IV
« cepteur dit à l'enfant : Conduises-vous en homme, « Jésus-Christ dit à l’homme : Conduisez-vous en « enfant. Soyez par le cœur, dans vos rapports avec « Dieu et avac les hommes, ce qu'est un petit en- « fant pour son père et pour toutes les personnes qui « l'entourent (1). »
Avec l’humilité, on a la vraie charité : on fait accueil aux petits, qu'ils le soient par l’âge, par la condition, par l'intelligence, par la culture ou autrement; et combien plus, s’ils ont cette enfance du cœur qui abaisse toutes les barrières, et qui est la condition de 18 vraie grandeur. « Celui, dit Jésus, « qui reçoit un tel enfant en mon nom, il me reçoit. » En d’autres mots, comm il l’a déjà dit et comme il le dira encore, tout le bien qu’on aura fait à l’un de ces plus petits de sea frères, il estimera qu'on le lui a fait, et ceux qui le lui auront fait ne perdront pas leur récompense. (X, 40-42; XXV, 40-46.) Il ne faut donc pas s’efforcer de s'élever au-dessus d’eux, ou se croire supérieur à eux, ou se refuser à frayer avec eux, comme si on ne voyait en eux que desinférieurs. S'il était vrai qu’il ne leur suffit pas de croire en Jésus pour être reçus en vue de lui comme des frères par les autres croyants, s’ils avaient besoin en outre pour cela d’avoir de lapparence ou quelqu’une des choses qui assurent la faveur du monde, que serait-ce dono que le royaume des cieux ! En se détournant d’eux avec orgueil ou en les
(4) A. Viner. Discours sur quelques sujets religieux : La nécessité de devenir enfants.
MATTHIBU, XVIII, 1-8: 79. 147 traitant avec dureté, quelles fausses idées sur la grandeur, quelles jalousies, quels sentiments d'envie, quel esprit de jugement, quels doutes peut-être sur l'efficacité de l'Évangile, les disciples ne risqueraient-ils pas de faire naître en ces petits, et de quelles chutes ne seraient-ils pas ainsi l’occasion pour eux! Mais non, ils auraient beau, en agissant de la sorte, prendre le nom de disciples, ils ne feraient que rendre manifeste qu’ils n'appartiennent pas au royaume des cieux. Leur part serait le châtiment, et non la récompense. Malheur à eux; car quels que soient les maux qui puissent atteindre les hommes ici-bas, ils ne sont rien auprès de l'infortune de l’homme qui, par son orgueil ou par ses vices, aura été une pierre d’achoppement pour le moindre de ceux qui croient au Seigneur. (Verset 6.) S'ils veulent done avoir droit au nom de disciples, qu’ils prennent garde à eux-mêmes, afin que ce ne soit pas d'eux, mais seulement du monde, que proviennent les occasions de chute que ces petits rencontreront sur leur chemin.
XVIII, 7, Οὐαὶ τῷ κόσμῳ XVIII, 7. Malbeur au monde à ἀπὸ τῶν σχανδάλων: ἀνάγχη Cause des occasions de chute! γάρ ἐστιν ἐλθεῖν τὰ σκάνδαλα“ Il est orties nécessaire qu'il y πλὴν oùgt τῷ ἀνθρώπῳ ἐχείνῳ, ait des occasions de chute; touὃν οὗ τὸ σχάνδαλον ἔρχεται. tefolis malheur à l'homme par le-
quel l'occasion arrive!
8, Fi δὲ ἡ χείρ σφυ à à πούς à. Que si ta main au ton pied σοὺ σχαγδαλίζει ge, Exxoÿov l’est en piège, coupe-les et les αὐτὰ χαὶ βάλε ἀπὸ σοῦ καλόν jette loin de toi; il vaut mieux c0! ἐστιν εἰσελθεῖν εἰς τὴν ζωὴν pour toi que tu entres dans la χωλὸν à χυλλόν, À δύο χεῖρας vie boiteux ou impotent, que ἢ do πόδας ἔχοντα βληθῆναι d'avoir deux maine ou deux pieds εἰς τὸ πῦρ τὸ αἰώνιον. et d'être jeté dans le feu étermel,
148 MATTHIEU, XVIL, 1:9.
9. Καὶ εἰ ὃ ὀφθαλμός σου 9. Et si ton œil est en piége, σγανδαλίζει σε, ἔξελε αὐτὸν καὶ arrache-le et le jette loin de toi; βάλε ἀπὸ σοῦ" χαλόν col ἐστι il vaut mieux pour toi que tn μονόφθαλμον εἰς τὴν ζωὴν εἰσελ- entres dans la vie n'ayant qu'un θεῖν, ἢ δύο ὀφθαλμοὺς ἔχοντα œil, que d'avoir deux yeux et βληθῆναι εἰς τὴν Ὑέενναν τοῦ d’être jeté dans la géhenne du πυρός. feu.
Il faut que les hommes aient occasion de choisir entre le bien et le mal. Il y a été pourvu dès le commencement (Genèse, II, 9, 16, 17), et il en sera ainsi jusqu’à la fin de l’économie présente, où tout ce qui peut causer des chutes sera ôté du royaume du Fils de l’homme. (XII, 41.) Mais jusque-là malheur au monde, où tantôt les choses et tantôt les personnes font tomber dans le péché ! Malheur aussi à ceux qui y entraînent les autres, après s’être laissé séduire eux-mêmes ! Jésus le leur dit à propos de ce désir de grandeur mondaine qui les possède ; mais comme toutes les passions peuvent également perdre celui qui s’y abandonne et réagir sur autrui d’une manière aussi funeste, il leur recommande, à propos de celle-ci, une vigilance qui s’étende à tout, afin que rien en eux, ni la main, ni le pied, ni l’œil, ne leur soit en piége, et qu’ils ne soient non plus euxmêmes en piége à qui que ce soit. Π le leur avait déjà dit autrefois dans les mêmes termes (V, 27-29) et en employant les mêmes images (1). Ensuite il en revient à ceux au-dessus desquels ils aspirent à s'élever, et il leur apprend tout le cas qu’ils doivent en faire :
(4) Voir Partie 11, pages 88 et suivanies, l'explication que j'en ai donnée.
MATTHIBU, XVIII, 10-11, 12-14.
XVIII, 10. Ὁρᾶτε, μὴ χαταφρογήσητε ἑνὸς τῶν μιχρῶν τούτων " λέγω γὰρ ὑμῖν, ὅτι of ἄγγελοι αὐτῶν ἐν οὐρανοῖς διαπαγτὸς βλέπουσι τὸ πρόσωπον τοῦ κατρός pou τοῦ ἐν οὐρανοῖς.
XVIH, 40. Gardez-vous de mépriser l'un de ces petits : car, je vous le dis, leurs anges dans les cieux regardent continuellement la face de mon Père qui est dans les cieux ;
44. Car encore le Fils de l’homme est venu sauver ce qui était perdu.
Ce sont deux raisons pour ne pas mépriser ces petits dont ils font si peu de cas, ajoutées l’une à l’autre. Dieu les entoure des soins de sa providence et de sa grâce. (Hébreux, I, 14.) Il donne charge d’eux à ses anges, toujours attentifs à son commandement, afin qu’ils les gardent dans toutes leurs voies (Psaume XCI, 11) et qu'ils campent autour d’eux (Psaume XXXIV, 8), tellement que ses anges sont vraiment leurs anges. Et puis, ces petits qui étaient perdus, le Fils de l’homme est venu pour les sauver, et non, comme 168 disciples se l’imaginent, pour leur procurer à eux-mêmes des priviléges et des honneurs. Comment done les disciples pourraient-ils avoir pour eux du dédain ? Jésus a recours à une parabole pour leur représenter la sollicitude de leur Père dans les cieux pour les moindres d’entre eux.
XVIII, 12. Τί ὑμῖν δοχεῖ; ἐὰν γένηταί τινι ἀνθρώπῳ ἑχατὸν πρόξατα, καὶ πλανηθῇ ἕν ἐξ αὐτῶν οὐχὶ ἀφεὶς τὰ ἐννενηχονταευνέα ἐπὶ τὰ ὄρη πορευθεὶς ζητεῖ τὸ πλανώμενον ;
XVIII, 42. Que vous en semble ὃ Si un homme ἃ cent brebis et que l’une d'elless’égare, ne laisset-il pas les quatre-vingt-dix-neuf, pour s’en aller par les montagnes chercher celle qui s’est égarée P
(1) Voir la note sur Matthieu XXIV, 98, relative à la répétition de γάρ, pour introduire un second argument.
iv MATTHIRU, XVIL, 1-14:
13. Καὶ ἐὰν γένηται εὑρεῖν 48. Et s’il arrive qu'il 14 troute, daté, ἀμὴν λέγω ὑμῖν, ὅτι χαίρει en vérité, je vous le dis, il en ἐκ’ αὐτῷ μᾶλλον, ἢ ἐπὶ τοῖς a plus de joie que des quatreἐγγενηκονταεγνέά τοῖς μὴ πεπλα: vingt-dix-neuf qui ne se sont νημένοις. pas égarées.
14. Οὕτως οὐ ἔστι θέληλα 14. De même, la volonté de ἔμπροόθεν τοῦ πατρὸς ὑμῶν τοῦ votre Père qui est dans les cleux ἐν οὐρανοῖς, ἴνά ἀκόληται εἴς n'est point que l’un de ces petits τῶν μιχρῶν τούτων. se perde.
Il nous est inutile de savoir quelle est la brebis du troupeau qui s’est égarée; car s’il s'en égarait une autre, les efforts du berger pour la retrouvér seraient les mêmes, et sa joie, eh la retrouvant, la même aussi; Le Père n’a pas moins de sollicitude pour ces petits : il he veut pas qu’un seul d’entre eux se perde ; mais les apôtres, bien différents du bergét, qui n’a d'autre préoccupation que de veiller sur le trot: peau, ne songènt, eux, qu’à exercer la domination.
. © Si vous ne changez, leur a dit Jésus, vous n’en a treres point dans le royaume des cieux. » (Verset 8.) Or tel a été le changement survenu en eux, que ces mêmes homnies qui sé disputaient alors pour avoir le premier rang, ent appris ensuite à dire comme l’apôtre des Géntils : « Nous sommes vos « serviteurs pour l’amour de Jésus. » (IE Corinthiens, IV, 5.) Leur foi a été « exempte de toute acception « de personnes » (Jacques, Il, 4), et ils ont « mar- « ché avec les humbles. » (Romains, XII, 16.)
Après avoir combattu ainsi l'esprit de domination chez ses disciples, Jésus va les mettre en garde contre la disposition à prendre ombrage de tout, à conser-
MATTHIEU, XVIII, 12-14: 16-17. 161 ver dé la rancune pour les offenses reçues, À se diviser au lieu de demeurer unis comme des frères, sachant bien que cette disposition pourrait être, autant que l’orguëil. et que l'ambition, un empêchement à l'établissement de son royaume sur Ja terre. Savoir pardonner est une seconde qualité qui y est exigée.
XVIIL, 15. Ἐὰν δὲ ἁμαρτήσῃ
ΧΥ͂ΠΙ, 45. Ton frère a-t-il péεἰς σὲ ὁ ἀδελφός σου, ὕπαγε χαὶ
ché contre toi, va et fais-lui des
18. Ἐὰν δὲ μὴ ἀκούσῃ, παράλαδε μετὰ σοῦ ἔτι ἕνα ἣ δύο, ba ἐπὶ στόματος δύο μαρτύρων ἣ τριῶν σταθῇ κᾶν ue.
représentations, étant seul avec lui. S'il écoute, tu auras gagné ton frère.
46. S'il ne t'écoute pas, prendsen encore un ou deux avec toi, afin que tout ce qui aura été dit soit constaté par la bouche de deux ou de trois témoins.
47. Et s’il refuse de les écouter, dis-le à l'Église. Et s'il refuse même d’écouter l'Église, qu’il te soit comme le Gentil et le publicain.
Jésus ne distingue pas entré les sujets de plainte
que les membres de son royaume peuvent avoir les uns contre les autres; 1] les suppose légitimes, et contrairement à ce qui se passe dans le monde, c'est tout d’abord à l’offensé qu’il fait un devoir de chercher à se réconcilier avec celui qui a fait l’offense, et il lui enseigne comment il doit s’y prendre pour cela. Si quelques représentations faites dans le téte-à-iête, avec des égards et avec mesure, y peuvent suffire, ce sera le mieux : à l’aide de paroles ne dissimulant pas la peine qu’on ressent, mais
toutes pleines d’affection, on aura empêché la rupture, et loin d’avoir à souffrir de cette franche et cordiale explication, l'amour fraternel ne fera que s'en accroître. C’est donc par là qu’il faut se hâter de commencer.
Mais si l’on ne réussit pas ainsi, qu’on ne s’en tienne pas là. Il est possible que le sentiment du tort éprouvé ou de l’injure subie se soit manifesté trop vivement pour qu’un rapprochement immédiat ait pu avoir lieu : 1] faut alors retourner auprès du frère qu'on n'a pas su gagner tout seul, en se farsant accompagner par un ou deux autres frères. Cette cause n'étant pas la leur, peut-être parleront-ils avec plus de sagesse, ou seront-ils écoutés avec moins de prévention ; et si leur intervention ne fait pas cesser la brouille, elle leur permettra, en tous cas, de se bien rendre compte de ce qui en est l’objet. Ils pourront alors faire un rapport exact sur ce qui s’est passé, comme cela sera nécessaire si l’offensé, ainsi que Jésus veut qu’il le fasse après un nouvel échec, est appelé à le dire à l’Église (XVIII, 17), c’est-à-dire au corps des fidèles dont il fera partie, ou à ceux d’entre eux qui auront mission de les représenter.
C’est une troisième tentative qu’il doit faire pour amener la réconciliation. Si l’auteur de loffense refuse aussi d’écouter la famille spirituelle à laquelle il prétend être uni, ce sera la preuve que l'unité d'esprit, sans laquelle elle ne peut subsister, n’existe pas entre ses membres et lui. L’offensé, ayant accompli tout ce qui était en son pouvoir pour arriver à un
MATTHIEU, XVIII, 15-17: 18-20. 158 accommodement, est donc autorisé à ne plus se regarder comme lié à celui qui l'a offensé et qui persiste obstinément dans son tort, par la relation étroite de la fraternité, laquelle ne saurait avoir aucune réalité dans de telles conditions. Il ne lui doit plus que ce que les Juifs devaient au Gentil, étranger à l’ancienne alliance, et au publicain, qu’ils regardaient comme s’en étant retiré. Mais que leur devaient-ils donc? Autant, certes, qu’à leurs ennemis. Or Jésus avait enseigné depuis longtemps à ses disciples à aimer leurs ennemis, à les bénir, à leur faire du bien et à prier pour eux. (V, 43-47.) En d’autres mots, ils Jeur doivent tout, excepté ce qui suppose une vraie communion et « une affection réciproque tendre « et fraternelle. » (Romains, XIE, 10.)
XVIII, 18. ᾿Αμὴν λέγω ὑμῖν, ὅσα ἐὰν (1) δήσητε ἐπὶ τῆς γῆς, ἔσται δεδεμένα ἐν τῷ οὐρανῷ χαὶ ὅσα ἐὰν λύσητε ἐπὶ τῆς γῆς, ἔσται λελυμένα ἐν τῷ οὐρανῷ.
19. Πάλιν λέγω ὑμῖν, ὅτι ἐὰν δύο ὑμῶν συμφωνήσωσιν ἐπὶ τῆς Ps περὶ παντὸς πράγματος, οὗ ἐὰν αἰτήσωνται, γενήσεται αὐτοῖς παρὰ τοῦ πατρός μου τοῦ ἐν οὐραvis.
20. OÙ γάρ εἰσι δύο à τρεῖς ουγηγμένοι εἰς τὸ ἐμὸν ὄνομα, ἐχεῖ εἰμι ἐν μέσῳ αὐτῶν.
XVII, 48. En vérité, je νοῦ 16 dis, tout ce que vous aurez lié sur la terre sera lié dans le ciel, et tout. ce que vous aurez délié sur la terre sera délié dans le ciel.
49. Je vous dis encore que si deux de vous s'accordent sur la terre pour demander quelque chose que ce soit, ils l’obtiendront de mon Père qui est dans les cleux.
20. Car là où deux ou trois sont réunis en mon nom, j'y suis au milieu d'eux.
Le Seigneur leur répète ici, en l'étendant à eux tous, ce qu’il avait dit précédemment à Pierre :
(4) Sur l'emploi de ὅσα ἐὰν dans ce verset, voir page 404, la note4.
ἐδὲ MATTHIEU, XVII, 18-Ὁ0.
«Tout ce que vous aurez lié sur l& terre sura lié « dans le ciel, et tout ce que vous aurez délié sur la « terre sera délié dans lé ciel. » (XVI, 19.) Pierre devait, en déliant, dissoudre le premier 168 fausses alliances, sectes ou religions, qui se doht formées én dehors de l'influence du Saint-Esptit. Mäis comment l’Église pourrait-elle répondre à sa destitiation et, après s'être constituée sur la terre, continuer à exister dans le ciel, si elle était à son tour une association où les profares et les vicieux sont tolérés. Le double mardat donné ainsi dès l’origine aux apôtres servira à l’affermir et à là purifier. Les règles qu'il fallait suivre en des vas comme celui-ci montrent avec quelle prudence on devait procéder aux séparations nécessaires. [l y en dura d’autres encore où elles seront inévitables (1. Corinthiens, V, 4, 2, 11; II. Thessaloniciens, IL, 6), pour préserver de la corruption l'Église qui doit paraître devant son chef glorieuse, sainte et irrépréhensible. (Éphésiens, V, 27.)
En raison même de ces retranchements affligeants, il faudra redoubler d'efforts pour arnener dans la nouvelle alliance ceux qui n’y sont pas entrés encore, et pour tesserret, entre ceux qu'elle embrasse, les liens qui courent risque de se relâcher. Rien n’y concourra davantage que la prière en commun, Non-seulement l'accord dans la prière, ne füt-cé que celui de deux ou trois réunis au nom de Jésus, leur fera, conforrhément à sa promessé, obtenir de son Père dans les cieux toutes les grâces qu’ils lui demanderont ensemble, mais elle sera en outre pour eux un
MATTHIEU, XVLI, 19-20; M-22. 146 moyen de mieux sentir sa présence au milieu d'eux, Que l’on multiplie à l'infini par la pensée les grâces assurées ici à l’union de quelques-uns, et l'on pourra se faire une idée des bénédictions destiriées à l’Église, qui n’ést autre chose, dans son ensemble, que le produit d’une multitude de rapprochements, d’abord aussi imperceptibles que ceux-ti, que la prière à 80» crus et rendus indissolubles.
XVIII, 214 Τότε προσελθὼν XVIII, 21. Alors Piuire, s'étant αὐτῷ ὃ Πέτρος εἶπε- Κύριε, approché, lui dit : Seigneur, ποσάχις ἁμαρτήσει els ἐμὲ δ᾽ combien de fois mon frère péἀδελφός μου χαὶ ἀφήσω αὐτῷ : chera-t-il contre mol ét lui paeἕως ἑκτάχις: donnerai-je ? Jusqu'à sept fois?
22. Λέγει αὐτῷ ὃ Ἰησοῦς. 22. Jésus lui dit : Je ne te dis Οὐ, λέγω σοι, ἕως ἑἕπτάχις, pas jusdu'ä sept fois, mais jusἀλλ’ ἕως ἑδδομηκοντάκις ἑπτά. qu’à septaute fois sept fois.
S'il y en ἃ qui, lorsqu'ils ont offensé ceux qu'ils nommaient leurs frèrés, refusent dé 88 révonicilier avec eux, ne voulant ni reconnaitre lours torts ni les réparer, il en est d’autres dont les offenses, quoique fréquentes, sont exemptes de malice, et qui sont aussi prompts à en avoir du regret qu'ils ont été pronpts à les commettre. Ils n’attendéht pus qu’on vienne les exhorter à la repentance pour se repentir; mais eussent-ils offensé quelqu'un sept fois le jour, ce qui de leur part n'aurait riën d’étonhant, sept fois le jour ils reviendraient à lui et ils lui diraient : « Je « me repens. » (Luc, XVIE, 4.) Peutêtre en detnandant à Jésus combien de fois il devrait pardonner à un frère qui ne se lasserait pas de pécher contré lui,
PF
Pierre songeait-il moins à ces offenseurs inconsidérés
* qu’à ceux qui continueraient, par des causes plus
graves que cette légèreté naturelle, à avoir des torts à son égard. En s’informant si c’est jusqu’à sept fois qu’il faut leur pardonner, il fait voir qu’il est entré dans la pensée de son maître; car le nombre sept désignait chez les Juifs le grand nombre, la plénitude et la perfection, ainsi qu'on peut s'en assurer par son emploi dans les livres saints(4). L'apôtre devait s'attendre d’après cela à une réponse affirmative ; mais Jésus, pour donner plus de force à son assentiment, voulut renchérir sur ce que Pierre avait dit : « Je ne te dis pas jusqu'à sept fois, lui répon- « dit-il, mais jusqu’à septante fois sept fois. » Îl dit du pardon ce que Lémec avait dit de la vergeance (2). C’est comme s’il lui avait répondu : « Je «ne te dis pas qu'il faut pardonner toujours, mais « qu’il faut pardonner à l'infini. » Le précepte est le même; mais cette expression nouvélle, qui l’accentue plus fortement, semble ajouter encore à son étendue (3).
(4) En voici des exemples : Genèse, IV, 15; Lévitique, XXWVI, 28; Deutéronome, XXVIII, 7; Ruth, IV, 45; L. Samuel, 11,5; Psaume XII, 7; LXXIX, 42; CXIX, 164; Proverbes, XXIV, 46.
(2) Genèse, IV, 26. 11 y ἃ soirante-dir-sept fois dans nos versions; mais les Septante ont, comme Matthieu, XVIII, 22, ἑδδομηχοντάχκις ἕπτά, septante fois sept fois.
(3) « Numerum infinitum in denarium conversum, et per eundem « multiplicatum, magis infinitum reddidit. Quamquam re ipss « idem est, usque septies, οἱ usque septuagies septies, cum uter- « que numerus numeri negationem, id est innumerabilitatem sigai-
« ficet, quemadmodum si diceret, non solum dico tibi, ut innumera- « bilibus vicibus nimirum fratri remittas : sed etiam innumerabiliter
Toujours pardonner, quels que soient le nombre et la grandeur des fautes à remettre, pardonner comme leur Père qui est dans les cieux pardonne (V, 48), voilà à quoi sont obligés les enfants du royaume des cieux. Jésus, pour les empêcher de se montrer impitoyables, leur avait déclaré maintes fois que son Père ne leur pardonnera leurs péchés que s'ils pardonnent à leurs frères. Il avait prescrit à ses disciples de s’en souvenir en implorant le pardon de Dieu dans leurs prières. (VI, 12, 14, 15.) Et maintenant, pour mieux leur inculquer cette importante leçon, 1l va la leur proposer sous la forme d’une parabole, qui leur rappellera en même temps qu’il est impossible qu’ils aient rien à pardonner à personne qui se puisse comparer aux manquements de toute sorte dont ils ont besoin de recevoir de Dieu le pardon.
XVIII, 23. Διὰ τοῦτο ὡμοιώθη ἧ βασιλεία τῶν οὐρανῶν ἀνθρώπῳ ῥατιλεῖ, ὃς ἐθέλησε συνᾶραι λέyov μετὰ τῶν δούλων αὑτοῦ.
24, ᾿Αρξαμένου δὲ αὐτοῦ συνape, προσηνέχθη αὐτῷ εἷς ὀφειλέτης μυρίων ταλάντων.
XVIII, 23. C'est pourquoi il en est de même duroyaumedes cieux que d'un roi qui voulut régler ses comptes avec ses serviteurs.
44. Or quand il eut commencé à le faire, il lui en fut présenté un qui devait dix mille talents.
25. Et comme il n'avait pas de quoi payer, son maître commanda qu'on le vendit, lui, et sa femme, et ses enfants (4), et tout ce qu’il avait, afin d'être payé.
« innomerabilibus. » (MaLbonaAT, Commentarii in quatuor evan-
gelislas, col. 424.)
(4}« Ton serviteur, mon mari, est mort, et son créancier est « veou prendre mes deux enfants, afin qu'ils soient esclaves. »
(IL. Rois, LV, 4.)
26. Πεσὼν οὖν ὃ δοῦλος προσεχύγει αὐτῷ λέγων " Kôpue, μαχροθύμησον ἐπ’ ἐμοί, καὶ πάντα σοι ἀποδώσω.
30. Ὁ δὲ οὐχ ἤθελεν" ἀλλὰ ἀπελθὼν ἔῤαλεν αὐτὸν εἰς quany, ἕως οὗ ἀποδῷ τὸ ὄφειλόμενον.
31. Ἰδόντες δὲ ol σύνδουλοι αὐτοῦ τὰ γενόμενα ἐλυπήθησαν σφόδρα᾽ nat ἐλθόντες διεσάφησαν τῷ χυρίῳ αὑτῶν πάντα τὰ γενόμενα.
32, Τότε προσχαλεσάμενος αὖτὸν © χύριος αὐτοῦ λέγει αὐτῷ" Δοῦλε πονηρέ, πᾶσαν τὴν ὀφειλὴν ἐχείνην ἀφῆχά σοι, ἐπεὶ παρεχάλεσάς ue”