‹ Essai d'interprétation de quelques parties de l'Évangile selon saint MatthieuChapitre 52 sur 107 · Ils lui dirent : De César · texte numérisé non relu

Ils lui dirent : De César

Alors il leur dit : Rendez donc à César ce qui est dû à César, et à Dieu ce qui est dû à Dieu.

22. Et ayant entendu cela, ils en furent dans l'admiration, et le laissant, ils s'en allèrent.

.. avec un discours; ὅπως...

ἐν λόγῳ. Ces mots se rapportent aux paroles suggérées par les Pharisiens à leurs disciples, et non à celles qu’ils espèrent tirer par leur moyen de la bouche de Jésus. (Luc, XI, 54.) De Wette traduit : « Damit sie ibn mit Reden in die Falle zœægeñ. »

Les délégués du sanhédrin n'ayant pas osé faire arrêter Jésus comme s’attribuant faussement une mi sion divine (XXI, 46), les pharisiens, qui l’enlendaient parler depuis deux jours à Jérusalem du royaume des cieux ou, comme il disait encore, du royaume de Dieu (XXI, 31, 43), avec la même liberté qu’il l’avait fait en Galilée, résolurent d'examiner s'ils ne pourraient pas en tirer parti contre lui, et ils s'en allèrent pour en délibérer.

On sait qu'il y avait en Palestine, depuis l'anexion des États d’Archélaüs à la Syrie, un parti très hostile aux Romains. Judas le Galiléen (Actes, V,31) et un pharisien nommé Sadoc, qui se mirent à s tête à l’époque du recensement de Quirinius, affrmaient que les Israélites ne devaient reconnaitre d’autre souverain que Dieu seul (1), et que payer le tribut à ces nouveaux maîtres c'était les égaler à lui (2). Le temps n'avait pas calmé ce parti. Il se montrait surtout ardent dans les deux tétrarchies, soit parce qu’on y prévoyait qu’elles pourraient bien, un jour, être incorporées aussi à la Syrie, ce qui strait un dernier coup porté à la nationalité juive, soit parce que, n'étant pas placées comme la Judée sous la surveillance d’un procurateur, il était plus fscile d'y fomenter l'agitation. Ses chefs, toujours préoccupés du relèvement et de la délivrance d'Israël (Luc, XXIV, 21), entretenaient de là des intelligences avec les provinces annexées, et quand quelque octs-

(4) FL. Jos., Ant. Jud., lib. XVIIE, c. 1, S 4. (2) FL. Jos., Bell. Jud., lib. 11, 6. vaux, S 4.

MATTHIEU, XXII, 15-22. 249 sion se présentait de répandre leurs doctrines à Jérusalem, surtout à l’époque des fêtes solennelles, ils la saisissaient avec empressement. Peut-être faut-il voir des émissaires de ce parti dans les Galiléens que Pilate avait fait mourir peu auparavant, « mélant leur « sang à celui de leurs sacrifices» (Luc, XIE, 1); et s'il en est ainsi, les pharisiens pouvaient d'autant plus se croire fondés à compter sur l’énergique intervention du gouverneur en cherchant à compromettre Jésus au moyen de la scène qu'ils préparaient.

Jésus avait, dans sa dernière parabole, reproché aux Juifs de ne pas répondre à ses appels relatifs au royaume de Dieu. Ses apôtres eux-mêmes continuant à croire, malgré ses efforts persévérants pour les détromper, qu’il nes’agissait sous ce nom que du royaume d'Israël à reconstituer comme monarchie théocratique, c’est-à-dire avec une forme de gouvernement qui reconnaîtrait au roi la qualité de ministre de Dieu, les pharisiens se placent à ce point de vue, etils envoient auprès de lui quelques-uns de leurs disciples chargés de le consulter sur la conduite à tenir en vue de la restauration qui ne peut tarder sans doute d’avoir lieu. Les Hérodiens qu'ils leur adjoignent me paraissent être, quoiqu’on ne l'ait pas entendu jusqu’à présent ainsi, des Juifs appartenant aux tétrarchies encore gouvernées par des princes de la famille d’Hérode, et dont il pouvait sembler naturel de désigner les habitants de cette manière pour les distinguer des Juifs des portions de la Palestine dont l’incorporation à la Syrie avait déjà eu lieu.

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20 HATTHIEU, XXN, 11-22,

Qu'ils fussent ou non de leur secte, c'étaient en tout cas des Hérodiens hostiles à Jésus, comme ceux avec lesquels les pharisiens s'étaient concertés précédemment à Capernaëüem pour le faire périr. (Marc, IE, 6.) Geux-0i étaient probablement venus ἃ Jérusalem pour la fte de Pâque (4). Leur langage devait imimédfatement faire connaître leur origines [18 pouvalent donc aisément passer pour étre de ces agitsteurs sans cesse occupés à répandre les semences d’une insurrection future. Leur présence était propro à expliquér la démarche de leurs compagnons, qui, en venant avec eux questionner Jésus, avaient l’air de lui dire : «Le grand-prêtre Joarar nous a persuadé putrefois, au temps du dénombretent, de payer le cens{2); mais ceux-0i nous disent qu’il ne fout plus le payer. Est-ce la conséquence qu'il fhut tirer de ta déclaration que le royaume des cieux est proche? Que t’en semble-t.il ? est-il permis de payer le cens à César ou non ? le payeronsnous, ou ne le payerons-nous pas?» (Marc, XI, 14)

(4) I n’est fait mention des Hérodiens dans le Nouveau Testiment qu'en ces deux occasions, et il n’en est pas question ailleurs. On a pensé qu'il faliait voir en eux des courtisané d'Hérode Antipes, qui tenait so pouvoir des Romains, ou des Juifs formant un parti favorable aux étrangers. Rien ne me paraît autoriser cts pterprétations. Avet celle que j'ai adoptée, le rare emploi du mot s'explique par la signification même que je lui attribue. Si per Hérodiens il faut entendre les Juifs des deux tétrarehies qui continuèrent à être gouvernées par des fils d'Hérode après l'arnexion des États d'Archéiaüs à la Syrie, il est tout simple ue celte désignation ait cessé d'être en usage lorsqu'elles y euro aussi êté réunies.

(2) FL. Jos,, Ant. Jud., Hb. XVIIL, c. x, $ 4.

| MATTHIEU, ΧΧΠ, 1599. 551 Et cette question qu'ils lui font, ils l’introduisent par de belles paroles, louant la vérité de son enseignement, son indépendance, les motifs élevés qui le déterminent toujours, et paraissant n’avoir eux-mêmes d'autre souci que d'apprendre de lui quel est leur devoir, tandis qu'ils ne songenient en réalité qu’à trouver dans sa réponse un prétexte de l’accuser. (Luc, XX, 20; XXII, 2.)

Jésue n’était pas dupe de leurs faux semblants, et lle fit bien voir en les nommant des hypocrites. Ce mot auraiît pu suffire s’il n’avait voulu que les démasquer; le reste leur importait peu, puisque leur conscience n'avait pas besoin d’être rassurée et qu'ils n'étaient aucunement disposés à tout braver pour la satisfaire. Mais il désirait dissiper l'erreur de ceux qui, dons son entourage, persistant à confondre Île royaume de Dieu avec le royaume d'Israël, étaient persuadés que l’existence de ce royaume ne se pouvait concilier aveo la dépendance où les Juifs étaient de César. C'est donc eux qu'il a en vue en répondant aux autres.

S'il demande qu’on lui montre un denier romain (Mare, XII, 15), ou, comme il l'appelle, « la monnaie « du cens» que l’on était assujetti depuis vingtdeux ans à payer (4), c’est que la monnaïé qui a lé-

(4) Le recensement de Quirinius a eu lieu en la trente-septième année do l'ère actiaque, qui «ourt du ® septembre 789 au 3 septembre 760 de Rome, et nous sommes en 784. C’est l'année du consulat des deux Géminus, où Jésus fut crueifié, ou l'an 29 de l'ère vulgaire. Voir mon livre sur le Recensement de Quirinius en Judée, pages 10 et 74.

galement cours dans un pays est nécessairement dé. terminée par sa condition politique.

Au temps de la domination des Perses, leur side d'argent était répandu en Palestine, et ce fut leur darique d’or (adarkon et darkemon, il y a drachmes d'or dans nos versions), qui servit aux dons présentés, après le retour de la captivité, pour le relèvement du temple par les chefs des maisons patriarcales. Lorsque l’Empire persan s’écroula, et que la Judée eut été conquise ainsi que la Phénicie par Alexandre, on frappa des monnaies grecques d'or et d'argent dans plusieurs de ses villes. La pièce d’or à laquelle on donnait son nom {᾿Ἀλεξάνδρειος) avait la même valeur que la darique persane, ce qui devait faciliter le passage d’un régime à l’autre. Les Lagides et les Séleucides ne firent pas de grands changements à 88 monnaie. ἢ n’en fut pas de même quand les Juifs eurent secoué le joug, et qu’Antiochus VII eut reconnu à Simon Maccabée le droit de battre monnaie en son pays à son propre coin (1). Les princes asmonéens prirent d’abord sur leurs monnaies le titre de souverain sacrificateur, et on lit à la suite les mots : εἰ ἰδ Conseil des Juifs, le tout en caractères hébraïques(2). Mais sur d’autres pièces, qui indiquent évidemment une situation politique intérieure différente, l'ioscription est en caractères grecs ; le titre de souve-

(LE. Maccab., XV, 6.) (8) C'est une formule officielle, comme on le voit par la letire

de Jonathan Maccabée à ceux de Sparte : Ἰωνάθαν ἀρχιερεὺς καὶ

À γερουσία τοῦ ἔθνους. (1. Maccab. XII, 6.)

MATTHIEU, XXII, 15-22. 253 rain sacrificateur y est remplacé par celui de roi, et la mention du Conseil des Juifs y est omise. On n’y trouve aucune effigie, les Israélites s'étant interdit les représentations de figures d’hommes et d’animaux, bien qu’elles ne leur fussent pas défendues d’une manière absolue (Exode, XXV, 18 et suiv.; 1. Rois, VII, 23 et suiv.; I. Rois, X, 19, 20; IL. Chroniques, III, 7 ; IX, 19), maïs seulement lorsqu'elles pouvaient les entrainer à l’idolâtrie. (Exode, XX, 4, 5.) Hérode, élevé sur le trône de Judée par les Romains, n’ayant obtenu d'eux que la permission de frapper de la monnaie de cuivre, et ses fils ayant dû également observer dans leurs États cette loi, qui était imposée aux procurateurs dans les provinces, c’est la monnaie d’argent de l'Empire qui servit principalement dès lors aux transactions commerciales. Telles sont les nécessités de la circulation monétaire, que les Juifs, qui ne voulaient pas souffrir que l’on envoyât en quartier d'hiver à Jérusalem des troupes portant sur leurs enseignes l’image de Tibère, ne songèrent jamais à protester contre l’usage de la monnaie sur laquelle elle était empreinte; et bien que les gouverneurs romains, pour ménager leur susceptibilité, n’admissent sur les pièces de cuivre qu'ils faisaient frapper que des symboles qui ne pussent pas les froisser, Philippe-Hérode, tétrarque de l'Tturée, ne craignit pas, sans tenir compte d'eux, de mettre sur les siennes l'effigie de l’empereur, espérant sans doute s'assurer par là sa faveur (4).

(4) On peut consulter les ouvrages suivants pour l’histoire de la

Voilà où l’en 6n était alors en Palestine. Le denkr romain y était d’un usage général. Aussi en est-il souvent question dans le Nouveau Testarsent. (XVII, 28; XX, 2, 9, 13; Marc, VI, 81; XIV, 5; Euo, VE, 44; X, 33; Jean, VI, 7; Apoealypse, VE, 6.) On le rormait la monnaie du cens, parce qu'il servait à l'éequiter, les Romains ayant toujours obligé les peuples auxquels ils imposaient des tributs à les leur payer, non en or, mais en argent (1). Si Jésus, avant de répondre à la question qu’on lui a faite, invite les Juifs qui l’interrogent à lui en montret an, c’est qu'il voulait tout d’abord. constater ainsi quelle était, après les révolutions successives que j'ai rappelées, la condifios politique actuelle de leur pays. Get état de choses étant ls conséquence des fautes de plusieurs générahons, la responsabilité n'en pesait pas tout entière sur les contemporains; et msintenant qu'il avai prévalu et qu’il était accepté, il en résultait des oblr gations dans lesquelles la conscience n’était pas intéressée, puisqu'il eût été impossible aux individus de s"y.soustraire;, et que leur soumission-au droit relatif violemment établi par la force n’en étuit pas la reconnaissance, et n'avait pour but que d’empécher de plus grands maux, -— e Que me demawdez-vot,

monnaie chez les Juifs : F. ne SauLoy, Recherches sur le numismatique judaique. Paris, 4854. — M.-A. Levy, Geschichie der Jadischen Münzen gemeinfasslich dargestellt. Breslau, 1862. — F.-W. Maspen, History of jewish coinage. London, 1964.

(4) « Equidem miror populum Romanum victis gentibus ie tr « buto semper argentum imperasse, non aurum. » (Pran., Nafur. Hislor:, Kb. XXXUE, CAP. 111; SE, 45:}

MATTHIEU, XXII, 152% 45 semble dire Jésus à ses interlocuteurs, s'il vous egt permis de payer 19 cons ? Payes-le, puisque la moanaie qui ἃ cours légal parmi vous est à l'effigie de César et témoigne que vous appartenez maintenant à son empire, comme vous étiez autrefois sous la domination des rois de Perse et leur payiez tribut. (Esdras, IV, 19; VIT, 24; 1. Maccabées, X, 28, 30; XI, 85, 36; XV, 5.) Rendez à César ce qui est ἀ à César, tant que son. audorité sur vous subsisiera; mais en lu payant le cens et vous acquittant de tout ce que les rois de la terre aut le pouvoir d’exiger de ceux qui leur sont assujettis, #'oublies pas que vous avet un roi dans [8 ciel, dont les exigences sont d’un autre ordre, et auquel il faut rendre aussi ce qui lui est dû, Or, vous le savez bien, hypocrites, ce qu’it réclime des sujets de son royaume, ce n’est pas le cens; c’est le vérité, els justice et l'amour. » (Lue, XI, 42.) Mon enfant, dit-il à chacun d'eux, donne-moi ton cœur. Et moi je-vous dis : Rendez à Diou ce qui est dû à Dieu. »

Mais si le royaume de Dieu est un royaume spirituel, il n’y a rien dans son attente qui puisse motiver la question suggérée par les pharisiens ἃ leurs disciplea. Aussi eeux-ci le quittèrent-ils émerveillés d'une réponse qui déjouait tous leurs plans.

Après eux viennent les sadducéens, Ce qui les a frappés, eux, dans l’enseignement du Seigneur sur Le royaume de Dieu, c'est qu’il est un royaume éternel, qui commence sur la terre. et. acrive à sa perfection

dans le ciel. (XVI, 19.) Une telle assertion ne se pouvait accorder avec 168 doctrines de leur secte. Îls résolurent donc, frivoles comme ils l’étaient, de railler Jésus sur ce sujet, dans l’espoir de le discrédi-

ter auprès du peuple.

XXII, 23. Ἐν ἐχείνῃ τῇ ἡμέρᾳ προσῆλθον αὐτῷ Zaëδουχαῖοι, οἱ λέγοντες μὴ εἶναι ἀνάστασιν, χαὶ ἐκηρώτησαν αὐτὸν

24. Aéyovres” Atèdoraks, Μωῦσῆς εἶπεν: Ἐάν τις ἀποθάνῃ μὴ ἔχων τέχνα, ἐπιγαμδρεύσει (1) ὃ ἀδελφὸς αὐτοῦ τὴν (υναῖχα αὐτοῦ, καὶ ἀναστήσει σπέρμα τῷ ἀδελφῷ αὑτοῦ.

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