XVII
45. En disant : Setgneur, aie pitié de mon fils ; car il est lunatique et À souffre beaucoup; souvent il tombe dans le feu, et souvent dans l’eau.
16. Et je l'ai présenté à tes disciples, et ils n'ont pu le guérir.
47. Sur quoi Jésus, prenant la parole, dit : O génération incrédule et perverse! jusqu'à quand serai-je avec vous P jusqu’à quand vous supporterai-jeP Amenezle-mof ici.
48. Et Jésus commanda an démon (4), et il sortit de l'enfant, qui fut guéri dès cette heure-là.
19. Alors les disciples, étant venus trouver Jésus en particulier, lui dirent : Pourquoi n'avons-nous pu, nous, le chasser P
20. Jésus leur répondit: À cause de votre manque de foi; car, en vérité, je vous le dis, si vous aviez de la foi comme un grain de sénevé, vous diriez à cette montagne : Transporte-toi d'ici
(4) Pour commander à ce démon, Jésus n’a pas besoin de le
considérer comme un être réel. ἢ commande au démon et il sort, comme il commande à la fièvre dont souffrait la belle-mère de Pierre, et la fièvre la quitte (Luc, IV, 39), comme il commande au vent, et il cesse, comme il donne ses ordres à [2 mer, et il se fait Un grand calme. (Marc, IV, 39.) Ces personnifications ne sont toutes que des métaphores, qui s'expliquent les unes par les autres et par les habitudes de langage du peuple. Aussi dans la première, quelles qu'aient pu être les idées des Juifs sur les démons, te démon n'est-il « qu'une expression figurée pour dési- « gner simplement la maladie, » ainsi que Beausobre et Lenfant l’indiquent dans une note sur ce verset.
ται, καὶ οὐδὲν ἀδυνατήσει ὑμῖν. là, et elle s’y. transporterait, et rien ne vous serait impossible.
21. Τοῦτο δὲ τὸ γένος (1) οὐχ 34. Mais cette engeance ne sort ἐχπορεύεται, el μὴ ἐν προσευχῇ que s’il y a prière et jeûne. χαὶ νηστεία.
Au moment où Jésus arriva, avec Pierre, Jacques et Jean, au bas de là montagne, il y trouva beaucoup de monde rassemblé, qui, en le voyant venir, se porta à sa rencontre. (Luc, IX, 37.) Des scribes, mélés à la foule, étaient en contestation avec les disciples qui attendaient son retour en cet endroit, et
({) On traduit ordinairement cefte sorte de démons (Ostervald) ou ce genre de démon (version d'une réunion de pasteurs et ministres des deux Eglises protestantes nationales), ce qui a l'inconvénient de paralire restreindre à l'expulsion de cette sorte de démons-là la nécessité de la prière et du jeùne, comme s’il n’en élait pas besoin pour chasser les autres. Τοῦτο τὸ γένος n’est pas une exception à ce que Jésus a dit, au verset 20, de la toutepuissance et de la suffisance de la foi. Le verset 21, où ces mots se trouvent, en est bien plutôt la confirmation, avec cette explication que la prière et le jeûne, qui y sont mentionnés, sont des moyens d'entretenir cette foi sans lesquels elle cesserait d’être une force. Jésus n'a pas voulu les représenter comme des appendices à la foi, nécessaires seulement pour la guérison d'une certaine classe de démoniaques, ainsi que cela résulterait de cette manière erronée de traduire. Il a voulu insisier, au contraire, à propos de ce cas particulier, sur leur indispensable nécessité (ἐν οὐδενὶ δύναται (Mare, IX, 29), dans tous les cas où ils voudront chasser des démons. C’est ce qui me fait penser qu'il faut donner la préférence à une autre signification tout aussi fréquente du mot γένος, et traduire : « Ceîle race, » ou, ce qui revient au même, « celle engeance, » par où j'entends, non une certaine espèce de démons, mais les démons en général, « ne sort que s’il « ya prière et jeûne. » C'est parce que cette condition u'était pas remplie, que les disciples n’avaient pas pu guérir l'enfant luoatique. (XVII, 46.) — À comparer avec l'Évangile selon saint Marc, où le verset qui correspond à celui-ci (IX, 29) répond seul à la question qu'ils ont faite à Jésus. Voir aussi, page 434, [ἃ note 1.
MATTHIEU, XVII, 14-21. 133 quand 1] leur demanda quel était le sujet de leur dispute, ce fut le père du lunatique qui, répondant à Jeur place, lui raconta que les disciples qu’il avait laissés là n'avaient pu guérir son fils. (Marc, IX, 14-18.) On peut conclure du récit de Marc que c’était de cela même que les scribes disputaient avec eux. Après avoir prétendu, pour discréditer Jésus auprès du peuple, que c'était de Béelzébul, le faux dieu de Hékron, qu’il avait reçu la puissance de guérir les démoniaques (IX, 32-34 ; XII, 22-24), les voilà qui, prenant prétexte de l’insuccès de la tentative que les disciples venaient de faire, nient, dans le même but, qu’il y ait rien de réel dans le pouvoir de chasser les esprits impurs (X, 1) qu’il avait donné à ses apôtres. Cette scène lui est une marque nouvelle du misérable état de la nation et de ses conducteurs : aussi, avant de confondre les scribes par la guérison du lunatique, se sent-il pressé de reprendre en termes énergiques, empruntés au cantique prophétique de Moïse (1), cette « génération incré- « dule et perverse » qu’il avait déjà censurée tant de fois. (ΧΙ, 16; XII, 39-45 ; XVI, 4.) ἢ lui reproche d’avoir jusque-là si mal profité de son ministère, qui doit-bientôt finir. Qu'ils se hâtent de se convertir pendant qu’il est encore avec eux et qu’il les supporte avec tant de patience, de peur qu’il ne leur soit Ôôté avant qu’ils n’aient été gagnés par ses appels !
(4) Γενεὰ σχολιὰ χαὶ διεστραμμένη. — .., ὅτι γενεὰ ἐξεσταμ» μένη ἐστίν’ υἱοὶ οἷς οὐκ ἔστι πίστις ἐν αὐτοῖς. (Deuteronomion, XXXN, δ, 20. ΣΧΧῸ
Jésus s’étant retiré à part, après avoir guéri l’enfant (Marc, IX, 28), ses disciples, inquiets de savoir pourquoi ils n’ont pu réussir dans cette guérison, viennent s’en informer auprès de lui. Jésus leur répond qu’il ne faut en chercher la cause qu'en euxmêmes. Les crises violentes par lesquelles le mal se manifestait les avaient-ils tellement effrayés qu'ils en aient oublié de réclamer l'assistance d’en haut nécessaire pour le combattre? Ou bien, ce que leur maître leur avait dit de la mort que ses ennemis lui feraient subir, avait-il affaibh leur confiance dans le pouvoir dont il les avait revêtus ? Ou bien encore, s’étaientils relächés à quelque égard, au lieu de redoubler de wigilance pendant son absence ? Nous l’ignorons; mais toujours est-il que le don qui leur a été fait ne leur ayant pas été retiré, s'ils ont échoué, c'est preuve qu'ils ont été en faute; et c’est parce qu'ils ont été en faute qu’ils ont manqué de foi, ce qui est unique raison de leur incapacité, ainsi que Jésus Le leur déclare ici. La foi n’est pas une croyance seulement; elle est un étai d'âme, qui a ses degrés comme la charité et qui, comme elle, se révèle par ses effets. Dans cet état, pourvu qu'ils demeurent dans les limites des promesses et du mandat qu'ils ont reçus de Dieu, ils pourront accomplir les. plus grandes choses. Avec la foi, mais à la condition que ce soit vraiment de la foi, rien ne leur sera impossible; avee elle, tant elle a de vertu, ne füt-elle même que comme un grain de sénevé, 118 transporteront, s'ils en font usage, cette montagne qui est là devant eux.
MATTHIEU, XVII, 14-21; 22-23. 1835 Mais qu’ils prennent garde de ne pas sortir de l’état d’âme que la foi caractérise ; car sans Ja foi ils ne pourront rien faire de ce qui se fait par la foi, et la foise perd, quand on ne l’entretient pas par la prière et par le jeûne. Le jeûne, qui consiste, non à se morüfier pendant un jour (Ésaïe, LVIIE, 5), mais à ne vivre plus selon ses convoitises (I. Pierre IV, 2, ὃ), et la prière, qui est le recours confiant à Dieu, source de toute force et de tout secours, sont des conditions essentielles de la foi; et comme sans elles il n’y a point de foi, sans elles aussi on ne peut pas plus guérir les démoniaques qu’on ne pourrait transporter les montagnes, ni faire aucune des choses surpassant les forces humaines, qui, promises à leur foi, étaient exclusivement de son domaine.
XVII, 22. ᾿Αναστρεφομένων XVII, 22. Or, quand ils fuδ αὐτῶν ἐν τῇ Γαλιλαίᾳ, εἶπεν rent de retour en GaliMe, Jésus αὐτοῖς ὃ Ἰησοῦς - Μέλλει ὃ oui leur dit : Le Fils de l'homme τοῦ ἀνθρώπου καραδίδοσθαι εἰς sera livré entre les mains des χεῖρας ἀνθρώπων, hommes,
. Καὶ ἀποχτενοῦσιν αὐτόν, 48. Et ἢδ le feront mourir, et χαὶ A τρίτῃ ἡμέρα ἐγερθήσεται. il ressuscitera le troisième jour.
Καὶ ἐλυπήθησαν σφόδρα. Et ils en furent très-afiligés.
À peine de retour en Galilée avec ses douze apôtres, Jésus y reprend l’enseignement sur ses souffrances, sa mort et sa résurrection, qu'il avait commencé à leur donner dans la tétrarchie de Philippe. Mais comme ils ne comprenaient pes, ainsi que nous l'avons vu, ce que ressusciter ou se réveiller le troisième jour voulait dire et qu'ils craignaient de l’interroger à cet égard (Marc, IX, 32), toutes leurs pen-
sées, au lieu de s'arrêter sur cette assurance consolante, se reportaient sur sa passion; et cela d'autant plus, qu’à ce qu’il leur en avait dit précédemment il venait d'ajouter ce nouveau trait, « qu'il sera livré « entre les mains des hommes ; » mots redoutables, qui ne pouvaient manquer de leur rappeler ce qu'il leur avait annoncé devoir leur arriver à eux-mêmes (X, 17, 18, 21), et sur lesquels il ne cessera d’appuyer toujours plus (XX, 19: XXVI, 2, 45, 46), jusqu'à ce que les événements leur en apprennent la portée en leur en faisant voi | ’accomplissement. (XXVI, 47; XXVII, 2, 26.)
Peut-être nous semble-t-il qu'après tout ce qu'il leur avait dit du Fils de l’homme, qu’ils savent maintenant être le Fils de Dieu, qu'après aussi ce que Pierre, Jacques et Jean ont vu et entendu sur ls montagne, et la marque de sa puissance qu'il leur a donnée à tous depuis qu’il en est descendu, les disciples auraient dû se sentir fortifiés en leur cœur et être persuadés que celui qui doit venir dans la gloire de son Père (XVI, 27), ne peut être vaincu par la mort. Mais 118 étaient aussi lents que nous le sommes nous-mêmes à se laisser instruire ; et si aucun d’eux, en entendant cette nouvelle déclaration de leur maitre sur ce qui devait lui arriver n’osa s’écrier, comme Pierre l'avait fait quelques jours auparavant: « Mi- « séricorde, Seigneur! cela ne t’arrivera point, » tous n’en furent pas moins profondément attristés. Pour leur faire reprendre confiance et relever leur courage, il fallait les faire souvenir de ce qu'était
MATTHIEU, XVII, 22-23; 24-27. 137 Jésus. Peut-être en se mettant à leur parler, comme il va le faire, des enfants des rois de la terre, vouhait-il surtout leur remettre, dans ce but, en mémoire qu'il est le Fils du Dieu vivant, du Roi éternel. (Jérémie, X, 10.) Mais à cette intention me paraît s'en être ajoutée une autre, celle de leur suggérer des pensées comme celles que je vais essayer de dégager du récit suivant, et qui auraient dû être les leurs si dès lors 118 avaient pu se
sentir le droit d’être « appelés enfants de Dieu. »
([. Jean, IE, 1.)
XVII, 24. Ἐλθόντων δὲ αὖτῶν εἰς Καπερναούμ., προσῆλθον οἱ τὰ δίδραχμα λαμβάνοντες τῷ Πέτρῳ χαὶ εἶπον" Ὁ διδάσχαλος ὑμῶν οὐ τελεῖ τὰ δίδραχμα ;
20. Λέγει" Ναί. Καὶ ὅτε εἰσῆλθεν εἰς τὴν oixlav, προέφθασεν αὐτὸν ὃ Ἰησοῦς λέγων Τί σοι δοχεῖ, Σίμων , οἱ βασιλεῖς τῆς Vis ἀπὸ τίνων λαμδάνουσι τέλη À χῆνσον; ἀπὸ τῶν υἱῶν αὑτῶν, À ἀπὸ τῶν ἀλλοτρίων :
XVII, 24. Lorsqu'ils furent arrivés à Capernaüm, ceux qui recevaient les didrachmes s'’approchèrent de Pierre et lui dirent :
Votre maître ne paye-t-il pas les didrachmes ?
26. Il dit : Oui. Et quand il fut entré dans la maison, Jésus le prévint en disant : Que t'en semble, Simon? Les rois de la terre, de qui reçoivent-ils des tributs ou le cens? de leurs enfants, ou des étrangers?
26. Pierre lui dit : Des étrangers. Jésus lui dit : Ainsi donc les enfants sont exempts.
27. Mais de peur que nous ne leur soyons en piége, va à la mer, jette l’hamecçon, et enlève le premier poisson qui montera; et quand tu Jui auras ouvert la bouche, tu trouveras un statère :
prends-le et le leur donne pour moi et pour toi.
138 MATTHIRU, XVII, 24-27.
Jésus, arrivé en Galilée, avait continué à déclarer à ses disciples qu’il serait livré entre les mains des hommes et qu’ils le feraient mourir. (XVI, 22, 93.) Jusque-là ira donc son acquiescement filial à la volonté de son Père. Mais voilà qu'à san retour à Capernaüm, où il n’avait pas été depuis son enseignement dans la synagogue, quelque temps avant la dernière fête de Pâque (Jean, VI, 4, 24), les receveurs des didrachmes s'informent auprès de Pierre si son maître ne les payera point. Quelle distance entre ces deux choses : donner sa vie et payer les didrachmes! C’est elle qu’il faut considérer si l’on veut comprendre l'intention des paroles de Jésus que nous venons de lire ; mais avant de les examiner, ἢ est nécessaire de bien nous rendre compte de ce qui y a donné lieu.
Depuis le temps de Moïse, tous les Israélites âgés de vingt ans et au-dessus étaient astreints à payer une taxe annuelle, dont le produit servit d'abord à l’érecüon du tabernacle (Exode, XXXVIII, 24-26), ensuite aux frais du culte, plus tard encore à la restauration du temple (11. Chroniques, XXIV, 8-10), et qui continua à être levée jusqu’après le règne de Vespasien. Elle était d’un demi-sicle ou dix oboles, ce qui équivalait à deux drachmes (Luc, XV, 8, 9), d’où lui est venu le nom qu’elle portait au temps de Jésus. C'était un véritable impôt, obligatoire pour tous, et qu’il ne faut pas confondre avec les offrandes volontaires, faites dès l'origine pour le même usage avec un grand empressement par les Israélites
MATTENEU, XWM. 01. 139 pieux que « leur cœur y portait. » (Exode, XXXV, 20-29.) La perception des didrachmes se faisait dans toutes les villes de la Palestine à partir du quinaième joue d’Adar, et si quelqu'un avait été empêché par une cause légitime de Les payer, il devait, l’année suivante, acquitter Ja taxe des deux années à la fois (1).
Jésus étant venu, en quittant Nazareth, demauren à Capernaüm (IV, 13), c'était sa ville (IX, 1), αἱ c’est là, par conséquent, qu'il était assujetti à cet impôt; mais quaod 1] y était venu quelques mois auparavant, le recouvrement annuel était achevé. Les roceveurs le voyant de retour et craignant, en raison de ses fréquents voyages, qu'il ne füt encore absent à l’époque de la prochaine perception, imaginèrent de profiter de ce qu’il était à pour réclamer de lui, par l'intermédiaire de Pierre, ainsi que nous l'avons vu, le payement de la taxe hors du temps ordinaire. Pierre, sachant peut-être ce que son maître avait fait précédemment, prit aur lui de répondre qu'il payait les didrachmes; mais à peine furent-ils à la maison
(t) « It was not unusual to defer the payment of the half shekels « of this year [0 the year following, by reason of some urgent « necessity. Hence it was, when they sat to collect and receive « this tribute, the collectors had before them two chests placed, a in one of whieh they put the tax of the present year, in the « other of the year past. See Shekal, cap. 2. Maimon., ἰδία. — « [is certain there were in every city money-changers to collect « it, and, being collected, to carry it to: Jerusalem. Hence Ïs that « in the tract cited, {he fifteenth day of tha month Adar the « collectors sit in the cilies, to collect the half shekel, and the
α five and tiwentieth they sit in the Temple. » (LicnrrooT, Horæ hebraicæ et talmudicæ. Vol. II, page 164.)
que Jésus, sans attendre que Pierre lui eût raconté la demande qu’on lui avait faite, le prévint par une question dont le but était d’assimiler les didrachmes aux tributs et au cens que les roïs de la terre lèvent sur les étrangers, et non sur leurs enfants, afin de pouvoir ajouter, après que Pierre aurait reconnu qu'il en est ainsi, que lesenfants en sont donc exempts. C'était faire entendre qu'il en devait être de même pour le fils de ce roi des cieux, pour le service duquel la levée du demi-sicle avait été instituée, et en rappelant à son apôtre qu'il lui avait reconnu cette qualité (XVI, 16), l'empêcher de se laisser aller au découragement à la suite de la nouvelle prédiction qu'il venait de faire de sa mort. (XVII, 23.) Lorsque les disciples réfléchirent plus tard à cet entretien, ils comprirent sans doute que si les rois n’exigent pas de leurs enfants le cens ou les tributs, c’est que ce serait trop peu demander à des fils dont le dévouement libre doit être sans limites, et ils purent en tirer la leçon, que ceux qui se dévouent ainsi à Dieu sont seuls les enfants du Très-Haut (Luc, VI, 35) et qu’il tient les autres, même en Israël, pour des étrangers. Mais au moment même, ce qui probablement les a frappés ce n’est pas cela, c’est plutôt qu'il ya sur la terre des exemptions et des priviléges pour les fils de rois. De là à se dire qu’il y a des faveurs el des honneurs pour les grands qui sont à leurs côtés, et à en conclure qu’il en sera de même dans le royaume que Jésus nommait le royaume des cieux et dont ils se faisaient de si fausses idées, 1] n’y avait pas
MATTHIEU, XVII, 24-27. 141 loin. Nous verrons tout à l’heure, par la question qu'ils lui adressèrent un instant après (XVII, 1), que c'est bien ainsi qu’ils laissaient courir leurs pensées, alors qu’ils auraient dû reconnaître que si les fils sont affranchis des obligations qui ne sont que des marques de servitude, c'est uniquement parce que la loi écrite dans leur cœur les oblige à infiniment plus.
Jésus, d’après cela, était dispensé de payer les didrachmes, et Pierre l'était également s’il pouvait déjà se considérer comme l’un de ceux que Dieu avoue pour ses fils. (11, Corinthiens, VI, 18.) Mais nimporte, ils les payeront, pour ne pas risquer, en ne les payant pas, de détourner de le faire, par leur exemple, quelqu'un de ceux pour qui c’est un devoir. Le Seigneur commande done à Pierre d’acquiter la taxe ; et en même temps, par les termes dont 1] se sert pour lui donner cet ordre, 1] réduit l’acte luimême à sa juste valeur : « Va à la mer, lui dit-il, « jette l’hameçon, et enlève le premier poisson qui « montera; et quand tu lui auras ouvert la bouche, « tu trouveras un statère (1) : prends-le et le leur « donne pour moi et pour toi. » Voilà, certes, une ofraude à l'Éternel de laquelle on peut dire qu’elle
(4) La valeur du demi-sicle, égal à deux drachmes, ἃ été estimée ἃ 4 fr. 50, et celle du statère, égal à quatre drachmes, à 3 fr. environ. On trouve le dessin des sicles et des demi-sicles frappés au temps des Maccabées dans les Recherches sur la numismalique judaïque, par F. pe SauLcr. Paris, 1854. Voir aussi, pour toutes les questions relatives aux monnaies qui avaient cours chez les Juifs, le savant ouvrage de E.-W. Mappen : History of jewish
Coinage and money in the Old and New Testament. London,
142 MATTHTEU, XVII, 24-27.
ne leur coûtera rien. (HE. Samuel, XXIV, 24.) Le premier poisson qui mordra à l’hameçon apporter: à Pierre ce qui doit servir à les libérer tous les deux, et il lui suffira de lui ouvrit la bouche pour trouver le statère. 11 est indifférent pour nous qu’il ait été mis en possession de cette pièce de monnaie par une intervention providentielle particulière comme celle qui lui avait procuré autrefois, contre toute espérance, une pêche vraiment miraculeuse (Luc, Ὗ, 4-7), ou qu'il l'ait due seulement à cette assistance non moins efficace que Dieu accorde, dans la diversité de leurs professions, au travail des hommes: de quelque manière qu'il l’ait obtenue, ce gain rapide et facile se concilie aussi mal que la nature obligstoire de la taxe avec l’idée qu’on doit se faire d’une offrande agréable à Dieu. Une telle oblation n'a rien de commun aver les sacrifices qui lui seront faits bientôt par ceux qui quitteront tout pour son service (XIX, 29); et ces sacrifices ne leur seront possibles que s’ils commencent par se donner euxmêmes tout entiers à lui par le renouvellement de leur esprit.
Saint Matthieu va montrer, dans la section suivante de son Évangile, comment, à partir de ce moment, le Seigneur profite souvent des moindres incidents pour insister sur les caractères essentiels de ce renouvellement, et enseigner à ses disciples ce que doivent être ceux qui veulent appartenir à son royaume.