‹ Essai d'interprétation de quelques parties de l'Évangile selon saint MatthieuChapitre 33 sur 107 · XIX · texte numérisé non relu

XIX

douze trônes, jugeant les douze tribus d'Israël ;

29. Et tout homme qui aura laissé maisons, ou frères, ou sœurs, ou père, Ou mère, Où femme, ou enfants, ou des champs, à cause de mon nom, recevra cent fois autant et héritera la vie éternelle.

30. Mais beaucoup d'entre les premiers seront des derniers, et d’entre les derniers seront des

premiers.

La conduite des apôtres avait été l’inverse de celle du jeune riche. Tandis qu'il avait refusé de se séparer de ce qu’il possédait pour suivre Jésus, eux ils avaient quitté, les uns leurs filets (IV, 20), les autres leur barque et leur père (IV, 22), cet autre encore son bureau des impôts (IX, 9), et ils l’avaient suivi. Il est vrai que l’amour du prochain n’était pour rien

« ses vêtements souillés et se revêtira de sa robe de fête; c’estle « jour de la reslauration de toutes choses (Actes, III, 24), le « jour des nouveaux cieux et de la nouvelle terre (Apocalypse, « XXI, 4), le jour après lequel, nous dit saint Paul, toute la « création soupire et est en travail jusqu'à présent. (Romains, « VIII, 21-23.) Dès maintenant l’bomme est l'objet de la παλιγγενεσία et de la merveilleuse transformation qu’elle implique, mais en ce jour-là cette transformation embrassera le monde entier, dont l'homme est la figure centrale. — On voit ici la conciliation des deux passages : dans l’un le renouvellement est considéré comme appartenant à l’âme seule, et dans l'autre à toute la création des rachetés. Les deux se rapportent au même « événement, mais à des époques et à des degrés différents de « son développement. » (Synonymes du Nouveau Testament, par R.-C. Trencu; éraduit de l'anglais par Cukwenr pe Faye. 1869. Pages 69-73.)

MATTHIEU, XIX, 27-30. 178 dans leur détermination, et en outre, qu’ils n’avaient pas de grands biens. Mais comme tout est relatif, le peu qu’ils abandonnaïient pouvait, dans leur situation, leur paraître un grand sacrifice. L’exclamation de Pierre : « Nous avons tout laissé, » fait voir qu’ils en jugeaient effectivement ainsi. Mais sa question : « Que «nous arrivera-t-il donc ? » nous montre que leur désintéressement n’était pas parfait. Îls aspiraient après des récompenses mondaines. Si nous ne savons que d’un seul d’entre eux qu’il avait la soif de l'or, nous savons de plusieurs qu’ils avaient l’ambition des grandeurs. Mais Jésus ne les promet pas plus que les richesses à ceux qui s’attachent à lui. De même qu'il avait dit au jeune homme qui vient de s'éloigner que c’est dans le ciel qu’il aurait un trésor s’il renonçait à s'amasser des trésors sur la terre, de même c’est dans la vie future seulement, quand 1] sera assis sur le trône de sa gloire, qu’il accordera à ses apôtres une élévation qu'il décrit magnifiquement et qui laissera loin derrière elle celle qu’ils voudraient obtenir dans la vie présente. Ces promesses répondaient toutes deux par leur forme aux préoccupations diverses de ceux à qui elles étaient adressées; mais en transportant dans une autre économie la réalisation de leurs désirs, elles leur donnaient une hauteur et une dignité qu’ils n'y avaient pas attachées. Nous ne pouvons, d’après les termes dont Jésus se sert, nous représenter clairement quelle sera alors leur récompense; mais comme il leur a tenu une seconde fois un langage

tout semblable, on en peut conclure qu’il y a plus que des images dans les mots qu’il ἃ employés en ces deux occasions : « Vous êtes ceux qui avez persévéré « avec moi dans mes épreuves, leur dira-t-il plus « tard; c’est pourquoi je dispose du royaume en vo- «tre faveur, comme mon Père en a disposé pour « moi, afin que vous mangiez et que vous buviez à « ma table dans mon royaume, et que vous soyez « assis sur des trônes, pour juger les douze tribus « d'Israël. » (Luc, XXII, 28-30.) Quel contraste ertre ces paroles et celles par lesquelles il leur avait prédit qu’on les persécuterait par toutes les villes d'Israël et qu’on les ferait mourir ! (X, 21,23.)Il ya tout un monde entre elles : leurs souffrances devaient correspondre à son abaissement ; leur gloire correspondra à sa gloire.

Ce que Jésus ajoute ne concerne plus seulement Pierre et ses compagnons, mais tous ceux qui, à cause de lui, feront le sacrifice de leurs intérêts ou de leurs affections. (X, 37.) Ils recevront le centaple « en ce temps-c1, avec des persécutions,» dit un autre évangéhste, « et dans le siècle à venir la vie éter- « nelle. » (Marc, X, 30.) Déjà durant cette vie, ils trouveront dans l'amour fraternel qui leur sera témoigné de larges compensations à leurs renoncements, et après elle, ils hériteront la vie pour laquelle sont les meilleures promesses.

Mais que l’on y prenne garde, il ne servira de rien d'avoir été quelque temps parmi les plus empressés, si l'on se laisse devancer ensuite par ceux

MATTHIBU, XIX, 27-60. 181 qui se tenaient d’abord à l’écart. Les promesses de l'Évangile supposent toutes la persévérance chez ceux à qui elles sont faites, et il faut se dire, à la suite de toutes : « Pourvu que nous conservions jusqu’à la « fin ce qui nous soutient dès le commencement. » (Hébreux, III, 14.) Le jeune riche, qui était accouru auprès de Jésus (Marc, X, 17) rempli d’ardeur pour le ciel, et qui, après cela, s’en est allé tout triste, nous est un exemple de ce qui arrive à un grand nombre ; aussi est-ce une leçon générale que Jésus a voulu tirer pour ses disciples de ce fait particulier, quand 1] leur a dit, comme correctif aux promesses qu'ils viennent d'entendre : « Mais beaucoup d’entre « les premiers seront des derniers, et d’entre les der- « nïers seront des premiers. »

Cette sentence comprend deux déclarations distinctes, qui, par leur opposition, forment un tout en se complétant mutuellement, mais que l’on peut aussi considérer et appliquer chacune séparément. La première seule, Beaucoup d’entre les premiers seront des derniers, sert de conclusion au récit qui la précède, tandis que la seconde, Beaucoup d’entre les derniers seront des premiers, sert seule à introduire la parabole qui la suit. Les sujets traités dans les deux fragments sont entièrement différents; mais la transition est préparée par la maxime qui les unit, et qui se rattache par l’un ou l’autre de ses bouts à chacun d’eux.

L’intention de saint Matthieu, en recueillant en cet endroit la parabole qu’on va lire et qui n’a été in-

sérée que dans son Évangile, me paraît avoir été d'appeler l’attention sur une dernière disposition, nous verrons tout à l’heure laquelle, aussi nécessaire aux disciples du Christ, en vue du royaume des cieux qui est proche, qu'aucune de celles qu’il a mentionnées jusqu'à présent.

XX, 1. Ὁμοία γάρ ἐστιν ἣ XX, 4. Car le royaume des βασιλεία τῶν οὐρανῶν ἀνθρώπῳ cieux est semblable à un chef de

3. Καὶ ἐξελθὼν περὶ τρίτην ὥραν εἶδεν ἄλλους ἐστῶτας ἐν τῇ ἀγορᾷ dpyobs

5. QUE ἀπῆλθον. Πάλιν ἐξελθὼν κερὶ ἔχτην χαὶ ἐννάτην ὥραν ἐποίησεν ὡσαύτως.

.. 6. Περὶ δὲ τὴν ἐνδεχάτην ὥραν ἐξελθὼν ebpey ἄλλους ξστῶτας

famille qui sortit de grand matin, afin d'engager des ouvriers pour sa vigne.

2. Et ayant fait accord avecles ouvriers à un denier pour la journée (4), il les envoya à sa vigne.

3. Étant ressorti vers la troisième heure, il en vit d’autres qui se tenaient sur la place sans rien faire.

4. Et il leur dit: Allez, vous aussi, à la vigne, et ce qui sera juste, je vous le donnerai.

5. Et ils y allèrent. Étant sort de nouveau vers la sixième et la neuvième heure, il ft de même.

6. Puis, étant sorti vers la 08zième heure, il en trouva d’av-

(4) « Non est b. 1. sermo de pluribus, sed de uno tantum die. »

(Kumog, Commentarius in libros Nori Testamenti historicos. Vol. I, page 552.) — Les Juifs divisaient la journée en douze heures. (Jean, XI, 9.) En les comptant du lever du soleil à l’équinoxe, ou de six heures après minuit, leur troisième beure correspond, suivant notre manière de compter les beures, à neuf beures du matin, leur sixième heure à midi, leur neuvième heure à trois heures après midi, et leur onzième beure à cinq heures du soir. Le jour finissait ainsi à six heures. La nuit était divisée en quatre veilles, de trois heures chacune.

7. Λέγουσιν αὐτῷ - Ὅτι οὐδεὶς ἡμᾶς ἐμισθώσατο. Λέγει αὐτοῖς " Ὑπάγετε nat ὑμεῖς εἰς τὸν ἀμπελῶνα- nai ὃ ἐὰν ἡ δίχαιον, λήψεσθε.

8. Ὀψίας δὲ γενομένης λέγει ὃ χύριος τοῦ ἀμπελῶνος τῷ ἐπιτρόπῳ αὑτοῦ: Ἐάλεσον τοὺς ἐργάτας, nai ἀπόδος αὐτοῖς τὸν μισθόν, ἀρξάμενος ἀπὸ τῶν ἐσχάτων ἕως τῶν πρώτων.

toy.

10. Ἐλθόντες δὲ οἱ πρῶτοι ἐνόμισαν, ὅτι πλείονα λήψονται χαὶ ἔλαδον nai αὐτοὶ ἀνὰ δηνάρίον.

Page 1