publique, que les « lois faites par les empereurs contre leur schisme « demeurent dans toute leur vigueur, » de peur qu'ils ne s’imaginent qu’elles ne subsistent plus (3).

Cette mauvaise doctrine rencontrait, au reste, à cette époque même, de généreux contradicteurs. Saint Hilarre de Poitiers la combattait dans un mé-

moire adressé à l’empereur Constance (4). Saint Jean

(1) Épître CLXXXV, édition des Bénédictins. — A Boniface, tribun. Traduction de Dubois.

(2) Ibid.

* (3) Épître CG. — A Donat, proconsul d'Afrique.

(4) « Deus cognitionem sui docuit potius quam exegit; el ope- « rationum cœlestium admiratione præceptis suis concilians auc- « toritatem, coactam confitendi se aspernatus est voluntatem. Si « ad fidem veram istiusmodi vis adhiberetur, episcopalis doctrina « Oobviam pergeret, diceretque : Deus universitatis est, obsequio « non eget necessario, non requirit coactam confessionem. Non « fallendus est, sed promerendus...…. At vero quid istud, quod

MATTHIEU, XIII, 36-45. 297 Ghrysostome, aussi, dans ses homélies sur saint Matthieu, adressées aux chrétiens d’Antioche, opposait la mansuétude évangélique à la sanguinaire intolérance de son temps: « Pour guérir Pimpiété, il « n’y à, leur disait-il, point de remède plus sou- « verain que la douceur et la patience; car la dou- « ceur est plus efficace que toute la violence dont « on userait. [Il faut donc traiter avec une grande « douceur les maladies de nos frères, parce que ce- « lui qui ne se retire du vice que par une crainte « purement humaine y retombera bientôt. Ce fut « pour cette raison que Jésus-Christ défendit d’ar- « racher l’ivraie de son champ, voulant par cette pa- « tience donner lieu à la pénitence des hommes(1). » Pais, quand il arrive à la parabole à laquelle il vient de faire allusion en passant, il aborde directement la question de l’hérésie en ces mots : « Pourquoi « Jésus-Christ nous marque-t-il que les serviteurs « font ce rapport à leur maître, simon pour nous ap- «prendre par la réponse du père de famille qu’il « ne faut point tuer les hérétiques ? Ils ne s’appuient « pas sur leur propre sentiment. Ils consultent la « sagesse de leur maître. Voulez-vous? lui disent-ils. « Mais il le leur défend et leur dit : Non, de peur « qu'en cueillant l'ivraie, vous ne déraciniez aussi tout « ensemble le bon grain. Il leur parle de la sorte

« sacerdotes timere Deum vinculis coguntur, pœnis jubentur? » (Hizar. 4d Constantium Augustum liber.)

(1) XLIFe Homélie sur l'Évangile de saint Matthieu. Traduction de P.-A. de Marsilly.

« pour empêcher amsi les guerres, les meurtres et « l’effusion du sang. Car il ne faut point tuer les « hérétiques, puisque ce traitement qu’on leur ferait, « remplirait toute la terre de guerres et de meurtres. « Si vous voulez qu'ils soient châtiés sans qu'ils « nuisent au bon grain, attendez le temps que Dieu «a marqué pour en faire la justice (1). » Autrement, comme il le fait voir, beaucoup d’innocents et de justes seraient enveloppés dans ces désolations, et l’on ne donnerait pas aux hérétiques eux-mêmes le temps de se convertir.

Malheureusement Chrysostome, après ces sages paroles, a le tort d'ajouter : « Jésus--Christ n’em- « pêche pas néanmoins qu’on ne réprime les héré- « tiques, qu’on ne leur interdise toute assemblée, «qu’on ne leur ferme la bouche, et qu’on ne leur « Ôte toute liberté de répandre leurs erreurs; mais «il ne veut pas qu'on les tue et qu’on répande leur « sang (2). » 1 n'empéche pas! Cette remarque n’a aucun fondement dans la parabole, qui distingue seulement entre arracher et laisser croître; mais les docteurs du quatrième siècle, alors même qu'ils insistaient pour qu’on ne fit pas mourir les hérétiques, étaient bien aises qu’on protégeñt l’Église contre eux; et avec ce point de départ, combien la pente n’était-elle pas glissante! Aussi, au lieu de s'arrêter aux limites posées par le patriarche de Constantinople et par l’évêque d'Hippone, ne tarda-

(1) XLVIe Homélie.

(2) Ibid.

PS AT 7h

MATTHIEU, XIII, 36-43. 239 t-on pas à revendiquer ouvertement, dans les divers camps, le droit de se servir du glaive contre ceux qui croyaient autrement qu’on ne croyait soi-même. Il en a été ainsi pendant beaucoup de siècles dans les pays chrétiens. Ce n’était pas qu’on ne connût point la réponse du maître qui l’interdit : on la connaissait si bien qu’on la commentait; mais on s’efforcait de la dénaturer en la commentant, et j'en pourrais citer de curieux exemples (1). C’est le cas de répéter l’a-

(4) Je me bornerai à ceux-ci, empruntés au seizième siècle :

« Sunt, qui hoc loco abutantur, ut probent, aut non puniendos, « aut non occidendos hæreticos. Tamen non absolute paterfami-- « lias prohibet evelli zizania; sed ne forte simul et triticum eradi- « Cetur. Cum ergo periculum non est, ne simul triticum eradice- « tur; sed periculum potius est, ne si non evellantur, triticum « Iædant; quid opus est messem expectare? Mature evellanda « Sunt, mature Comburenda.

« Præterea, cur periculum est, ne simul cum zizaniis triticum « evellatur, aut cur jubet paterfamilias messem expectare, nisi « quia ante messem dignosei et separari a tritico non possunt?- « Cum ergo et dignosci possunt, et separari, utique separanda « sunt, utique comburenda. ë

« .. Principes, aut, quia principes ista lecturi non sunt, eos, __« qui principes monere possunt, admoneo, non licere illis istas, « quas vocant, conscientiæ libertates, nimium nostro tempore « usitatas, hæreticis dare, nisi prius Ecclesia, aut is qui Ecclesiæ « caput est, Romanus Pontifex Christi persona, et tanquam pa- « terfamilias, indicaverit non posse evelli zizania, nisi simul et tri- « ticum evellatur; et e re Ecclesiæ esse, ut usque ad messem per- « mittantur utraque crescere.

« Hujus enim rei non principes, qui patrisfamilias servi sunt, « sed ipsius patrisfamilias, id est Ecclesiæ gubernatoris judicium « esse debet. Nec debent principes patremfamilias rogare, ut si- « nat utraque crescere usque ad messem, sed an velit ut eant « et evellant zizania. Ita eos affectos atque paratos esse opor- « tet,,ut a patrefamilias Coerceri potius opus sit quam inci-

vertissement de Jésus : « Que celui qui a des oreilles « pour entendre, entende! »

XIII, 44. [lékuv émola éotiy N Pasthelx Tüy oùpavov Oncavpti LEXPULUËVU ÉV TD &YO®, dv £bpbv dvÜpuros ÉxpuVe, rat and Tic Xapäc abrod bndyet «at RAvTa Éca ÊœEt TwAE xal dyopater Toy dypov ÉnEiVOY.

45. Idktv ôuola Éctiv ñ Basthela tv odpavüy dyobTw èurépw, Éntobvrt wahodS Mapya- EbTas

46. ‘Os ebpby Eva moAtiov Hapyapirny, dneA0bY réroane rävra Éoa slye, nat Pyépasey aÜTÉV.

XII, 44. De plus, le royaume de Dieu est semblable à un trésor caché dans un champ, qu'un homme ayant trouvé, a caché, et dans la joie qu’il en a, il part, et aliène tout ce qu’il a, et achète ce champ-là.

45. De plus, le royaume des cieux est semblable à un marchand qui cherche de belles perles,

46. Lequel, ayant trouvé une perle de grand prix, s'en est alé, a vendu tout ce qu'il avait, et J’a achetée.

« {ari. » (MaLponaT, Cormmentarii in quatuor evangelistas, col. 315-316.) “

Calvin a soutenu dans son livre De hæreticis jure gladü. coercendis, comme le jésuite Maldonat dans son commentaire, « qu'il est licite aux princes ét juges chrétiens de punir les héré- « tiques. » La parabole de l’ivraie ne lui paraît pas y être contraire. « L'Église de Dieu, dit-il, modère son zèle à une même « règle, de peur qu'il ne s’égare. » Maïs cela ne doit pas, selon lui, empêcher les magistrats de sévir contre ceux qui la trou-. blent : « Je vous prie, est-ce raison, s’écrie-t-il, que les héré- « tiques meurtrissent les âmes en les empoisonnant de leurs « fausses doctrines, et qu’on empêche le glaive ordonné de Dieu « de toucher à leurs corps? » Il ne veut pas que les magistrats, comme gardiens de la religion, aiguisent leurs épées pour mettre incontinent à mort tous ceux qui auront failli; « mais quand il y à « des esprits malins qui machinent de faire révolter le peuple de la « pure doctrine de Dieu, lors il est besoin de venir au dernier re- «-mède, afin que le mal ne s'épanche point plus outre. »

Que de crimes et de douleurs de moins sur la terre, si, au lieu de prendre à rebours le commandement si positif de leur maître, les serviteurs s’y étaient conformés partoul et en tout temps!

47. Il épota Éotiy ñ (Ga ae 2 3 # Sthcia Toy odpavüv cayhvn (1) A \ BAn0eion lg Ty Odhasay Kat Ëx HAVtèS YÉVOUS OUVAYAYOUN * « 48. Hy, te ëxAnou0n, àva- ? \ x ÉLÉdsavres ET Tov aiyiahdy nat xaUioavres ouvéheËaY Ta ad els dyyeia, Ta D campà ÉEw

47. De plus, le royaume des cieux est semblable à un filet qui, jeté à la mer, ramasse tout indifféremment,

48. Et que les pécheurs, quand il est plein, remontent sur le rivage, après quoi, s'étant assis, ils mettent ensemble ce qui est

É6ahoy. bon dans des vaisseaux, et ils

rejettent ce qui est mauvais.

Jésus, dans son explication de la parabole de l'ivraie, avait parlé de l'humanité à ses disciples comme ne pouvant être considérée tout entière comme le peuple de Dieu, parce qu’elle est et qu’elle sera jusqu’à la fin des temps un mélange de justes et de méchants. C’est dans son sein cependant que ce peuple doit être recruté. Comment cela se ferat-1l? Jésus, qui, en expliquant cette parabole, avait déjà conduit l’histoire de l’humanité jusqu’à ses destinées après le jugement, revient sur ses pas pour le dire, et expose en trois autres similitudes les trois principales manières dont le peuple de Dieu se forme et s'accroît ici-bas. Elles reviennent à ceci : les uns trouvent le royaume des cieux sans l’avoir cherché;

(1) La cæyhvn était un filet d’une espèce particulière qui se trainait sur les grèves. UÜlpien examine, à propos de l’édit De Injuris, Si l’on peut en interdire l’usage : « Si quis me prohibeat in « mari piscari vel, everriculum, quod græce oayhyn dicitur, du- « cere, an injuriarum judicio possim eum convenireP » (Dig., lib. XLVII, tit. x, $ 43.) C’est peut-être de oayvn, en latin sagena, qu'est venu notre mot seine, qui sert encore aujourd’hui à désigner cette sorte de filet. Richard Simon l’a employe en traduisant ce passage.

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