Et le Roi leur réponüra
En vérité, je vous le dis, autant de fois que vous l'avez fait à l'un de ces plus petits de mes frères, vous me l'avez fait à moi.
M. Alors il dira aussi à ceux à sa gauche : Allez-vous-en loin de moi, maudits, au ἴδῃ éternel, préparé pour le diab'e et pour ses anges ;
42. Car j'ai eu faim, et vous n° m'avez pas donné à manger; j'ä eu soif, et vous ne m'avez péS donné à boire ;
43. J'étais étranger, et vous δὲ m'avez pas accueilli, nu. et vous
ριεδάλετέ με΄ ἀσθενὴς nat ἐν φυλαχῇ, χαὶ οὐχ ἐπεσχέψασθέ
46. Καὶ ἀπελεύσονται οὗτοι εἰς χόλασιν αἰώνιον, ol δὲ δίχαιοι εἰς ζωὴν αἰώνιον.
ne m'avez pas vêtu, malade et en prison, et vous ne m'avez pas visité,
44. Alors ceux-là aussi répondront : Seigneur, quand est-ce que nous t'avons vu ayant faim, ou ayant soif, ou étranger, ou nu, ou malade, ou en prison, et que nous ne L’avons pas été en aide P
45. Alors il leur répondra : En vérité, je vous le dis, autant de fois que vous ne l'avez pas fait à l’un de ces plus petits, vous ne me l’avez pas fait à moi.
46. Εἰ ceux-ci s'en iront au châtiment éternel, mais les justes à la vie éternelle.
Le Fils de l’homme reviendra à l'heure où on ne
le pensera point; nous le savons par quelques-unes des dernières paraboles. (XXIV, 36-51.) Nous savons par les autres que ceux qui dorment, les morts, se réveilleront avant sa venue (XXV, 5-7), et que chacun sera traité alors selon qu'il aura été ou non un bon et fidèle serviteur de son maitre. (XXV, 21, 23, 30.) Après tout cela, Jésus apprend ici à ses disciples ce que sera son avénement.
Lorsqu'il naquit à Bethléhem, sa mère l’emmaillotta et le coucha dans une crèche, parce qu’il n’y avait point de place pour eux dans l'hôtellerie (Luc, IL, 7), et pendant toute sa vie 1l n’eut pas où poser sa tête (VIII, 20); mais en ce jour-là 1] viendra, ainsi qu’il le leur a annoncé tout à l'heure, sur les nuées du ciel (XXIV, 30), avec une puissance faisant con-
traste avec son abaiïssement antérieur, dans une gloire qui sera celle de son Père (XVI, 27), accompagné, non plus de quelques pauvres pêcheurs de la Galilée, mais de tous les saints anges. Bien qu’i n’a été envoyé qu'aux brebis perdues de la maison d'Israël (XV, 24), toutes les nations seront rassemblées devant lui, les justes mêlés avec les injustes, comme ils le sont en ce monde, et comme le sont dans les pâturages les animaux d'espèces diverses qu’on τ laisse paître librement ensemble. Mais de même que le berger sépare les brebis d'avec les boucs quandil veut en former des troupeaux distincts, de même le Fils de l’homme, assis alors comme roi sur son trône, sachant parfaitement ce qu’est chaque homme (Jean, 11, 25) et quelles ont été ses œuvres (Apocslypse, II, 2, 9, 13, 19), fera le triage de cette immense multitude humaine, comprenant tous les peuples et toutes les générations, et divisera ceux qui y seront confondus ensemble en deux classes, afis de rendre à chacun selon ce qu'il aura fait (XVI, 21), parce qu’il a été établi de Dieu pour juge des vivants et des morts. (Actes, X, 42.) Ce ne sera pas ici ou ki, en un lieu plutôt qu’en un autre, qu'il leur apparaïtra; car il l’a dit, «comme l’éclair sort de l'Orient et « est visible jusqu’en Occident, ainsi en sera-t-il aussi « de l’avénement du Fils del’homme. » (XXIV, 27. Tous le verront en même temps, et il les verra tous. Toutes les consciences s’ouvriront en un même 1nstant à sa voix, et seront confuses ou de la grandeur de sa miséricorde, ou de la profondeur de leur indignité.
. MATTHIEU, XXV. 31-46. 393 « Venez, les bénis de mon Père, » dira-t-il aux uns, « héritez du royaume préparé pour vous depuis «la fondation du monde. » Aux autres il dira : « Allez-vous-en loin de moi, au feu éternel, pré- « paré pour le diable et pour ses anges. » Et sa raison pour leur tenir un langage si différent, c’est que, quand il a eu faim ou soif, quand il a été étranger, ou nu, ou malade, ou en prison, les premiers lui ont donné à manger et à boire, l'ont accueilli, vêtu et visité, tandis que les seconds n’ont rien fait de tout cela pour lui : pour lui ou pour le prochain; car, ainsi qu’il l'explique, à ses yeux c’est tout un. En tant que Fils de l’homme, il s’identifie tellement avec les hommes, qu'il les considère tous comme ses frères, et que « dans toute leur détresse il a été en « détresse. » (Ésaïe, LXIII, 9.) Ramenant tout à cette charité active (1. Jean, III, 17) que l’on ἃ dit étre «une vraie et certaine preuve de sainteté de vie (4), » etsans laquelle 1] n”’y a pas d'amour de Dieu (I. Jean, IV, 20, 21), il déclare à ses disciples qu’en jugeant les hommes au dernier jour, il aura essentiellement égard à ce qu'ils auront été les uns pour les autres; se substituant aux moindres, afin que nul ne soit exclu, et que leurs préférences, entre ceux qui leur sont adressés par la Providence, soient déterminées, non par des inclinations naturelles, mais par l'étendue des besoins.
« Vous me l'avez fait à moi, » dira-t-il à ceux qui
(4) ἢ. Cazvin, Commentaires sur le N. T., tome Ier, page 635.
les auront assistés. Quelle condescendance dans ces mots! Il nous semblait que nous ne pouvions absolument rien faire pour celui qui a tout fait pour nous; et voilà qu’il nous avertit que l’occasion s’en offre à nous à chaque pas, et qu'il estimera fait à lui tout ce que nous aurons fait pour ses frères. C’est la condition de la béatitude. Une conduite contraire, ne pas soulager ses frères dans leur dénüment, témor gner ainsi qu'on ne l’aurait pas soulagé non plus, lu qui s’est fait pauvre comme eux (If. Corinthiens. VII, 9), sera donc nécessairement le fondement de la condamnation. Il en avertit à l'avance dans 8 bonté, afin que ceux qui sont durs envers le prochan devenant charitables, 1l n'ait pas à le leur répéter dans sa colère au jour du jugement.
La récompense que le Christ, le Roi, accorden alors aux justes qui seront à sa droite, c’est «}» « royaume que Dieu a promis à ceux qui l’aiment.» (Jacques, II, 5.) Il leur était destiné de tout temps. et depuis la fondation du monde il a été prépart pour ces bénis du Père, dont le nombre s’est contnuellement accru, à mesure que de nouvelles géné rations se sont succédé sur la terre; mais ils n’er seront mis en possession qu'à ce moment-là, comme l'enfant, bien qu'il soit le maître des biens dont ï est l’héritier, ne les reçoit qu’au temps marqué ps le père. (Galates, IV, 1, 2.) Il faut qu'il devienre homme pour posséder véritablement l'héritage psternel; et l’homme, à son tour, n’obtiendra le royaume des cieux que quand il aura la plénitude de
ἢ MATTHIEU, XXV, 31-46. 990 vie ἃ laquelle on n'arrive que dans l'éternité. C’est en ce sens-là, et non eu égard à la durée de cette vie future, que Jésus dit de ceux-ci, qu'ils « iront à la « vie éternelle. »
Quant aux autres, aux « maudits, » c’est-à-dire ceux qui, ayant à choisir entre la bénédiction et la malédiction qui leur étaient proposées (Deutéronome, ΧΙ, 26), auront fait choix de la malédiction, ils n’auront point accès au « royaume éternel. » (Daniel, VIT, 27.) Le Roi les enverra « au feu éternel, » et cetle image de la condamnation qui sera prononcée contre eux, lorsque se tiendra le jugement, est si terrible, qu’on ne saurait se faire une idée trop sévère du châtiment qui les attend. Il est permis cependant d’y associer la pensée de la miséricorde; car le mot χόλασις, employé ici pour désigner le châtiment, et qui ne se rencontre que deux fois dans le Nouveau Testament (XXV, 46 et 1. Jean, IV, 18), est celui dont on fait ordinairement usage quand on considère la punition comme devant servir à la correction et à l'amélioration de ceux qui l’endurent (1). Il n’avait pas été préparé pour les hommes, mais pour le diable et pour ses anges ; toutefois, eux aussi, lsse sont rendus dignes de la misère infinie et de la suprême désolation. Ils seront punis ainsi, alors qu’il
(4) Voir, sur la différence entre χόλασις, castigatio, et τιμωρία, t#llio, l'article instructif de M. Trench, dans ses Synonymes du Nouveau Testament, traduits par M. Clément de Faye, pages 26- 28. 11 cite les définitions que Platon, Aristote, Clément d’Alexandrie et Aulu-Gelle ont données de ces mots.
« n’y aura plus de temps » (Apocalypse, X, 6); le châtiment qu’ils doivent subir leur sera infligé dans l'éternité ; et c’est pour cela, et non parce qu'iln'aura point de terme, qu'il me paraît avoir été nommé « le « châtiment éternel, » tout comme j'ai dit que la vie des justes parvenus à la perfection était nommée « la « vie éternelle, » parce qu’ils vivront de cette vie dans le siècle à venir (1).
Nous venons de voir ce que sera le retour du δὲ} gneur. Ge n’est pas ainsi, certes, que les disciples se l’étaient représenté quand ils lui avaient demandé : « Quel sera le signe de ton avénement et de l’accom- « plissement du siècle? » Ils s’imaginaient qu'après s'être soustrait pendant quelque temps à la poursuite de ses ennemis, il reviendrait pour rétablir le royaume d’Israél et pour élever leur nation au-dessus de toutes les autres. Mais non, il ne s’agit nullement : de cela pour lui, et ceux qui, après qu’on l’aura rejeté, le voudront tenter en prenant son nom, échoueront dans leur entreprise. Son avénement ne ser pas ce qu’ils pensent, mais ce qu’il vient de leur dire. Telle est l’intention essentielle de l’enseignement donné par Jésus aux apôtres sur le mont des Oliviers.
(4) « Le mot αἰώνιος n’indiquait pas, dans la terminologie des « rabbins, la perpétuité des choses. Tout ce qui appartenait au « siècle futur (αἰὼν μέλλων) est αἰώνιος, même le jugement « (χρῖμα αἰώνιον, αἰώνιος χρίσις, Hébreux, VI, 2; Marc, II, 39, » bien qu'on se représentât celui-ci comme devant avoir lien « dans un moment donné. » (Revue de Théologie, 4852. Vol. IV, page 107. Article de M. Busken-Huet sur le livre de M. Scholtes : Les Principes de la doctrine réformée.)
MATTHIEU, XXV, 316. 397 N'étant pas Juifs et n’ayant pas besoin, par conséquent, d’être tirés des erreurs que les Juifs entretenaient, nous nous attachons avec raison davantage aux autres instructions qui y sont renfermées ; mais il n’en faut pas moins nous souvenir, si nous voulons les comprendre dans leurs détails et dans leur ensemble, qu’elles constituent, dans leur enchaînement, la réponse du Seigneur à la question de ses disciples, et qu’elles étaient destinées avant tout à les détromper. Tant que leurs pensées ne se seront pas élevées jusque-là, ils ne pourront ni entrer dans ses desseins ni les sentir réalisés en eux-mêmes. Aussi, est-ce à les y amener que tendent tous les avertissements, toutes les paraboles, toutes les révélations qu'il vient de leur faire entendre.
Eh bien, ce que Jésus s’est proposé dans cet entretien, Matthieu, je l’ai fait voir, se l’est proposé dans tout son Évangile. Pour désabuser ses compatriotes de la fausse idée qu’ils se faisaient du royaume du Messie, il n’a cessé d'y opposer ce que son maître a dit de ce royaume. À tout cela il ajoute lei ce que Jésus vient de dire sur la manière dont ceux pour qui il est préparé en seront mis en possession, quand le Fils de l’homme viendra dans sa gloire. On ne meurt pas, on ne ressuscite pas non plus, pour être roi d’un royaume de ce monde; et voilà pourquoi Pierre, qui ne savait pas encore en attendre un autre, s'était écrié, quand Jésus commença à parler à ses disciples de sa mort et de sa résurrection : « Miséricorde, Seigneur ! Cela ne t’arrivera point! »
(XVI, 22.) Mais maintenant qu'ils savent, et ce qu'est le royaume des cieux, et à qui il est destiné, et comment on y entre, et d’où en viendra le roi alors qu'il s’assiéra sur son trône, sa mort, qu’il va de nouveau leur annoncer comme prochaine, ne pourri plus renverser leurs espérances, et sa résurrection, par laquelle il sera déclaré Fils de Dieu avec puis-
sance (Romains, I, 4), en sera pour eux la confir-
mation.
XXVI, 1. Καὶ ἐγένετο, ὅτε ΧΧΥ͂Ι, 4. Et après cela, quand ἐτέλεσεν ὃ Ἰησοῦς πάντας τοὺς il eut achevé tous ces discours, λόγους τούτους, εἶπε τοῖς μαθη- Jésus dit à ses disciples :