IV
de là aux bords de la mer de Galilée ; Marc nous fait connaître son itinéraire.
Comme cet évangéliste n’avait pas jugé nécessaire de le donner pour le voyage de Jésus de Capernaüm aux confins de Tyr, on en peut conclure que le maître et les disciples avaient pris, pour s’y rendre, le chemin direct que suivent encore aujourd’hui les voyageurs qui ont hâte d'arriver. Ce chemin passe par Saffed, que sa position élevée permet d’apercevoir de tous les points de la contrée, par El-Djich, la Giscala de Josèphe (1), à peu dé distance de Cana, qu’on laisse sur la droite, traverse ensuite un plateau de roches où l’on rencontre à chaque pas des traces de l'importance que ces lieux avaient autrefois, et puis une vallée, à l'issue de laquelle on découvre la ville de Tyr. Dix-sept heures suffisent pour y arriver (2). Jésus étant venu chercher dans ce pays une retraite où il pût demeurer quelque temps sans attirer l'attention, ne descendit sans doute pas dans la plaine qui aboutit à Tyr. Il est probable, d’après le récit de Matthieu, que s’avançant par les hauteurs dans la direction de Sidon, il alla demeurer en quelque endroit écarté entre les deux villes, qui sont peu éloignées l’une de l’autre (3).
Au retour, il ne suivit pas cette même route. S’il faut s’en rapporter à une leçon du second Évangile
(4) FL. Jos., Bell. Jud., lib. 11. c. xxr, $ 4, et lib. IV, c. 11, S 4; Vila Jos., x.
(2) M. de Saulcy a suivi celte route dans son second voyage en Palestine. (F’oyage en Terre Sainte, tome II, pages 264-280.)
(3) Διέχει δὲ τῆς Σιδῶνος ἣ Τύρος où πλείους τῶν διαχοσίων ὁταδίων. (Sraaso, lib. XVI, 3.)
MATTHIEU. XV, 29-38. 67 qui diffère du texte reçu (1), mais qui est fortement autorisée (2), il se rendit d’abord de l’endroit où il était à Sidon, et ensuite aux bords de la mer de Ga- Llée par la Décapole. Peut-être passa-t-il par Sidon pour ne pas prendre le même chemin que la Cananéenne, qui s’en retournait au bourg du ressort de Tyr, voisin de la frontière (XV, 22), où elle demeurai, de peur que le peuple de la contrée, instruit par cette femme du miracle qu’il avait fait en sa faveur, ne s’attachôt à ses pas. Peut-être aussi était-il plus facile, dans ce pays montagneux, de rejoindre par cette voie, le chemin par lequel il désirait revenir. ΠῚ est possible également que le temps que Jésus devait demeurer à l'étranger pour étre dispensé d’assister à ce qu’on nommait la petite Pâque du second mois ne fût pas encore entièrement écoulé, et qu’il ait préféré en passer le reste à Sidon, plutôt que d'aller de lieu en lieu dans ce pays.
(1) Καὶ πάλιν ἐξελθὼν ἐχ τῶν δρίων Τύρου χαὶ Σιδῶνος ἦλθε πρὸς τῆν θάλασσαν τῆς Γαλιλαίας ἀνὰ μέσον τῶν ὁρίων Δεχαπόλεως. (Marc, VII, 341. Révision d’Érasme.)
(2) Καὶ πάλιν ἐξελθὼν ἐχ τῶν ορίων Τύρου ἦλθε διὰ Σιδῶνος πρὸς τὴν θάλασδαν τῆς Γαλιλαίας ἀνὰ μέσον τῶν ὁρίων Δεχακόλεως. (Marc, VII, 84. Β, F'aticanus; D, Cantabrigiensis; L, Regius, 62; À, San-Gallensis.) Ceite leçon, confirmée dans ce qu’elle a d’essentiel par le manuscrit du Sinaï, ἃ été suivie par la Vulgate : Et iterum exiens de finibus, venit per Sidonem ad mare Galilæzæ inter medios fines Decapoleos. Elle vient de l’être dans la nouvelle version de saint Marc publiée par des pasteurs et ministres des deux Églises protestantes nationales de France : Jésus, élant reparti du territoire de Tyr, passa par Sidon et alla vers la mer de Galilée, en traversant le pays de Déca-
pole. Le texte reçu et les versions qui s’y conforment font disparaitre la circonstance intéressante du passage de Jésus par Sidon.
La Décapole, par laquelle il rentra en Palestine, est un district qui s’étend, du nord au sud, à l’est de cette contrée, comme la Phénicie à l’ouest. Des dix villes qu’il comprend, ainsi que l’exprime son nom, deux, Damas et Raphanée, étaient situées en dehors des anciennes limites des Hébreux. Les huit autres y étaient comprises. Elles étaient toutes au delà du Jourdain, à l'exception de Scythopolis, la principale d’entre elles (1), qui était en deçà du fleuve, au revers des montagnes de la Galatie, dans la plaine d’Esdraëlon (2). Les Israélites n’ayant pu chasser de ces villes leurs anciens habitants, les Cananéens avaient continué à demeurer avec eux dans les unes (Josué, XVII, 11, 12 ; Juges, I, 27), et les Ammonites étaient restés maîtres des autres. (Jérémie, XLIX, 1, 2.) Elles finirent toutes par tomber au pouvoir des Romains, qui tantôt leur permirent de se gouverner elles-mêmes (3), et tantôt en disposèrent autrement.
Pour se rendre de Sidon à la mer de Galilée par la Décapole, Jésus pouvait, après avoir longé la
(4) Scythopolis, l’ancienne Beth-scéan (Josué, XVII, 41 ; Juges, 1, 27; I. Rois, IV, 42) ou Beth-sçan (I. Samuel, XXXI, 40), aujourd'hui Betsän. — ... εἰς Σχυθόπολιν’ À δέ ἐστι μεγίστη τῆς Δεχακόλεως, χαὶ γείτων τῆς Τιδεριάδος. (FL. Jos., Bell. Jud. lib. II, c. 1x, 9 1.)
(2) Pline l'Ancien, dans son Histoire naturelle, publiée en lan 78 de notre ère, indique les noms et la situation des dix villes principales de la Décapole. Ce sont, selon lui, Scythopolis, Philadelphie, Raphanæ, Gadara, Hippos, Dion, Pella, Gerasa, Canatha et Damas; mais il remarque que d’autres en donnent une liste
différente. (Nat. Hist., lib. V, c. xvr.) (3) FL. Jos., “πὲ. Jud., lib. XIV, c. 1v, & 4.
MATTHIEU, XV, 29-38. 69 chaîne du Liban et celle de l’Anti-Liban, y entrer par le nord et la traverser dans sa longueur jusqu’à cette mer. Il pouvait aussi se diriger de Sidon vers le sud, tourner les montagnes de la Galilée, gagner ainsi Scythopolis, et après avoir passé le Jourdain non loin de cette ville, à l’endroit où est aujourd’hui le pont de Majämiä, arriver à la mer de Galilée par deux autres villes de la Décapole, voisines l’une de l’autre, Gadara (1) et Hippos, cette dernière située sur sa rive orientale. Elles sont ordinairement nommées ensemble par Josèphe. Auguste les avait données à Hérode le Grand (2) ; mais à la mort de ce prince, il les détacha de son royaume, parce que la plupart de leurs habitants étaient des Grecs, et il les réunit à la Syrie (3). Cette seconde route rejoignait
(1)... Γάδαρα μητρόπολιν τῆς Περαίας χαρτερὰν.... (FL. Jos., Bell, Jud., lib. IV, 6. vis, & 3.)
(4) FL. Jos., Ant. Jud., lib. XV, 6. vu, ᾧ 3. — Bell. Jud., lib. I, 6. xx, 8 3.
(3) Γάζα γὰρ xat Γάδαρα nat Ἵππος Ἑλληνίδες εἰσι πόλεις, ἃς ἀποῤῥῆξας αὐτοῦ διοικήσεως Συρίας προσθήχην ποιεῖται. (FL. Jos., Ant. Jud., lib. XVII, c. xt, 8. 4.) — C’est près d'Hippos, aujourd’hui Khurbet es-Sumrah, qu'eut probablement lieu la guérison du démoniaque de la contrée des Gadaréniens (Marc, V, 4) ou des Gergéséniens, rapportée plus haut. (VIII, 28-36.) La mer s'avance en cet endroit jusqu'au pied des collines (Murray's Handbook for Syria and Palestine, page 424), ce qui explique comment le troupeau de pourceaux ἃ pu s’y précipiter. Quant à la présence dans le pays d’un grand nombre de ces animaux, elle n’a rien d'étonnant, puisque Josèphe dit en deux endroits, que Gadara el Hippos étaient des villes grecques, par où il faut entendre qu'elles étaient surtout habitées par des Gentils : τὰς γὰρ Ἕλληvas... Γάδαρα xat Ἵππον. (Bell. Jud., lib. 1], c. vs 8 3.) — Voir ci-dessus, page 59, note 4.
à Scythopolis celle par laquelle on allait autrefois de l'Égypte à Damas. Elle traversait en partie Ja Décapole dans sa largeur, de l’ouest à l’est. En raison de ses facilités plus grandes, c’est elle qu’il était le plus naturel de prendre, quand on ne voulait pas passer par la Galilée; 1] est donc probable que Jésus l’a suivie, de préférence à l’autre, qui traverse la Décapole du nord au sud, quoiqu’on ait quelquefois soutenu le contraire (1).
Dès le commencement du ministère de Jésus en Galilée, on était accouru à lui de la Décapole. Plus tard, le démoniaque qu’il avait guéri en la contrée des Gadaréniens avait publié en tout ce pays-là les grandes choses qu’il lui avait faites. (Mare, V, 19, 20.) Aussi, quand on sut qu’il y était arrivé, la multitude se rassembla-t-elle aussitôt partout sur son passage. Dans l'un des endroits de la route, c’est Marc qui le rapporte, on se hâta de lui amener un sourd qui par-
(4) M. Lange suppose que Jésus, faisant un long circuit par les vallées désertes du Liban et de l’Anti-Liban, ἃ passé au pied de l'Hermon, la plus haute cime de la seconde de ces chaînes, et qu'il est arrivé au bord de la mer de Galilée par le nord de la Décapole et le pays montagneux des sources du Jourdain, où est Césarée de Philippe, qu'il pense, avec Lightfoot, avoir fait partie de ce district. (LANGE, Das Leben Jesu, tome Il, pages 869-871.) Indépendamment de ce que le choix de ce chemin long et difficile a d’invraisemblable, comment admettre que Jésus le prit pour revenir de Sidon, puisque c'est précisément aux environs de Césarée de Philippe qu’il se rendit peu de jours après son retour ? (XVI, 143.) La question qu’il y ft alors à ses disciples sur ce qu’on disait de lui dans cette contrée montre qu'il ne venait pas de la traverser peu auparavant; car s'il y avait été, il aurait 88 déjà comment on y parlait de lui.
MATTHIEU, XV, 29-38. 71 lait difficilement, pour qu’il lui imposât les mains. Jésus le guérit, mais seulement après l'avoir conduit loin de la foule, et il recommanda aux amis de cet homme de n’en rien dire à personne, ne voulant, pas plus qu'aux environs de Sidon, opérer publiquement des miracles dans la Décapole où les Gentils étaient, comme dans la première de ces contrées, plus nombreux que les Juifs, de peur qu’on ne lui attribuât l’intention de donner à son ministère un autre caractère que celui qu'il devait avoir. Mais ces gens ne tinrent nul compte de sa défense ; ils firent, au contraire, bruit de cette guérison (Marc, VII, 31-37), ce qui explique comment 1] se fit que Jésus étant monté du bord de la mer sur une montagne qui en était proche, de grandes troupes, ayant avec elles toutes sortes de malades et d'infirmes, l'y vinrent trouver. Comme il y était dans les conditions régulières de son ministère, 11 ne fit aucune difficulté de leur rendre la santé à tous, Après ces nombreuses guérisous faites en faveur de son peuple, personne certes n’aurait pu songer à dire qu'il prenait le pain des enfants pour le jeter aux petits chiens. Aussi, bien Join de se plaindre, les Juifs glorifièrent-ils le Dieu d’Israél. (XV, 31.)
Leur admiration était telle, qu’ils ne pouvaient se décider à partir. Au bout de trois jours passés avec Jésus, leurs provisions étaient épuisées, Voyant qu'ils n’avaient plus rien à manger, il eut compassion d'eux; et comme ils étaient quatre mille hommes environ, et que ses disciples n’avaient que
sept pains et quelques petits poissons, il résolut de les en nourrir tous miraculeusement, ainsi qu'avec cinq pains et deux poissons il avait nourri précédemment cinq mille hommes. La répétition du miracle de la multiphication des pains ne doit pas plus nous étonner que la répétition des diverses sortes de guérisons. Jésus ne se proposent pas d'offrir sans cesse de nouveaux spectacles par ses miracles, mais tout simplement de venir en aide selon que cela était nécessaire, il consentait, quand les besoins étaient les mêmes, à renouveler les mêmes grâces.
La fois précédente, c'étaient les disciples qui avaient fait l'observation que le peuple n'avait point de vivres; cette fois-ci cette remarque est faite par Jésus. À cela près, les deux récits se ressemblent fort dans leurs détails. On pourrait croire que Jésus, en interrogeant ses disciples, en cette seconde occasion, dans les mêmes termes qu'il l'avait fait en la première, a voulu les faire souvenir du miracle qu’il avait opéré tout récemment, après leur avoir adressé une question toute semblable, et élever ainsi leur esprit à de plus hautes pensées que celles qu'ils entretenaient. (Marc, VI, 52.) S'il en était ainsi, il faut reconnaître que son but n’a pas été atteint : ce n’est évidemment pas par respect pour leur maître qu’ils s’abstiennent de lui demander d’user de nouveau de son pouvoir pour nourrir la multitude ; ce n’est pas non plus par crainte de voir le peuple former encore une fois, dans son enthousiasme, des projets auxquels Jésus avait été obligé de se soustraire; non, c’est
MATTHIEU, XV. 99-38. | Ts uniquement parce que leur esprit étant appesanti (Marc, VI, 52), il leur était plus naturel de ne regarder qu'aux ressources dont ils pouvaient disposer eux-mêmes. Mais ce n’est pas là-dessus que le récit appuie : ce qu’il me parait surtout destiné à faire ressortir, c’est que Jésus ne se laissait pas détourner par ce qu'il faisait occasionnellement pour les Gentils d'user largement de sa puissance miraculeuse dans l'intérêt des Juifs. Rien n’est changé dans sa conduite à leur égard par la compassion qu’il a témoignée à la démoniaque des confins de Tyr et à l’homme sourd des environs de Scythopolis ; rien ne le sera non plus par celle qui le portera bientôt à guérir un aveugle, à son passage par une ville habitée en partie par des Gentils (1). La guérison de
(1) Cette guérison d’un aveugle eut lieu, peu de jours après la seconde multiplication des pains, près de Bethsaïde. (Marc, VII, 22-26.) J'ai dit, dans une note précédente, page 48, que Philippe le tétrarque, ayant transformé en ville ce bourg de la Gaulanite, l'avait nommé Juliade, en l'honneur de Julie, fille d'Auguste. Comme les Juifs éprouvaient de la répugnance à se fixer dans les villes nouvelles construites par Hérode le Grand et par les deux létrarques ses fils, par la raison qu’on y violait en beaucoup de choses leurs coutumes (FL. Jos., Ant. Jud., lib. XV, c. 1x, 8 5), ce furent principalement des Gentils qui s’y établirent. Nous le Savons positivement de Tibériade. Des étrangers de toute sorte y vinrent de toutes parts habiter; des Galiléens y allèrent aussi demeurer de leur plein gré; mais il y en eut aussi qu’on n'y décida qu’en usant envers eux de contrainte, πρὸς βίαν. (Zbid., lib. XVIIE, c. 11, δ 3.) Juliade était trop voisine de Tibériade, pour qu'on puisse supposer qu'il en ait été là autrement. La population de celle ville ayant été composée ainsi essentiellement de Gentils, il me semble naturel d'expliquer par cette circonstance le soin que prit Jésus d'en faire sortir, avant de le guérir, l’aveugle qu'on
ces boiteux, de ces aveugles, de ces muets, de ces impotents, qu'on avait conduits en grand nombre auprès de lui sur la montagne le dit assez haut; et la seconde multiplication des pains, rapportée dans les mêmes termes à peu près que la première, nous fait reconnaître jusque dans l’uniformité des deux récits, que ce peuple continue à être l’objet d’une faveur spéciale.
Rien n’est changé, ai-je dit. Jusqu'à la fin, Jésus, pour montrer la fidélité de Dieu, sera « ministre de « la circoncision. » (Romains, XV, 8.) Mais après lui, tout changera à la fois (Jean, ΧΗ, 32); et dès ce temps-là, ainsi que Matthieu s’est appliqué à le montrer, l’infidélité des Juifs, et celle en particulier de leurs chefs religieux, préparait ce grand changement.
XV, 39. Kat ἀπολύσας τοὺς XV, 39. Et quand il eut renvoyé ὄχλους ἐνέδη εἰς τὸ πλοῖον καὶ la foule, il entra dans la barque, ἦλθεν els τὰ ὅρια Μαγδαλά. et vint aux confins de Magdaia.
XVI, 1, Καὶ προσελθόντες οἱ XVI, 4. Et les pharisiens et les Φαρισαῖοι χαὶ Σαδδουχαῖοι, πει- sadducéens s'étant rendus auprès ράζοντες ἐπηρώτησαν αὐτόν, de lui, lui demandèrent, pour σημεῖον x τοῦ οὐρανοῦ ἐπιδεῖξαι l'éprouver, de leur faire voir un αὐτοῖς. signe du ciel.
lui avait amené pour qu’il lui rendit la vue, et la recommandation qu’il lui fit de n'y pas rentrer et de n’y informer personne de ce qu'il avait fait en sa faveur. Cette recommandation avait le môme motif que son bésitation À guérir la fille de la Cananéenne et que sa défense aux amis de J’homme sourd de la Décapole de parler de sa guérison : dans ces trois cas, Jésus ne voulut pas opérer publiquement les miracles qu'on lui demandait de faire, parce qu'il n'était envoyé qu'aux brebis perdues de la maison d'Israël (XV, 26), et qu'il se trouvait au milieu de populations en grande partie païennes, pour lesquelles l'heure où elles devaient être appelées n'était pas encore venue.
3. Καὶ πρωΐ Σήμερον χειμών, πυῤῥάζει γὰρ στυγνάζων ὁ οὐραvés. Ὑποκριταί, τὸ μὲν πρόσ5ὠποὸν τοῦ οὐρανοῦ Ὑινώσχετε διαχρίνειν, τὰ δὲ σημεῖα τῶν χαιρῶν οὐ δύνασθε.
2. Mais il leur répondit : Le soir venu, vous dites : Il fera beau, car le ciel est rouge.
3. Et le matin : Mauvais temps aujourd'hui (4), car sombre et rouge est le ciel. Hypocrites, vous savez juger de l'apparence du ciel; mais des signes des temps, vous ne le pouvez.
4. Une génération méchante et adultère demande un signe; et il ne lui sera point donné de signe, hormis le signe de Jonas le prophète. Et les quittant, il
s’en alla.
(1) On traduit ordinairement : 77 y aura de l’orage aujourd'hui. J'ai préféré suivre M. Arnaud et le P. Gratry, dont la traduetlon est tout aussi exacte, parce que la rougeur du ciel, le matin, n'est pas un signe d'orage, mais de pluie : « Les apparences du «a crépuscule dépendant de l’état du ciel, il en résulte qu'elles « peuvent faire prévoir jusqu'à un certain point le temps du « lendemain. Quand le ciel est bleu et qu'après le coucher du « soleil la région occidentale se couvre d’une Jégère teinte de « pourpre, On peut assurer que 16 temps sera beau, surtout δὶ a J'horizon semble couvert d’une légère fumée. Après la pluie, «a des nuages isolés colorés en rouge et bien éclairés annoncent a le retour du beau temps. — Les signes tirés de l’aurore sont « un peu différents : quand elle est très-rouge, on doit s'attendre « à de Ja pluie, tandis qu’une aurore grise annonce du beau temps. « La raison de cette différence entre une aurore et un crépuscule « gris vient de ce que le soir cette coloration dépend surtout des « cirrus (ce sont les nuages les plus élevés, composés de fila- « ments déliés), le matin d’un stratus (bande horizontale), qui « cède bientôt aux rayons du soleil couchant, tandis que les cirrus « s'épaississent pendant 14 nuit. » (KAEmTz, Cours complet de météorologie, traduit de l'allemand par Cu. ManTins, page 413.) Notre proverbe, Rouge au soir, blanc au matin, c'est la journée du pélerin, confirme celui des Juifs, et montre que les observations du peuple sont en ceci d'accord avec celles des savants.
Jésus, en raison des nombreux miracles qu'il venait d'opérer, aurait couru risque, après avoir congédié le peuple, d’être entouré bientôt d’une nouvelle foule, s’il ne s’en était pas allé de là. Aussi, pendant que la multitude accourue de la Décapole s’en retournait par terre aux lieux d’où elle était venue, traversa-t-il la mer avec ses disciples. Ils débarquèrent sur la rive occidentale aux confins du territoire de Magdala, à un endroit dépendant de Dalmanutha, bourgade probablement de peu d’importance, puisqu'on ne rencontre son nom nulle part ailleurs (1). Peut-être voulait-il y reprendre avec eux les entretiens déjà plusieurs fois interrompus dans les autres retraites qu’il avait choisies; mais il
(4) ... xat ἦλθεν εἰς τὰ ὅρια Μαγδαλά. (Matthieu, XV, 39.) — ... ἦλθεν εἰς τὰ μέρη Δαλμανουθά. (Marc, VIIL, 40.) Je ne saurais voir aucune contradiction entre ces deux désignations différentes qui me paraissent se concilier très-bien ensemble. M. Renan en ἃ jugé autrement. Il pense que dans le premier passage, au lieu de Magdala, qui est dans le texte reçu, il faut lire Magadan qui se trouve dans les plus anciens manuscrits, et qui lui parait être « une altération de Dalmanoutha écrit en lettres onciales, « antérieure à la constitution définitive du texte actuel de Mat- « thieu. » (Bulletin de l’Académie des Inscriptions et Belles- Eeltres, juillet-août 4866. Tome IT, pages 265-267. Communication de M. Renan.) « Magadan étant tout à fait inconnu, » ainsi qu'il le remarque, et Dalmanoutha l'étant également, on ne voit pas trop sur quoi ‘se fonde sa prétention d'annuler l’une par l'autre, tandis que rien n'oblige à en supprimer une. Au reste, si Magadan est inconnu, Magdala ne l'est pas. Lightfoot (Chorographical Century, chapitre XVI) rapporte plusieurs passages des rabbins qui la placent dans le très-proche voisinage de Tibériade. On la reconnaît généralement dans le hameau nommé aujourd'hui el- Medjdel. (SauLcy, Voyage aulour de la mer Morte, tome II, pages 486-488.)
MATTHIEU, XV, 39—XVI, 4. 71 était trop près de Tibériade, dont Magdala n’est éloignée que d’une lieue environ, pour que sa présence dans le voisinage püût tarder longtemps à y être connue, Cette ville, construite depuis peu par Hérode le tétrarque, était devenue promptement la principale ville de la Galilée. Elle devait être le siége des instilutions civiles et des établissements religieux de ses États. C’est donc là que résidaient probablement les pherisiens et les sadducéens, qui se rendirent auprès de Jésus, quand ils surent qu’il était dans le pays.
En arrivant, ils se mirent à discuter avec lui. (Marc, VIII, 11.) Quelques semaines auparavant, il avait, à Capernaüm, au moment de partir pour la Phénicie, reproché aux pharisiens venus de Jérusalem d’être des hypocrites et d'annuler la loi de Dieu par des traditions qui y étaient contraires. (XV, 1-21). Cette accusation atteignait en réalité toute la secte des pharisiens, puisque celle-ci était animée tout entière du même esprit, et que son enseignement était partout le même. Quelle n’avait donc pas ἀὰ être leur irritation, lorsqu'ils apprirent qu’il parlait de leurs docteurs comme d’aveugles conduisant d’autres aveugles, et qu’il prescrivait à ceux qui le suivaient de se détourner d'eux! Si on l’écoutait, c'en était fait de leur empire sur le peuple. Ne nous étonnons pas après cela de l’empressement des pharisiens de Tibériade à venir lui demander compte des jugements qu’il avait portés sur leurs confrères de la ville sainte : ils se sentaient atteints par ses paroles, comme s’il les leur avait adressées à eux-mêmes.
Malgré l’inimitié qu’il y avait entre eux et les sadducéens, ils s’en rapprochèrent en cette occasion, parce que Jésus les combattant les uns ét les autres, ils avaient un égal intérêt à le perdre. Les sadducéens étaient surtout nombreux dans les classes élevées; leur concours n'était donc pas à dédaigner. Hérode, qui avait fait mourir Jean le Baptiste, ne pouvait être que fort mal disposé pour le prophète auquel Jean avait rendu témoignage ; aussi, quoique Hérode, pour faire sa paix avec le peuple, se donnât l’air d'accueillir l'opinion de ceux qui attribuaient à Jean réveillé des morts les forces qui agissaient en Jésus (XIV, 1, 2), les sadducéens de la cour de oe prince devaient-ils trouver dans le désir de lui complaire un motif de plus de seconder les pharisiens.
Les deux sectes professant des doctrines qui se contredisaient, il aurait été impossible à leurs membres de s’entendre pour se soutenir dans la discussion. 118 trouvèrent plus facile de se mettre d’accord pour demander à Jésus de leur faire voir un signe du ciel. Au commencement de son ministère, avant qu’il n’eût fait des miracles à Jérusalem, quand il chassa du temple les vendeurs et les changeurs, les Juifs avaient réclamé de lui un signe qui leur prouvât qu’il était autorisé à agir ainsi. (Jean, 1], 1418.) Maintenant qu'il s'attaque, non plus seulement à ceux qui, trafiquant dans le temple, en faisaient un marché, mais à eux, hommes importants, qui, à des titres et par des moyens divers, avaient su gagner la confiance du peuple, ce qui leur devait
MATTHIEU, XV, 5ÿ—XVI, 4. 79 paraître bien autrement grave, 1ls le requièrent de montrer qu’il en a le droit. Et comme Jésus avait refusé, quelque temps auparavant, de leur accorder un signe (XII, 39), parce qu'ils ne pouvaient être dé bonne foi en en demandant un de plus pour se soumettre à sa parole, après en avoir déjà obtenu tant d'autres inutilement, ils changent quelque chose à leur demande, afin de la mettre à l’abri de l’objection que je viens de mentionner. Ce qu'ils désirent actuellement de Jésus, ce ne sont pas simplement des signes sur la terre, comme les guérisons dont ils étaient tous les jours témoins, preuve insuffisante, selon eux, d’une mission divine, puisqu'ils les attribuaient à Béelzébul; c'est un prodige dans le ciel, semblable à ceux dont les prophètes ont parlé (Joël, Il, 29-31), lequel, ne pouvant être expliqué de la même manière que ceux qui ne les avaient pas convaincus (1), serait, à les en croire, un signe irrécusable par lequel ils se laisseraient persuader. [15 ne songeaient nullement cependant, en produisent cette nouvelle exigence, à se procurer le moyen de sortir d'incertitude au sujet de Jésus : ce qu'ils voulaient, c'était d'essayer 8’ils ne pourraient pas, en le mettant ainsi à l'épreuve, l’amener à dire quelque parole qui leur permit de l’accuser. (XII, 40.) Mais ils furent déçus dans leur espérance.
(1) C’est ainsi qu'Origène explique leur demande : ... ἐδόκει δ᾽ αὐτοῖς μὴ δύνασθαι ἐξ οὐρανοῦ σημεῖον ἀπὸ Βεελζεδοὺλ, ñ τοὺς ἄλλης κονηρᾶς τίγνεσθαι δυνάμεως. (Commentaria in Evangelium vecundum Matthæum. Tome ΧΙ, $ 3.)
En effet, Jésus, qui n’ignorait pas les mauvais desseins de sesennemis à son égard (Jean, V, 16; VII, 19), se borna à leur répondre qu’ils savaient, il est vrai, fort bien juger, d’après certaines apparences du ciel, du temps qu’on aurait probablement le jour même ou le lendemain, mais qu'ils étaient tout à fait incapables de reconnaître d’après des signes quelconques, qu’ils fussent du ciel ou de la terre, quels étaient les temps, par où il entendait sans doute l’année de la bienveillance de l’Éternel qui était commencée, et le jour de la vengeance de Dieu qui la devait suivre (1).
(4) « Ex habitu facieque cœæli nostis divinare an tempus idoneum « futurum sit ilineri, navigationi, sementi, aut messi, aut aliis rebus ad usum corporis pertinentibus : in noscendo autem tempore quod adfert salutem animarum, tam estis stupidi et oscitantes. Clamat astrologus : Nunc tempus est plantandi, vel medicinas sumendi, etc., el sequimur. Verum longe alia præscribit Spiritus sanctus in Scriptura : Ecce, inquit, nunc tempus acceptabile : exhibeamus igitur nos sicut Dei ministros. Item : Dum lucem habetis, credite in lucem, ut filii lucis sitis. Item : Dum tempus est, operemur bonum. Item : Hora est jam nos sed somno surgere. Cur non et bic sequimur ὃ Sed impletur in nobis et illud propheticum : Stultus populus meus me non cognoit : sapientes sunt ut faciant mala, bene autem facere nescierunt. Item : Milvus in cœlo cognovit tempus suum, populns autem meus non cognovit me, elc. Atque, ut semel omnia dicam, in nobis etiam nunc videmus impleri quod loannes dicit : In mundo « erat et mundus eum non cognovit. Ne bæc igitur in nobis implean- « tur, consideremus signa, quæ nobis in nostro cœælo ostenduntur. « Habemus enim in Christo signa et serenilatis et tempestalis, « hoc est, misericordiæ et judicii. Serenitatis dies nunc est, quan- « diu prædicatur Evangelium; veniet autem et dies tempestatis, id « est, judicii, cujus etiam nunc non pauca signa videmus, si diligen- « ter attendamus. Hæc igitur agnoscamus, abundantius enim nos « oportet observare ea quæ audivimus, ne pereffluamus. » (J. Fsaus, In Evangelium secundum Matthæum Enarrationes.Fol. 344, b.)
MATTHIEU, XV, 39—XVI, ἃ: 5-12. 81 (Ésaie, LXI, 2; Luc IV, 19; Matthieu, ΧΙ, 22.) L’obstacle qui les empêchait d’en tirer instruction était en eux-mêmes et dans leur état moral, et non dans la nature des signes. Il n’aurait servi de rien de les multiplier ou de les diversifier pour des gens dont la demande à cet égard n’était qu’un pur artüfice. Aussi, cette fois encore, Jésus s’y refusa-t-il absolument. Profondément attristé de leurs feintes (Marc, VII, 42), il les nomma des hypocrites, comme précédemment les pharisiens de Jérusalem (ΧΥ͂, ἢ), et il déclara de nouveau qu'il n’y aurait plus désormais pour cette génération méchante et adultère d’autre signe que le signe du prophète Jonas. D'après l'explication qu'il avait donnée de cette parole, sa résurrection devait être un dernier signe de nature à amener la conversion de ceux-là même qui lauront fait mourir, s'ils voulaient se repentir.
Jésus n’aurait pu ajouter rien de plus, après avoir parlé ainsi à ces hommes. S'il était demeuré dans la contrée, il y aurait été exposé à tout ce que la haine de ces deux sectes, auxquelles l’appui d’Hérode n’aurat peut-être pas manqué (Luc, XIII, 31), pouvait leur faire entreprendre contre lui. Il se décida donc à les quitter brusquement, sans leur laisser le loisir de se concerter, et rentrant dans la barque, il passa à l’autre bord.
XVI, 5. Καὶ ἐλθόντες of ua- XVI, 8. Et ses disciples, en θηταὶ αὐτοῦ els τὲ πέραν ἐπελά- allant à la rive opposée, avaient θογτο ἄρτους λαδεῖν. oublié de prendre des pains.