‹ Essai d'interprétation de quelques parties de l'Évangile selon saint MatthieuChapitre 34 sur 107 · Apoy τὸ σὸν χαὶ ὕπαγε · texte numérisé non relu

Apoy τὸ σὸν χαὶ ὕπαγε

tres qui étaient désœuvrés, et il leur dit : Pourquoi vous tenezvous ici tout le jour sans rien faire P

7. 115 lui dirent : Parce que personne ne nous ἃ loués. Il leur dit : Allez, vous aussi, à la vigne, et ce qui sera juste, vous le recevrez.

8. Or, quand le soir fut venu, le maître de la vigne dit à son intendant : Appelle les ouvriers et fais-leur la paye, en commençant par les derniers et finissant par les premiers.

9. Ceux loués vers la onzième beure étant venus, ils reçurent chacun un denier.

10. Les premiers, quand ils vinrent, pensaient qu'ils recevraient plus. Eux aussi, ils reçurent chacun un denier.

14. Mais, en le recevant, ils murmuraient contre le chef de famille,

42. Disant : Ceux-ci, les derniers venus, n'ont fait qu’une beure, et tu les as égalés à nous, qui avons porté le poids du jour et de la chaleur (4).

13. Mais il répondit à l’un d’eux : Mon ami, je ne te fais point de tort. N'est-ce pas à raison d’un denier que tu as fait accord avec moi P

44. Prends ce qui te revient et t'en va. Je veux donner à ce dernier venu comme à toi.

(1) Littéralement : οὐ la chaleur; mais la phrase est devenue proverbiale en français sous cette forme. Voir le Dictionnaire

de l'Académie, au mot Poids.

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15. Ἢ οὐκ ἔξεστί μοι ποιῆσαι 15. Ne m’est-il pas permis de à θέλω ἐν τοῖς ἐμοῖς: À 6 faire ce que je veux de ce qi ὀφθαλμός σου πονηρός ἐστιν, ὅτι est à moi P Ou ton œil est-il πιδαἐγὼ ἀγαθός εἰμι: vais parce que je suis bon (1)?

16. Οὕτως ἔσονται οἱ ἔσχατοι 46. Ainsi les derniers seront πρῶτοι, χαὶ οἱ πρῶτοι ἔσχατοι. les premiers, et les premiers st- Πολλοὶ γάρ εἰσι xAntol, ὀλίγοι ront les derniers; car beaucoup δὲ éxkextol. sont appelés, mais peu sont éles.

Quelques-uns ont pensé que les ouvriers appelés au travail de la vigne à différentes heures représentent, dans cette similitude, les hommes appelés au servicede Dieu aux différents âges de la vie. Elle doit servir, selon eux, à encourager les personnes qui ont tardé longtemps à se donner à lui, et lesempêcher de croire que la vieillesse la plus avancée, s'ils ne se convertissént qu’après l’avoir atteinte, puisse diminuer leur récompense (2). Maïs comment expliquer, avec ce sens, les murmures que les premiers ouvriers loués font entendre lorsqu'ils voient que les derniers leur sont égalés ? L'expérience nous apprend que ceux qui 58 sont donnés à Dieu dans leur jeunesse, bien loin de se plaindre de ce que les grâces qui leur sont assurées le sont aussi à ceux qui ne se tournent vers lui qu'à l’approche de la mort, s’en réjouissent au eostraire : ἢ faut donc abandonner cette interprétation et en chercher une autre.

Une remarque peut nous mettre sur la voie; c’est que ces noms de premiers et de derniers, par lesquels

(4) Nous dirions : « Ou es-tu fâché de voir que je sais bon? » (ἃ) Caaysosrome, Homékes sur l'Evangile de saint Matthies, LXIIe Homélie. Tome III, page 134.

MATTHIEU, XX, 1-16. "Ὁ les deux groupes d’ouvriers, loués les uns dès le matin, les autres au déclin du jour, sont désignés ici, servent ailleurs, dahs une sentence toute semblable à celles par lesquelles s'ouvre et se ferme cetie parabole, à désigner les Juifs et les Gentils. (Luce, ΧΠῚ, 28-30.) Non-seulement l'Éternel a choisi d'ancienneté les descendants d'Israël d’entre tous les peuples (Deutéronome, X, 15), mais à l'entrée des temps évangéliques, ils ont été les premiers appelés, les seuls même pendant longtemps. C’est exclusivement aux « brebis perdues de la maison d'Israël » que furent successivement envoyés Jean le Baptiste (II, 3), Jésus (IV, 47), les douze apôtres (Χ, 7) et les soixante et dix disciples (Luc, X, 9), pour leur prêcher la conversion et leur annoncer que le royaume des cieux était proche. Ils sont figurés, et par ceux engagés de grand matin, et par ceux envoyés à la vigne à la troisième, à la sixième et à la neuvième heure. Quant aux ouvriers que personne n'avait loués, et qui le seront à la onzième heure, ce sont les Gentils, dont le tour viendra enfin. En effet, « toutes les nations se- « roût instruites. » (XX VIII, 19.) « Tous les bouts « de la terre verront le salut de notre Dieu. » (Ésaïe, LIE, 40.) Ge sera le temps où Dieu donnera « aux « (θη δα même la repentance, afin qu'ils aient la tie » (Aètes, XI, 18), et « où ils seront amenés à «l’obéissance de la foi. » (Romains, I, 5.) Alors se réalisera pour tous l'égalité de grâces représentée par l'égdlité du salaire des différentes classes d'ouvriers. Alors aussi on dira ouvertement que les Gentils ont

part aux biens spirituels des Juifs (Romains, XV, 27, qu'ils sont leurs cohéritiers, qu'ils « font un même « corps avec eux, qu'ils participent à la promesse que « Dieu a faite en Christ par l'Évangile. » (Éphésiens, III, 6.) Mais Jésus prévoit que quand il commencer à en être ainsi, il y aura des murmures parmi les Juifs convertis. Ils ne se sont pas faits immédiate ment à l’idée que les Gentils convertis comme eu entreraient dans l'alliance nouvelle au même titre et avec les mêmes priviléges que ceux qui avaient fat | partie de l’ancienne alliance. Toute une époque a éé Ὁ remplie par la résistance opposée à saint Paul par : ceux d’entre eux qui étaient le plus imbus de l'or gueil et des préjugés de leurs compatriotes, et c'est ceux-là que Jésus a en vue dans la réprimande qui termine la parabole.

Mais il n’en doit pas être ainsi dans le royaume des cieux. Au lieu d’être mécontents et jaloux des grâces que Dieu y accorde aux derniers venus, il faut que les premiers l’en bénissent et s’en réjouissent avec eux. N’en pas éprouver le besoin serait être privé de l’une des dispositions les plus nécessaires aux disciples en ces temps solennels où Juifs et Gentils devant par Christ avoir, « les uns et les autres, accès auprès du « Père dans un même Esprit, » le mur de séparation entre eux allait être abattu. (Éphésiens, Il, 14, 18.) L’endurcissement d’une partie d'Israël, au moment même où les nations commenceront à se convertir, ôtera d’ailleurs aux Juifs tout sujet de s’élever au-dessus des Gentils. Jésus y fait allusion en répétant à la suite

MATTHIEU, XX, 1-16. 187 de la parabole, mais en en renversant les termes, la sentence par laquelle 1] l’a introduite. « Ainsi, dit-il, « les derniers seront les premiers, et les premiers « seront les derniers. » Puis il explique en quel sens il a voulu faire cette application nouvelle du membre de phrase qui se trouve ainsi rejeté à la fin, lorsqu'il ajoute : « car beaucoup sont appelés, mais peu « sont élus. » Les appelés, c’est tout ce peuple dont la vocation a été préparée de loin par des dispensations si merveilleuses; les élus, ce sont ceux-là seulement pour qui, dans ses rangs, l'enfant né à Bethléhem sera une occasion de relèvement. (Luc, IT, 34.)

Nous avons vu dans cette section, d’après les instructions données par Jésus à ses disciples avant son départ de la Galilée et pendant son séjour en Pérée, ce qu'ils doivent être pour appartenir au royaume des cieux. Il faut qu’ils soient humbles (XVIIE, 1-14), toujours disposés à pardonner (XVIII, 45-35), purs dans le mariage et dans le célibat (XIX, 1-15), affectionnés aux choses d’en haut et non à celles de la terre (XIX, 16-30), et prêts à accueillir comme des frères et des coopérateurs, et comme leurs égaux dans l’Église, les Gentils qui y entreront quand le temps des Gentils sera venu, quoiqu'ils les aient méprisés jusque-là. (XX, 1-16.) En étant renouvelés ainsi dans leur esprit et dans leur vie, ils montreront qu’ils sont les enfants du Roi du ciel, exempts à ce titre, ainsi que le Fils unique venu du Père, de payer les didrachmes,

comme les enfants des rois de la terre le sont dd Ὁ payer les tributs et le cens (XVII, 24-27), et affrau- ὦ chis des lois de la servitude, parce que leur plu grand désir sera de faire continuellement la volonté de leur Père qui est aux cieux.

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