Et le centenier répondit
Seigneur, jé suis trop peu de chose pour que tu entres sous mon toit; mais dis seulement un mot, et mon serviteur sera guéri.
9. En effet, moi qui suis un homme sur qui d’autres ont autorité, ayant sous moi des soldats, je dis à celui-ci : Va, et il va; et à un autre : Viens, et il vient; et à mon serviteur : Fais cela, ct il le fait.
10. Jésus, l'ayant entendu, fut étonné et dit à ceux qui le suivaient : En vérité, je vous le dis, même en Israël, je n’ai pas trouvé une si grande foi. Re
1. Or, je vous le dis, plusieurs viendront d'Orient et d’Occident, et se mettront à table avec Abraham et Isaac et Jacoh.dans le royaume des cieux;
12. Mais les enfants du royaume seront expulsés, dans les:ténèbres qui sont dehors (4). Là seront les pleurs et les grince-ments de dents.
13. Puis Jésus dit an centenier : Va, et qu’il te soit fait comme {u as cru. Et son serviteur fut guéri sur l'heure.
La foi du centenier en la puissance que Jésus avait
(4) Les ténèbres qui sont dehors, 1b ordres nd Éébregov, expression particulière à saint Matthieu, chez qui on la rencontre
trois fois : VII, 42;
XXII, 43 et XXY, 30.
rh RE, LAN
MATTHIEU, VIII, 5-13. 15 de guérir son serviteur ne pouvait avoir été produite, comme Je l'ai dit de celle du lépreux, que par la connaissance de ses miracles précédents. Plein de confiance en son pouvoir, duquel ils lui paraissent découler comme d’une source abondante, il lui demande d'en user ainsi qu'il use lui-même de l’autorité qu’il a sur ses subordonnés. Un mot lui suffit pour se faire obéir : 1l en conclut qu’un mot doit suffire aussi à Jésus pour que leftet suive aussitôt son commandement. Cette foi si ferme et si simplement exprimée devait plutôt, semble-t-1l, se rencontrer en Israël, l’histoire de ce peuple étant pleine de prodiges opérés par les envoyés de Dieu, que chez un étranger, que rien, dans le passé, n’avait préparé à ces délivrances extraordinaires. Mais c’est assez, pour le centenier, de ce qu’il a vu pour oser tout espérer. Sa foi s’élève des guérisons dont 1l a été témoin à celui qui en a été l’auteur, et dans son franc langage de soldat, il rend un éclatant hommage à son autorité.
Jésus, après avoir témoigné sa surprise de le trouver si croyant, déclare à ses disciples que cette disposition d’âme ne sera bientôt plus un fait isolé chez les Gentils. Des hommes de toute race en seront animés, et ce leur sera un titre d'admission au royaume des cieux, où les Juifs eux-mêmes, malgré les priviléges qu’ils pensent être attachés à leur or1gine, n'auront accès que s’ils remplissent les conditions exigées. Ils auront beau alléguer qu'ils sont les enfants du royaume (1), cela ne leur servira de rien.
(4) I faut entendre ici les mots enfants du royaume dans le
Un:
t4 MATTHIEU, VIN, 543
Il eût été impossible à Jésus de heurter davantage les idées de son peuple qu’en parlant comme 1l le fait ici. Tandis que les Israélites se refusaient à prendre leur repas avec des Gentils, voici des Gentils qui sont représentés comme venant de lom et se mettant à table avec les patriarches dans le royaume des cieux, alors que les Juifs, au contraire, qui ne seront pas enfants d'Abraham par leur foi, en seront écartés. .
On peut remarquer ici deux moments : celui de l’arrivée des étrangers et celui du repas en commun. Le premier est le moment de la formation du royaume spirituel et universel 1ci-bas; le second est le moment de sa perfection dans le ciel.
À la première époque, ceux qui n’étaient pas le peuple de Dieu, mais qui le deviennent alors, passent des ténèbres à la lumière, pendant que les incrédules d’entre les Juifs, se détournant de la lumière d'en haut qui les visite, tombent dans les.ténèbres et dans l’angoisse dont ces Gentils ont été tirés.
À la dernière époque, le passé se trouvera rapproché du présent, comme déjà l'Orient s’était rencontré avec l’Occident. Les croyants de tous les temps, ainsi que ceux de toute origine, seront unis ensemble. Mais dans cette période encore, l’obseurité et la désolation du dehors feront contraste avec même sens qu'ailleurs les mots enfants de Sion. (Psaume CXLIX, 2.) Dans de telles associations de mots, enfants (vioi) sert à désigner la nationalité. Ainsi dans ce passage : « Vous avez vendu
« les enfants de Juda et les enfants de Jérusalem aux enfants des « Grecs. » (Joël, II, 6.)
MATTHIEU, VIII, 5-13. 15 la clarté respleudissante et la joie de la salle du festin.
Au reste, la première période elle-même était encore bien éloignée, quand Jésus parlait de cette manière à ses disciples. L'heure des Gentils n’était pas venue. Ce n'est pas d’eux, mais des Juifs, que le royaume des cieux s’était approché : temps de préparation nécessaire, durant lequel les événements destinés à servir à la réconciliation du monde entier avec Dieu devaient s’accomplir au milieu d’eux. Jésus n’en répondait pas moins à la confiance qui lui était témoignée quelquefois par d’autres que des Israélites. Il avait soin seulement alors d'éviter tout ce qui aurait pu faire méconnaître l’ordre des dispensations dont la succession et le développement régulier entraient dans le plan divin. Sa prudence à cet égard n'allait pas cependant, nous venons de le voir, jusquà leur laisser ignorer que les membres du royaume qu'il leur annonçait ne se recruteraient pas exclusivement dans les rangs des Juifs et qu’ils n’en feraient pas tous indistinctement partie.
Jésus, s'adressant ensuite au centenier, lui accorda ce qu'il avait demandé. Voulant justifier en- ‘ièrement la confiance qu’il avait en lui, il n’alla-pas dans sa maison, afin de ne pas faire ce que cet homme avait jugé superflu. « Qu'il te soit fait comme « tu as cru, » lui dit-il, et cette simple expression de sa volonté, seule grâce que, dans son humilité, le Centil eût osé solliciter, suffit, ainsi qu’il l'avait es-
16 MATTAIEU, VAI, 513; 14-17.
péré, pour rendre immédiatement la santé à son serviteur (1).
L'enseignement relatif au royaume des cieux qui ressort de celte histoire, devait être pour Matthieu un motif de plus pour l’insérer ici.
VIIL, 14. Kai (2) &X00v 6 VI, 44. Et Jésus étant allé à
acoûs ss Tv otxlav [lérocu la maison de Pierre, vit la mère
(4) Saint Jean Chrysostome, aussi habile que les critiques de nos jours à mettre en saillie les difficultés que présente l'étude des Évangiles, et qui n’en omét à peu près aucune, fait remarquer, à propos de ce récit de saint Matthieu, que saint Luc, en racontant ce même miracle, y mêle quelques circonstances particulières qui y semblent contraires. Selon cet évangéliste, le centenier envoya d’abord auprès de Jésus quelques anciens des Juifs pour l’inviter à vepir chez lui, et puis, changeant d'avis, il envoya à leur suite des amis pour le prier de n’en rien faire, mais de guérir de loin son serviteur par une simple parole, sans se donner la’ peine de venir en sa maison. (Luc, VIE, 4-10.) E n'ajoute pas que, par une nouvelle résolution, le centenier se décida, après l’envoi de ses amis, à aller lui-même trouvér Jésus. Cette dernière circonstance ést, au contraire, la seule que Matthieu ait mentionnée. « Saint Luc, « dit Chrysosiome, ne marque point, me direz-vous, que èe cen- « tenier soit venu ensuite lui-même. Je vous dis de mème : Saint « Matthieu ne marque point qu'il l'ait envoyé d’abord prier par ses « amis. Quoi qu’il en soit, ce n’est point là se combattre, ni être « contraires l’un à lPautre, mais seulement suppléer à ce que Pun « n’a pas dit, et parliculariser quelque circonstance qu'il avait « passée. » D'ailleurs, comme il le dit encore, ce ne sont pas ces belites circonstances qui importent : « Il ne s’agit ici que de sa- « voir si l’un et l’autre de ces deux évangélistes nous témoigne « Que ce ceñtenier avait une foi vive et ane haute idée ue la puis- « sance du Sauveur. » (XXIe Homélie sur saint Matthieu.) Les diverses déterminations de cet homme ne me paraissent avoir élé, dans l’ordre où elles se sont suiviés d’après cette interpréta tion, que des formes toujours plus parfaites de la confiance et du respect qu’il voulait témoigner à Jésus.
(2) Kai ne sert pas ici à marquer la succession des faits, mais
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